DESSERTE
= Re
écartée, de révéler son subterfuge et d’arranger les … choses comme elle le désire. RAA #18
Au quatrième acte, Mignapour est, en effet, en fuite. En fuite également Joquelet et Irma, chassés ignominieusement par Nicobar, après l’esclandre de la dernière semaine. Tout le monde va se retrouver dans une hôtellerie. Joquelet et sa sœur sont sur le point d’être expulsés faute d'argent. Mais Joquelet a trouvé sur les bords du Gange un coffret précieux et cherche un amateur qui lui en donnerait un bon prix. Cet amateur sera Nicobar. La cassette n’est autre que celle que lui remit à sa mort l’ex-Grand Mogol Bouldour et qui contenait un papier mystérieux dont le grandvizir ne devait prendre connaissance qu’à la majorité de Mignapour. Ce papier, Bengaline a réussi à le lire et, après l'avoir lu, elle a jeté la cassette et son contenu dans le fleuve : l'écrit disait en substance que la vértu du collier était un mythe, imaginé uniquement pour maintenir les futurs Mogols sur le sentier de la vertu.
Mignapour fugitif se présente déguisé en vieux fakir. Grâce à ce déguisement, il apprend de Nicobar bien des choses intéressantes, entre autres l’histoire du rendez-vous auquel il est censé s’être rendu. Il croit qu’il a reçu les faveurs d’[rma en état de somnambulisme, et quand, fort de cette conviction, il réclame de sa belle, à qui il se fait reconnaitre, les droits de l’époux, il tombe de son haut en entendant. Irma jurer qu’elle n’a jamais donné de rendez-vous et, par conséquent, n’est pas allée à minuit retrouver le prince.
Mais tout finit par s'expliquer. Le secret du coffret étale au jour le subterfuge de Bengaline, qui arrive à point nommé. Mignapour use de ruse à son tour: il demande à Bengaline de jurer qu’elle épousera l’homme qui était avec elle au pavillon des roses; et quand elle jure avec empressement, croyant que cet homme est Mignapour lui-même, ce dernier lui pousse Crakson dans les bras. Nicobar sera destitué, ce dont il se console avec philosophie : il a fait sa pelote! Quant à Mignapour il épousera Irma, et
me son innocence éclate aux yeux de tous, il A À ntera sur le trône de ses pères.
La Mascotte.
Opéra-comique en trois actes, paroles de Alfred Duru et Henri Chivot, musique d’Edmond Audran.
Représenté pour la première fois à Paris sur le théâtre des Bouffes-Parisiens, le 29 décembre 1880. PRINCIPAUX PERSONNAGES : Laurent XVII, prince de Piom- . bino; le prince Fritellini, fils du duc de Pise, son futur gendre ; Rocco, fermier; Pippo, berger; la princesse Fiametta, fille de Laurent, fiancée de Fritellini; Bettina la rougeaude, gardeuse de dindons, la mascotte.
La scène se passe au XVII‘ siècle, dans une principauté “ italienne de fantaisie.
La Mascotte est la comédie de la chance et de la déveine. La croyance populaire veut que certains individus aient le mauvais œil et portent la guigne ; mais elle admet aussi que d’autres peuvent porter la veine et conjurer la mauvaise fortune. Ces derniers s'appellent des mascottes, un vocable autant dire inconnu avant le succès de la partition d’Audran et devenu courant chez tous les peuples de langue française depuis 1880. Une mascotte du sexe féminin perd — telle est la donnée et la base de l'intrigue — toute sa vertu le jour où elle perd sa fleur d’innocence. Celui donc qui aura le bonheur de posséder une mascotte devra veiller par dessus tout à la préserver des pièges de l’amour.
Dans la principauté de Piombino, deux hommes se distinguent par une déveine tout à fait extraordinaire ; le premier est le prince lui-même, Laurent XVII et l’autre est son humble sujet, le fermier Rocco. Ce dernier est à tel point victime du destin qu’ilvientd’envoyerson berger Pippochezson frèrequi, lui, a tous les bonheurs, afin de lui demander assis-
tance. Pippo s’acquitte d’autant plus volontiers du message qu’il est amoureux de Bettina la rougeaude, gardeuse de dindons chez Antonio, le frère de Rocco.
