HERVÉ
de Pontarcy, au moment où s'achève le premier acte
de Cadet et Babet. Une grande baie dans le fond ou-
vre sur la scène, vue de derrière. Les acteurs et actri- ces, y compris Corinne, sortent de scène : c'est un.
succès et tout le monde est enchanté. Des officiers viennent féliciter les interprètes, parmi eux Champlä-
treux, qui annonce son départ et son prochain ma-
riage avec une jeune fille parfaite, paraît-il, mais qu'il n'a jamais vue.
Arrive aussi le major, qui a avec Corinne une explication mouvementée. La fine mouche n’a pas de peine à convaincre son amant de son innocence et exige qu'il fasse des excuses à Floridor. Non sans se faire ürer l'oreille, le major consent. Corinne l’a convaincu que, lorsqu'il l’a surprise avec le mæstro, celui-ci lui faisait répéter une scène de sa pièce.
Le major est parti à Îla recherche de Célestin. Celui-ci arrive sur ces entrefaites, et quand le major revient au bout de quelques instants, il retrouve Corinne et Floridor dans la posture exacte où il les avait surpris la veille. [Il ne peut retenir son indignation et le pauvre Floridor reçoit le frère jumeau du coup de pied déjà reçu vingt-quatre heures auparavant. Corinne est furieuse et part en claquant les por-
tes. Elle n’achèvera pas la représentation ! Mais le
major commence à y voir clair et à identifier le compositeur avec le maitre de chapelle des Hirondelles. Pour l'instant toutefois, le plus pressé est de courir après Corinne et il part.
Sur le seuil de la porte il croise Denise, qui a réussi à s'échapper de sa chambre d’hôtel et qui, ignorante des lieux, cherche à s’introduire dans la salle. Elle
rencontre au foyer Champlâtreux, à qui elle confie :
son désir de voir l’opérette, une opérette qu’elle sait par cœur ! Champlâtreux s’éprend immédiatement de l’ingénue et déclare ne plus vouloir se marier. Et puisque Denise veut entrer dans la salle, il va lui chercher une place. À Le directeur arrive en trombe, bouleversé : Corinne ne veut pas jouer. Elle revenait pour cela, mais elle a vu Denise et l’a prise pour une maîtresse de Floridor,
ane rivale ! Cette fois, c’est fini. La représentation est impossible, il faudra rendre l’argent. Comme il se sole, Champlâtreux et Denise reviennent : dans la salle, pas une place de libre. On les met au courant de la situation et Champlâtreux a une idée : puisque Denise connaît le rôle, pourquoi ne le jouerait-elle
pas au pied levé ? Denise se récrie,. mais on vient à ‘1 out désdrésistance, onlemmèene,/on Fhabille, vite, : 110% une annonce au public, et en scène pour le deux! : Denise est devenue divette sous le nom de Mam’zelle Nitouche.
Dans le foyer vide, Célestin reparaît, effondré. Il sombre au port. Mais, qu'est cela? Sur la scène on chante, le public applaudit. La pièce se joue donc? Qui a bien pu remplacer Corinne? Son incertitude n'est pas de longue durée, car Denise rentre au foyer, toute rouge de plaisir et étourdie de son succès. Célestin n’en croit pas ses yeux. [1 voudrait emmener bien vite son élève, mais, comme ils vont partir, le major survient furieux et bloque la sortie. Denise manque encore le train de minuit cinq! |
L'acte suivant se passe au quartier de cavalerie, devant le mess des officiers. Le brigadier Loriot fait au public de mélancoliques confidences. Des soldats “amènent Célestin et Denise, qu’ils ont surpris en train de sortir du théâtre par la fenêtre. Les officiers sur- . venus reconnaissent les fugitifs, les font élargir et les
<mmènent au mess pour célébrer leur succès en sablant le champagne.
Loriot revient ivre et encore plus mélancolique. Il est surpris dans cet état par le major, qui, toujours furieux, vient au quartier faire diversion à sa rage au As
moyen d’un contre-appel. ie
Célestin, sorti un instant du mess, se trouve tout à coup nez à nez avec le major. Il feint de monter la garde. Dans son agitation, le major ne le reconnaît pas ; il le prend pour un vingt-huit jours et l’envoie se faire couper les cheveux. Soulagé par cette exécution, il s’en va. | |
. Pas plutôt est-il loin que du mess sortent les officiers entourant Denise-Nitouche, très gaie, très lancée et
PU
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qui chante crânement des refrains de régiment. Arrive Champlâtreux, qui reconnaît Nitouche et est un peu estomaqué de la retrouver dans un quartier
de cavalerie et en train de se livrer à de pareils exer-
cices. | | Le major reparaît. Il ne faut pas qu’il voie Nitouche : une femme au quartier, ce serait grave ! On fait disparaître Denise dans le magasin.
