RS RER ROUTE
), Calchas triche et doit s'enfuir sous les huées, pour-
; suivi par ses dupes. [] revient seul et, à la reine qui implore son secours contre la Fatalité qui la poursuit, il ne peut offrir que des consolations insuffisantes, Pendant ce dialogue, Pâris s’est introduit clandestinement dans la pièce et s’y est caché, déguisé en esclave.
Hélène reste seule, elle le croit du moins, et tente de se livrer au sommeil. En s'étendant sur son lit de repos, elle a demandé à Vénus des rêves agréables, Lors donc qu’elle aperçoit Pâris debout devant elle, elle se persuade aisément qu'il s’agit d’un rêve et se laisse sans méfiance aller aux douceurs du flirt. Elle s'y laisse aller tant et si bien que lorsque arrive
- Ménélas, revenu sans prévenir, il trouve sa femme tendrement pâmée dans les bras d’un esclave, en qui
il reconnaît bientôt Päris. Re”
. Outré, il appellé les rois de la Grèce, qui banquettent dans une galerie voisine et leur demande compte de son honneur, dont ils avaient la gardé. Embar- | rassés et un peu gris, les rois ne savent que répondre
et se contentent de chasser Pâris, qui les braveet part, promettant de revenir. |
Entre le deuxième et le troisième acte, il s'est passé en Grèce des choses étranges : Vénus, courroucée de / ce qu'on s'oppose à l’exécution de ses desseins, a sèmé les germes d’une étrange épidémie : partout les femmes quittent leurs maris et les maris quittent leurs femmes. Ils ne meurent pas tous, mais tous ils sont frappés. Nous apprenons ces horribles détails sur la plage élégante de Nauplie, où les rois de la Grèce se sont rendus pour la «season». On délibère gravement sur une situation devenue intenable. Une seule solution ramènerait l’ordre dans le pays : il faudrait que Ménélas consentit à se sacrifier pour le salut du peuple. C’est ce que lui exposent Agamemnon et Calchas dans un trio célèbre, excellente parodie du trio de Guillaume-Tell. Mais Ménélas ne veut rien savoir: que le pays s'arrange ! Lui ne cédera pas. | Le malheureux compte sans la Fatalité : Quos vult perdere Jupiter dementat. Poussé par un démon
qu'il ignore, il a lui-même écrit à Cythère pour en faire venir le grand augure de Vénus. Pourquoi? Il n'a pas même songé à approfondir. Mais nous ne tarderons pas à l’apprendre. ;
La galère de Cythère aborde, en effet, et le grand augure en descend. Ce n’est autre que Pâris déguisé, À la Grèce suppliante, qui lui demande un remède à ses maux, il répond sur un rythme très gai que Vénus se fait bonne et compatissante : pour lever le châtiment et supprimer l'épidémie conjugale qui désole les foyers de la Hellade, elle ne demande que peu de chose : la reine ira en personne à Cythère et y sacrifiera cent génisses blanches à la déesse du lieu. Cet expédient paraît à Ménélas parfaitement logique et raisonnable, il presse Hélène d’y acquiescer. La reine, à qui Pâris s’est fait reconnaitre, comprenant que la lutte est désormais inutile, y consent. Elle monte sur la galère avec l’augure, aux acclamations de tous. Pas plutôt le navire a-t-il quitté le rivage que Pâris Ôte sa fausse-barbe et se fait reconnaître : ce n’est pas à Cythère, c'est à Troie qu'il mènera la reine! Tableau.
Cette brève analyse ne peut, en aucune façon, donner une idée de la drôlerie du dialogue, qui n’est d'un bout à l’autre, qu’un feu roulant de cocasseries devenues classiques.
Barbe-Bleue.
Opéra-bouffe en trois actes, paroles de Henry Meilhac et Ludovic Halévy, musique de J. Offenbach.
