‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 57 sur 90 · ST · texte numérisé non relu

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| | OFFENBACH EE “HA VE ? fe Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre des Bouffes-Parisiens, le 21 octobre 1858.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Orphée; Eurydice; Pluton- Aristée ; l’Opinion publique ; Jupiter; John Styx, etc. . L'action se passe premièrement à Thèbes, puis dans lOlympe, enfin aux enfers.

Cette grosse bouffonnerie serait à peine supportable aujourd'hui. Elle n’approche pas de la finesse de la Belle Hélène, mais sans Orphée aux enfers, il y a cent à parier contre un que la Belle Hélène n’eut jamais vu le jour. Ce qui fit son succès à l’origine, ce fut la nouveauté de l’idée : on n'avaif pas encore abusé de l’anachronisme et de la parodie, comme ce fut le cas par la suite. La trépidation épileptique de la musique d’'Offenbach étonnait et ravissait les Parisiens; une interprétation de choix fit le reste.

Il y a du reste dans le livret de Crémieux des trouvailles assez cocasses : ainsi le remplacement du chœur antique par un personnage représentant l’Opinion publique ; ainsi encore la conception du pauvre John Styx, s’adonnant à sa triste passion pour le Léthé.

La donnée première s’imposait dans une parodie : au lieu de s’adorer, Orphée et Eurydice se détestent. Orphée, professeur de musique à Thèbes, court la prétentaine avec diverses nymphes; sa femme, qui ne peut souffrir la musique, aspire à le tromper avec je Aristée, qui n’est autre que Pluton travesti en berger ARE d’Arcadie. Une scène violente entre les époux nous

édifie sur l’état réel de leurs sentiments. Mais Orphée, esclave de l’Opinion publique, tient à ce qu’on sauve les apparences, afin de ne pas perdre ses élèves.

Pluton-Aristée s’arrête finalement à uneidée simple: pour s'assurer la possession d’'Eurydice, il la fait passer de vie à trépas. De la sorte, il peut l'emmener sans difficulté dans son sombre royaume. Il semble que cette solution devrait contenter tout le monde, et effectivement Orphée, lorsqu'il apprend le décès de son épouse, donne tout aussitôt cours aux manifestations d’une joie indécente. Mais l’Opinion publique est terriblement exigeante : elle impose au malheu-

reux mari de se rendre auprès de Jupiter et de lui re-.

demander sa femme. Il y va. mais en chien battu.

Le second tableau s'ouvre dans un Olympe où tous les dieux se livrent au sommeil. Üne fanfâre les réveille : c’est Diane, on l’a deviné. Déluge de plaisanteries mythologiques. Jupiter fait de l’arbitraire-et sa tyrannie soulève des murmures. L’Olympe va se soulever dans un instant au cri de «Plus d’ambroisie! »

Arrive Mercure avec la nouvelle de l’enlèvement

d'Eurydice par Pluton. Du reste, Pluton se présente presqu’au même instant. Il nie avec aplomb et quand Jupiter le sermonne sur le chapitre des mœurs, il ne craint pas de recourir à des arguments ad hominem. Et soudain la révolte éclate ; Pluton se met à la tête des mécontents. Heureusement qu’Orphée vient fournir à Jupiter une savoureuse vengeance : puisque le mari réclame sa femme, le roi des dieux la lui rendra et il faudra bien que Pluton s'exécute. Ce dernier persistant à nier, Jupiter emmène tout l’Olympe aux enfers pour une visite domiciliaire.

Le deuxième acte débute par une scène dans le boudoir de Pluton. Eurydice, commise à la garde de John Styx, ex-roi de Béotie, devenu, ensuite de décès, valet de chambre du roi des enfers, s’ennuie et s’irrite - d’être lâchée pas plutôt enlevée. John Styx, sentimental et langoureux, lui fait de vaines déclarations.

Ce malheureux, pour oublier sa déchéance, s’adonne.

à la dypsomanie, seulement au lieu de vin il consomme de l’eau du Léthé, qui lui enlève la mémoire et le transforme en ahuri.

Comme les dieux de l’Olympe conduits par Pluton approchent, John Styx a cependant la présence d’esprit d’enfermer sa prisonnière à double tour dans son appartement. Quand Jupiter et Pluton entrent, le boudoir est vide. |

Mais Jupiter, qui s’y connaît, a vite flairé l’odor di femina qui s'échappe par le trou de la serrure de l’aptement d’Eurydice. Sans faire semblant de rien, il suit Pluton lorsque celui-ci se retire, mais en se promettant de revenir sous un de ces déguisements auxquels il excelle. Et avant de sortir, il glisse sa carte

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OFFENBACH 339 sous la porte. Quand Eurydice peut enfin abandonner sa prison elle apprend par ce bristol quel est le personnage qui l’honore de sa recherche.

Et voici que Jupiter arrive en bourdonnant, travesti en grosse mouche. Flirt entre la mouche et la femme, aboutissant à l’aveu du roi des dieux, tombé aux genoux de la belle. Eurydice n’est pas farouche de nature et accepte de suivre Jupiter à la réception offerte à l’'Olympe par l’Erèbe, sous le costume d’une bacchante. Lorsque Pluton survient, il trouve sa captive en volée, et un John Styx plus abruti que jamais.