Mais Loriot va vendre la mèche. Complètement gris, il sort du magasin en chantant, un éventail à la main. Un éventail! il y a donc une femme par là. Le major va faire fouiller le magasin, quand Denise en sort costumée en dragon. Elle se présente comme réserviste. Le major se méfie. Il organise des épreuves pour Denise et Célestin, désormais tondu. Ces épreuves donnent lieu à des scènes comiques. Mais le major ayant voulu tâter, Denise lui applique une maîtresse gifle et s'enfuit.
Changement de tableau : le décor du premier acte. Denise et Célestin, tous deux en dragons, sautent le mur avec précaution. Impossible de partir; plus d’effets, plus d’argent ! Tous deux se hâtent d’aller se changer. Mais le pauvre Célestin n’a plus à sa- disposition qu’un complet de touriste assez grotesque.
C’est dans cet accoutrement que le retrouve la supérieure qui le croit à Paris et qui demande des explications. Jamais il ne s’en tirerait si Denise ne venait à son aide. Elle a inventé toute une petite histoire : elle a appris qu’on voulait la marier, et ne pouvant s'y décider, elle a préféré rentrer au couvent. La supérieure est édifiée par cette irrésistible vocation !
Le major a ensuite avec sa sœur une conversation. Champlâtreux n’épouse plus. Comme ça se trouve: Justement Denise ne veut pas se marier non plus! Mais le major aperçoit Denise et reconnaît cette fois parfaitement la personne qui l’a giflé. Toutefois, il feint d'accepter les dénégations de la coupable. I] lui apprend la décision de Champlâtreux, qui s’est subitement épris d’une certaine Nitouche, chanteuse d’opérette. Denise apprend ainsi que celui qu’elle aime déjà n’est autre que le fiancé qu’on lui destinait. Il
s’agit maintenant de raccommoder les affaires. C’est dur, mais on peut être certain que Mam’zelle Nitouche sera à la hauteur de sa tâche.
Elle demande une entrevue — derrière le paravent, cela va sans dire ! — avec M. de Champlâtreux. On la lui accorde et la rusée péronnelle s'arrange à faire une confession qui fait ouvrir de grands yeux à son ex-fiancé. Ainsi, Denise et Nitouche ne sont qu’une seule et même personne. Le paravent tombe et les deux amoureux sont aux bras l’un de l’autre. C’est en cette posture que les retrouvent le major et la supérieure. Denise a si bien manœuvré que même en cette circonstance difficile la supérieure n’hésite pas à la déclarer un ange. | Entre temps le major a reconnu Célestin-Floridor.
Mais là aussi tout s'arrange. Corinne l’a convaincu une fois de plus de son innocence! dre
Henri Hirchmann.
M. Henri Hirchmann (pseudonyme de V.-H. Herblay) est né à St-Mandé près Paris le 30 avril 1872. C’est parmi les compositeurs d’opérettes contemporains un des plus estimés.
La Petite Bohème.
Opérette en trois actes, paroles de Paul Perrier, d’après Henry Mürger, musique de Henri Hirchmann.
Représentée pour la première fois à Paris, au Théâtre des Variétés, le 21 janvier 1905.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Carolus Barbemuche, précepteur du vicomte de la Bretêche ; le vicomte Paul de la Bretêche ; Rodolphe; Colline; Marcel; Schaunard ; Monetti, fumiste enrichi, père d’Angèle; Mimi; Musette ; la comtesse de la Bretêche ; Angèle Monetti; etc.
La scène se passe à Paris, en 1845.
La Petite Bohéme est un des nombreux ouvrages tirés de la Bohème de Mürger. La plupart de ces adaptations scéniques ont une fin tragique; il était indiqué de tirer d’un livre aussi gai une action qui
MO er - HENRI
fût franchement gaie jusqu’au bout, et c'est ce qu'a - voulu faire M. Paul Perrier. .