Représenté pour la première fois à Paris sur le Théâtre des Variétés, le 5 février 1866.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Le sire de Barbe-Bleue ; le roi Bobèche; le comte Oscar; le prince Saphir; Popolani, al-
chimiste de Barbe-Bleue; la reine Clémentine; la princesse
Hermia, fille du roi Bobèche, paysanne au premier acte sous le nom de Fleurette; Boulotte, paysanne, etc.
. La scène se passe tantôt dans un village près du château … de Barbe-Bleue, tantôt à la cour du roi Bobèche, tantôt
CEE ve Sn ER API EE]
A vrai ral Ar ue
Ur e
: ; ; ù k À NEA dans un caveau du château de Barbe-Bleue. Date quelconque. 103
Chacun connaît l’horrifique histoire du Sire de Barbe-Bleue, ce seigneur qui avait la manie du conjungo et tuait ses femmes pour s'offrir le plaisir d’en épouser de nouvelles. Sujet bien macabre pour en tirer une histoire plaisante, dira-t-on. Mais fiez-vous à Meilhac et Halévy. pour transformer le drame en un joyeux badinage.
Dans la pièce que nous analysons, Barbe-Bleue est un potentat indépendant sur la frontière des Etats du roi Bobèche, souverain de haute fantaisie, qui vit dans les plus mauvais termes avec son épouse, la reine Clémentine. Bobèêche a eu de son mariage d’abord une fille, puis un fils. Voulant empêcher son sceptre de tomber en quenouille, il a imaginé de traiter sa fille comme jadis on traita le petit Moïse : la princesse fut mise dans un panier insubmersible et confiée au fil de l’eau. Depuis on n’en a plus entendu parler. En fait elle a été élevée par un paysan et vit en paysanne elle-même dans un village à proximité du château de Barbe-Bleue. Elle inspire un vif amour au prince Saphir qui, pour gagner son cœur de plain-pied, pour
ainsi dire, s’est volontairement transformé en berger
et est venu habiter porte à porte avec elle. Mais Saphir est beau garçon et a donné dans l'œil à une robuste luronne, Boulotte, laquelle ne passe pas pour une vertu farouche.
Le roi Bobèche s’étant aperçu à son vif chagrin que
son fils était un lamentable polichinelle, impossible
comme héritier du trône, s’est souvenu qu'il avait
une fille et a chargé son grand courtisan, le comte Oscar, de retrouver la princesse.
Barbe-Bleue en est à son cinquième veuvage. Quand
une femme le fatigue, il charge son alchimiste Popolani de la faire disparaître par le poison. Cinq épou-
ses ont été ainsi expédiées, du moins il le croit. Îl en
cherche maintenant une sixième, et las des personnes de son rang, il voudrait une paysanne. Aussi a-t-il chargé Popolani de se mettre en quête d’une rosière; lui-même présidera en personne au couronnement,
DFFENFACA. 2 NON
LI « ei
Bobèche n’aime guère sa femme, mais il ne veut pas qu'elle le trompe. Aussi lorsqu'un gentilhomme approche la reine de trop près charge-t-il le comte Oscar de le faire passer à trépas. [1 opère le vide autour de sa Clémentine. Cinq grands personnages ont ainsi disparu de façon subite.
Mais Popolani pas plus que le comte Oscar n’ont exécuté à la lettre les ordres sanguinaires de leurs maîtres. Popolani s’est borné à endormir temporairement ses victimes ; le comte Oscar a tout simplement caché les siennes dans une maison amie.
Au premier acte, nous assistons au flirt de Fleu- rette et de Saphir : Fleurette aime beaucoup Saphir, mais elle ne veut entendre parler d’amour que pour le bon motif. Nous voyons ensuite Boulotte mettre l'assaut devant le pseudo-berger à la manière forte. Puis Popolani arrive, à la recherche de sa rosière ; il simplifie beaucoup son choix en s’en remettant au hasard : la rosière est tirée au sort, et le sort tombe sur Boulotte. Le comte Oscar arrive à son tour à la recherche de la princesse Hermia; un heureux hasard la lui fait découvrir en Kleurette. Saphir est ravi de découvrir que sa bergère est princesse. Rien ne l’oblige plus à garder l’incognito et il annonce à son aimée que sous peu elle le verra à la cour en qualité de prétendant.