envoie Bettina, ce qui faittrès bien l'affaire de Pippo
Antonio lui fait dire pour toute réponse qu 0, mais moins bien celle de Rocco. Le malheureux er. mier croit que son frère se moque de lui: au lieu d secours demandé, il lui envoie une bouche de plus à nourrir | ; EE Cependant, Bettina arrive, apportant un panier d'œufs frais et une lettre. Cette lettre, Rocco n’a pas le temps de la lire, car au même instant arrive le prince Laurent en partie de chasse, accompagné de sa fille Fiametta et de son futur gendre Fritellini. Le pauvre Fritellini est assez maltraité par sa future, caractère fantasque et volontaire, qui s’éprend de Pippo au premier coup d’œil qu’elle jette sur le berger. Cela ne fait pas l'affaire de la jalouse Bettina, qui a avec Pippo une explication, laquelle aboutit au duo de célébrité mondiale: «J'aime bien mes dindons... ! » Surprenant les deux amoureux en train de bêler et de glousser, Rocco se met en colère et renvoie Bettina. Mais presqu'’aussitôt il se ravise : il a lu la lettre de son frère et apprend ainsi que Bettina est À mascotte. Et effectivement, bien qu’elle ne soit là que depuis un quart d’heure, divers indices certains lui HONUenE que la chance a tourné. Bettina ne partira as | Cependant la guigne s'attache aux pas de Laurent : en visitant la ferme, il a culbuté dans une cuve pleine d’eau, et Rocco doit lui céder sa veste. Seulement, il oublie dans la poche la lettre de son frère, de sorte que le prince apprend la grande nouvelle : il y a une mascotte à la ferme! Aussi, au moment où Rocco se frotte les mains de son acquisition, Laurent lui déclare froidement qu'il confisque Bettina pour son usage personnel. Du reste, il sera bon prince et il emmène Rocco à la cour en qualité de chambellan. Et comme une roturière ne peut décemment frayer avec son entourage, il découvre très à propos que Bettina est la descendante des ducs de Panada. TU Oui, mais il y a Pippo! Pippo, c’estle danger toujours menaçant, aussi doit-il être tenu sévèrement à l'écart, au grand chagrin de Bettina, au grand cha-
grin aussi de Fiametta, qui avait jeté sur le berger son dévolu. s |
De la cour de la ferme, nous passons au second acte à la cour de Piombino, le jour fixé pour le ma- riage de la princesse.
Tout réussit à Laurent depuis que Bettina habite sous son toit. Aussi veille-t-il sur sa mascotte avec une sollicitude qui a toutes les apparences de la jalousie,
au point que les bruits les plus fâcheux pour la vertu de Bettina commencent à courir et que Fritellini et
. Fiametta en conçoivent du dépit. |
À la cour, Bettina s'ennuie ferme et elle demande en grâce qu on la rende à ses dindons. Elle regrette surtout son Pippo, qui lui fut si brutalement arraché. Le pauvre Pippo a déjà fait plusieurs tentatives pour la revoir, mais en vain. Cependant, il ne se décourage pas et se présente en danseur avec une compagnie de masques mandés pour les noces de Fiametta et de Fritellini. Ainsi déguisé, il s'arrange à être
+ reconnu de sa bien-aimée et tous deux complotent une évasion quand ils sont surpris par Rocco, qui court avertir Laurent de l'aventure. On arrête Pippo : il sera pendu. Ce ne serait rien encore, mais Fritellini le persuade que Bettina est la maîtresse du prince. Dans sa colère, le rustique accepte la main de Fiametta, que celle-ci lui offre sans plus de façon. Il s'arrange même à ce que Bettina, qui l'attend pour fuir avec lui, le voie tendrement enlacé avec la princesse. C’est un rude coup pour la pauvre fille, qui en perd la tête et est prête à toutes les folies. Aussi, quand Laurent, qui vient d’accorder Fiametta à Pippo, bombardé duc de Villa-Rosa, lui propose de l’épouser — c’est le moyen sûr qu'il a trouvé de la préserver de tout danger de démascottisation! — accepte-t-elle sans hésiter. Il n’y a que Fritellini qui ne soit pas content, et cela se comprend! Toutefois, il y aloin de la coupe aux lèvres, et dans le court espace d’un finale, il y a explication entre les deux amoureux abusés, deux mariages rompus, et la fuite de Pippo et Bettina, qui piquent par la fenêtre une tête dans la rivière.
tune : le duc de Pise a déclaré la guerre à Laure pour venger l’outrage fait à son fils. Laurent, quin'a 7 plus de mascotte, est battu à plate couture. Chassé . ‘4 par ses sujets, il erre avec Fiametta et Rocco, tous . d trois déguisés en musiciens ambulants. Fritellini, à LR la tête des troupes de son père, marche de succès en . succès. Aussi bien a-t-il dans son armée deux auxiliaires précieux : le capitaine Pippo et son brosseur, … qui n’est autre que Bettina travestie. Mais les deux . amoureux sont las d'attendre et Pippo demande à Fritellini l'autorisation de se marier, ce qui lui est tel accordé.