Rodolphe, homme de lettres, a été chargé par son . oncle Monetti, enrichi dans l’exercice de la fumisterie
et père d’uné fille charmante à laquelle il donne
300 000 fr. de dot, d'écrire un traité : le Manuel du parfait fumiste. Mais peu confiant dans l’assiduité au travail de son neveu, M. Monetti l’a consigné sur la terrasse de sa maison, où se passe le premier acte, et où il lui fait monter ses repas par un domestique. Pour éviter les tentatives d'évasion, l’oncle a retiré à son neveu ses vêtements de ville et les a remplacés par un costume turc. Rodolphe est donc censé écrire le Manuel, mais l'inspiration manque : il n’a pas encore tracé une ligne, et voici des jours qu'il est là. Sous la terrasse habite une dame, et cette dame n’est autre que Musette, amie intermittente de Marcel, le peintre camarade de Rodolphe. Elle est actuellement. entretenue par un baron qui l’ennuie. S’étant aperçus du voisinage, Musette et Rodolphe ont tôt fait d’établir des communications par une vieille trappe rouillée. Lo Eu Arrive, par la trappe, Marcel. Celui-ci se réconcilie avec Musette, qui enverra son congé au baron. Marcel est l’invité de Musette, et il n’est pas le seul : Le toit de Rodolphe va bientôt être garni d’une nombreuse et joyeuse compagnie. C'est d’abord Colline, le philosophe ; puis Schaunard, d’autres encore, et leurs amies. Parmi les dames se trouve Mimi, dont Rodolphe s’éprend instantanément. L'accord n’est pas long à conclure, et pour célébrer les accordailles on décide de faire un festin. La difficulté des vivres n'arrête pas longtemps la Bohême. Il y a d’abord le panier, contenant le diner de Rodolphe, puis le dîner préparé ar Musette. Cela serait très insuffisant, mais parmi es convives se trouve Carolus Barbemuche, précepteur du jeune vicomte Paul de la Bretêche, qui ambitionne d’être admis au cénacle, et qui payera son admission de victuailles abondantes et choisies. La cérémonie d'admission, combinée avec les fiançailles de Rodolphe et de Mimi, termine le premier acte. .
Le second acte se passe à l’hôtel de la Bretèche, où Barbemuche est censé faire piocher le droit au vi- comte. Le précepteur a de graves préoccupations : . pour rendre à ses amis du Quartier Latin leur poli- tesse, il n’a rien trouvé de mieux que de les inviter à
une soirée au domicile de la comtesse de la Bretêche, une royaliste intransigeante sur les principes. Il a cru pouvoir profiter d’une absence dé la noble dame. Mais il lui faut la complicité du vicomte, qu’il obtient sans peine lorsque ce dernier apprend que Musette sera de la partie. Il aura aussi celle du vicomte Maurice de la Fouchardière, ami de Paul, très épris d’une autre invitée nommée Mimi. Mimi se laisse faire la cour, parce qu'elle est lasse de la misère et entrevoit des jours d’abondance. Musette vise plus haut : elle veut se faire épouser par Paul et ne lui donnera rien que « la bague au doigt ».
Nous assistons à une entrevue ménagée par la comtesse entre Paul et Angèle Monetti, dont la dot serait la bienvenue pour redorer le blason des la Bretèche. Après quoi les personnages graves se retirent; la comtesse part pour Montmorency et la place est libre pour les invités de Barbemuche. Ils arrivent costumés: ce sont les mêmes qu’à la fin du premier acte; Barbemuche costumé en Catherine de Médicis a beaucoup de succès, et tout irait bien si la comtesse ne rentrait inopinément. Outrée, la noble dame appelle la garde, qui arrive commandée par Monetti. Les danseurs sont mis en état d’arrestation comme le rideau tombe,
Un certain temps a passé entre le second et le troisième acte. Musette a réussi à se faire agréer comme fiancée de Paul de la Bretêche. Marcel ne se console pas de l’abandon de son amie. Rodolphe supporte plus stoïquement le départ de Mimi, devenue l’amie de Maurice de la Fouchardière ; mais, au fond, il y pense sans cesse. Au lever du rideau, les deux amis sont en train de travailler — ou de faire semblant — au restaurant de l'Ermitage, à Montmorency. Arrive bientôt la Bohème : Schaunard, Colline, Jacques et leurs amies. Une tuile dorée s’est abattue sur leurs
têtes et ils viennent dépenser leur argent à la campagne. Tous ensemble partent pour une partie à ânes. Colline reste seul en arrière pour s'occuper du diner. L’hôte a justement la commande d’un dîner de noce, la noce de Paul de la Bretèche! Mais ce dîner s’annonce mal. Barbemuche, envoyé par la comtesse, décommande de nombreux couverts dont l’hôtelier fera profiter la Bohème.
