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FERDINAND POISE

corsaire, où sont réunis Surcouf, Yvonne, Kerbiniou et Arabelle. On est près de Saint-Malo, mais deux na-

vires anglais à l'armement formidable coupent la

route à la frêle corvette. Le plus rapproché envoie Mac Farlane en parlementaire demander au corsaire de se rendre à discrétion. Surcouf use d’un stratagème : il met à la mer, un à un, les Anglais dans des barils ; et pendant que ceux-ci sont repèchés par les : leurs, il a le temps de prendre du large. |

J1 tombe malheureusement sur la seconde frégate,

et, cette fois, il faut livrer bataille. Le tableau s'achève sur une scène d’abordage très mouvementée.

Quand la fumée se dissipe, le corsaire est victorieux. Saint-Malo s’aperçoit à l'horizon. Surcouf épousera Yvonne et Arabelle devient subitement amoureuse de Kerbiniou son mari, qui s’est révélé un héros au moment de l’abordage. |

Ferdinand Poise.

Jean-Alexandre-Ferdinand Poise est né à Nîmes le 3 juin 1828, et mort à Paris le 13 mai 1892. Il est l’auteur d’une douzaine d’opéras-comiques et d’opérettes, dont plusieurs ont fait une belle carrière. Les plus connus, outre le petit ouvrage analysé ci-dessous, sont Joli Gilles et L'amour mouillé.

Bonsoir, voisin!

Opéra-comique en un acte, paroles de MM. Brunswick. et A. de Beauplan, musique de F. Poise.

Lyrique, le 18 septembre 1853. | |

PERSONNAGES : Charlot, ouvrier ébéniste ; Louisette, jeune ouvrière.

L'action se passe sous Louis XV,

Cette petite bluette est sans malice : Charlot, ouvrier ébéniste, a un parrain qui veut le marier à sa nièce

Louisette. Les deux jeunes gens ne se connaissent

pas, mais tous deux ont contre le mariage des objec- …

tions de principe : Charlot aime les conquêtes faciles et éphémères ; Louisette est jalouse de sa liberté.

. Charlot rentre chez lui le premier. Il tient une lettre qu’il se proposait de faire tenir à son inconnue, mais qui n’a pu être délivrée, la destinataire étant partie sans laisser d'adresse. Par mégarde, il laisse tomber sa lettre sur le plancher, devant la porte qui ouvre sur la chambre voisine. Son premier air nous fait connaître son sentiment sur le mariage et sur les intentions de son parrain. [l nous met ensuite au courant de la petite intrigue esquissée ci-dessus. Soudain, une crampe d’estomac le rappelle à la réalité : il n'a pas soupé et meurt de faim. Il sort donc à la recherche de provisions.

Arrive alors dans l’autre chambre Louisette, qui achève de nous documenter sur l’état des faits. Après quoi elle se met en demeure d’arranger sa chambre. Mais elle s'aperçoit bien vite que ses meubles sont trop lourds pour ses forces : lés hommes, remarquet-elle, ont pourtant leur utilité.

Pendant qu’elle peine à accrocher ses tableaux, Charlot est rentré avec des œufs, du beurre et du lard. Son intention est de faire une omelette, mais il ignore comment cela se confectionne. En balayant sa cham- bre, il a poussé, sans y prendre garde, sa lettre sous la porte dans la chambre voisine. Tout à coup, il s'avise que sa voisine (il ne sait pas qu’il en a changé) est cuisinière et il l'appelle au secours. Son désespoir . est infini en apprenant que la cuisinière est partie; mais il est vite consolé : la nouvelle voisine accepte de la remplacer.

Mais comme elle va pour ouvrir la porte, Louisette

voit la lettre et reconnaît un message de son persécuteur. Celui-ci lui annonce sa visite pour minuit. Etil est onze heures! La pauvre fille a grand peur. Qui sait? peut-être le voisin est-il honnête et lui viendrait-

il en aideP Elle ouvre donc et Charlot entre chez elle >

‘avec tout ce qu’il faut pour faire le souper. Pendant que Louisette fait l’omelette, il monte le lit et met les meubles en ordre. Puis il invite sa voisine à souper avec lui.

