‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 31 sur 90 · FERDINAND ‘HÉROLD · texte numérisé non relu

FERDINAND ‘HÉROLD

ë AT nonce la sentence. Eléazar rugit de rage quand il apprend que Léopold ne partagera pas son sort : Rachel l’a innocenté et l’empereur se contente de le bannir.

Arrive Brogni, qui supplie encore Eléazar, à son heure dernière, de lui faire connaître où se trouve sa fille. Eléazar hésite. Il consulte Rachel : veut-elle

vivre ? Pour cela, il lui suffirait d'accepter le baptême. : Rachel refuse avec indignation : plutôt cent fois la mort ! Eléazar exulte. Que Rachel meure donc, le ciel l'attend! Et, au moment où Rachel est précipitée dans la cuve, comme Brogni lui demande une der- nière fois où est sa fille, le juif lui crie : « La voilà! » Puis, d’un pas ferme, il monte à son tour au sup-

plice. | ss

Louis-Joseph-Ferdinand Hérold.

Né à Paris le 28 janvier 1701, mort dans la même ville, le 19 janvier 1833. Un des meilleurs compositeurs d’opéras comiques du début du XIX* siècle. Son Pré-aux-Clercs, après une vogue très grande et très durable, tend à disparaître du répertoire en France, mais s’y maintient encore en Allemagne sous le titre Der Zweikampf (le duel).

Maladif, Hérold mourut jeune encore avant d’avoir pu donner toute sa mesure.

Le Pré-aux-Clercs.

Opéra-comique en trois actes, paroles de E. de Planard, musique de F. Hérold.

Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre royal de l’Opéra-Comique, le 15 décembre 1832.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Mergy, jeune gentilhomme béarnais ; Comminge, jeune courtisan ; Cantarelli, maître de danse italien, de la suite de la reine Catherine de Médicis; Girot, hôtelier du Pré-aux-Clercs ; Marguerite, reine de Navarre ; Isabelle, jeune comtesse béarnaise ; Nicette, fiancée de Girot.

La scène se passe à Etampes au premier acte, puis à Paris, en 1582, sous le règne de Henri III.

Mergy a été chargé par Henri, roi de Navarre, de

. FÉRDINAND HÉROLD

se rendre à Paris pour réclamer à son cousin Henri III sa femme Marguerite, que la reine mère retient auprès d'elle. Mergy est amoureux d'Isabelle, une jeune comtesse béarnaise partie pour Paris avec la reine et

ui y est, comme elle, retenue. On se propose même LA lui faire épouser un jeune courtisan, Comminge, grand batailleur, redouté pour son habileté à tirer l'épée. Il va sans dire qu’Isabelle, qui aime de son côté Mergy, a ce projet en horreur.

La première rencontre entre ces personnages a lieu dans une auberge d’Etampes, sur la route de Paris, où l’hôtelier du Pré-aux-Clercs, Girot, est venu chercher sa fiancée, Nicette, filleule de Marguerite de Navarre. Mergy, qui s’acquitte de son ambassade, s'arrête à l'auberge pour y déjeuner. Il a des démélés avec des soldats du régiment de Comminge, puis se trouve face à face avec Comminge lui-même. Entre temps, il a appris d’un personnage grotesque, Cantarelli, un de ces Italiens dont aimait à s’entourer Catherine de Médicis, et à qui Mergy rendit jadis service, les projets d'union dont il est bruit entre Comminge et [sabelle.

Marguerite de Navarre survient aussi ; une partie de chasse l’a amenée en ces parages. Elle est accompagnée d'Isabelle. Mergy et [sabelle ont occasion de constater qu'ils sont tous deux restés fidèles à leur attachement. Comminge sent en Mergy un rival et l'on pressent le conflit qui va suivre. L'acte s'achève sur le départ général pour Paris. Le lendemain, une grande fête aura lieu au Louvre et permettra à tous les personnages de s’y retrouver, même Girot et Nicette, que Marguerite a invités.