Pendant un instant la scène reste vide : arrivent.
Mimi et Maurice, et nous assistons à une rupture. Pas plus tôt sommes-nous sûrs que Mimiest libre, surviennent les gens de la noce : elle est lugubre, la noce |! La comtesse pleure ; Monetti, qui est là avec Angèle, toute prête à prendre une succession qu on devine devoir s'ouvrir bientôt, la réconforte. Paul est maussade et Musette, au moment de sauter le pas, éprouvedegraves appréhensions. Aussi, quand revient la Bohème, la dénouement se précipite. Mimi, qui s'était esquivée, rentre au bras de Rodolphe, et après quelques mots d'explication sur le mode sentimental, Musette saute au cou de Marcel. C’est en cette posture que les trouvent Paul et sa mère : il ne sera plus question de mariage, de ce côté du moins, car il est évident, lorsque le rideau baisse pour la dernière fois, que Paul fera une fin en épousant Angèle Monetti.
Les)Hirondelles.
Opérette en trois actes, paroles de Maurice Ordonneau, musique de Henri Hirchmann.
Représentée pour la première fois en Allemagne, à Berlin, au Central-Theater, en janvier 1903; pour la première fois en langue française à Bruxelles, au Théâtre royal des Galeries St-Hubert, le 17 novembre 1906; enfin pour Îa première fois en France, à Paris, au Théâtre de la Gaîté, le 14 février 1907.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : André Balivet, étudiant; Bri-
gnol, étudiant; Jean, domestique d'André; le chanoine Plantavoine, oncle de Modeste Blanchard ; Pomponette, directrice d’une troupe de comédiens ; Modeste Blanchard, fiancée de Brignol; Cécile, fiancée d'André; la directrice du pensionnat des Hirondelles.
L'action se passe au temps des diligences, à Versailles et à Saint-Cyr, sous Louis XV ou Louis XVI.
Voici une opérette dans le moule classique, à quiproquo et à travestissement. Le premier acte se passe au relai des diligences, à Versailles, non loin du pensionnat des Hirondelles, maison d'excellente tenue, où sont éduquées des demoiselles de bonne maison. Dans ce pensionnat se trouve une nommée Cécile, qu'on a mise là pour couper court au roman esquissé entre la jeune fille et un étudiant du nom d'André. Toujours au dit pensionnat on attend une nouvelle élève, Modeste Blanchard, qui doit arriver accompagnée de son oncle, le chanoine Plantavoine, et qu'il s’agit également d’éloigner d’un jeune étudiant, Bri-
nol. L’économe du pensionnat, un ivrogne, attend
a diligence qui doit amener les deux voyageurs, in-
connus de lui, du reste. Enfin, une directrice de tournée théâtrale, Pomponette, qui fut la femme légitime d’un acteur, aujourd’hui domestique d'André, se trouve à Versailles et souhaite donner une représentation au pensionnat des Hirondelles. Telle est la situation lorsque l’action se noue.
Il y a foule pour attendre le coche. Les comédiens et comédiennes de Pomponette entourent le commissaire. Or Pomponette a un faible pour tous les commissaires : c'est ce qui a amené la séparation d’avec son mari. Les commissaires se la recommandent d’une ville à l’autre, et, grâce à une recommandation de ce genre, la troupe obtient vite l'engagement qu'elle désire.
