OPÉRA DRE
18 ADOLPHE ADAM où les brahmanes se présentent pour célébrer l’hymen, fait un esclandre et reprend sa foi. Sans qu’elle s'en rende encore exactement compte, Néméa aime déjà Zéphoris, qu’elle a vu revêtu de la suprême puissance et qui n’est plus pour elle le pauvre pêcheur de la veille.
Troisième acte. La cabane de Zéphoris. Le pécheur dort profondément, veillé par sa sœur, qui ne sait rien des événements dela veille, sauf pourtant qu’elle a reçu cent pièces d’or très authentiques, à elle envoyées par le souverain comme à la fille la plus vertueuse de Goa. | :
Piféar, qui survient, a moins sujet de se réjouir, car son bateau est coulé et il est ruiné. C’est alors qu'il emprunte la barque de Zéphoris pour gagner au moins le prix de sa mission secrète.
Zéphoris se réveille. Il s’indigne de se retrouver pêcheur ; il réclame ses ministres, ses esclaves, Néméa! Tout le monde le croit fou! Cependant il constate. que ses ordres ont été exécutés, preuve qu'il ne divague pas : les pêcheurs ont reçu leurs pièces d'or, Néméa aussi, Zizel rend gorge et l’état de ses pieds démontre que la bastonnade a été consciencieusement appliquée. Néméa, enfin, vient lui donner la clé de l'énigme et lui révéler le secret de sa royauté éphémère. Mais il apparaît bientôt que, de ce jeu cruel, Zéphoris ne fut pas la seule victime et, lorsque Kadoor survient pour se venger en mettant à mort son rival, Néméa, qui s’était dissimulée, sent que Zéphoris est bien celui qu’elle aime ; elle sort de sa cachette et lui fait un rempart de son corps.
Le roi survient à son tour. Il accuse Zéphoris de trahison : n’a-t-il pas fait revenir subitement l’armée contre l’avis du conseil des ministres? Pourtant, ce qu'on lui impute à crime se révèle bientôt comme le seul acte capable de sauver l’Etat et de conserver à Mossoul sa couronne. On annonce, en effet, l’arrivée des Portugais; mais, au même instant, les gongs sacrés appellent le peuple aux armes, et l’ennemi, décon- certé par cette résistance à laquelle il ne s'attendait pas, est mis en complète déroute. Un dernier tableau
mine la pièce en apothéose. Le roi pardonne à door, il anoblit Zéphoris et l’unit à Néméa au milieu des réjouissances et des acclamations de
LUS Auber.
Daniel-François-Esprit Auber est né à Caen le 29 janvier 784 etest mort à Paris le 12 mai 1871, pendant la Com- mune. Compositeur très fécond, qui n’a guère écrit que pour le théâtre et surtout dans le genre de l’opéra-comique. De ses très nombreux ouvrages scéniques, plusieurs ont joui d’une vogue assez prolongée: Le Maçon, Fra Diavolo, Le Cheval de bronze, Les Diamants de la couronne, Haydée, Le Domino noir. Aujourd’hui, une seule parti- . tion de lui surnage et c’est celle d’un grand opéra: La Muette de Portici. Cette œuvre a même joué un rôle historique : c’est elle qui, en 1830, donna le signal de la révolution belge. Ce qui caractérise Auber, en effet, c’est une vigueur, une fougue qui contrastent avec la miévrerie de beaucoup de contemporains et qui trouvent une très heureuse application dans cette pièce à thème révolutionnaire. Auber fut directeur du Conservatoire de Paris, de 1842 à
sa mort.
La Muette de Portici.
Opéra en cinq actes, paroles d’Eugène Scribe et G. Delavigne, musique d’Auber.
__ Représenté pour la première fois à Paris sur le théâtre de l’Académie royale de Musique, le 29 février 1828. PRINCIPAUX PERSONNAGES : Masaniello, pêcheur napolitain ; Alphonse, fils du vice-roi de Naples; Pietro, compagnon de Masaniello ; Fenella, sœur de Masaniello, muette ; Elvire, fiancée d’Alphonse.
Le sujet est emprunté à l’histoire de Naples, à la révolution populaire qui faillit renverser le pouvoir de l'Espagne, sous la conduite du pêcheur Masaniello.
Une légère intrigue relie entre eux les divers épisodes de cette émeute, qui est elle-même le drame.