Le second acte se déroule donc au Loùvre pendant Ja fête. La scène représente un salon du Louvre, avec à droite les appartements de la reine Margot. Celleci, au lever du rideau, devise avec Isabelle du moyen de faire manquer le mariage projeté avec Comminge. Marguerite n'en voit qu'un : marier secrètement [sabelle et Mergy, puis les faire fuir ensemble. Justement la noce de Nicette, à laquelle Marguerite a promis d'assister, fournit un bon prétexte. Au lieu d’un ma-

riage on en fera deux, voilà tout. Mais il faut à la

reine, pour l'exécution de son plan, un complice, et

elle a songé à Cantarelli, qu’elle tient grâce à un habile chantage. Cantarelli est lié à Mergy par la

reconnaissance, à Comminge par la crainte, à la reine par un secret que celle-ci a surpris et qui le met en

son pouvoir. [l obéira donc en usant de toute sa sou- .

plesse pour ne se compromettre avec personne.

Il s’agit tout d’abord de détourner les soupçons de Comminge. Pour cela, Cantarelli lui fait croire que Mergy vient pour la reine et non pour Isabelle. Comminge trouve l'aventure plaisante, mais quand il essaie d’en rire avec Mergy, celui-ci le prend fort mal et l'entretien se termine par un rendez-vous sur

le terrain, le lendemain soir, au Pré-aux-Clercs,

théâtre habituel de ce genre d’explications.

Marguerite, qui ignore ce qui se passe, a d'autre

part tout préparé. Cantarelli doit lui procurer une passe pour un gentilhomme et son page (lisez Mergy et Isabelle travestie). Elle s’est assuré les services d’un ecclésiastique de la cour pour bénir les deux unions. Le roi lui-même semble travailler pour les amoureux, car il a mal reçu l'ambassadeur du Béarnais et le renvoie les mains vides. Le départ de Mergy ne présente donc pas de difficultés. Le seul point délicat consiste à cacher à Isabelle le duel avec Comminge.

Au troisième acte, nous sommes au Pré-aux-Clercs, avec vue du Louvre par delà la Seine. La scène présente un tableau animé. Nicette, qui est maintenant mariée, se montre admirable‘ dans l'exercice de ses

fonctions d’hôtesse, si bien même que Girot sent

s'éveiller sa jalousie.

Isabelle aüssi est à cette heure mariée. Cantarelli apporte à Marguerite, pour les époux, la passe deman-

dée. Tout est prêt pour la fuite ; les relais sont com- …

mandés jusqu’à la Loire. Rendez-vous est pris pour huit heures ; la reine et Isabelle s’éloignent et Mergy reste seul avec Cantarelli. Pas longtemps, car Comminge, ponctuel en matière de duel, se présente presque aussitôt. Cantarelli fera office de second. Les adversaires disparaissent dans les bosquets. Pendant

divertissent en scène, se gardant bien d'intervenir. Une fois un des adversaires à terre, il sera temps de $ occuper de disposer du cadavre.

. Huit heures sonnent au Louvre. Marguerite et Isabelle reparaissent, mais Mergy n’est pas là. On voit passer une barque où, caché sous un manteau, se devine un corps humain inanimé! Ceux qui ont connaissance du duel ne doutent pas qu'on emporte le cadavre du gentilhomme béarnais. On ne sait comment instruire les deux femmes de ce malheur quand entre Cantarelli bouleversé. La parole lui manque. Tout ce qu’il peut dire, c’est que Comminge et Mergy viennent de se battre. Isabelle est au désespoir, mais un instant seulement, car Mergy paraît sain et sauf: c'est lui qui est sorti vainqueur du duel. Les deux époux s’éloignent en hâte tandis que baisse le rideau.

Zampa.

Opéra-comique en trois actes, paroles de Mélesville, musique de Ferdinand Hérold.

Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre royal de l’Opéra-Comique, le 3 mai 1831.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Zampa, corsaire ; Alphonse de Monza, officier sicilien; Daniel Capuzzi, contre-maître de

Zampa; Camille, riche héritière; une statue de femme;

Ritta, servante; Dandolo, sonneur.

La scène se passe près de Mélazzo, en Sicile, au XVII siècle, je

Zampa ou La fiancée de marbre, portaient les pre-

mières affiches ; car Zampa date de l’époque ou le sous-titre était de rigueur. La fiancée de marbre joue effectivement un rôle considérable dans la pièce, ainsi qu'on va le voir. Un rôle muet mais essentiel. Cette fiancée, dont la statue est visible et agissante d’un bout à l’autre, est celle d’Alice de Manfredi, morte d'amour après avoir été séduite par un misérable, le comte de Monza, frère aîné d’Alphonse de Monza. Le séducteur a disparu depuis longtemps et

lutte à la cantonade, les soupeurs, les archers se

TE net LENS NE de OMS PE et

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passe pour mort. Il vit cependant et n’est autre quele fameux corsaire et brigand Zampa, la terreur de l’Italie et de la Sicile.

Au début de l’action, Camille, fille du riche mar-

chand sicilien Lugano, s'apprête à épouser Alphonse de Monza, un jeune officier dont elle est très éprise. Les préparatifs du mariage sont avancés, on a envoyé Dandolo sonner les cloches et Lugano est attendu d'heure en heure : il est en effet parti en mer à la rencontre de quelques-uns de ses vaisseaux. Il devrait être déjà là.

- Alphonse, qui survient, reconnaîit la statue d’Alice Manfredi et raconte la tragique histoire des amours et de la mort de la jeune femme. C’est par lui que nous apprenons les détails rapportés ci-dessus.

On vient appeler Alphonse. Il part sans défiance, croyant retrouver ses camarades officiers ; en réalité il va tomber dans un guet-apens que lui tend Zampa. Car Zampa est à deux pas. Alors que chacun le croit sous les verrous, il approche et a tout machiné pour enlever à Alphonse sa fiancée et à Lugano ses richesses. Par son ordre, le marchand a été capturé en mer; Zampa lui rendra la liberté si Camille consent à l’épouser; si elle refuse, il mourra. Tel est le pacte scélérat qu'il vient proposer à la pauvre fiancée. Pour sauver les jours de son père la malheureuse souscrit à tout. Sur cette intrigue principale se greffe celle de Daniel, un sous-ordre de Zampa, mari évadé du mariage, dont la femme, Ritta, n’est autre que la femme de chambre de Camille. Ritta, croyant son mari défunt, aimerait bien reconvoler et a jeté les yeux sur Dandolo. /

À la fin de l’acte, Zampa et ses hommes occupent en maîtres le logis de Lugano. Comme ils font bonne chère, Zampa reconnaît la statue de celle qu'il trahit autrefois. Par bravade, il lui passe une bague au doigt. Un instant plus tard, comme il veut reprendre le bijou, la statue ferme la main et fait un geste de refus. Emu, mais n’en voulant rien paraître, Zampa crâne et boit pour se donner du courage. Le rideau baisse: sur une orgie. |

Aä second acte, nous sommes devant une chapelle, dans le site sauvage du Val Démoné. C’est là que tout à l'heure Camille va épouser Zampa. Une prière ouvre le tableau. Zampa, sûr de la victoire, triomphe. Son rival est prisonnier, rien ne peut sauver Camille. Ici, intermède comique : la réunion de Daniel et de Ritta.

Mais Alphonse à réussi à s'échapper, il a appris ce qu’il considère comme la trahison de Camille et vient en demander raison à l’infidèle. La malheureuse ne peut parler sans envoyer son père à la mort : même devant ce fiancé qu'elle adore, elle doit feindre d’épouser Zampa par libre choix. Alphonse est désespéré et ne peut s'expliquer pareille attitude, qu'il attribue à un ordre de Lugano. Il est bien résolu cependant à ne pas permettre que le mariage ait lieu et se prépare à intervenir à la tête de ses soldats au moment fixé pour la cérémonie.