Louisette, poussée par la crainte, lui explique le service qu’elle attend de lui: qu'il veuille bien lui

tenir compagnie jusqu’au moment où viendra le

séducteur. Charlot commence par s’indigner contre le misérable, puis, s'étant aperçu qu'il s’agit de luimême, il devient plus indulgent èt même un peu pressant, si pressant que la voisine, par une ruse adroite, réussit à passer dans l’autre chambre et à pousser le verrou. Il est pincé! «Bonsoir, voisin !» . lui crie l’espiègle, en l’engageant à user du lit quil vient de monter. |

Mais Charlot est rusé aussi. Jouant un double personnage, il feint de recevoir l’amoureux redouté de la voisine, d’avoir avec lui une altercation et de tomber inanimé par terre. Sa feinte réussirait peut-être s’il ne se relevait pas trop tôt. Au moment où Louisette, alarmée, se décide à jeter un coup d'œil dans sa chambre, le simulateur disparaît à pas de loup dans le corridor, espérantla surprendre par un mouvement tournant. Tous deux réintégrent, au même instant, leurs logements respectifs : joué de nouveau !

Un mot de Charlot apprend à Louisette qu'’oncle et parrain sont une seule et même personne et que cest . eux-mêmes que l’on entend marier. Leurs objections. au mariage sont tombées à cette heure et Charlot implore son pardon. Louisette l’accorde volontiers, mais ne rouvrira la porte qu’à son mari : «Bonsoir, voisin, dormez vite !... »

PONCHIELLI

A. Ponchielli.

Amilcare Ponchielli, le compositeur italien le plus en vue de la période qui relie Verdi aux «véristes», est né à Paderno Fasolare près Crémone le 1‘ septembre 1834. Il a . donné en Italie de nombreux ouvrages très appréciés. Le seul qui ait été traduit en plusieurs langues et ait atteint

une réputation européenne est celui que nous analysons ci-dessous.

Gioconda.

Drame lyrique en quatre actes, paroles italiennes de T. Gorris, traduction rythmique en français de Paul Solanges, musique d’Amilcare Ponchielli.

Représenté pour la première fois en italien, à Milan, le 8 avril 1876 ; en français le 29 décembre 1886. . PRINCIPAUX PERSONNAGES : . Gioconda, chanteuse, amoureuse d’Enzo ; Laura Adorno, génoise, femme d’Alvise Badoer et maîtresse d’Enzo ; la mère de Gioconda, aveugle ; Enzo Grimaldo, prince génois, proscrit; Barnaba, chanteur ; Alvise Badoer, un des chefs de l’inquisition d'Etat; etc; L'action se passe à Venise au XVII* siècle.

Le romantisme n’a rien produit de plus sombre, de plus violent que ce drame. Aucun accessoire n'y manque : poison, poignard, catafalque funèbre au milieu d’une fête, assassinats, délations, toute la lyre. La chanteuse et le délateur au service du Conseil des Dix y coudoient les plus hauts personnages, le bouge

voisine avec le palais. Le cadre est on ne peut plus Énitlant et pittoresque : la Venise du XVIIe siècle. Et le tout forme un spectacle follement dramatique et haut en couleur, milieu idéal à parer de musique somptueuse et grandiloquente.

La Gioconda, chanteuse, qui vit avec sa vieille mère aveugle, s'est éprise d’un capitaine de navire dalmate, Enzo, lequel est en réalité un noble génois, amant de la femme d’un des chefs de l’Inquisition d'Etat à Venise, Alvise Badoer. Laura et Enzo ont été séparés, mais vont tout à l'heure se retrouver, et Gioconda verra s’écrouler tout son rêve de bonheur.

Un misérable traître, Barnaba, qui exerce ostensible ment la profession de chanteur des rues, mais cache sous ces dehors le métier infâme de délateur au service du Conseil des Dix, a voué à la Gioconda une de ces passions impures qui ne reculent devant rien pour s’assouvir. La Gioconda repousse avec horreur ses avances et ses menaces. L’immonde personnage s'avise que s’il réussit à s’assurer de la mère comme otage, Gioconda, dont il sait la piété filiale, en passera par où il lui plaira. Il dénonce donc à la foule stupide la pauvre aveugle comme sorcière et la ferait monter au bücher, si Alvise Badoer et sa femme . Laura ne venaient à passer. Le membre de l’'Inquisition d'Etat s’enquiert de la cause du tumulte. Laura intercède pour la pauvre vieille et réussit à obtenir sa délivrance. Celle-ci remet alors à sa bienfaitrice un

rosaire qui doit lui servir de porte-bonheur.