L'action s'ouvre à l'instant où Alphonse, fils du vice-roi, va s’unir par le mariage à Elvire. Mais le
fiancé nous apparaît rongé par le remords; il a et abandonné une jeune muette, Fenella, sœur Masaniello, un pêcheur de Portici. De. sa victime, il. n’a plus de nouvelles ; il ignore qu'elle a été emprisonnée par ordre du vice-roi son père. Le premier acte, qui se passe dans les jardins du palais, à l'entrée de la chapelle, s'ouvre par un chœur célébrant l’hymé- . née qui S'apprèête. La mariée arrive, le cortège nuptial entre dans la chapelle. C’est à cetinstant que survient Fenella, qui a réussi à s'évader et qui, dans une courte entrevue a imploré et obtenu la protection d’Elvire contre les gardes qui la poursuivaient. Mêlée à la foule, Fenella assiste à la bénédiction nuptiale, frappée de stupeur lorsqu'elle reconnaît en l'époux son propre séducteur. |
Le cortège sort de la chapelle. Fenella, folle de douleur, révèle à la nouvelle mariée la vérité: celui qui l’a séduite, c'est Alphonse! Les soldats veulent s'emparer de la téméraire, mais une seconde fois Elvire intervient et lui fait rendre la liberté, tandis. qu’Alphonse, atterré, demande à la terre de s'ouvrir sous ses pas.
Le second acte offre avec Île premier le plus pittoresque contraste. Nous sommes au milieu du village de pêcheurs de Portici. Tout est à la joie et aux chansons; seul Masaniello, que ses compagnons reconnaissent comme le chef, est sombre et préoccupé. Depuis un mois sa sœur a disparu et il a tout lieu de croire qu'elle a été victime d’un séducteur, sans doute un de ces étrangers qui font gémir Naples sous le joug. Aussi rumine-t-il des projets de vengeance. Il pousse ses frères à la révolte, il les arme et leur donne pour consigne de tromper leurs ennemis sous une … feinte insouciance, tout en se tenant prêts à frapper au premier signal. Tout cet acte respire la révolte et. l'aspiration à la liberté. Ce sont les paroles enflammées de Masaniello :
Amour sacré de la patrie, Rends-nous l’audace et la fiérté | A mon pays je dois la vie;
Il me devra la liberté!
i, en Belgique, mirent le feu aux poudres et déchairent la révolution.
rrive Fenella qui, sur le point de se précipiter à la mer pour mettre fin à sa souffrance, en est empèé- chée par son frère. Elle lui mime son aventure sans os lui révéler toutefois quel est le lâche qui l’a trahie. A Cette fois le vase déborde et Masaniello va déchaîner : sur la ville le fer et le feu.
L'acte troisième nous ramène au palais. Alphonse implore d’Elvire son pardon. Après s'être fait prier elle l’accorde; mais elle veut retrouver Fenella et réparer, dans la mesure où elle le peut, le mal qu’elle a causé. Elle lance des gardes à la recherche de la jeune fille.
La scène change et nous sommes transportés en plein marché de Naples. Grande animation; rien ne fait soupçonner le drame qui se prépare. Fenella vend des fruits avec ses compagnes. Arrivent les soldats envoyés à sa recherche. Ils veulent s'assurer. d'elle, mais le peuple voit là un nouvel outrage du pouvoir : Masaniello poignarde le soldat qui a porté la main sur sa sœur et donne le signal de l’émeute. Pendant l’entracte, la populace s’est emparée de la ville et a balayé devant elle toute résistance. Masaniello est le maître de Naples. Il est effrayé de son œuvre en voyant les excès commis autour de lui, mais il n’est plus capable de retenir les haines qu'il a déchaînées. Ses efforts pour modérer la vengeance | populaire sont considérés par Pietro etses autres com- | pagnons comme unetrahison et une tyrannie : Naples n’aurait-elle fait que changer d’oppresseurr Aussi, quand il fait grâce aux notables venus se jeter à ses pieds, quand, à la demande de Fenella, il épargne Alphonse et Elvire fugitifs qui ont cherché asile dans sa chaumière et que, du reste, il ne reconnait pas, sa perte est décidée. Masaniello tombera comme sont . tombés les tyrans qu’il couvre de sa protection. Cependant, si les principaux conjurés sont résolus à se défaire de leur chef, ils doivent procéder avec prudence, car Masaniello est toujours l’idole de la foule. A la fin du quatrième acte, le peuple de Naples
vient en effet lui remettre les clefs de la ville et le
chercher pour le mener en triomphe au palais. Les
conjurés auront donc recours au poison êt le héros. libérateur périra au milieu de son apothéose. ae Le dernier acte est fameux par son admirable décor ; une galerie du palais, ouvrant sur le plein air, etlaissant voir au fond le Vésuve. Le festin touche à son terme. Masaniello est censé dormir dans une pièce voisine. En réalité Pietro lui a fait boire du vin empoisonné et sa fin est proche.