Entrent André et son domestique Jean (le mari de Pomponette). Ils font des plans pour pénétrer aux Hirondelles et faire évader Cécile qui y est enfermée. {ls apprennent de l’économe, abominablement gris, qu’on attend une demoiselle Blanchard et son oncle, le chanoine Plantavoine. Le moyen d’entrer dans la place est trouvé : André se déguise en demoiselle, Jean en chanoine et l’économe fera le reste. Il s’agit toutefois d’éloigner le vrai chanoine et la vraie Modeste, que la diligence amène juste à ce moment. Pour cela, les conspirateurs font croire aux nouveaux arri-
pe re
vants qu’il n’y a plus de place au pensionnat et qu’on les envoie à la maison-mère de Paris. Modeste et son
oncle repartent sur-le-champ, emportant sans s'en . douter les bagages d'André et de Jean en échange des leurs, qui fourniront aux mystificateurs les vêtements
dont ils ont besoin. Modeste est du reste complice, car André lui a conté son histoire et elle lui a confié de son côté son amourette avec Brignol. Tout s’arrange à merveille : André connaît Brignol, qui va. venir dans l'espoir fou d’un enlèvement, et lui fera tenir un billet par lequel Modeste lui donne rendezvous à Paris.
Comme l'heure d’aller aux Hirondelles a sonné, André confie le billet à l’aubergiste.
Le chanoine et sa nièce sont partis dans une direction, André et Jean dans l’autre. Survient Brignol et . une troupe d'étudiants. Ils houspillent l’aubergiste qui pour se venger détruit le billet de Modeste. André ignorera donc que son amie l'attend à Paris et, la croyant aux Hirondelles, il conclut un pacte avec Pomponette, qui accepte d'introduire les étudiants au couvent comme acteurs de sa compagnie.
Le deuxième acte se passe au pensionnat des Hirondelles. Nous faisons connaissance avec les élèves et . leur directrice, après quoi Pomponette et sa troupe (y compris Brignol et ses amis) sont introduits. Ils se
retirent une fois les détails de la représentation pro-
jetée arrêtés. |
Arrivent André en Modeste Blanchard et Jean en chanoine Plantavoine, conduits par l’économe. La nouvelle est présentée à ses compagnes qui lui témoignent beaucoup d’amitié. Jean se tient bien mal et risque de faire découvrir la supercherie. Toutefois la présentation se passe sans incidents fâcheux. Modeste est chargée d’assister au bain des pensionnaires et de les frictionner au gant de crin, après quoi elle ira poser des ventouses à la directrice. André prend goût à son rôle ! Les choses risquent pourtant de se gâter quand survient Cécile, qui reconnaît en la nouvelle son propre fiancé. Mais laissés un instant seuls, Cécile et André ont vite fait de s'entendre, lors même
HENRI HIRCHMANN que la jeune fille est dévorée de jalousie à voir les pri- vautés de ses camarades avec celui qu’elles prennent pour une demoiselle. | | | - Dans la scène suivante, Jean se trouve en face de Pomponette. Les deux époux se reconnaissent etconcluent un pacte de réconciliation à terme. Puis c’est la rencontre de Brignol et d’André, les explications indispensables. André apprend à son ami ce que le billet détruit n’a pu lui apprendre. La vraie Modeste est à Paris. Les deux camarades font alliance pour délivrer leurs deux amies.
Tout irait le mieux du monde sans l’arrivée de la vraie Modeste et du vrai Plantavoine. Il faut à André et à Jean toute leur astuce pour se tirer de ce mauvais pas. Ils y parviennent grâce à la substitution de bagages : Modeste et Plantavoine sont convaincus d’imposture. [ls seront incarcérés en attendant d’être livrés à la justice.
Arrivent les étudiants. Modeste, qui a reconnu Brignol, comprend tout et déclare maintenant tout ce que veulent bien lui souffler ses amis : elle-même et son oncle sont des comédiens ambulants ! Pomponette s’en mêle, et sous les yeux de la directrice et du vrai Plantavoine suffoqués, tout s'achève par des chansons irrévérencieuses, auxquelles les demoiselles des Hirondelles prennent un plaisir d’autant plus vif qu'il est plus rare dans la maison.
Au dernier acte, Modeste et Plantavoine, qui ont été incarcérés dans une soupente ouverte à tous les vents, nous apparaissent mouillés et grelottants. Pendant cette première scène, une cérémonie religieuse commence à la chapelle.
Sur la scène demeurée vide, paraissent Jean, André, Brignol, toujours travestis, complotant l'évasion de Cécile et de Modeste. Pomponette survient : ellea les clés! En un tour de main, Modeste est libre. Cécile, évadée de la chapelle, est là aussi. Les conspirateurs vont s’esquiver quand surgit la directrice. Elle empèche l'évasion mais n’a pas de soupçons et annonce l’arrivée du commissaire, le galant commissaire du premier acte.