Tout irait bien sans l’arrivée du trio Laurent-Rocco- Fiametta, qui chante et fait la quête. Incidemment, le trio apprend l’hymen qui s'apprête et Fiametta . s'évanouit. La nouvelle agit différemment sur Laurent et sur Rocco. Le premier favorisera le mariage afin que Fritellini perde sa mascotte, ce qui égaliserait entre eux les chances. Rocco se dit qu'il n’a plus rien à attendre de Laurent et que son intérêt lui commande de s’attacher à la fortune de Fritellini. [ instruit donc Pippo du pouvoir magique de sa fiancée : s’il l'épouse, ce pouvoir est réduit à néant; il doit donc choisir entre l'amour et la fortune, dilemme cruel. Aussi, quand Bettina, parée pour l’autel, vient le retrouver, le trouve-t-elle froid comme glace : on lui a changé son Pippo! Furieuse de se voir ainsi traitée, elle s’enferme à double tour. Rocco triomphe; mais rira bien qui rira le dernier. Laurent ramène en cachette le fiancé repentant et le fait passer par la fenêtre. Fritellini a donc beau faire garder la porte: celle-ci s’ouvre de l’intérieur et les deux amants en sortent dans une attitude qui ne laisse aucun doute sur le genre de distraction auquel ils viennent de se livrer: la mascotte a perdu son pouvoir magique! Heureusement que ce pouvoir est héréditaire | | Entre temps, la volage Fiametta s’est aperçue que s Pippo l’intéressait moins; Fritellini, par contre, tout auréolé par la victoire, lui inspire une passion soudaine et sans bornes. Cela fera un second mariage qui règlera toutes les difficultés politiques pendantes. .
La Cigale et la Fourmi.
Opéra-comique en trois actes et dix tableaux, paroles de Alfred Duru et Henri Chivot, musique d’Edmond Audran. Représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre de la Gaïté, le 30 octobre 1886.
PRINCIPAUX PERSONNAGES. : Le duc de Fayensberg ; leche- valier Franz de Bernheim; Vincent, adorateur de Thérèse ; Fe . Mathias, hôtelier du « Faisan doré»; Guillaume, paysan, mari de Charlotte; Charlotte, paysanne, nièce de Mathias; Thérèse, sa cousine ; Léonora, duchesse de Fayensberg. La scène se passe dans les Flandres aux environs de Bruges, vers 1720.
Comme elle fut montée en 1886, La Cigale et la Fourmi était une véritable féerie, avec trois ou quatre brillants tableaux par acte, changements à vue, apparitions, ballets et grand luxe de mise en scène.
On joue plus fréquemment la pièce d’après une ver-
sion réduite à six tableaux et mise à la portée des théâ-
tres à ressources moyennes. Dans les deux versions,
l’action que nous allons narrer est identique pour
l'essentiel. Aussi négligerons-nous les hors-d’œuvre pour nous en tenir à d’intrigue toute nue.
Chacun connaît la charmante fable de La Fontaine qui a fourni leur sujet aux librettistes. Son dénouement est un peu cruel. Dans la pièce de MM. Chivot et Duru, tout finit par s'arranger et la Fourmi ne se D Lio montre point impitoyable, au contraire. |
La Cigale et la Fourmi sont deux cousines, élevées ensemble dans une ferme des environs de Bruges.
Charlotte est une femme de tête, qui sait compter, travailleuse, la maîtresse de maison modèle. Au moment où se lève le rideau, elle vient d’épouser un paysan revêtu des mêmes qualités qu’elle, Guillaume, et on sent que pareil couple ne pourra que s'enrichir Hot Drospérer. : | | | Thérèse est une petite cervelle à l’évent, qui ne rêve que rubans et colifichets, luxe, grande ville, théâ- ï tre. Elle a du reste des dispositions pour le chant et FH paraît appelée à de brillants succès.
