‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 40 sur 90 · R. LEONCAVALLO · texte numérisé non relu

R. LEONCAVALLO

est faite. Et il imagine la reconstitution du mariage, de nouveau à travers le paravent. Dans cette reconstitution, c’est Fernand, rentré sans bruit, qui joue en personne son rôle, avec ce résultat que les deux amoureux finissent par tomber aux bras l’un de l’autre. Reste à se débarrasser du prince Basil. Justement, il arrive. Mais, pour qu’il renonce à Suzanne, il faudrait que le comte pût lui rembourser les cent mille francs, prix du marché. Qu’à cela ne tienne! Bris-. sard payera. Il vient en effet de vendre tout son stock de croûtes pour le prix de deux cent mille francs. Il a toujours partagé également avec Fernand, il continuera. Fernand et Suzanne, déjà mariés légalement, pourront consommer en paix leur union. [ls seront heureux et auront sans doute beaucoup d'enfants.

Ruggiero Leoncavallo.

Né à Naples le 8 mars 1858, un des chefs de l’école vériste italienne. De ses œuvres déjà nombreuses, une surtout l’a fait connaître hors d’Italie, ce Paillasse robuste et vulgaire qu’on peut ne pas aimer, mais qui n’en révèle pas moins une force élémentaire avec laquelle il faut compter. Depuis Paillasse, Leoncavallo a suivi une veine plus légère avec La Bohème, Zaza, etc.

Paiïillasse.

Drame en deux actes, poème et musique de Leoncavyallo, adaptation française d'Eugène Crosti.

Représenté, pour la première fois, en italien, à Milan, le 31 mai 1802, et en français, sur le théâtre national de l'Opéra, à Paris, le 17 décembre 1902. |

PERSONNAGES : Canio (dans la comédie Païllasse); Tonio (dans la comédie T'addeo) ; Peppe (dans la comédie Arlequin); Silvio, paysan ; Nedda (dans la comédie Colombine).

La scène se passe en Calabre, près de Montalto, le jour de l’Assomption. Epoque moderne, entre 1865 et 1870.

En guise d'ouverture, les auteurs ont écrit un prologue, chanté devant le rideau par Paillasse. C’est une

ge aujourd’hui célèbre et qui se donne fréquemnt au concert.

Le premier acte se passe, comme le second, sur une place de village où le théâtre forain est dressé.

C'est jour de fête et il doit y avoir le soir grande

représentation. Tonio, le bouffon de la troupe, envoyé en avant-garde, attend ses camarades qui arrivent presque aussitôt sur leur charrette tirée par un âne, au milieu des acclamations de la foule. Tonio

est bossu, laid, son rôle est de faire rire à ses dépens.

Il a l’âme aussi difforme que le corps : haineux,

fourbe, jaloux. Et ce monstre est encore amoureux

de Nedda, la Colombine, l'étoile de la compagnie, qui est mariée à Canio, le Paillasse. Canio adore sa femme, mais celle-ci ne le lui rend pas. Elle repousse, il est vrai, les avances de Tonio, mais c’est pour se garder à un jeune paysan, Silvio, qui habite le village où nous sommes et qui la pousse à fuir avec lui. Peppe, dans la comédie, est chargé du rôle d’Arlequin.

La représentation est annoncée pour sept heures. En attendant, un paysan emmène Canio et Peppe boire un verre. Un cortège de pifferari passe. La scène se vide et Nedda reste seule avec le grotesque Tonio qui risque une déclaration. Elle le repousse, puis, comme il insiste, elle le cravache. L’immonde personnage jure alors de se venger, et l’occasion ne va pas tarder à s'offrir.

Silvio arrive en effet. Il conjure Nedda de fuir avec lui. Tonio les épie et court chercher Canio. Celui-ci arrive juste à temps pour voir disparaître un homme derrière le mur et pour entendre Nedda lui dire : « A ce soir ! » Il saute le mur à son tour, mais Silvio a eu le temps de lui échapper. Il se retourne alors vers sa femme et s'efforce de lui arracher le nom du galant. [I n’en peut rien tirer, pas même par la menace. Dans sa rage, il va la frapper de son couteau, mais ses camarades le désarment : il est temps de se préparer pour la représentation. Ici se place le fameux monologue qu'ont chanté tous les barytons des deux mondes : « Ris donc, Paillasse! Change en grimace ton supplice et ta peine |... »

Canio rentre dans la baraque et le rideau tombe. | Au second acte, le public afflue. Nedda encaisse la recette. Tonio a obtenu de Canio qu'il se maîtrise

jusqu’à la représentation : le galant y assistera sûre-

ment et il est probable qu’il se trahira. En effet, Silvio est là, mais pour l'instant il ne se trahit pas. La représentation foraine commence. On voit Colombine seule (Nedda) attendre son amant Arlequin (Peppe) en l'absence de son mari Paillasse (Canio). Sérénade d’Arlequin à la cantonade. Puis intermède comique de Taddeo, le jocrisse (Tonio), qui fait à Colombine une cour ridicule et fait rire aux larmes le public. Suit la scène d’amour avec Arlequin. Mais le mari revient à l’improviste. Arlequin a eu le temps de s’esquiver par la fenêtre. Le mari a pourtant entendu Colombine lui crier : « À ce soir... pour toujours je suis à toi! » — les identiques paroles qu’il y a quelques heures Nedda disait à l’autre! ie Paillasse ne fait d’abord que jouer son rôle et Colombine lui donne la réplique. Mais bientôt le drame devient singulièrement poignant et un malaise commence à planer sur l'assistance. En effet, Paillasse ne joue plus : il est sérieux, et combien ! Quand il hurle « Son nom |! son nom! >», quand il saisit un couteau sur la table, Silvio comprend ; il veut s’élancer sur la scène à la défense de celle qu’il aime. On le retient. Et sous les yeux des assistants terrifiés, Paillasse poignarde par deux fois sa femme; puis quand il aperçoit Silvio qui accourt, il se retourne contre lui et le poignarde à son tour, tandis que la foule affolée s’enfuit de tous côtés.

Et hébété, laissant tomber son couteau, Paillasse conclut : « La comédie est finie! »

La Bohême.

Comédie lyrique en quatre actes, tirée du roman d'Henri Murger Scènes de la vie de Bohème, paroles (italiennes) et musique de Ruggiero Leoncavallo, traduction française de Eugène Crosti, professeur au Conservatoire de Paris.

Représentée pour la première fois en italien à Venise, le

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