‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 35 sur 90 · EDOUARD LALO · texte numérisé non relu

EDOUARD LALO

On ne sait comment finirait l’aventure si le Bon-

homme n'avait ramassé une lettre écrite par Octave à

Jacqueline, mais que le nigaud n’avait osé envoyer.

Cette lettre, Jadis la lit maintenant comme étant de lui. Octave reconnait sa missive et, lui coupant la parole, finit la lettre de mémoire. Il s’est ainsi trahi et les amants sont réunis ; mais ce n’a pas été sans peine et le Bonhomme en a eu chaud!

Cette bluette vaut surtout par la musique, qui est

une merveille de fraîcheur et de vie.

Edouard-Victor-Antoine Lalo.

Né à Lille le 28 janvier 1823, mort à Paris le 22 avril 1892. Un des meilleurs musiciens qu’ait donnés la France au XIX' siècle. À composé dé la musique symphonique, de la musique de chambre et pour le théâtre. S'il n’a pas été plus fécond dans ce dernier domaine, cela tient essentiellement aux difficultés qu’il a éprouvées à se faire jouer. Son Fiesque n’a jamais été donné et ne le sera jamais, pour la raison que cette partition a été presque entièrement utilisée

par le compositeur pour ses œuvres subséquentes. Ce n’est .

qu’en 1888 que Lalo connut enfin la popularité avec son Roi d’'Ys, qui fut comme une révélation. Namouna, un ballet joué à l’Opéra six ans auparavant, n’avait obtenu qu'un demi-succès et ne s’est imposé que plus tard. Entre temps, Lalo en avait tiré trois suites d’orchestre qui sont des merveilles de fraîcheur et de sonorité.

Le Roi d’Ys.

Opéra en trois actes et cinq tableaux, paroles d’'Edouard Blau, musique d’Edouard Lalo.

Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre national de l’Opéra-Comique, le 7 mai 1888.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Mylio ; Karnac ; le roi; Saint Corentin; Margared ; Rozenn.

La scène se passe en Bretagne, dans la ville disparu d’Ys, à l’époque de la légende.

Le livret du Roi d’Ys a été tiré par Edouard Blau d’une naïve légende bretonne. Aujourd'hui encore,

; He F

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les Bretons superstitieux affirment qu'aux jours clairs s’aperçoivent au fond de la mer les toits d’Ys, la ville maudite, ensevelie sous les flots. Il semble bien qu'une ville ait été, dans un lointain passé, engloutie par la mer sur cette côte, qui, depuis le début des temps historiques, a subi bien des modifications appréciables. Quant aux causes de l’engloutissement, elles furent sans doute purement naturelles; mais une telle catastrophe devait laisser un souvenir durable dans la mémoire du peuple, et la légende ne devait pas tarder à enjoliver l’histoire pour la transposer dans le miracle. Fe

D’après Edouard Blau, Ys n'aurait pas été engloutie pour le châtiment de ses crimes, mais par là vengeance d’une femme. Ainsi soit-il !

Le roy d’Ys, déjà avancé en âge, a deux filles, Margared et Rozenn. Toutes deux, secrètement, sont éprises de Mylio, un vaillantguerrier parti sur la mer depuis de longs mois. On n’en a plus de nouvelles et chacun le croit mort. Des deux sœurs, une seule, Rozenn, a vu son amour payé de retour ; mais Mar- gared l’ignore encore.