L'oncle Mathias, hôtelier du « Faisan doré » à Bruges, est l’oncle des deux cousines. Il est venu à la
ferme pour la noce et Thérèse perd la tête à l'entendre conter les splendeurs au milieu desquelles se … passe sa vie. Aussi, quand l'oncle repartira, réussira-telle à se faire emmener par lui à la ville, à son insu,
en se cachant sous la bâche de la carriole.
Auprès de Thérèse soupire en silence le pauvre
Vincent, musicien, qui a appris à la cigale ce qu’elle
sait de musique et qui, après s'être vu éconduit — car
Thérèse redoute le mariage qui lui ravirait sa liberté .
— se contente d’un culte aussi sincère que désintéressé. Vincent suivra son adorée à la ville.
Après le tableau de la noce flamande, nous laissons provisoirement Guillaume et Charlotte à leurs prosaïques labeurs, pour nous attacher aux pas de la cigale Thérèse. Celle-ci est restée à Bruges en qualité de bouquetière et fait de brillantes affaires au «Faisan doré», une hôtellerie qui a pour clientèle toute la plus haute société de l'endroit. Parmi ces clients de marque figure au premier rang le duc de Fayensberg, un vieux viveur qui s’acoquine avec des danseuses et dont la femme, Léonora,se console avec le jeune et beau chevalier Franz de Bernheim. Les deux amants se rencontrent chez Mathias et Léonora fait part à Franz de ses craintes. La jalousie de son mari a été éveillée et pour détourner les soupçons il faut que Franz feigne de courtiser une autre femme. Laquelle? Peu importe : la première qui se présentera. :
Justement, Fayensberg arrive en joyeuse compagnie
et il soupçonne Franz de se trouver là en bonne fortune. Il veut savoir quelle est l’élue et comme il insiste, Thérèse se présente. Le dé en est jeté: l’amie de Franz, ce sera elle. On la fait chanter, sa voix ravit les auditeurs et Fayensberg lui propose de la lancer à l'Opéra. Voici le rêve de la cigale devenu réalité ! Elle accepte avec joie, et quand nous la retrouverons, au second acte, elle sera la Roseline, étoile adulée, idole du public.
La Roseline mène grand train. Elle a pris l’oncle Mathias pour intendant et le chevalier Franz pour cavalier servant. Mais celui-ci s’est laissé prendre à
son propre stratagème : il aime aujourd hui sincère-
D ne
fs
nt Thérèse et l’on sent que le moment approche
où il devra choisir entre elle et Léonora, qui est
jalouse comme une tigresse.
Les événements se précipitent : la Roseline, sans le
savoir, est ruinée; elle dépense bien au-delà de ses res-
sources et tout son luxe n'est plus que façade. Au début de l’acte elle reçoit la visite de ses parents de la campagne et les reçoit très bien, car elle est bonne
fille. Mais ceux-ci sont instruits par hasard de la ca-
tastrophe financière qui approche, ainsi que du double jeu de Franz. C'est en partie Vincent, devenu souffleur à l'Opéra par amour, qui leur tait ces révélations. Ils croient de leur devoir d’avertir Thérèse. Celle-ci est mortellement frappée au cœur, car elle aime Franz de toute la violence de sa nature passionnée. Dans le trouble où la jette la révélation de son malheur, elle met brutalement à la porte Charlotte, Guillaume et Vincent. Mais un doute lui reste : si Franz l’aime, il lui consacrera sa soirée et elle-même reprendra sa parole au duc de Fayensberg à qui elle a promis son concours pour un gala qu'il donne en son palais. Franz accepte et Thérèse triomphe. Mais sa joie est de courte durée. Fayensberg arrive et remet au jeune homme un billet dont Léonora l’a chargé. Ce billet est une sommation : ou Franz assistera à la soirée, ou la duchesse fera un esclandre. Il craint l'exécution de la menace et reprend sa parole à Thérèse, qui comprend qu'on lui a dit vrai. Mathias achève de l’éclairer sur les rapports qui existent entre Franz et Léonora.
La rage saisit alors la malheureuse. Ce gala auquel elle avait renoncé, elle s’y rendra, et c’est elle qui fera l’esclandre.
