‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 62 sur 90 · F0 FERDINAND PAER · texte numérisé non relu

F0 FERDINAND PAER

Ferdinand Paer.

Né à Parme le 1°’ juin 1771, mort à Paris le 3 mai 18309. Après avoir écrit de nombreux opéras italiens, Paer se voua à l’opéra-comique français, et c’est dans ce genre qu’il a remporté ses plus brillants succès. Détail curieux : Le Maître de Chapelle, seule pièce de lui qui soit restée au répertoire, est une parodie de l’opéra italien.

Le Maître de Chapelle.

Opéra-comique en un acte, tré par Sophie Gay de la comédie du même nom d’Alexandre Duval, musique de Ferdinand Paer.

Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre de l’Opéra-Comique, le 29 mars 1821.

PERSONNAGES : Barnabé, maître de chapelle ; Benetto, son neveu ; Gertrude, sa cuisinière.

La scène se passe dans la maison de Barnabé, dans un village près de Milan, au temps des guerres de Napoléon.

Une comédie où il n’y a pas d’action ne mérite vraiment pas ce nom. Le Maître de Chapelle n’est qu’une saynète. Gertrude, cuisinière française d’un mæstro italien, lui cuit ses rôtis et lui chante aussi sa musique. Au lever du rideau nous apprenons qu’un dîner se prépare où sont conviés Benetto, le neveu de Barnabé, et Cœlénie, pupille de Barnabé, que celui-ci veut donner pour femme à son neveu le bien nommé, car il est aussi benet et fat que possible. Il est aussi poltron, et la malicieuse Gertrude s’amuse à le faire trembler en lui faisant croire que les Français

approchent. Elle s’amuse ensuite à faire enrager son maître en lui disant que Cœlénie ne viendra pas souper, parce qu’elle n’aime pas Benetto et n’a d’yeux que pour un jeune et bel officier. Furieux, Barnabé

renvoie sa soubrette à ses fourneaux. | Resté seul, il rêve à la partition qu'il achève, à cette Cléopâtre dont il attend la gloire. Dans un air célèbre, il décrit et mime son opéra. Puis, pris du besoin d’en entendre quelques pages, il appelle Gertrude et lui

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demande de répéter le duo avec lui. Ce duo, sur lequel baisse le rideau. persifle agréablement l’opéra italien à la mode vers 1820, et c’est ce morceau, fort agréablement et spirituellement écrit, qui a assuré le succès du Maître de Chapelle.

Comme on voit, aucune intrigue, aucune conclusion.

Emile Paladilhe.

Né aux environs de Montpellier le 3 juin 1844. Prix de Rome, puis finalement membre de l’Institut en remplacement de Guiraud, Paladilhe n’est pas un compositeur fécond. À côté de quelques opéras-comiques, il a donné un unique grand opéra, Patrie, dans le style Halévy- Meyerbeer. Cette œuvre brillante et pompeuse soutient bien la comparaison avec les meilleures du genre, et se maintient au répertoire.

Patrie.

Opéra en cinq actes et six tableaux, poème de Victorien Sardou et Louis Gallet, musique de Emile Paladilhe.

Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre de l’Académie nationale de musique, le 20 décembre 1886.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Le duc d’Albe ; le comte de Rysoor ; Karloo; le sonneur Jonas ; Dolorès, femme de

Rysoor ; Rafaële, fille du duc d’Albe.

L'action se passe à Bruxelles, en 1568.

Patrie est un modèle de livret de grand opéra historique : dramatique, somptueux, abondant en prétextes à déploiements vocaux et instrumentaux. Le thème est emprunté à la sanglante campagne du duc d’Albe contre les Flandres ; il utilise la légende du sonneur Jonas, qui sacrifia sa vie plutôt que de trahir sa patrie.

Bruxelles est occupé par les Espagnols, qui massacrent sans pitié et règnent par la terreur. Le prince d'Orange est aux environs et une conjuration s’ourdit pour chasser l’étranger haï. A la tête des conjurés sont le comte de Rysoor et Karloo, son jeune ami. Rysoor a une femme, Dolorès, dont il est éperdument

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épris ; mais son amour n'est pas payé de retour : sa femme a séduit Karloo, dont elle est follementamoureuse. Karloo ne sait pas résister à cette passion, … mais est rongé de remords à la pensée de sa trahison : Rysoor est, en effet, pour lui plus qu’un ami, et lui témoigne une entière confiance.

Le duc d’Albe, enfin, est père d’une jeune fille qui est aussi douce et pitoyable que lui-même est cruel et sanguinaire. La malheureuse s’éprendra de Karloo et lui sauvera la vie en mainte occasion. (

Un grand souffle patriotique traverse ces six actes. D'un bout à l’autre vibre l’âme de la Flandre, écrasée Sous un joug odieux. |

Au premier acte, les Espagnols campent en plein

Bruxelles ; scène de violence et de débauche. On

amène des prisonniers; l’un d’eux est le comte de Rysoor, qui vient d’être quatre jours absent, auprès du prince d'Orange. Si cette absence se découvre, il est perdu. Mais, à sa stupéfaction, le soudard espagnol qui loge chez lui déclare aux juges l’avoir vu, la nuit précédente, comme il sortait de chez sa femme! Rysoor échappe ainsi à la mort, mais il est frappé au cœur : Un homme était la nuit précédente auprès de sa femme! Quel est cet homme ? Un seul indice : il doit être blessé à la main.