Las de guerres perpétuelles, le roi a conclu la paix avec son plus redoutable ennemi, le prince Karnac. La main de Margared sera le gage de la réconciliation et, au moment où se lève le rideau, le peuple d'Ys célèbre la paix signée et l’hymen qui s'approche. Seule Margared n'a pas l'air heureuse et sa sœur Rozenn s’en étonne. Elle voudrait connaître la peine qui assombrit le front de son aînée. Margared, orgueilleuse, ne veut pas qu'on la plaigne et repousse d’abord avec hauteur la pitié de Rozenn. Elle finit par lui confier qu’elle en aime un autre et que «le même navire qui portaii Mylio emportait ses amours». Rozenn ne comprend pas encore qu’il s’agit de Mylio lui-même. |

Tandis qu’elle reste seule, Mylio apparaît. Il est de retour du matin même et les deux amants se livrent aux transports de leur tendresse. Mylio s'éloigne. Le cortège nuptial approche. Rozenn annonce à Margared le retour de Mylio, et aussitôt

celle-ci, sans souci des conséquences, fait unes-

clandre et refuse publiquement la main de Karnac.

Tout le monde est consterné. C’est la guerre à nouveau déchainée, car Karnac voudra tirer vengeance

de cet outrage. Mais Mylio s’avance et relève le défi:

Confiant en saint Corentin, protecteur d'Armor, il combattra Karnac et reviendra vainqueur.

Le premier tableau du second acte représente une salle du palais. Margared sait maintenant : ce n’est - pas elle, c’est Rozenn qui est aimée. Et, dans son âme ulcérée, l'amour est sur le point de se changer en haine. Elle assiste au départ de Mylio pour le combat, aux fiançailles de celui qu’elleaime avec sa sœur, et tout fait prévoir que la pauvre femme est sur le

bord du crime. Dans une explication orageuse avec Rozenn, elle divague et maudit, déclarant préférer.

Mylio mort, à Mylio uni à une autre. |

uis la scène change et nous sommes en rase campagne, près d’une petite chapelle de saint Corentin. Mylio et ses soldats sont vainqueurs et passent en portant des trophées. Quand ils se sont éloignés, Karnac paraît. Il est vaincu, blessé, son épée est brisée. Dans sa rage, il appelle l’enfer à son aide : et c'est Margared qui lui répond. Elle lui propose un pacte infâme : vers les écluses qui défendent Ys contre l'Océan, elle guidera les pas de son complice. À eux deux ils déchaîneront la mort sur la cité entière. Reprenant courage, Karnac insulte saint Corentin et le défie de sauver ses protégés, mais. Ô miracle ! la statue du saint s’anime: il exhorte les coupables au repentir. Margared tombe à genoux :

Karnac, superbe de révolte, se redresse avec un geste de défi. |

Le troisième acte débute par une délicieuse céré- …

monie nuptiale : la supplication de l'époux devant la porte de l'épousée, la résistance des jeunes filles qui lui barrent la route, enfin l'apparition de la mariée qui cède et tend elle-même la main à son vainqueur. La noce entre ensuite à la chapelle. |

Pendant la bénédiction du mariage, Margared se

glisse jusqu’à la porte du sanctuaire. Son cœur, bien

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qu'ulcéré, inclinerait à la résignation, quand survient . Karnac, qui réclame d’elle l'exécution de sa promesse

et triomphe de ses hésitations en excitant sa jalousie. Tous deux sortent pour accomplir leur œuvre de mort. | |

Les époux sortent de l’église. Au milieu de leur joie, ils ont une pensée d’aftection et de pardon pour celle qui les a quittés. Et Margared entend, car elle estrevenue sans qu'on la voie. Le remords la tenaille ; elle crie à son père, à sa sœur, de fuir la mort qui s'approche. En effet, une rumeur monte : «la mer, la mer! » Un traître a ouvert les écluses, la ville est perdue.

La scène change et représente une élévation au bord de la mer. Le flot gronde et monte sans cesse. Le peuple d’Ys, serré autour du roi, de ses filles et de Mylio, implore le ciel. La prophétie dit que le flot s'arrêtera quand il aura reçu comme victime l’auteur de la trahison. Karnac, qui a péri de la main de Mylio, ne lui suffit pas. |

C’est alors que Margared s’accuse. Le peuple veut la mettre à mort, mais elle le devance et se précipite du haut d’un rocher dans la mer, qui se calme et s'arrête aussitôt. En même temps, saint Corentin paraît dans la nue comme pour annoncer que le sacrifice expiatoire est agréé par le ciel vengeur.