Et en effet, au milieu de la fête, juste au moment où Fayensberg s'excuse auprès de ses invités de l’absence de la Roseline, celle-ci s’avance et sous forme de madrigal chante l’histoire d’une cigale, d’une rose et d’un papillon. L’apologue est très clair pour les
deux coupables et du reste, Thérèse met les points sur
les z, car elle termine en désignant rose et papillon de telle sorte qu'aucun doute n'est possible pour qui que
ERARE
tous
ce soit. Horrible scandale au milieu duquel elle s'éclipse. boue sa Le troisième acte nous ramène à la ferme. Charlotte et Guillaume ont prospéré. Ils ont recueilli l'oncle Mathias déchu de sa splendeur. Vincent aussi est re- … venu, après avoir vainement cherchélestraces de Thérèse. Celle-ci reste introuvable. Franz, à qui la tragique soirée chez Fayensberg a révélé clairement son propre cœur, s'efforce lui aussi de retrouver Thérèse, mais en vain. Et Fayensberg est là aussi. A la suite de la fameuse soirée, le prince l’a destitué. Sa santé en a été ébranlée. Les médecins l’ont envoyé à la campagne et mis au régime du petit lait. Sa femme s’emploie auprès du prince pour le faire rentrer en grâce. En cas de succès, elle le lui communiquera par un simple mot : «C’est fait! » La confiance de Fayensberg en sa femme, car il y a des grâces d’état, a été plutôt renforcée par l’aventure. | La nuit est tombée; la cour de la ferme est déserte. La pauvre Thérèse arrive, exténuée, en haillons. Elle a froid, elle a faim, mais lorsqu'elle va pour frapper à la porte, la crainte l’arrête et elle tombe épuisée sur le seuil. Elle a alors une vision, elle voit en rêve le dénouement imaginé par La Fontaine pour sa fable de La Cigale et la Fourmi, tel que Gustave Doré, dans une composition célèbre, l’a représenté. Ce spectacle . lui arrache un cri qui a été entendu de l’intérieur de la ferme. Tous se précipitent et l’on ranime la malheureuse. Quand elle ouvre les yeux elle ne voit que des visages amis. Charlotte est là, Vincent aussi qui prend sa main, et toujours prêt à s’effacer et à se sacrifier, la met dans celle de Franz. Un joyeux arbre de.Noël s'allume; c’est le tableau de la vie paisible et familiale à laquelle elle est reconquise. KHayensberg lui-même est ému jusqu'aux larmes ; mais ses larmes sont vite séchées : un messager lui remet un pli de sa femme : « C’est fait! » dit la missive. Le voilà chambellan. « Chambellan, remarque Guillaume, ça s'appelle comme ça maintenant! » Ettout s'achève dans la joie. La Cigale est corrigée, et la Fourmi lavée de la fàcheuse réputation que lui avait faite le fabuliste.
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PE) DMOND AUDRAN 39 fi
Miss Helyett.
Opérette en trois actes, paroles de Maxime Boucheron,
musique d’Edmond Audran.
Représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre
des Bouffes-Parisiens, le 12 novembre 1800.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Paul Landrin, peintre ; Smith-
Son, pasteur américain ; James Richter, négociant de Chi- nl
Cago, amoureux de miss Helyett; Puycardas, toréador po gascon, amoureux de Manuela ; miss Helyett, fille de
Smithson; la senora Fernandez, espagnole ; Manuela Fernandez, fille de la senora. |
La scène se passe de nos jours dans une ville d’eau des Le Pyrénées. AL
Cette opérette a dû en partie son retentissant succès au fait qu’elle sort de l’ornière et introduit une note Hit originale dans un genre qui semble un peu voué au ns lieu commun. A vrai dire, la donnée est un peu fan- à taisiste et repose sur une conception du puritanisme ie qui n'a aucune racine dans la réalité. Qu'importe si Det, l’auteur nous fait rire | Ha Or donc, d’après M. Maxime Boucheron, les prin- no cipes du révérend Smithson — principes qu'il a su | inculquer à toutes ses filles — exigent qu’une femme dont les beautés intimes ont été vues par un homme, füt-ce par accident, épouse cet homme à tout prix et ne puisse avoir d'autre époux que lui. Ceci admis, tout le reste en découle le plus logiquement du monde. ne Miss Helyett est la onzième fille de Smithson. Ses dix sœurs aînées sont déjà casées et son saint homme de père la fait voyager afin de la caser à son tour. C’est ainsi que le père et la fille se trouvent dans un ve casino des Pyrénées. À Ils n’y sont du reste pas venus seuls. Un soupirant, AN James Richter, les y a suivis de Chicago et obsède LUE Helyett de ses déclarations et de ses demandes en ma- a riage. Mais Helyett ne l’aime pas. Elle consent toutefois, si aucun empêchement ne surgit d'ici là, à lui accorder sa main dans trois mois : sa main à défaut
de son cœur ; et il faut bien que le bélant James s'en
contente.