Tandis qu’un troupeau de victimes est envoyé au supplice, paraît Rafaële, la fille du duc d’Albe. On lui cache tout ce qui se passe, mais elle a surpris, de la. fenêtre du couvent qu’elle habite, des choses qui lui ont paru insolites. Elle vient voir et arrive à temps pour grâcier les malheureux condamnés.

Ce tableau des horreurs de la guerre, illuminé par l'apparition de Rafaële, s'achève sur une scène où Rysoor arrache à son logeur espagnol les renseignements qui lui permettront de retrouver l’amant de sa femme. |

Le deuxième acte débute par un tableau chez le comte de Rysoor. Scène d'amour entre Dolorès et Karloo, la première passionnée, le second partagé entre Son désir et la honte de sa trahison. Arrive Rysoor, qui ne soupçonne pas son meilleur ami.

rloo sorti, l'explication a lieu entre le mari et la

. femme. Elle est violente, haineuse. Rysoor annonce

son dessein de tuer son rival; il le reconnaîtra à sa main blessée. Comment empêcher ce meurtre? Dolorès n'hésite pas : elle a surpris le secret de la conjuration qui doit livrer le duc d’Albe au prince d'Orange; elle ira livrer son mari aux Espagnols. Elle ignore qu'en ce faisant elle livrera du même coup son amant.

La scène se transporte au palais du duc d’Albe, où se donne une grande fête, prétexte à ballet. Dona - Rafaële préside aux réjouissances. Blessée par l’attitude des Flamands présents, elle est réconfortée par l'intervention de Karloo ; elle saura lui prouver sa reconnaissance.

Troisième acte : dans le cabinet du duc d’Albe. Le sombre duc signe des arrêts de mort. Sa fille, encore bouleversée par la scène de tout à l’heure, vient intercéder pour la population opprimée. On introduit Karloo, que les conjurés ont chargé d'obtenir qu’on ouvre les barrières tendues à tous les carrefours. Il réussit, mais le duc lui ayant offert un poste de confiance, il risque de tout compromettre par son refus hautain. Cette fois encore, l’intercession de Rafaële lui permet de s'éloigner; mais la haine que la pauvre femme a lue dans les yeux du patriote l’a désespérée et elle s’'évanouit. ;

C’est à cet instant que, forçant toutes les consignes, Dolorès se précipite dans la chambre. Elle révèle la conjuration, tout ce qu’elle en sait. Elle ignore pourtant le signal que doit donner le sonneur Jonas. Elle ignore surtout que Karloo est parmi les conjurés. C'est le duc d’Albe qui le lui apprend. Atterrée, elle voudrait reprendre ses paroles. Trop tard!

Quatrième acte : à l'Hôtel de Ville de Bruxelles. Les conjurés se réunissent pleins d’espoir, ignorant la trahison de Dolorès. Fortuitement, Rysoor reconnaît en Karloo l’homme qui lui a ravi sa femme. Le coup est dur ; mais le patriote se ressaisit : sauver la Flandre d’abord, on comptera après. Et il désigne Karloo comme chef de l'insurrection.

Soudain, de tous côtés paraissent les Espagnols :

376. EMILE PESSARD les conjurés sont pris au piège. Tous ils sauront mourir; pas un ne parle de se rendre. Albe révèle à Rysoor que c’est une femme qui lui a livré son secret. Chose curieuse, le comte ne soupçonne pas tout d’abord Dolorès.

* Ici se place l’épisode de Jonas. Envoyé au clocher pour donner le signal qui doit livrer le prince d'Orange à ses ennemis, le fidèle sonneur donne le signal sauveur. [l paye aussitôt son héroïsme de sa vie. Furieux de voir sa vengeance lui échapper, Albe donne l’ordre d'exécuter séance tenante les conjurés. Sa fille survient alors, échevelée et lui arrache la grâce de Karloo : elle l'aime! Karloo a beau se regimber, protester, il vivra. Et Rysoor lui confie pour mission de venger la patrie en découvrant et tuant la femme qui les a trahis.

Cinquième acte : Dolorès est torturée par la pensée du crime qu’elle a commis. C’est elle qui:a envoyé tant d'hommes, et des meilleurs, à l’échafaud!

Karloo paraît, Karloo qu'elle a cru mort. Et la passion lui fait oublier tout autre sentiment. Mais Karloo n'est plus le même ; il se doit à sa mission : il cherche un coupable ; il est le Vengeur. Dolorès est glacée d’effroi. Dans son affolement, elle se trahit. Ainsi, c'était elle!

Froidement, Karloo lui annonce qu'il va frapper, mais pas tout de suite; elle assistera premièrement au supplice de ses victimes. Ce supplice se déroule sur la place, hors de la vue du spectateur; seules les rouges lueurs du bücher lui sont visibles. Et, tandis que Dolorès, folle de terreur et de remords, implore sa grâce, il la poignarde, puis se précipite par la fenêtre pour rejoindre ses frères dans le martyre.

Emile Pessard.

Emile-Louis-Fortuné Pessard, né à Paris le 29 mai 1843, élève de Bazin et de Carafa, Grand Prix de Rome, a donné . au théâtre plusieurs ouvrages dont aucun n’a fait très longue carrière, à part celui que nous présentons ici, Mam-

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