202 HUMPERDINCK re Celui-ci fait son entrée. Il est pressé d’en finiravec cette histoire de faux chanoine et de faux comédiens qui ne le passionne guère. Les dépositions des témoins ne lui apportent aucune lumière. De toute la cause il réussit à faire un imbroglio inextricable et s’entête à voir en Jean un chanoine, un domestique en Plantavoine, un homme en Modeste, une jeune fille en André. Pomponette achève de lui faire perdre la tête en usant de toutes ses séductions. Le pauvre Plantavoine, condamné à jouer son rôle de domestique, se persuade qu'il est victime d’une vengeance de son archevêque.
Mais tout finit par s'arranger à l’arrivée des gendarmes. Chacun des acteurs de la mascarade, y compris le commissaire, ayant quelque peccadille à se reprocher, croit d’abord que la maréchaussée est là pour lui. En fait, les gendarmes recherchent Plantavoine, qui vient d’être nommé à un évêché. Cette promotion facilite le dénouement. Chacun reprend sa véritable identité. Le commissaire classera l’affaire et se consolera d’avoir fait buisson creux dans les bras de Pomponette. André épousera Cécile; Brignol épousera Modeste, et le nouvel évêque Plantavoine bénira les deux unions. |
Engelbert Humperdinck.
Né à Siegburg sur le Rhin, le 1 septembre 1854. Ami et disciple de Wagner, Humperdinck est un des rares musiciens qui aient réussi à se faire une place à côté du géant. Hænsel et Gretel, les Kœnigskinder comptent aujourd’hui parmi les plus fermes colonnes du répertoire, en Allemagne et en tous pays.
Hænsel et Gretel.
Conte musical en trois actes et cinq tableaux, de Adelaïde Wette, pour le poème, et de Engelbert Humperdinck pour la musique; version française de Catulle Mendès.
Représenté pour la première fois en allemand à Weimar, en 1893 ; en français, à Paris, sur le Théâtre national de : # l’Opéra-Comique, le 30 mai 1900.
! PRINCIPAUX PERSONNAGES : Hænsel, petit garçon ; Gretel, "petite fille. Le père ; la mère ; Grignotte, ogresse.
La scène se passe en pays germanique, époque contem-
poraine.
HUMPERDINCK 203
C'est un conte de fées. Il en a toute la naïveté, toute
la fraîcheur. Le fantastique, le merveilleux, lui font
une atmosphère naturelle. Grâce à la musique, c’est en outre une œuvre d’un art exquis, à la fois populaire et savant, où la simplicité cherchée est obtenue par des prodiges de science et d’habileté, sans que jamais l'effort soit sensible. Aussi le durable succès de l’œuvre de Humperdinck est-il un des plus légitimes qui soient.
- Hænsel et Gretel sont les deux enfants d’un marchand de balais. Le ménage est dans une profonde misère, et la chaumière sur laquelle lève le rideau est de l’aspect le plus misérable. Les deux enfants, seuls
au logis, n'ont rien mangé depuis longtemps et attendent le retour de leurs parents. La mère arrive la pre-
mière ; elle est de mauvaise humeur et, en distri-
‘buant libéralement les taloches, elle renverse et brise
le pot contenant le lait qui devait faire le fond du repas du soir. Désolation! Allons, il faut trouver autre chose, et la mère envoieles enfants au bois pour chercher des fraises.
Entre le père. Il est tout joyeux. Il a bu ; mais il rapporte de l’argent, car la vente a bien marché et tous les balais sont placés. Mais où donc sont les enfants? Au bois, répond la mère. Malheur! dit le père. Le soir approche et dans le bois guette l’ogresse Grignotte, qui met au four les petits enfants et les transforme en pains d'épice. Alarmés, les parents partent à la recherche de Hænsel et de Gretel.
Le second acte se passe dans la forêt, près du Roc Voilé, repaire de la sorcière. Le soir baisse, mais les enfants, insouciants, n’y prennent garde. La cueillette des fraises a été abondante : sous prétexte de les goû-
ter, les enfants les mangent toutes. Il est trop tard à
cette heure pour en chercher d’autres ; la nuit tombe et toute sorte d’apparitions fantastiques sèment maintenant la terreur dans l’âme des pauvres mioches.