Mais une sinistre nouvelle est apportée : Alphonse a pu réunir des troupes et il avance contre le palais; toute résistance tombe devant lui. Seul Masaniello pourrait réveiller le lion populaire et sauver la cité. On l'appelle, on le cherche. Il vient, mais: il délire : des fragments de chansons sortent de ses lèvres. Fenella parvient cependant à lui faire comprendre la situation. Alors, dans un dernier effort, il rassemble ses énergies et entraîne ses compagnons au combat, Fenella est restée. Elle voit accourir Elvire, qui fuit et veut l’entraîner. Une fois de plus Masaniello l’a arrachée à la fureur de la foule, mais cette fois au prix de sa vie: Alphonse, qui survient, l’a vu tomber, poignardé par les conjurés. Lui mort, la résistance du peuple est vaincue et Alphonse est de nouveau le maitre de Naples. | En entendant ces mots, Fenella s’est évanouie. Quand elle revient à elle, elle aperçoit Alphonse tenant Elvire embrassée. Elle lui jette alors un dernier adieu et s’élance vers une terrasse d’où on la voit se précipiter dans le vide. Une éruption du Vésuve rehausse, dans les théâtres où pareille mise en scène est possible, cet impressionnant dénouement.
Edmond Audran.
Né à Lyon le 11 avril 1842, mort à Tierceville le 17 août 1ao1. Commença par la musique religieuse à l’école Niedermeyer pour se découvrir bientôt un tempérament de maestro léger. La plupart de ses opérettes ont connu le
De
succès et un bon nombre d’entre elles continuent à faire le fond du répertoire.
Gillette de Narbonne.
__ Opéra-comique en trois actes, paroles de Henri Chivot et Alfred Duru, musique d’'Edmond Audran.
Représenté pour la première fois sur le théâtre des Bouffes-Parisiens, le 11 novembre 1882.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Le comte Roger de Lignolle; le roi René ; Olivier, son fils ; Griffardin, précepteur d’Oli- vier ; Gillette, fille de Gérard de Narbonne ; Rosita, femme
de Griffardin.
Comme le dit le couplet final, c’est un «fabliau de Boccace» qui a servi de thème à MM. Chivot et Duru. Il avait déjà servi à Shakespeare et après tant de siècles n’a rien perdu de son charme. L'action se passe en Provence et dans la campagne de Naples, aux environs de 1440, sous le règne du bon roi René, qui guerroie encore autour de Naples, dont les Napolitains l’ont chassé. |
Le roi René est tombé très gravement malade. Gillette est fille de feu Gérard de Narbonne, un médecin fameux. Elle a hérité de son père quelques-uns de ses secrets et s’est rendue de Narbonne à Aix en Provence pour offrir ses services au royal patient. Elle a quitté pour cela secrètement le château de la comtesse de Lignolle, où elle a été élevée auprès du comte Roger, aujourd’hui un brillant officier et un bourreau de cœurs. Le cœur de Gillette n’est pas non plus resté insensible ; elle aime Roger en secret. Au premier acte, nous la trouvons sous les traits d’une chanteuse ambulante, car c’est en chantant qu’elle a pourvu à sa subsistance depuis le jour où elle s’est embarquée pour ce qu’elle considère comme sa mission : la guérison du roi.
Et elle a réussi : le bruit court que le roi va beaucoup mieux ; aussi tout est-il à la joie. Mais procédons par ordre. Nous faisons d’abord connaissance avec le prince Olivier et son précepteur, le ridicule Griffardin. Celui-ci vit dans des transes perpétuelles : marié à la
jeune et jolie Rosita, il doit tenir, jusqu’à la majorit
litaine, s’impatiente et est venue le rejoindre à Aix.