Mais l'accident survient! En faisant une promenade seule dans la montagne, Helyett fait une chute
qui pourrait être mortelle, n'était un arbuste qui
accroche sa jupe au passage et la tient suspendue la
tête en bas et les parties les plus intimes de son être en l’air, hélas! Encore si nul ne l’avait vue ! C’eût été la mort sans doute, mais aux yeux de l’Helyett conçue par M. Boucheron, la mort est cent fois préférable à la honte d’une telle exhibition.
Or, quelqu'un l’a vue en cette posture. Ce quelqu'un n’est autre que Paul Landrin, un peintre de femmes, depuis longtemps à la recherche de son idéal, qui a connu Helyett petite fille, il y a deux ans, dans cette même station d'étrangers, et qui en la retrouvant tout à l’heure au Casino a été vivement impressionné par sa petite amie de jadis devenue femme aujourd’hui. Paul a donc vu l'accident, et il a été assez heureux pour sauver la victime. Mais il ignore quelle elle est, car Helyett, avant de perdre connaissance, avait eu la présence d’esprit de cacher hermétiquement son visage dans les plis de sa jupe retroussée en tulipe, et Paul a eu la discrétion de ne pas chercher à voir celle qu’il a arrachée à la mort. :
La situation est donc celle-ci : Paul ne sait quelle femme il a sauvée, et Helyett ignore quel est l’homme que, d’après les principes Smithson-Boucheron, elle est tenue d’épouser. Le deuxième acte se passe donc en tentatives pour découvrir l'identité de l’inconnu, tâche bien difficile, vu la légèreté des indices. Smith-
son a beau se livrer à l’espionnage, il n’y gagne que
rebuffades. Devant cet insuccès, le vertueux révérend a une défaillance : il conseille à James de déclarer à Helyett qu'il est « l’homme de la montagne ». James le fait, sans comprendre, et le succès de ce stratagème serait complet si le maladroit ne révélait dans la conversation qu'au moment de l'accident il se trouvait à l'hôtel en train d'écrire des lettres. Le plan de Smithson échoue donc piteusement.
Dans le même hôtel qu'Helyett et son père séjour-
nent deux Espagnoles, la mère et la fille. Cette dernière, Manuela, est follement éprise d’un toréador gascon, poltron et hâbleur, Puycardas, qui a réussi à se faire prendre par elle pour un héros. Sa mère voit d’un mauvais œil cet attachement pour un soi-disant toréador qui n’est seulement pas espagnol ; mais elle est impuissante à vaincre l’inclination de son enfant et finit par consentir au mariage, bien qu’à contrecœur. Or Helyett surprend une conversation entre les amoureux au cours de laquelle Puycardas, qui a le vertige et ne peut monter plus haut qu’un entresol, prétend avoir sauvé une femme dans la montagne. C'est donc lui le sauveur inconnu! La pilule est amère, mais Helyett ne connaît que son devoir : elle épousera donc Puycardas. Celui-ci voudrait bien refuser, mais il n’ose, car Smithson n’hésite pas à recourir à la menace. Et voici le malheureux bellâtre tiraillé entre son Espagnole qui ne veut pas le lâcher et Helyett qui est déterminée à l’épouser à tout prix. lais ce mariage, elle ne s’y résigne pourtant que la mort dans l’âme. Elle déteste et méprise Puycardas; d'autre part, Paul a produit sur elle une impression profonde. Elle éprouve vaguement le besoin d’être Jolie pour lui, et dans une scène charmante, elle transforme par quelques adroites retouches son fourreau sévère de puritaine en un costume ma foi fort coquet. Paul la surprend au milieu de l'opération, la complimente et complète l’effet en piquant une fleur dans ses cheveux.
Paul, maintenant tout à fait pris, est révolté par ce mariage avec Puycardas, tout à fait incompréhensible pour lui. Aussi, pour ne pas assister à pareille profanation de son idéal, il a décidé de partir et l’annoncer à Helyett. Mais auparavant il va prendre son portrait : il en emportera du moins un souvenir durable. Tout en dessinant, la conversation se fait plus tendre ; tous deux sonttrès émus lorsque le portrait est pris, si émus qu'Helyett laisse tomber l’album lorsque Paul le lui tend pour lui montrer son ouvrage. Elle se précipite pour le ramasser, mais en tombant il s’est ouvert à une autre page, celle où Paul a croqué de mémoire la
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