Ce moment est arrivé : les époux marchent à l'autel. C’est alors que le théâtre s’obscurcit et qu’Alice de Manfredi, sortant d’un tombeau près de la chapelle, se dresse devant Zampa, lui barre le chemin et lui montre la bague qu'il a passée à son doigt. Cette rapide vision ne dure qu’un instant et n’a été aperçue que de Zampa seul. Le brigand, cette tois, est ébranlé; mais une fois de plus il se ressaisit et va franchir le seuil de la chapelle lorsqu’Alphonse paraît. Souvenons-nous qu'il n’a pas encore vu son rival. En se trouvant soudain en face de lui, il tressaille : il a reconnu le brigand et crie son nom à la foule. Mais il ne sait pas encore que ce brigand est son propre frère. Les soldats entourent le bandit; il va être puni, lorsque se produit le coup de théâtre : un messager annonce que le vice-roi fait grâce à Zampa à condition que celui-ci s’enrôle sous ses drapeaux dans la guerre contre les Turcs! |

De prisonnier honni, Zampa devient en un instant un chef acclamé. Camille est toujours plus irrémédiablement sacrifiée, et le rideau baisse sur la cérémonie nuptiale.

Le troisième acte se déroule dans la chambre nup-

he RES Gba D (er | tiale. Camille est mariée et Zampa va venir! Le pauvre Alphonse exhale son désespoir sous la fenêtre. IL fait plus : il entre par le balcon et propose à Camille de.

fuir avec lui. L’héroïque sacrifice de sa fiancée lui est …

désormais connu et il veut l’arracher aux chaînes qui. la lient. Mais Camille refuse : elle compte obtenir de Zampa la permission de se retirer au couvent.

Arrive Zampa avec Daniel : Camille s’est retirée dans son alcôve, Alphonse se dissimule sur le balcon. Nous apprenons par le dialogue des deux bandits que : sur l’ordre de Zampa la statue d’Alice de Manfredi a été jetée à la mer. La scène suivante se passe entre Zampa et Camille. Le brigand refuse net de jaisser sa femme se retirer au couvent. Alphonse va se précipiter sur le misérable, lorsqu'il entend Zampa révéler à Camille qu’elle est comtesse de Monza! Le bandit est son frère! Il jette le poignard dont il allait frapper. À l'appel de Zampa des hommes accourent et emmènent Alphonse accablé,

Restée seule avec son mari, Camille supplie, implore, verse toutes ses larmes. Zampa reste insensible. Il va même employer la violence et la pauvre femme fuit éperdue, ne sachant où se cacher. Comme la brute croit saisir sa victime, il frémit soudain : à la place de la vivante qu'il avait devant lui il trouve la Fiancée de marbre qui le saisit par le bras ! Impos-

Sible de s’arracher à cette étreinte ; sur la pierre polie,

le poignard se brise. Un coup de tonnerre éclate et la statue disparaît, entraînant avec elle le coupable dans l’abime.

La foule est accourue et pousse des cris d’effroi. Au même instant, le fond de la chambre disparaît; le

spectateur aperçoit le rivage de la mer, sur lequel est

dressée la statue d’Alice de Manfredi, dominant un peuple agenouillé. Camille est là, soutenue par Alphonse. Dans une barque, Lugano approche du rivage. Pantomime. Prière. Rideau.

Né à Houdain, près Arras, le 30 juin 1825, mort à Paris {e 4 novembre 1892. Le véritable créateur du bouffe fran-

çais. Musicien de peu de fond, mais doué d’un sens aigu

de la grosse bouffonnerie musicale, qui lui a valu de nom- AiPreux Succès.

Le Petit Faust.

Opéra-bouffe en trois actes et quatre tableaux, paroles de H. Crémieux et Ad. Jaime, musique de Hervé. - Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre des Folies-Dramatiques, le 23 avril 1860.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Faust; Valentin; Méphisto (travesti) ; Marguerite.