Elle se cache dans une hôtellerie, et comme on la croit demoiselle, elle est très courtisée et son mari souffre toutes les affres de la jalousie.
Arrive Gillette, qui chante aux assistants les beautés de la Provence. À peine a-t-elle fini que Roger de Lignolle survient. Comme Gillette l’aime de tout son
de son élève, c'est-à-dire pendant six mois encore, son mariage secret, car le précepteur du prince doit. être célibataire. Mais sa femme, une bouillante Napo-
LA
cœur, ce petit cœur bat la campagne et, quand. Roger, qui la trouve jolie, et qui du reste fait la cour :
à toutes les femmes, lui débite quelques galanteries, elle ne doute pas que son amour ne soit partagé. Aussi, quand survient le roi, complètement guéri, et qu'il lui demande de fixer elle-même sa récompense pour cette cure miraculeuse, elle n’a pas un instant
d’hésitation et demande la main du comte. Le roi .
l'accorde, il a engagé sa parole et il faut bien que Roger s'exécute, mais l’orgueilleux seigneur enrage d’avoir été, comme il le croit, joué par une rusée petite intrigante et sitôt le mariage béni, il repart pour la guerre aux environs de Naples, en laissant à Gillette un papier où il est dit qu’il consentira à l’appeler sa femme le jour où elle pourra montrer à son doigt l'anneau d’or qui ne le quitte jamais et lui présenter un enfant dont il sera le père. C’est sur ce cruel affront que se termine le premier acte. |
Le rideau se relève sur un paysage de la campagne napolitaine. Il y a là d’un côté une auberge, de l’autre un petit pavillon. Cette auberge a pour hôtesse Rosita, la femme de Griffardin. Dans les environs guerroient les soldats du roi René. Griffardin, qui a accompagné son élève à l’armée, est de plus en plus jaloux : sa femme est en effet serrée de très près à la fois par Roger et par Olivier. Elle a cependant bravement résisté jusqu'ici. Elle a même interdit à Roger de remettre seul les pieds à l’auberge, ce qui nous vaut de voir le capitaine amoureux se présenter avec toute sa compagnie, Olivier compris. La vertu de Rosita supporte
1 notre présence un double et rude assaut, mais cette lité est son salut : les deux prétendants se disputent, chacun prétendant au succès. Quand Griffardin paraît, ils le prennent pour arbitre et lui confient les enjeux d’un pari qu'ils ont fait. C’est lui, sort cruel, qui devra remettre au vainqueur le prix de son propre déshonneur ! LL On ne sait comment finirait l’aventure si Gillette ne survenait, costumée en jeune officier. Elle a suivi son mari à l’armée, bien résolue à le reconquérir. A Roger, elle se présente comme son frère jumeau, Henri Gérard, lequel a bien voulu favoriser le stratagème en lui prêtant ses vêtements. Elle joue à merveille son rôle et apprend ainsi les projets amoureux de Roger et d'Olivier. Elle promet à l’un et à l’autre de leur obtenir les faveurs de Rosita, donne au nom de la belle un rendez-vous à Roger, puis s'arrange à envoyer Rosita dans une direction et Olivier dans une autre. Quand Roger se présente, c’est avec sa propre femme qu’il s’'enferme dans le petit pavillon dont Gillette a su se procurer la clef. Mais il n’en obtient l’entrée qu'au prix de la fameuse bague, qui ne devait jamais quitter son doigt.
Pendant que le mystère d'amour s’accomplit à la cantonade, arrivent Griffardin, soupçonneux, Olivier furieux d’avoir été joué et qui, pour se venger, révèle au pauvre mari que sa femme est là, enfermée avec un galant. Mais que veut dire celar Rosita arrive à son tour ! Ce n’est donc pas elle qui est enfermée avec Roger.
Grand bruit, appel aux armes. Roger sort du pavillon et part pour se battre, ce qui évite des explications difficiles et permettra à Gillette de s’en aller sans être suivie. | Letroisièmeacte se passe environ dix mois plus tard. Dansle château de Lignolle, tout est à la joie. On prépare . le baptême du bébé de la comtesse. Le père est, à ce qu'on croit, encore prisonnier à Naples, mais le bon roi René, mis par Gillette au courant de tout, a si
bien manœuvré que Roger va arriver tout à l'heure. La comtesse manifeste la plus vive gaieté et est très
entourée. Elle a fait venir Rosita auprès d’elle. R sita, qui est aujourd’hui aux yeux de tous Mr° Grif-. fardin et qui couronne de son mieux la flamme du jeune prince Olivier, resté seul maître du terrain, Rosita est même marraine du poupon, avec Olivier pour compère. Depuis qu'il est trompé, Griffardin vit dans la plus béate sécurité, persuadé qu'il est … qu'Olivier est l'amant de Gillette et le père du nouveau-né.