Survient Barbe-Bleue, qui a juste le temps d’aper- .. cevoir la princesse comme elle s'éloigne. Il préside ensuite au couronnement de la rosière; Boulotte lui plaît et il l'épouse tout de go. ;
Le premier tableau du second acte se passe à la cour de Bobèche. Le roi fait exécuter le seigneur Alvarez, qui a été vu parlant à sa femme. Il a ensuite une explication pénible avec la reine. Le sujet de la dispute est la princesse Clémentine, qui se refuse à épouser le prince Saphir, choisi par le roi pour son époux. Elle ignore encore que Saphir et son berger ne font qu’un. Saphir paraît et toutes les objections … de la princesse s’envolent comme par enchantement. … Nouvelle scène de famille plus pénible que la pre- … mière en présence du fiancé.
346 OFFENBACH Arrive Barbe-Bleue qui présente à Bobèche sa sixième femme. La présentation de Boulotte cause une réelle sensation. : : :
Second tableau : dans le caveau de l’alchimiste Popolani. Barbe-Bleue lui annonce qu'il va avoir à opérer sur Boulotte, car il a décidé d’épouser la prin-. cesse Hermia. Popolani rumine des projets de révolte. Quant paraît Boulotte, il lui fait, comme aux autres, boire un narcotique. Barbe-Bleue se croit veuf pour la sixième fois et s’en va satisfait. Une fois qu'il a le dos tourné, Popolani réveille sa pseudo-victime et la présente aux cinq premières femmes de Barbe-Bleue, qui lui constituent un gentil petit harem, préférant ça au trépas. Avec les six femmes il ourdit un complot. Il va les emmener déguisées en bohémiennes à . la cour de Bobèche et dévoiler les crimes de son maitre. “he
Le troisième acte s'ouvre sur les noces de Saphir et de la princesse Hermia. Comme les fiancés se dirigent vers la chapelle, Barbe-Bleue paraît et leur ordonne de s'arrêter. Il annonce la mort de Boulotte et demande au roi... la main de sa fille! Tout simplement. Tant d’audace ne resterait pas impunie si Barbe-Bleue ne disposait pas d’une bonne armée, alors que Bobèche n'en a pas. La situation étant telle, la demande outrecuidante de Barbe-Bleue est accueillie par le roi avec satisfaction. Mais Saphir ne l'entend pas de cette oreille et provoque Barbe-Bleue en duel. Le combat a lieu et Saphir tombe bientôt, selon toute apparence mort, mais en réalité aussi vivant que les cinq seigneurs tués par Oscar et que les six femmes tuées par Popolani.
Popolani survient déguisé en bohémien et accompagné des six victimes déguisées en bohémiennes. [Il complote sa vengeance de concert avec le comte Oscar. Leur conciliabule est interrompu par le retour de la noce : Barbe-Bleue vient d’être uni à la princesse. Nouvelle scène de famille aussi pénible queéles-précédentes. fre | . Toutefois la vengeance et le dénouement approchent. Les bohémiennes, après avoir ditla bonneaven-
ture, se démasquent : il devient évident que Barbe- Bleue est polygame à la septième puissance. Les seigneurs tués par Oscar se présentent à leur tour. Que faire en cette conjecture? C’est bien simple : Saphir épousera Hermia, les cinq morts du comte Oscar Se chargeront des cinq premières femmes de Barbe- Bleue. Quant à Barbe-Bleue, qui reste seul en présence de Boulotte, il reprendra celle-ci, qui ne le voit pas d’un œil sévère, nonobstant le vilain tour qu'il a essayé de lui jouer. La pièce finit donc par sept mariages simultanés : rarement dénouement d’opérette en a eu autant!
La vie parisienne.
Opéra-bouffe en quatre actes, paroles de H. Meïlhac et L. Halévy, musique de J. Offenbach.
