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VINCENT. D'INDY 00 NES IVNUAE EE ; | é ROUE et À k
lève. Mais ceux qui ont fait luire cette aube ne la ver
ront pas de leurs yeux: Guilhen est mortellement atteinte par le froid du nord etelle expire aux pieds de Fervaal au plus fort d’un orage qui vient de se dé-
chaïner.
Fervaal reste seul au milieu d’un monceau de ca-
davres. La lune brille de nouveau. Le héros salue l’aurore du règne d’amour et de lumière. Il chante au milieu de l’orage déchainé de nouveau, saisit le cadavre de.Guiïilhen et monte, monte vers les cimes, jusqu’à disparaître dans les nuages tandis qu’à l’orches-
tre éclate puissamment le thème d'amour et que des
voix invisibles proclament: « Le jeune amour est vainqueur de la mort!»
Mais, direz-vous, il y a du symbole là-dessous ?
Sans doute, et voici comment l’expose M. Pierre de
Bréville : |
« Fervaal, c’est l’homme, c’est l'humanité. La religion dans laquelle il a été élevé lui imposant, sans aucun secours surnaturel, un renoncement contre nature, Fervaal se révolte : il doit se révolter. Deplus, malgré l’ardeur de son affection pour Arfagard, pon-
tite de cette fausse religion, il doit transgresser sa dé-
fense, et même sacrifier cet obstacle qui l’empêche
d'atteindre la vérité. Cette vérité, c’est la loi d’a-
mour, et Guilhen la lui révèle. Guilhen, l’initiatrice, c’est le prochain que tout être non perverti a besoin d'aimer et qu'aucune défense n’empêchera d'aimer. Et cet amour, altéré ici par un attachement charnel, se purifie, se sublime par la mort considérée dans toutes les religions comme une rançon, un rachat.
» Lorsque Fervaal commence à gravir les pentes de
la montagne, il représente l’humanité en marche vers
l’inaccessible lumière. Des gens curieux demanderont quelle est cette lumière. M. d’'Indy s’est gardé de ré-.
pondre d’une manière précise à cette question, et chacun pourra se plaire à une interprétation selon ses désirs.
» Les révolutionnaires du socialismeet de l’anarchie
y découvriront sans doute la Cravann de leurs rêves; les Tolstoïstes, ces démarqueurs de l'Evangile, l’au-
tte
rore de leur rénovation. Pour certains néo-catholiques,
éo-protestants plutôt, Arfagard sera le dogme, le
père Jésuite aimé qui les a élevés, mais qu'ils sacri- fient cependant pour marcher librement vers ce qu'ils nomment le «christianisme intégral».
» Pour d’autres, Fervaal incarnera telancien colonel
qui subitement renie les chefs qu'il a jusqu'alors res-
pectés, et Arfagard devient officier d'état-major. Tous ceux-là seraient heureux de trouver en M. d'Indy un
protagoniste de leurs idées. Mais il leur faudra renon-
cer à cet espoir. En effet, si M. d’Indy a, pour indiquer cette religion des temps nouveaux, soigneusement évité tout ce qui pourrait être dogmatique ou historique, 1l a cependant laissé clairement entendre le sens de son œuvre. Une phrase, enclose dans son oracle, nous revèle d’abord que «Jésus vient». Puis
bientôt, un hymne apparait, se précise peu à peu, et
l’on ne peut plus douter qu'il s'agisse de christianis-
me, car les strophes bien connues de ce chant liturgique, emprunté à l'Eglise catholique, sont le Tantum ergo, c'est-à-dire l’exaltation de l’Eucharistie, du sacrement d'amour par excellence. »
L’Etranger.
Action musicale en deux actes, paroles et musique de Vincent d’Indy.
Représentée pour la première fois à Bruxelles, sur le théâtre royal de la Monnaie, le 7 janvier 1903. Première représentation à Paris, sur le théâtre de l’Académie nationale de musique, le 4 décembre 1903.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : L’Etranger ; André, brigadier des douanes ; Vita ; la mère de Vita.
Le lieu de la scène est en France, sur les bords de l’océan, de notre temps.