Le roi René arrive pour le baptême. Il est suivi de près par Roger, un Roger en loques, sortant d’une dure captivité et fourbu par une longue chevauchée. Le pauvre mari est estomaqué de tomber au milieu d’une si joyeuse compagnie et surtout de trouver sa femme si insouciante, si gaie, si coquette. La jalousie éveille chez lui l’amour et le voici aux pieds de celle qu'il a si durement traitée. Pour lui accorder sa grâce, celle-ci lui demande de montrer l’anneau auquel il paraissait tenir si fort. Le voici fort embarrassé, quand apercevant Rosita, à qui il croit avoir donné le bijou, il le lui réclame et s'aperçoit, à sa profonde stupéfaction, qu’elle ignore tout de la fameuse heure d'amour. Pendant qu'il cherche le mot de cette énigme, Grif- … fardin lui révèle qu’il est père sans le savoir. Sa rage. ne connaît alors plus de bornes et il va tirer vengeance de la coupable et d'Olivier, qu'il croit son complice, lorsque Gillette lui met sous les yeux l’anneau conquis par ruse de bonne guerre, et tout finit dans une réconciliation générale.
Le Grand Mogol.
Opéra-bouffe en quatre actes, paroles de Henri Chivot et Alfred Duru, musique d’Edmond Audran.
Représenté pour la première fois à Paris sur le théâtre de la Gaïîté, le 19 septembre 1884.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Le prince Mignapour ; Nicobar, son grand vizir ; Joquelet, arracheur de dents ; le capitaine Ca Irma, charmeuse de serpents ; la princesse Bengaline.
L'action se passe dans le royaume de Dehli, vers 1750.
Le prince Mignapour va atteindre sa majorité et monter sur le trône des grands Mogols, si toutefois il remplit deux conditions. La première est qu’il con- __ Serve intacte jusque-là son innocence, attestée par la blancheur d’un collier magique suspendu à son cou. S’ilfaillissait, ce collier dit-on passerait instantanément au plus beau noir. La seconde condition est qu'il prenne femme ; elle paraît aisée à remplir, car la princesse Bengaline ne demanderait pas mieux que de l’accepter pour époux. Mais voilà! Le prince s'est amouraché d’une charmeuse de serpents parisienne, qu'il a vu travailler sur la grand’ place de Delhi, la belle Irma, sœur du dentiste forain Joquelet. Il la suit de ville en ville, au grand désespoir de son grand vizir Nicobar, que ces déplacements rapides et incessants ont mis sur les dents. Mignapour a, d’autre part, un rival, le capitaine anglais Crakson, venu à Delhi proposer au Grand Mogol un traité de commerce. Mais celui-ci paraît peu dangereux, car Irma déclare n’en vouloir à aucun prix et ressent pour le prince un penchant très vif. Tout irait donc bien, sans une conspiration des trois per- Sonnes qui ont intérêt à empêcher le mariage de Mignapour. Cette conspiration fait le fond de l'intrigue, et amène quantité de péripéties joyeuses.
Au premier acte, Joquelet et sa sœur ont installé leur roulotte sur la place d’une localité voisine de Delhi. Le dentiste essaie de travailler, mais tous les naturels ont des dents en parfait état. Qu’à cela ne tienne : si Joquelet a peu de succès, sa sœur en aura davantage; il annonce donc dans une heure une représentation de la charmeuse de serpents.
Entre temps, le capitaine Crakson fait une vaine
tentative pour obtenir la main d’Irma. Joquelet dirait
oui, mais Irma ne veut rien entendre. Crakson est
têtu ; il ne renonce pas pour si peu : il annonce à Irma que partout elle le rencontrera sur ses pas.