Charles Lecocq.

Né à Paris le 3 juin 1832. Un des plus féconds compositeurs d’opérettes contemporain. Il a ramené le genre à la tradition de l’ancien opéra-comique, en lui donnant une tenue musicale plus élevée que ses prédécesseurs Hervé et Offenbach. Il n’a pas, par contre, leur énorme fantaisie, De ses nombreux ouvrages, nous n’ayons retenu que les plus populaires.

La Fille de Madame Angot.

Opéra-comique en trois actes, paroles de Clairville, Siraudin et Koning, musique de Charles Lecocq.

Représenté pour la première fois à Bruxelles, sur le

théâtre des Fantaisies-Parisiennes, le 14 décembre 1872, et …

à Paris sur le théâtre des Folies-Dramatiques, le 21 février

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Clairette Angot; M'*° Lange ; Pomponnet, coiffeur; Ange Pitou, chansonnier; Larivaudière, financier, amant de M" Lange. :

La scène se passe à Paris, sous le Directoire.

Madame Angot, défunte à l’heure où s'ouvre l’action, fut de son vivant une poissarde et une joyeuse commère. Le hasard l'ayant menée chez le Grand Turc, elle y eut une fille, après quoi elle rendit son âme à Dieu, laissant la petite Clairette aux soins des gens de la Halle. Ceux-ci ont fort bien élevé la fillette, qui a atteint l’âge de prendre un époux. Ses pères et ses mères lui ont choisi comme mari le coiffeur Pomponnet, et la pièce commence le jour même du ma- riage. Mais Clairette aime Ange Pitou, le chanteur populaire royaliste, et n’osant faire opposition à la volonté des gens de la Halle elle s’ingénie à faire renvoyer la noce. Elle y a déjà réussi plusieurs fois, mais l’heure paraît venue de sauter le pas, à moins qu’une inspiration subite ne vienne lui permettre de gagner du temps.

De son côté, Pitou aime Clairette, mais son affection est un peu superficielle et, dès le début, les auteurs nous donnent à entendre que si la belle lui échappait il s’en consolerait sans trop de peine. Pomponnet, lui, est sincèrement épris : c’est le prétendu sérieux. |

Le premier acte se passe sur la place, entre la maïison de Clairette et celle de Pomponnet. Les gens de la Halle, parés pour la noce, viennent chercher les époux pour les conduire à la mairie.

Arrive Pitou qui sort de prison. Il passe sa vie à en sortir ! À peine en liberté, il chante de nouveau ses couplets réactionnaires et se fait recoffrer ; mais une puissance occulte s'exerce en sa faveur et le fait à chaque fois remettre en liberté. Disons tout de suite que cette puissance est celle de Mlle Lange, favorite du directeur Barras, maîtresse clandestine du finan-

cier Larivaudière, et amoureuse du beau chansonnier

légitimiste. Naturellement, Pitou ignore l'identité de sa protectrice. Il ne connaît Lange que de réputation et vient même de la chansonner à propos de son intrigue avec Larivaudière, dont il a surpris le sécret. Larivaudière en est avisé et le voici qui vient proposer au chansonnier une forte somme pour substituer dans la chanson un autre nom au sien. Pitou com- mence par refuser, mais la somme offerte étant consi- dérable, il accepte dans l’idée que cet argent lui permettra de se faire agréer comme mari de Clairette, à la place de Pomponnet. Quand donc la foule lui demande de chanter, il refuse ; mais l'incident fournit à Clairette le moyen qu'elle cherchait pour retarder son mariage : la chanson de Pitou, elle la sait et s'offre à la chanter. De la sorte, c’est elle qu’on arrêtera, et tant qu'elle sera sous les verrous on ne pourra la marier. L'acte s'achève sur ce gros scandale : Clairette chantant la chanson subversive, la police intervenant et s’assurant de la chanteuse.