Si Feryaal rappelle par certains côtés le Crépuscule des dieux, L’'Etranger fait involontairement penser au Vaisseau Fantôme. Le cachet spécial de cette «action musicale» réside dans le mélange de symbolisme et de réalisme qu’elle présente, et dans la juxta-
position de personnages pris dans la vie de tous les
Jours, comme André, la mère de Vita, les pêcheurs, les ouvrières, avec deux êtres représentatifs qui ne sont d'aucun temps, d'aucune époque, d'aucun pays particulier, comme l'Etranger et Vita. Nous allons tout d’abord raconter l’action, puis nous rechercherons sa signification philosophique.
Les deux actes se déroulent dans le même décor : un rivage de l'océan, avec fond de mer, jetée qui s’avance, falaises. |
La pêche a été mauvaise. Il en est ainsi depuis plusieurs jours déjà. Seul, un nouveau venu, l'Etranger, prend du poisson. On le considère avec méfiance, bien qu’il ne témoigne à tous que de la bienveillance. On l’accuse de sorcellerie : il porte, en effet, à son béret une superbe émeraude, qui ne peut être qu’un talisman ! Les pêcheurs murmurent sans que l’Etranger y prenne garde. |
Passent des ouvrières avec Vita. Elles plaisantent la jeune fille sur son fiancé, le beau douanier André. Restée seule, Vita assiste, sans être vue, à une scène touchante : à un vieux pêcheur qui n’a rien pris, l'Etranger fait don de toute sa pêche.
C’est maintenant la scène capitale, où Vita, qui se sent invinciblement attirée vers l'Etranger, arrache à celui-ci l’aveu de son amour. Mais cet aveu n’a pas plutôt été fait que l'Etranger se repent ; il n’a pas le temps de s'expliquer car André arrive, escortant un contrebandier qu’il vient d’arrêter. Insensible. aux
supplications du malheureux, ne connaissant que la
consigne, le douanier est galant avec Vita, et étale une sotte fatuité. Il lui offre des présents et voudrait voir sa fiancée se réjouir de ce que le lendemain leurs bans seront publiés. Mais Vita, extrêmement froide et réservée, répond : « Peut-être... »
Après une longue et belle introduction symphonique, le rideau se relève sur le même décor. Nous sommes au dimanche matin. Des jeunes gens chantent, des vieillards étudient le temps, qui promet d’être mauvais. Et l’on discourt de l'événennt du jour : les bans d’André et de Vita n’ont pas été publiés,
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. cela à la demande de Ia jeune fille. La mère de Vita fait une scène à sa fille.
Vita est restée seule avec l'Etranger. Celui-ci lui annonce son départ. Il lui demande pardon de son imprudente déclaration de la veille. Vita est interdite: qui donc est ce mystérieux étranger qui l’aime et qui veut partir? Il répond : «Mon nom... je n’en ai pas. Je suis celui qui rêve. Je suis celui qui aime. Aimant les pauvres et les inconsolés, rêvant le bonheur de tous les hommes, j'ai marché, j'ai marché à travers bien des mondes ; j'ai longtemps navigué et sur toutes les mers. Où donct’avais-je vue avant de te connaître P Où donc? Mais, partout! Dans les lourds soleils d'Orient, dans les blancs océans du pôle ; dans les aurores, sur les lointains sommets, dans les forêts aux sourds ombrages, dans le rythme chanteur du vent : partout je t'ai trouvée, partout je t'ai aimée, car tu es la pure beauté, car tu es l’immortel amour | »
Lui qui est bon pour tous, il doit s’arracher de celle qu'il aime, au risque de lui briser le cœur, car il n’a pas le droit de s'attacher à une seule, il appartient à tous.
Avant de s’en aller, il remet à Vita l’émeraude de son béret, pierre miraculeuse qui a la vertu de commander aux vents et à la mer. Puis il s'éloigne.
Seule, Vita se tourne vers la mer. Elle lui déclare que sa vie appartient à l'Etranger pour toujours, et que puisqu'il la repousse, nul ne possédera son corps que la mer immense, douce aux souffrances des humains. Et elle lance l’émeraude dans les flots, qui prennent instantanément une teinte surnaturelle.
Le temps devient de plus en plus menaçant. Les pêcheurs surviennent, inquiets : un des leurs est en mer. Vita est sourde à tout, elle n'écoute pas les plaintes et les récriminations d'André.