: HUMPERDINCK
Cependant l'Homme au sable passe. C’est lui qui, : quand vient la nuit, jette du sable aux yeux des enfants et les fait dormir. Le sommeil est le plus fort : Hænsel et Gretel s’endorment aux bras l’un de l’autre. Ne vont-ils pas être la proie de l’ogresse ? Non, car ils ont fait sagement leur prière, et pas plutôt ont-ils fermé la paupière que le fond sombre de la forêt s’entr'ouvre: un superbe escalier lumineux disparaît . dans les frises, et de tout en haut descendent en deux rangées de beaux anges gardiens qui veilleront sur les petits jusqu’au réveil. Ce tableau, qui termine le . deuxième acte, est un ravissement pour les yeux … comme pour les oreilles. |
Au troisième acte, c'est le matin. Les enfants dorment toujours. Passe l'Homme à la rosée qui les éveille en les aspergeant de son goupillon. Eh
Mais quel est ce prodige : le fond de la scène s’ouvre et l’on voit paraître la maison de Grignotte. C’est une maison dont tous les matériaux ne sont que friandises. La haie du jardin est faite d’une rangée de bonshommes de pain d'épices. Dans un coin est le four où la sorcière fait cuire ses victimes.
Les enfants, qui ont grand faim, ne résistent pas à la tentation de tant de bonnes choses : ils mangent des morceaux de la maison de l’ogresse. Celle-ci sort de chez elle et câline les petits, qui viennent à propos pour regarnir son garde-manger. Par des mots cabalistiques elle les cloue. sur place et les empêche de fuir, puis elle active son feu. C’est Gretel, plus grassouillette, qui sera cuite la première. Pour ne pas être. gênée pendant l'opération, elle enferme Hænsel dans une cage. | |
Mais les enfants sont malins. Ils observent avec soin les gestes magiques de la sorcière. Quand le four est prêt, au moyen d'un petit bâton, Hænsel ouvre la porte de sa prison et vient se placer derrière sa sœur. Grignotte ordonne à Gretel d’entrer dans le four. La petite fait semblant de ne pas savoir s’y prendre. Oubliant toute prudence, la mégère lui montre alors le geste à faire ; mais pas plutôt s’est-elle penchée sur l’ouverture que les deux enfants la font basculer et
rgent de friandises, cependant que la fournaise
devient de plus en plus ardente et finit par s'effondrer
avec un craquement formidable.
Oh ! surprise ! A la place des bonshommes de pain
d'épices qui formaient la clôture du jardinet, on
aperçoit maintenant une rangée d'enfants immobiles
et comme figés. En les caressant, en prononçant les
mots cabalistiques de la sorcière, les enfants dissipent l’'enchantement qui les retenait captifs et les voici maintenant qui rient et gambadent.
C’est au milieu de cette scène de joie qu’'arrivent le père et la mère. Les braves gens pleurent de joie en retrouvant leurs chéris sains et saufs.
Des cendres du four, les enfants libérés ont retiré une énorme Grignotte en pain d'épices. Le tableau final est une scène d’immense allégresse, qui s'achève du reste pieusement par la prière :
C’est au pire du chemin Que le bon Dieu nous tend la main.
& | Paul-Marie-Vincent d’Indy.
Né à Paris le 27 mars 1851. Considéré à bon droit comme le meilleur élève de C. Frank. Fondateur de la Schola cantorum. Un musicien merveilleusement doué, d’une science prodigieuse, une haute et belle conscience artistique. Ecrit lui-même les poèmes de ses drames musicaux,
à l’imitation de Wagner, dontil fut en France un des cham-
pions.
Fervaal.
Action musicale en trois actes et un prologue, paroles et musique de Vincent d’Indy.
Représentée pour la première fois à Bruxelles, sur le théâtre royal de la Monnaie, le 12 mars 1897. Première représentation à Paris le 10 mai 1898, sur le théâtre national
de l’Opéra-Comique.
PRINCIPAUX PERSONNAGES: Fervaal, chef celte; Arfagard,. druide ; Guilhen, Sarrasine.