Représenté pour la première fois à Paris, sur le Théâtre du Palais Royal, le 31 octobre 1866.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Le baron et la baronne de
Gondremarck ; Bobinet; Raoul de Gardefeu; Métella, demimondaine; un Brésilien, etc. | |
La scène se passe à Paris, sous le second empire.
. Plus que beaucoup d’autres ouvrages dus à la célèbre collaboration, celui-ci a vieilli. C’est qu'il porte une date précise. Barbe Bleue, Les Brigands, La Périchole, se déroulent dans un passé de fantaisie et sont ainsi de tous les temps. Seuls leur vêtement extérieur, certains mots, certaines allusions, révèlent : époque de leur apparition. La vie parisienne met en scène le Paris de la fin du second empire, c’est-à-dire un monde spécial, trop près de nous pour être déjà oublié, trop loin pour ne pas paraître démodé. Cela n'empêche pas plusieurs scènes de l’ouvrage, grâce surtout à une musique gaie et pimpante, de conserver leur drôlerie énorme, mais cela nuit à la popu- larité de l’ensemble.
La donnée est simple : un étranger distingué et sa . femme viennent visiter Paris. Un Parisien qui s’en-
nuie et est en quête d’une femme du monde comme
maîtresse, se substitue à leur cicerone, les loge chez lui dans l'intention de séparer le mari de la femme, leur fait croire qu’ils sont au Grand-Hôtel, leur improvise dans son appartement une table d'hôte qui est une mascarade, conduit le mari dans une soirée mondaine où les invités sont des domestiques, tandis que l'organisateur de la supercherie croit entrainer la femme au théâtre et... beaucoup plus loin. Mais les victimes de la mystification sont averties par Métella, une «ancienne» du mystificateur qui sest reprise pour lui d’une flamme soudaine et tout le monde finit par s’expliquer le mieux du monde dans un restaurant de nuit. dE
Etvoici le détail du scénario : à la Gare de l’Ouest, Bobinet et Gardefeu attendent «leur» femme. Car ils ont toujours la même, c’est une fatalité. Quand Métella arrive — tel est son nom — c’est au bras d’un troisième. Réconciliés par une commune infortune, les deux amis décident de renoncer au demimonde et de «repeupler les salons du faubourg Saint- Germain». Bobinet y va tout de suite.
Gardefeu réfléchit encore. Il rencontre son ancien valet de chambre, devenu guide au service du Grand-Hôtel, qui attend le baron et la baronne de Gondremark, des Suédois très chics, qui désirent faire . connaissance avec la « vie parisienne». Gardefeu flaire une aventure et s’improvise guide : il rempla-
cera Joseph. La baronne lui paraït délicieuse et il
croit deviner que, tant elle que son mari, sont venus à Paris dans la ferme intention de s’amuser, chacun de son côté. Par le même train est arrivé un Brésilien qui ne fait pas mystère de ses intentions folichonnes. Gardefeu emmène ses voyageurs, soi-disant | au Grand-Hôte!, en réalité chez lui. N'a
Chez Gardefeu, après une scène entre le bottier et
la gantière du jeune célibataire, nous voyons arriver
le baron et la baronne, qui s’étonnent de trouver . l'hôtel si petit et si dépeuplé. Gardefeu a réponse à . tout. Pourtant il n’a pas songé au dîner, et quand ses voyageurs s’informent de l’heure de la table
nd
il s’avise qu'il lui faut trouver des dîneurs
pour faire illusion. Le bottier et la gantière figure-
ront, le premier l'indispensable « major de table d'hôte », la seconde; la «veuve du colonel ». Ces
deux chefs de file se chargent d'amener les autres figurants.
Le baron confie à son guide qu'il a une lettre d’introduction pour une dame du demi-monde nommée Métella. Gardefeu est très bien placé pour le mettre en relations avec cette personne qui, du reste, ne tarde pas à faire son apparition. La belle enfant se remet à
flamber pour Gardefeu en apprenant les projets que son ex-amant nourrit à l'endroit de la baronne ; elle
se promet d'y mettre le holà.