Il faudrait aller au secours du pêcheur en détresse. Mais nul ne l’ose. C’est alors que l'Etranger se présente et demande un canot. Personne ne consent à l’accompagner : il partira donc seul. Comme il lâche les amarres, Vita se précipite : elle veut partir avec
lui ! Le flot entraîne le bateau avec l'Etranger et Vita. enlacés. ‘Fe
Le reste de la scène est mimé par la foule, qui suit des yeux la tentative de sauvetage. On devine que les … sauveteurs ont atteint le bateau en perdition. L'espoir renaît un instant. Mais la mer se fait plus furieuse encore; une vague immense s’abat sur le môle, irradiant une lumière verte éblouissante. Tous reculent, . terrifiés, et quand la lame sé retire on comprend que naufragés et sauveteurs ont disparu. La foule, découverte, entonne le De profundis. |
Qu'est-ce maintenant que le poète musicien a voulu nous faire entendre? L’Etranger incarne la charité, qui parcourt le monde, faisant le bien, ne récoltant en retour que mauvais vouloir et ingratitude. Consacré au bonheur de tous, il ne doit pas s'attacher à l’individu isolé, l'amour d’une femme lui est interdit. En avouant à Vita son amour, il a fallli à sa mission, d'autant plus qu’il dérobait la jeune femme à l’amour de son fiancé. Il doit donc disparaître.
Vita, c’est l’être qui aspire à l’idéal et qui cherche à s'élever au-dessus du milieu médiocre où il a poussé. Elle subit l'influence d'un être supérieur et s'ouvre peu à peu à l'idéal de charité universelle que l’Etranger lui a fait entrevoir. Elle ne peut plus désormais se contenter de l’amour d'André, l’homme vulgaire et fat en qui elle retrouve l’incarnation du milieu même qu’elle demande à fuir. Elle se voue alors à la mer et lorsque l'Etranger lui donne l'exemple du sacrifice suprême, elle s’unira à lui, sans souci du danger, prouvant par son acte qu'elle a compris et qu'elle est digne de la mission d'amour.
Emile Jaques-Dalcroze.
Né le 6 juillet 1865 à Vienne (Autriche), de parents suisses. A fait la plus grande partie de sa carrière à Genève. IL. dirige maintenant l’Institut de Hellerau (Dresde), créé par lui pour l’enseignement de la gymnastique rythmique. … Compositeur très personnel et fécond, connu d’abord par
ses chansons, puis par ses œuvres instrumentales, chargé par son canton d’origine de la composition du Festival Vaudois pour la célébration du centenaire du canton de Vaud en 1903, M. Jaques-Dalcroze a en outre donné plusieurs œuvres de théâtre, dont la plus connue est celle que nous analysons ci-dessous.
Le Bonhomme Jadis.
Opéra-comique en un acte, paroles de Franc-Nohain d’après Henri Mürger, musique de Emile Jaques-Dalcroze.
Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre national de l’Opéra-Comique, le 8 novembre 1906,
PERSONNAGES : Le Bonhomme Jadis ; Octave; J acqueline.
La scène se passe à Paris, chezle Bonhomme Jadis, vers
Le livret de M. Franc-Nohain suit de très près la charmante pièce si connue de Mürger. Il se résume en peu de mots : le Bonhomme Jadis, veuf de sa femme Jacqueline, qu’il a tendrement aimée, a deux voisins, ou plutôt un voisin et une voisine. La voisine s'appelle Jacqueline comme la chère défunte et estune simple ouvrière. Le jeune homme, timide et studieux, s’appelle Octave. Les deux jeunes gens s'aiment sans oser se l’avouer. Octave n’a jamais poussé l’audace au-delà de lenvoi, par la fenêtre, de bouquets de violettes à l’adorée. Témoin de ce manège, le Bonhomme décide de jouer le rôle de la Providence. Il appelle Octave, Le confesse et finalement l'invite à déjeuner pour tout à l'heure. :
Octave parti, c'est le tour de Jacqueline. Jadis l'arrête sur l'escalier et l'invite à son tour. Puis il saisit le premier prétexte venu pour laisser les amoureux seuls. [ls ne font pas grand progrès cependant, et le Bonhomme comprend qu’une intervention plus énergique est nécessaire. Il s'applique donc à allumer la jalousie chez Octave en se montrant extrêmement ‘galant vis-a-vis de son invitée. La ruse réussit si. bien que lorsqu'il veut envoyer Octave à la cave, celui-ci feint d’être gris pour ne pas quitter la place. Mais à malin, malin et demi. Jadis feint l'ivresse à
son tour, les deux hommes un instant s’observent.