Pensecond àäcte se déroule chez Me Lange.

Mie Lange ne s'occupe pas seulement de ses intrigues amoureuses : elle conspire aussi, d'accord avec Barras, Larivaudière et un groupe d’incroyables, pour le retour de l’ancien régime. Cette nuit même, à minuit, les conspirateurs ont rendez-vous chez elle. Mais, en attendant, d’autres soucis la réclament. Comme elle est toute puissante, ou peu s’en faut, elle a fait venir chez elle, séparément, Clairette et Ange Pitou. Pomponnet y viendra aussi, mais appelé par ses devoirs professionnels : c’est lui qui coiffe la favorite. Par lui, Lange est mise au courant des incidents du premier acte. La curiosité de la belle est éveillée, et elle envoie le figaro quérir la fameuse chanson, dont il détient par accident l'original. Pomponnet parti, Lange fait entrer Clairette. Quelle n'est pas la surprise des deux femmes en se reconnaissant pour deux anciennes amies de pension ! Mais Lange ignore encore que Clairette aime Pitou et se trouve être ainsi sa rivale. Après avoir rappelé les souvenirs du bon vieux temps, les deux amies se séparent pour un

moment, car il s’agit maintenant pour la première de recevoir Ange Pitou. C'est ici que nous apprenons

combien superficiel est l'attachement de Pitou pour Clairette : au premier coup d’œil le voici qui flambe

pour Lange!

Larivaudière, jaloux, apprenant par son policier Louchard le tête à tête de Lange et de Pitou, vient surprendre ce qu'il croit — non sans quelque raison — un rendez-vous d'amour. Comment se tirer de ce mauvais pas? Ne craignez rien : Lange est femme de ressource; elle fait entrer juste à temps Clairette, lui souffle à l'oreille de dire comme elle, et déclare à Larivaudière, penaud, qu'elle a simplement prêté la main à une entrevue entre Pitou et Clairette, qui s’aiment. Il importe, en outre, dans l'intérêt de la conspiration, de s'attacher un homme comme Pitou. Et comme il faut une victime, Pomponnet arrive à point, porteur de la chanson subversive. On arrête le pauvre garçon, qui n'y comprend goutte; puis arrivent les conspirateurs et Pitou est mis dans le secret du complot. ;

Alarme! la maison est cernée par les hussards d’Augereau, qui ont eu vent de la réunion secrète chez Lange. Nouvelle occasion pour la favorite de faire valoir les ressources de son esprit : un bal de noce est improvisé en l’honneur de Pitou et de Clairette. Mais, pendant la danse, un mot surpris au passage révèle à Lange qu'elle est jouée et que Pitou et Clairette se connaissent beaucoup mieux qu'elle ne pensait. Pendant que le rideau tombe sur une valse entrainante, Lange jure de se venger.

Nous avons connu jusqu'ici une Clairette innocente et timide. Ce n'était là qu’une attitude et, au troisième acte, nous apprenons à voir, en la fille de Madame Angot, la digne fille de sa mère. La rusée créature a, en quelques heures, dressé ses batteries de façon à amener incognito tous les personnages au bal de Calypso, à Belleville. Pour cela, elle leur a envoyé à tous des billets qui, nous avons le regret de le dire, sont en partie des faux. Celui de Pitou est signé. Lange; celui de Lange est signé Pitou. Elle a convo-

ir à

| CHARLES LECOCQ Hour

qué, par le même procédé, ses pères et ses mères ; et elle-même arrive costumée en poissarde. Aux gens de la Halle elle déclare que si elle s’est fait emprisonner c'est pour ne pas épouser Pomponnet; mais depuis elle a cru s’apercevoir que Pitou, le véritable objet de + sa flamme, courtise une autre femme et, si elle les a Fi réunis ici ce soir, c'est pour S'en assurer. ete