L’acte finit sur la scène de la table d’hôte, un tableau de haute fantaisie. Ron
Au troisième acte, nous sommes à l'hôtel de Quimper Karadec, qui est vacant et dont Bobinet, complice de Gardefeu, a obtenu la jouissance pour un soir. Bobinet, à la dernande de Gardefeu, a invité le baron
— sans la baronne — à une grande soirée. Il y ren-
contrera, comme invités, des larbins et des femmes de chambre, vêtus de la défroque de leurs maîtres et maitresses. Autre scène de haute fantaisie, à la fin de laquelle tout le monde est gris. |
Le quatrième acte se passe dans un restaurant de nuit. Le maître d'hôtel voit arriver premièrement
deux de ses clientes habituelles, puis le baron, qui a
appris de Métella la mystification dont il vient d’être
victime et les visées de Gardefeu sur la baronne.
Métella lui a donné rendez-vous au restaurant, sans lui cacher qu'elle y est invitée par un Brésilien très
généreux, mais en lui affirmant qu’elle trouvera
moven de le réjoindre. Elle arrive, en effet, et
annonce au baron qu'une de ses amies lui fera pren- dre patience en attendant qu'elle-même puisse se libé-
rer. Le baron fait la grimace : il est prévenu contre le «coup de l’amie».
L’amie survient, masquée. On l’a deviné, c’est la
… baronne en personne, prévenue par Métella et venue
. pour surprendre son mari. Celui-ci la reçoit très mal,
1369: OFPENBACH lui fait servir à souper et s’éclipse. Au désespoir, la … baronne s'ouvre au maître d'hôtel, qui la fait disparaître dans un cabinet vacant d’où elle pourra sortir. lorsqu'elle jugera le moment opportun. à Arrive, très bruyante, la bande du Brésilien, où nous reconnaissons plusieurs des figurants des mascarades précédentes. Bobinet et Gardefeu entrent à leur tour, déguisés. Il y a rencontre entre Gardefeu et le baron et un duel est décidé. Mais Gardefeu n’a pas envie de se battre ; il parlemente et demande au baron de quoi il se plaint. Et au fait, de quoi peut-il bien se plaindre ? — C'est ici la meilleure scène de comédie de la pièce. — Il a été hébergé, presque gratuitement; on l’a mené à une soirée où il avoue qu'il s’est beaucoup amusé. Vraiment, il est difficile à contenter. Aussi les adversaires sont-ils enclins à se réconcilier, quand leurs témoins (le Brésilien et Bobinet) se mettent à se disputer à leur tour. Tout cela pour-. rait bien se gâter sans l'intervention de la baronne, qui croit le moment venu de quitter sa cachette. Métella l'accompagne. Elle explique à Gardefeu qu’elle n’a agi que par amour pour lui. Et — force de l’habi- ‘tude — tandis qu'elle se réconcilie avec Gardefeu, elle esquisse un geste identique dans la direction de Bobinet ! La baronne pardonne et le tout s'achève en un hymne à la «vie parisienne».
La grande duchesse de Gérolstein.
Opéra-bouffe en trois actes, quatre tableaux, paroles de . H. Meiïlhac et L. Halévy, musique de J. Offenbach.
Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre des Variétés, le 12 avril 1867.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : La grande duchesse de Gérolstein ; Fritz ; le prince Paul; le général Boum; le baron. Puck ; le baron Grog ; Nepomuc; Wanda ; etc.
La scène se passe dans le grand duché de Gérolstein, en. 1720 approximativement.