L'action se passe en pleine fantaisie, censément sous le règne de Clotaire VIII, mais, si l’on en juge par les apparences, dans le Paris du second empire.

Il s’agit ici d’une parodie, c’est-à-dire d’une chose qui ne devrait pas se raconter et qui serait à ranger plutôt dans le genre hybride de la revue de fin d’année. Celle-ci est d’une folie ahurissante qui passe toute imagination et défie toute analyse. Elle ne se reprend plus guère, parce qu’elle fourmille d’allusions qui ont vieilli et qui sont devenues parfaitement inintelligibles pour le public contemporain.

Nous allons essayer de dire en quelques mots très brefs comment MM. Crémieux et Jaime ont déformé le livret de Barbier {il va sans dire que Hervé a usé de la même liberté vis-à-vis de la musique de Gounod). | |

Faust est un vieux maître d’école qui enseigne les rudiments à de très jeunes élèves des deux sexes. Le premier acte se passe dans la salle d'école, où règne une indescriptible anarchie. Valentin, un soldat qui part pour la guerre, amène à Faust sa sœur, la petite Marguerite, et lui demande de la prendre en pension.

Marguerite a le diable au corps, et il paraît que c’est contagieux, car le vieux pédagogue s'aperçoit bientôt

PE

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qu’il a le diable au corps aussi. Ses efforts pour le E é

faire sortir aboutissent à un dédoublement : il se

trouve en face d’un joli petit Méphisto en travesti

qui lui donne la jeunesse.

Le second acte a pour théâtre la «Closerie des.

Vergiss-mein-nicht », c’est-à-dire une sorte de Jardin de Paris moderne, peuplé de beautés faciles. Méphisto y conduit Faust, un Faust vanné par la noce, qui s’épuise à rechercher la Marguerite qu'il a perdue. Il a chargé Méphisto de convoquer en ce lieu les Marguerite de tous les pays et devant lui défilent des

Anglaises, Italiennes, Françaises, Javanaises. Dans

aucun de ces groupes ne se trouve celle qu’il cherche.

Arrive Marguerite, la vraie, qui se présente sous les traits d’une cocote très achalandée. Faust la reconnaît et lui fait une déclaration brûlante. Il lui confie qu'il a rêvé d’avoir une femme à lui tout seul. Marguerite le croit toqué, mais quand elle apprend de Méphisto qu'il est très riche, elle accepte de jouer son rôle d’ingénue. Vite, un fiacre! Faust ne tient pas en place et brûle d'emmener sa conquête.

Le fiacre paraît, mais il est chargé! Faust offre au

cocher vingt mille francs pour se défaire de son client. La proposition est tentante et le cocher s’efforce de débarquer son voyageur. Mais ce voyageur n’est autre que Valentin, qui rentre de la guerre et se fait conduire chez sa sœur. Quand ce guerrier reconnaît Marguerite il entre dans une grande fureur et provoque Faust en duel. Au milieu du combat, Méphisto intervient et fait le «coup de la tabatière» (les auteurs veulent bien nous expliquer que les adversaires sont «aux prises»). Il offre donc une prise à Valentin, et pendant que celui-ci se sert, Faust peut tout à loisir le transpercer de part en part. Sans plus s'inquiéter du sort de son frère, Marguerite s'en va avec son nabab.

L'acte suivant se passe dans la «chambre virginale». Marguerite, en mariée, chante au rouet. Faust la contemple avec attendrissement. On apporte aux époux la soupe au vin traditionnelle (ceci ne se com-

prend plus guère aujourd’hui). De la soupière sort

Méphisto sous les traits d’Adolphe, le dernier amant de Marguerite, qui met la puce à l'oreille du marié, en lui apprenant sur sa femme certains détails tout à fait intimes. Pour effacer cette fâcheuse impression, Marguerite joue le grand jeu, la scène de la candeur et des aveux rougissants. Faust avale tout.