Se La scène, un instant, reste vide. Arrive Larivau-

__ dière en fort de la Halle, convoqué par un billet

signé Clairette. Il se trouve nez à nez avec Pomponnet,

costumé de même: Pomponnet, qui a réussi à s'éva-

der et qui a choisi ce travestissement pour dépister la

police. Au bout d’un instant, les deux hommes se

reconnaissent et se font des confidences intéressantes

— pour eux, non pour nous, qui sommes déjà au

courant. Clairette, qui les observait, se présente main-

tenant et révèle à Larivaudière l’intrigue entre Lange

et Pitou. Mais justement Pitou arrive, croyant venir

à un rendez-vous de Lange. Cette dernière ne tarde

pas à venir à son tour, en poissarde. [ls apprennent

vite la machination qui les réunit et y reconnaissent

la main de Clairette ; mais il est trop tard pour échapper : les gens de la Halle, amenés par leur fille, sont : postés derrière tous les buissons et envahissent main- “

tenant la scène. Après des mots un peu... vifs entre

les deux femmes, tout s'arrange comme il convient : Clairette laissera Pitou à Lange et reprendra son Pomponnet. C'est Larivaudière qui sera, en fin de D compte, le dindon de la farce. &.

La Petite Mariée. Opéra-comique en 3 actes, paroles de E. Le Terrier et À, Vanloo, musique de Charles Lecocq.

Représenté pour la première fois à Paris, sur le Théâtre de la Renaissance, le 21 décembre 1875.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Le podestat Rodolfo; San Carlo ; Raphaël de Montefiasco; Casteldemoli, père de Graziella ; Graziella, la petite mariée ; Lucrezia, femme de Montefiasco.

La scène se passe aux environs de Bergame au XVI' siècle.

Dans une auberge des environs de Bergame se cachent trois personnages mystérieux : Casteldemoli, un riche gentilhomme en délicatesse avec le podestat, à qui il refuse obstinément de céder une propriété dont celui-ci a grande envie; sa fille Graziella ; enfin San Carlo, favori du podestat, qui va épouser Graziella, mais dans le plus grand secret. [1 tient surtout à ce que son mariage soit ignoré de son auguste maître, et voici pourquoi:

Jadis le podestat le surprit en conversation criminelle avec son épouse aujourd’hui défunte; magnanimement l'époux outragé fit grâce, mais en remettant

sa vengeance à plus tard : sitôt San Carlo marié, il se

réserve de lui appliquer la loi du talion. San Carlo a

donc fait croire au podestat que sa santé nécessitait

un séjour à la campagne et il va profiter de cette

absence pour se marier. Il envoie chaque jour à Ber-

. game des bulletins de santé peu rassurants, de façon à gagner du temps.

que à l'époux un témoin. A point nommé arrive Montefiasco, un malheureux qui vit sous la pantoufle d’une extraordinaire virago,la signora Lucrezia. Comme certain jour San Carlo sauva la vie à Montefiasco, il demanda à celui-ci, qui ne peut refuser, de remplacer le témoin manquant.

Tout irait bien si Lucrezia, impatiente de revoir son époux, ne venait pas tout compromettre. Pendant qu'elle fouille l'auberge, nouvelle complication: le podestat lui-même, alarmé par les bulletins que lui adresse son favori, vient en personne prendre de ses nouvelles, juste au moment où les époux reviennent de l’église ! Comment se tirer du pétrin? San Carlo ne trouve rien de mieux que de présenter au podestat Montefñasco comme le mari de Graziella. Mais Graziella a produit sur le podestat une vive impression : aussi l’'emmène-t-il séance tenante à la cour avec son père et son prétendu mari. San Carlo réussit à retenir

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CHARLES LECOCQ 223 la volcanique Lucrezia, puis à s’éclipser et à rejoindre son épouse à Bergame. ;

Au second acte, nous sommes au palais du podestat. Casteldemoli a été nommé grand chambellan, Montefiasco, capitaine des pages et finalement Graziella, lectrice de Son Altesse. San Carlo arrive brisé de fatigue. Il doit assister sans mot dire à bien des

. choses qui le chiffonnent et qu’on devine sans peine.