Le public est comme la grande duchesse : il adore les militaires; aussi le succès immense et prolongé
de la pièce de Meilhac et Halévy s’explique-t-il sans peine. La création de ce type de souveraine éminemment inflammable, l'étude des réactions du tempérament personnel sur la politique et l’histoire, révèlent du reste la main de deux maîtres. Quant à la mu- sique, elle est tout à fait adéquate au texte et la plupart des motifs écrits par Offenbach pour la Grande Duchesse sont restés populaires. |
La grande duchesse de Gérolstein a atteint l’âge de vingt ans et elle sent bouillonner en elle d’étranges ardeurs. Son ex-précepteur, devenu son conseiller intime, le baron Puck, ne se méprend pas sur le sens de cette crise et il pense y avoir pourvu en faisant demander la main de la duchesse par le prince Paul, flanqué du baron Grog, un diplomate chargé de régler les questions accessoires. Mais le prince Paul n’a jusqu'ici rien fait vibrer chez sa prétendue et celle-ci le fait poser sans miséricorde. Elle n’a pas encore consenti à accorder audience au baron Grog. |
Le plan de Puck ayant échoué, cet homme très fin cherche quelque diversion temporaire. Et à tout hasard il a déclaré la guerre. C’est sur ces entrefaites que débute l’action. Le théâtre représente le camp du général Boum, général en chef. Sous les ordres de ce valeureux militaire sert le nommé Fritz, un grand et beau gars, un peu bête. Il est fiancé à la petite
Wanda, une jolie personne à qui le général Boum tenta un jour de conter fleurette, sans le moindre
succès toutefois. |
Scène animée : les soldats dansent avec leurs amies. Ils sont interrompus par l’arrivée du général, que ce manque de tenue met hors de lui. Il s'en prend tout particulièrement à Fritz, dont il est jaloux, et qui n’est pas bête au point de ne pas comprendre ce qui lui vaut ces attentions spéciales. Boum met Fritz en faction et fait une fausse sortie. Quand il revient, il trouve le factionnaire en train d’embrasser Wanda, d’où nouvelle semonce. |
Mais Puck apporte une grosse nouvelle : la grande duchesse va venir inspecter en personne son armée. » On prépare tout pour la bien recevoir, et au bout de
peu d’instants elle arrive. Instantanément elle remarque Fritz, qui est sur les rangs. C’est le coup de foudre. Sous les yeux de Boum, de Puck et du prince Paul consternés, elle se fait présenter le troupier. En moins de rien elle le fait passer par tous les grades jusqu’à celui de général. Boum en risque l’apoplexie. Elle envoie promener le prince Paul qui lui parle mariage. Elle admet son protégé au conseil de guerre où va se discuter le plan de campagne, et pour qu'il puisse prendre part à la discussion, elle le nomme coup sur coup baron puis comte. Enfin elle donne la préférence aux idées qu’il propose et retire à Boum le commandement en chef pour le donner au général Fritz. Celui-ci se met à la tête de l’armée, et comme il va partir, la souveraine lui remet solennellement, en guise de talisman, le sabre de son père!
Au deuxième acte, la guerre est terminée et Fritz revient vainqueur. Comme on pense, jamais les actions du prince Paul n'ont été aussi bas. Mais le manque de subtilité de Fritz va être cause de sa perte. Aux avances pourtant nullement ambiguës de la grande duchesse, il ne comprend rien, et au moment où la souveraine veut lui laisser entendre qu'il ne tient qu’à lui de partager avec elle la toute puissance, ce gros benet ne va-t-il pas s’aviser de lui demander la permission d’épouser Wanda ! Aussi apprendra-t-il sous peu qu’il n’y a qu’un pas du Capitole à la Roche Tarpéienne.
Puck, le prince Paul, Boum conspirent de toutes leurs forces. Ils ont appris que la grande duchesse a fait préparer pour le favori le «pavillon de l’aile droite», Or ce pavillon fut, un siècle auparavant, témoin d’une sanglante tragédie : un autre favori y . tomba sous le poignard des assassins. Les conspirateurs connaissent le passage secret qui conduit à la chambre fatale. Tandis que Fritz, ivre d'amour, reposera sans défiance il périra sous leurs coups.