Mais Enzo était dans la foule et Barnaba l’a reconnu. Le traître a surpris le regard de Laura tombant sur son amant dont elle ignorait la présence. IL. imagine alors une ruse diabolique. Il dit à Enzo son

amour pour la Gioconda; pour posséder plus aisé

ment celle qu’il aime, il lui importe d’éloigner celui que Gioconda lui préfère. Il enjoint donc à Enzo d'attendre le soir même Laura sur son navire et dese préparer à prendre le large avec elle. Il compte bien amener Laura au rendez-vous; mais ce qu'il ne dit. pas, c’est qu’il compte aussi dénoncer les amants au mari et les faire prendre tous deux au piège. Il faiten … effet écrire la dénonciation par un complice et la jette dans la gueule du lion de St-Marc. — Entre temps,

la Gioconda a appris la vérité : Enzo en aime une autre. Et son cœur désespère... RE

Le deuxième acte s’ouvre par un ballet. La scène représente l’endroit écarté où le navire d’Enzo attend pour lever l’ancre l’arrivée de Laura. Barnaba, déguisé, est là pour guetter sa proie.

Laura arrive. Duo d'amour. Elle est suivie de Gioconda, le cœur plein de projets de vengeance. Explication haineuse entre les deux rivales. Mais un revirement soudain se produit: la Gioconda a vuaux mains

de Laura le rosaire de sa mère. C’est donc elle qui sauva la vie de la vieille aveugle. Désormais, l’amou-

reuse blessée ne s’appartient plus ; elle doit acquitter

la dette de la reconnaissance. Elle sauvera donc celle

que tout à l'heure elle ne songeait qu’à perdre. Elle

fait échapper Laura, et quand Barnaba revient, c’est

pour constater qu'une de ses victimes lui est arrachée.

Damnation ! Du moins Enzo paiera-t-il pour deux. P

Mais quand surviennent les hommes chargés de s’em-

parer des amants fugitifs, le noble proscrit a un beau geste de désespoir : il incendie son navire et échappe

en se jetant à la mer.

L'acte suivant se passe au palais d’Alvise Badoer. Une grande fête se célèbre dans des salons voisins. Le grand seigneur outragé annonce à sa femme qu’il

connaît son adultère et qu’elle doit mourir. Il: lui

donne du poison en lui montrant un catafalque préparé pour recevoir son cadavre. Puis il la laisse. La

Gioconda se glisse dans la chambre et donne à la

condamnée un narcotique qui imite les effets du poi-

son et trompera Alvise. Elle emporte le poison des-

tiné à sa rivale. Alvise revient et constate — croit

constater — que justice est faite. Le décor change.

Nous sommes au milieu du tourbillon de la fête. Ballet. Beaucoup de masques. Parmi eux Enzo. Soudain Barnaba fait irruption dans la salle, trainant après lui Paveugle. [1 la dénonce comme sorcière et traîtresse, elle priait près du cadavre de Laura. Ce nom frappe l'oreille d’Enzo, qui jette son masque et brave publiquement Alvise. Que lui importe de mourir si Laura n’est plus ! On l’arrête, et Alvise, son secret étant connu, écarte une draperie et montre sa femme inanimée : elle le trompait, il a vengé son honneur. Le rideau tombe sur la foule glacée d’épouvante. Mais la Gioconda a eu le temps de glisser à

l'oreille de Barnaba qu'elle sera à lui s’il réussit à sau-

- ver Laura. Le misérable accepte, fou d’espoir.

Dernier acte. Enzo a réussi à s'évader, grâce à la Gioconda. Il viendra tout à l’heure. En attendant,

celle qui a veillé sur ses jours attend dans un endroit écarté l’arrivée de Laura endormie. Deux hommes

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