Arrive la princesse Bengaline et sa suite. Elle
discute avec le grand vizir Nicobar des moyens faire aboutir un mariage entre le prince et elle. Nicobar ne doute pas du succès ; Bengaline est moins ras-. surée, et il faut avouer que l'attitude de Mignapour, qui survient sur ces entrefaites, est de nature à la laisser perplexe; le prince semble à peine l’entendre
et n’a d’yeux que pour la roulotte d'Irma. Quand un
instant après, il se trouve seul avec la charmeuse, il
change de ton et fait une déclaration en règle puis,
après la représentation sur la place — à laquelle assiste Bengaline — il présente au peuple celle qu'il a choisie pour régner à ses côtés. :
On comprend que ce coup de théâtre n’a pas été du goût de tout le monde, et quand le rideau se relève,
‘ au second acte, sur les jardins du palais, à Delhi, on
voit d’abord paraitre, l’un après l’autre, profondément absorbés dans leurs méditations, Crakson, qui voit Irma lui échapper, Nicobar, qui craint pour sa place, et Bengaline, dont les projets d’hyménée sont à vau l’eau. Tous trois cherchentun moyen de faire échouer le mariage de Mignapour et d’Irma. Ils concluent ensemble un pacte d'alliance et délibèrent sur les
moyens de parvenir à leurs fins. C’est le plan de. Nicobar qui est adopté. Il s’agit d'empêcher Migna-
our d’être proclamé Grand Mogol et pour cela de ui faire perdre son innocence. On montrera donc au prince d’affriolantes bayadères chargées d’égarer ses
sens. Bengaline sera l’une des séductrices et ses deux .
complices l’assisteront déguisés en musiciens. Pendant que se prépare la scène de séduction arrivent Irma et Joquelet, qui, sur l'invitation de Mignapour, vont désormais résider au palais. Ils sont enchantés de leur changement de fortune et ne se doutent guère de ce qui se trame contre eux. Mignapour, toujours plus excité, se trouve dans un état qui le
porn à succomber aux séductions qui vont.
l'assaillir. Aussi, quand Bengaline et les bayadères se présentent, ne résiste-t-il pas à la tentation et est-il surpris par Irma au moment précis où la princesse lui accorde un baiser. Scène violente avec Joquelet et
sa sœur, mais tout s'arrange et quand Nicobar vient …
enquérir du résultat de son stratagème il trouve gnapour toujours pis résolu à épouser Irma. Il faudra trouver autre chose. Pour célébrer l’hymen qui ï s'apprête, Joquelet fait circuler un petit vin de Su- 0 resne qui met tout le monde en joie. Mignapour est aie si lancé qu'il deviententreprenant et essaie d’arracher de à Irma la promesse d’un rendez-vous à minuit dans le pavillon des roses. Celle-ci, cependant, montre une fermeté remarquable. Cette conversation a été surprise par Bengaline et la rusée princesse conçoit aussitôt un plan diabolique : une lettre signée d’Irma accordera à Mignapour le rendez-vous qu’il désire ; We mais au pavillon des roses, il trouvera Bengaline qui Fe s’assurera ainsi la première, à la faveur de l’obscu- | rité, les faveurs du futur Grand Mogol. Mignapour reçoit en effet le billet et, dans sa joie, il raconte tout à Crakson. Crakson, à son tour imagine une ruse : il endormira le prince et, revêtu de ses vêtements, se rendra à sa place au rendez-vous qu’il croit donné par Irma. Les deux trompeurs seront ainsi trompés. GRAS La nuit tombe ; un cortège aux lanternes conduit “r Joquelet, Irma et Mignapour à leurs appartements. Le troisième acte, qui généralement se transforme en second tableau du deuxième acte par la suppression d’un grand ballet, débute dans la nuit. On entend des gardiens faire leur ronde. Avant le lever du jour, tous les préparatifs sont faits pour le couronnement et le mariage. Le rendez-vous a eu lieu : on a vuun homme et une femme se glisser à minuit dans Île pavillon des roses. Nicobar, qui n’est pas dans le secret, est fort intrigué. | Enfin, le jour paraît. Irma et Joquelet attendent le prince pour la cérémonie. Il paraît enfin, encore mal réveillé du sommeil profond où l’a plongé Crakson. Mais pas plutôt l’a-t-on vu qu’une immense clameur retentit : son collier est noir ! On le devine, c’est Ben- . galine qui a machiné l’affaire, substituant un collier noir au collier blanc. Elle compte qu’ainsi le mariage avec Irma sera rendu impossible, que Mignapour sera chassé et qu’alors il lui sera facile, une fois sa rivale