Comme tous deux découvrent la soupière, une nouvelle apparition en sort : la tête de Valentin.

Pour finir, Faust avoue à Marguerite qu’il a voulu lui faire une surprise; pour satisfaire le désir qu’elle avait exprimé — «une chaumière et ton cœur» — il s'est volontairement ruiné. À cet aveu, l’ingénue le lâche avec la plus grande désinvolture.

Jadis, la pièce se terminait sur un dernier tableau, la Nuit de Va-te-Purgis, où l’on voyait Méphisto, entouré des péchés capitaux, condamner Faust et Marguerite à danser pendant l'éternité. Aujourd’hui, on termine généralement sur le troisième tablenu, complété par une parodie du trio de Faust: « Anges purs, anges radieux...», chanté comme dans la pièce originale en montant d’un ton à chaque reprise, mais avec cette variante: la première fois le thème se chante sur le plancher, la seconde sur des chaises et la troisième sur la table. à

C’est, on le voit, tout ce qu’on peut imaginer de plus épileptique. |

Mam’zelle Nitouche.

Comédie-vaudeville en trois actes, paroles de H. Meilhac et À. Millaud, musique de Hervé.

. Représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre des Variétés, le 26 décembre 1883,

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Célestin, organiste-compositeur; Fernand de Champlâtreux, jeune officier; le major comte de Château-Gibus; Denise de Flavigny, pensionnaire ; la supérieure du couvent des Hirondelles ;-Corinne, actrice.

La scène se passe à Pontarcy, de nos jours.

Un charmant livret où l’on reconnaît vite la patte de Henri Meilhac. Bien qu'intitulée comédie-vaude-

M ARE APM | SNA ATE \

ville, la musique tient dans la pièce assez de place pour que Mam’zelle Nitouche figure au répertoire de l’opérette, dont elle est une des plus solides colonnes.

Célestin est un personnage à double face; sorte de.

Janus musical. Au couvent des Hirondelles, il remplit

les fonctions d’organiste et de maître de musique; mais, sous ces dehors austères se cache un composi- :

teur léger, qui a écrit une opérette, Cadet et Babet, acceptée au théâtre de Pontarcy et signée du pseudo-

nyme de Floridor. Toute la journée, Célestin remplit … ses fonctions au couvent; le soir, quand les pension-. naires dorment, il saute le mur et, métamorphosé en

Floridor, il se rend au théâtre où il surveille ses répétitions. En répétant, on cause, et une liaison s'est ainsi établie entre Célestin-Floridor et Corinne,

l'étoile chargée du rôle principal dans Cadet et Babet.

Mais Corinne est la maîtresse attitrée du major comte de Château-Gibus, frère de la supérieure du couvent des Hirondelles, et le major ayant surpris le mæstro

aux pieds de Corinne, a appliqué un coup de pied

dans le bas du dos de son rival, sans apercevoir son visage toutefois.

Les choses en sont là lorsque s'ouvre l’action. Nous

sommes au couvent, le matin, et Célestin rentre fur-

tivement, après la scène que nous venons de raconter.

Une semelle de botte bien marquée sur sa redingote révèle l’acte de violence dont il vient d’être victime.

1 , 47 . J Il n’a qu'une idée, rentrer vite dans sa chambre et

effacer toute trace du drame. Un instant, la supérieure

le retient, pendant lequel il a bien soin de ne se mon-

trer que de face. Resté seul, il va pour sortir, mais cette fois c’est le major qui surgit et le retient encore. I] réussit enfin à s’éclipser. |

L’entrevue qui suit est pleine de saveur. Le major s’'épanche dans le sein de sa sœur, la supérieure, scandalisée qu'il lui raconte ses mésaventures extraconjugales. Toutefois ce n’est pas là le but principal

de sa visite. Il vient demander l'autorisation pour son. subordonné, le jeune vicomte Fernand de Champlä-

treux, de causer un instant avec une des pension-

naires, Denise de Flavigny, que sa famille désire lui

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