Le dernier tableau se passe aux enfers, où Pluton donne, en l'honneur de ses visiteurs, un grand raout. C’est ici que se place le célèbre quadrille. Eurydice en bacchante est attablée aux côtés de Jupiter. Pluton l’a parfaitement reconnue, mais il dissimule et se contraint. Seulement, lorsque Jupiter croit pouvoir emmener sa conquête à l’anglaise, son rival lui barre la route. Il rappelle à Jupiter la promesse faite à Orphée : le roi des dieux s’est solennellement engagé à rendre Eurydice à son mari.

Qu’à cela ne tienne! Jupiter a plus d’un tour dans son sac, et quand paraît Orphée, toujours flanqué de l’Opinion publique, il lui rend Eurydice, mais impose à celle-ci la condition bien connue: son mari : doit l'emmener sans retourner la tête, sans chercher

à la voir, faute de quoi il la perdra pour toujours.

Orphée donnerait bien quelque chose pour retourner la tête! Mais l’Opinion publique fait bonne garde. Cependant, lorsqu'il reçoit par derrière le « coup de pied électrique» du maître de l’Olympe, il se retourne par mouvement réflexe et Eurydice disparaît à ses yeux. Vous pensez s’il en est très affecté | RU

Mais à qui sera celle qu’il a perdue? «A moil». crie Pluton ravi. « Pas du tout! » répond Jupiter ; «à personne! » Et il la transmue en bacchante, ce qui justifie l’apparition de Bacchus et une reprise de la bacchanale pour finir.

La Belle Hélène.

Opéra-bouffe en trois actes, paroles de Henry Meilhac et Ludovic Halévy, musique de J. Offenbach. |

Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre des Variétés, le 17 décembre 1864. |

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Pâris, fils du roi Priam ; la belle Hélène, reine de Sparte; Ménélas, son mari ; Calchas, grand augure de Jupiter; Agamemnon, roi des rois; Oreste, son (HS ETC; Ne | ù

La scène se passe à Sparte pendant les deux premiers

actes, à Nauplie pendant la saison des bains au troisième. Aux temps homériques.

Comme Orphée aux enfers, la Belle Hélène use de l’anachronisme et en tire sa vis comica. Mais Meilhac et Halévy sont des personnages d’une autre envergure que Crémieux, et leur œuvre supporte

mieux l'épreuve du temps, grâce à des qualités

d'esprit et de finesse qui sont impérissables. Voici de quelle façon les deux académiciens accommodent la. tragique aventure qui préluda à la guerre de Troie. Le jugement du mont Ida, où Päris décerna à Vénus le prix de la beauté, fait beaucoup de bruit en Grèce, et en particulier à Sparte. On chuchote que pour lui témoigner sa satisfaction, Vénus a promis à Pâris l'amour de la plusbelle des mortelles ; or il est de notoriété publique que cette plus belle des mortelles c'est Hélène, fille de Jupiter et de Léda, femme de Ménélas, roi de Sparte. Telle est la donnée fondamentale. Hélène aura beau faire, elle aura beau dresser autour de sa vertu les remparts les plus redoutables, la Fatalité la guette et Pâris est vainqueur d’avance. Comme

dans tout le théâtre antique, l’Ananké est donc le

ressort principal de l’action dans la Belle Hélène.

Au premier acte, qui se passe à Sparte sur une place publique, devant le temple de Jupiter, nous assistons, après quelques hors-d'œuvre et la présentation de Calchas, à la cérémonie des pleureuses d’Adonis. Puis Hélène, très angoissée, a un entretien avec le grand augure : la promesse de Vénus à Päris

l’épouvante ; elle attend avec anxiété, une anxiété

mêlée de curiosité, l’arrivée de Pâris. | Intermède joyeux : Oreste et deux belles filles

échangent avec Calchas des propos dépourvus de solennité.

Arrive Pâris en costume de berger. Il dévoile à . Calchas son identité, et requiert, au nom de Vénus, son assistance, voire sa complicité, pour l'exécution des volontés divines. Lorsque Hélène paraît, Calchas

la désigne à son séducteur, puis laisse les deux amants

épiques. discuter seuls leurs petites affaires. Hélène, qui ignore à qui elle a affaire, se laisse aller au charme qui l’attire vers le beau berger. L'innocent tête à tête est interrompu par l’arrivée des rois de la Grèce, suivis d’une grande foule : des jeux publics sont en effet annoncés, un tournoi d'esprit consistant en une charade, un calembour et des bouts rimés. Trois fois, c’est le berger qui sort vainqueur de l'épreuve. Prié de se faire connaître, il déclare alors qui il est, et c’est Hélène qui, de sa main, pose sur le front du lauréat la couronne de branches de pin. De la part de Ménélas, elle le convie à diner ; mais il lui avoue tout bas que la présence de Ménélas le gêne. Qu’à cela ne tienne! Calchas résoud la difficulté au moyen d’un tonnerre et d’un oracle : les dieux décident que Ménélas doit aller passer un mois en Crête. Le pauvre homme n’y comprend rien, mais les dieux veulent être obéis, et devant l’insistance et l’unanimité de la foule, il part.

Le deuxième acte se déroule dans les appartements d'Hélène. Ménélas est absent depuis tantôt un mois, et la reine oppose toujours à Päris une héroïque résistance : le Troyen n’est pas plus avancé qu’au premier jour. Comme Hélène est à sa toilette, on annonce Pâris. Après de grandes hésitations, Hélène consent à le recevoir. L’amoureux se fait pressant, et comme la proie qui lui est promise ne cède ni aux supplications ni aux menaces, il s'éloigne en annonçant qu'il triomphera par la ruse.

. Entrée des rois de la Grèce et de Calchas qui vien- … nent chez la reine pour y jouer au jeu de l'Oie.

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