Soudain une voix de femme se mêle à leurs chuchotements. Tous trois reculent, glacés de terreur : la grande duchesse les a entendus! Mais leur terreur se change en une extrême surprise lorsque la souveraine
fi
\ tea Na FAT Pia On
se déclare tout à fait d'accord avec leurs projets. Ils ignorent, en effet, que tout à l’heure Fritz a demandé l'autorisation de se marier. Cette autorisation a été accordée, mais la haine a pris la place de l'amour dans le cœur de la grande duchesse. Il est donc convenu que Fritz et sa femme auront pour chambre nuptiale le fatal « pavillon de l’aile droite», et que de ce pavillon le nouvel époux ne sortira qu'à l’état de cadavre.
Cette fameuse chambre du crime, nous y voici enfin. Boum et la grande duchesse règlent la mise en scène de l’assassinat, tandis que la victime désignée préside au bal de noces. La grande duchesse exprime le désir de connaître les conjurés, que Boum introduit. Soudain, Grog attire son attention, et l’incandescente personne flambe de nouveau. Elle brûle si fort qu’elle en oublie ses haines et son ressentiment. Sans hésitation, elle accorde, et sur l’heure, l’audience qu'elle refusait depuis six mois. Elle est aussi explicite qu'avec Fritz, mais Grog, rompu à la diplo-. matie, ne laisse rien paraître de ses sentiments, ce qui permet toutes les suppositions. Lorsqu'il conseille à la grande duchesse d’épouser le prince Paul, celle-ci n’y voit qu'une ruse machiavélique et acquiesce. Elle est si sûre de son affaire, si joyeuse de sa nouvelle aventure qu'elle en devient pitoyable et interdit aux conjurés de tuer Fritz; mais elle les autorise à le brimer, ne voulant pas les priver de leur petite vengeance.
Tous s’éloignent pour laisser place libre à Wanda et à son mari. Dès les premières effusions les mauvaises plaisanteries commencent. Les nouveaux mariés sont deux fois interrompus par des sérénades :
premièrement les tambours, ensuite la musique. Ce
ne sont toutefois là que d’inoffensifs hors d’œuvre : ordre arrive au général de partir sans délai se mettre à la tête de ses troupes pour repousser une nouvelle attaque de l'ennemi! Il faut s’exécuter et le malheupart, laissant seule sa pauvre petite femme désolée.
La scène change et représente un camp comme au premier acte. Les soldats festoient en l’absence du
général. Celui-ci a été attiré par Boum dans un gu à-pens où il doit rencontrer en tête à tête un mari ja loux et brutal. Des propos échangés nous apprenons
que ce jour même la grande duchesse a épousé le prince Paul. Elle-même ne tarde pas à arriver au
camp avec son mari et le baron Grog, toujours grand favori. 10 | Survient Fritz dans un piteux état : le mari jaloux l’a abominablement rossé, mis en loques et a transformé en tire bouchon le « sabre de mon père »! Ce sont là d'excellentes raisons pour se montrer sévère et en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire, Fritz redescend la gamme et se retrouve simple soldat. fi
donne alors sa démission qui est acceptée et la grande
duchesse, sans remarquer la fureur de Boum, repasse au baron Grog tous les grades et titres devenus vacants. Grog — finesse ou bêtise? avec les diplomates
on ne sait jamais ! — dévoile alors qu'il est marié et.
père de quatre enfants. La grande duchesse, femme de résolution prompte, lui reprend alors tous ses
titres et dignités et les partage entre Boum et Puck.
Puis s’avisant qu'à l’usage le prince Paul n’est pas si
LES Ta CHAR D
‘insignifiant qu'il en avait l’air, elle reporte sur lui ses
ardeurs dévorantes et consent à accorder à Fritz une
place de maître d’école... pour qu'il ait l’occasion
d'apprendre à lire! ‘ Tout rentre de la sorte instantanément dans l’ordre et le grand duché de Gérolstein est heureux.
La Périchole.
Opéra-bouffe en deux actes, paroles de H. Meilhac et |