Lucrezia arrive à son tour; elle apprend de son mari le secret de la comédie et consent à une récon-

ciliation. Au moment où les deux époux s’embrassent

ils sont aperçus par le podestat, qui se persuade qu’il ÿ a brouille entre Graziella et son mari et en tire bon augure pour ses projets personnels. La scène de la lecture de Boccace, où la lectrice se trouble, le confirme dans cette impression. [1 prend pour confident.…. San Carlo lui-même! Le pauvre mari est sur les épines. Décidément, il n’y a de salut pour lui que dans la fuite. Il décide sans peine Graziella à le suivre. Mais les fugitifs sont arrêtés par Lucrezia, qui prend San Carlo pour son mari. Le podestat arrive attiré par le bruit et n’en peut croire ses yeux, lorsqu'il reconnaît San Carlo en celui qui voulait enlever Graziella. Il mande sur le champ Montefiasco et la situation est telle que la vérité doit apparaître.

En apprenant que San Carlo est marié, le podestat ne se sent plus de joie : enfin ! il tient sa vengeance!

Letroisième acte se passe dans un vestibule du palais, au petit jour. Par les ordres du podestat, San Carlo et Graziella ont passé la nuit séparément dans deux chambres militairement gardées. Et c’est Montefiasco qui monte la garde. Lucrezia vient le réclamer et lui demande de quitter la cour, où il est exposé à trop de tentations. Le pauvre mari préférerait rester, car le service militaire lui procure certains loisirs qu'il apprécie à leur juste valeur. Délivrés,les deux époux qui viennent de passer une si triste nuit de noces se lamentent sur leur sort. Le podestat qui survient rend par ses railleries plus cuisantes leurs peines. Il fait emprisonner San Carlo pour avoir les coudées plus franches, mais dans la conversation qui suit avec la

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petite mariée, il se laisse toucher par la candeur de la -pauvre femme. Il apprend d’autre part que San Carlo. ne fut pas le seul à profiter des faveurs de feue la po-

destate : Montefiasco possède en effet un portrait révélateur. En souverain magnanime, le podestat par-

donne donc et San Carlo, rassuré sur la vertu de Graziella, pourra désormais aimer sa femme en toute tranquillité. |

. Quant au podestat, il aura sa petite compensation : la propriété qu’il convoitait et que Casteldemoli refusait de lui vendre, Graziella lui en fait don. La vertu sera donc, comme il sied, récompensée.

Le Petit Duc.

Opéra-comique en trois actes, paroles de H. Meilhac et L. Halévy, musique de Charles Lecocq.

Représenté pour la première fois à Paris, sur le Théâtre de la Renaissance, le 25 janvier 1878.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Le duc de Parthenay; la duchesse de Parthenay; Montlandry; Frimousse; Diane de Château-Lansac, directrice de la maison des demoiselles nobles de Lunéville.

La scène se passe à Versailles, puis aux environs de Lunéville, au commencement du XVIII: siècle.

Le premier acte se déroule à Versailles, dans la salle de l'Œil-de-Bœuf. On marie le jeune duc de Parthenay, âgé de dix-huit ans seulement, avec Mile Blanche de Cambry, qui n’en a que quinze. Mariage politique: il a été entendu d'avance que sitôt après la noce les époux seraient séparés et que l’union ne deviendrait effective qu’au bout de deux ans. En attendant, la mariée sera conduite à la maison des demoiselles nobles de Lunéville et le marié se perfectionnera dans le métier des armes. FR

Les principaux intéressés ignorent ce qui les attend et se croient mariés le plus sérieusement du monde. Le duc, en particulier, se réjouit d’être quitteenfin de son ridicule précepteur Frimousse, auquel il préfère de beaucoup son instructeur militaire Montlandry. Il

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