Le lieu de l’action est, pour le prologue et le ‘premier
acte, dans l’extrême midi de la France ; pour le 2”° et le 3”°. actes au pays de Cravann, dans les hautes Cévennes, à l’époque légendaire des invasions sarrasines. A JA
Un drame puissant et profond, empreint d’un mysticisme un peu nuageux. Non sans analogie avec le Crépuscule des dieux, de Wagner. |
Au prologue, Fervaal, dernier descendant de la race | des chefs, des demi-dieux celtes, accompagné d’Arfagard, le plus haut des druides, lutte comme un lion contre une horde sarrasine. Il tombe blessé et ses ennemis vont l’achever quand paraît Guilhen, une Sarrasine révérée comme magicienne par les siens, qui le prend sous sa protection et obtient d’Arfagard l’autorisation de l'emmener chez elle et de guérir sa blessure. Cette autorisation, elle ne l’obtient pas sans peine, car Fervaal est consacré aux dieux et a prononcé le serment terrible : la malédiction de l’amour. Pour mériter la dignité de brenn suprême, il doit se conserver pur de toute souillure. Guilhen est donc le danger ; mais comme à ce danger la mort est la seule alternative, Arfagard se résigne.
Le premier acte se passe dans les jardins de Guilhen. Le héros est guéri, mais il s’attarde dans la douceur de ce séjour, sans bien se rendre compte de la raison qui le fait demeurer. Cette raison, c’est le regard de Guilhen dont il subit le charme. La farouche Sarrasine s’est éprise du beau guerrier, elle voudrait le garder et qu'il fût tout à elle. Fervaal aime aussi sans le savoir et se fixerait volontiers auprès de la femme. Mais Arfagard veille et rappelle son élu au devoir. [Il donne l’ordre du départ. Tous deux vont se rendre au pays de Cravann, où Fervaal sera consacré brenn. |
Avant le départ toutefois a lieu l’entrevue suprême entre Fervaal et Guilhen. Enivré par la volupté qui émane de la magicienne amoureuse, le héros oublie un instant son serment et il échange avec elle le baiser fatal, qui ouvre les paradis ignorés. Fou encore de ce baiser, il est rejoint par Arfagard qui l’entraine.
Telle Armide, Guilhen passe de l’amour à la fureur lorsqu'elle se voit abandonnée. Elle sait où se ren-
dent les fugitifs. Elle les rejoindra, mais en assouvissant sa soif de vengeance. Elle lance les hordes sar- rasines sur le pays de Cravann.
Deuxième acte : au pays de Cravann. Dans un sauvage décor cévenol, un autel druidique. C’est là que
doivent se réunir les chefs celtes à l’appel d’Arfagard
pour élire un brenn de guerre. Dialogue mystérieux entre Arfagard et le serpent Kaïto, fantasmagorie, prophéties qui font pressentir le crépuscule celtique et le règne de Jésus. « La nouvelle ère naïîtra de la mort. »
C’est maintenant la réunion des chefs, qui arrivent en succession pour former finalement une imposante assemblée. Arfagard leur dévoile dans quel but il les a convoqués et leur présente Fervaal, fils de Raïdrig, l'élu, le fils des nuées, de la race des dieux.Tous l’acclament en qualité de chef et l’on passe à la cérémonie de consécration.
Celle-ci est à peine achevée qu’un message apporte la nouvelle de l'invasion sarrasine. Contre cet ennemi, Fervaal conduira les guerriers celtes; il assigne à chacun son poste de combat.
Resté seul avec Arfagard, il se sent pris de remords : la charge qu'il a assumée, il n’en est plus digne, car il a cessé d’être pur. Il se confesse à Arfagard. Mais s’il faut aux dieux une victime expiatoire, qu'ils prennent sa vie, il ira chercher la mort dans le combat. Ainsi de la mort naîtra la vie, selon l’oracle. |
Mais Arfagard sait: Cravann est condamnée, Cravann va périr.
Troisième acte : la montagne d’Iserlech. Tous les chefs ont succombé ; seul Fervaal, qui cherchait la mort, n'a pu la trouver. Arfagard le rejoint. Puisque la mort n’a pas voulu du brenn, celui-ci s’offrira en victime volontaire. [l tend la gorge au sacrificateur et déjà Arfagard a levé le couteau quand retentit l’appel de Guilhen. Fervaal a entendu ; il ne veut plus mourir. L'amour l’a repris toutentier. Arfagard lui barrant la route, il l’étend à ses pieds d’un revers de son
laive. Et les deux amants tombent aux bras l’un de l’autre. L’ère ancienne est achevée, l’ère nouvelle se