J.-PH. RAMEAU
musique. D’autres opéras de Rameau suivront sans doute avant longtemps. =
Hippolyte et Aricie.
Tragédie en cinq actes et un prologue, d’après Racine, paroles de l’abbé Pellegrin, musique de Rameau.
Représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre de l’Académie Royale de musique, le 1° octobre 1733. PRINCIPAUX PERSONNAGES : Hippolyte, fils de Thésée ; Aricie ; Phèdre, mère d'Hippol tes "Pnesee ere
La scène se passe, au prologue, dans la forêt d’Erymanthe, puis à Trézène, dans les enfers et dans la forêt : d’Aricie.
La pièce proprement dite est précédée, selon l’usage du temps, d’un prologue mythologique dont Diane, l'Amour et Jupiter font les frais. Diane veut chasser l'Amour de ses Etats. Elle invoque Jupiter qui accourt, et déclare que le Destin, plus puissant que les dieux, accorde à l'Amour un jour de règne, chaque année, jusque dans la retraite de Diane, mais sous la réserve que le redoutable enfant ne pourra exercer sa puissance qu'en faveur de l’hymen. La déesse forme alors le vœu que, pour cette fois, Hippolyte et Aricie soient les époux unis par les nœuds de l'amour. Aricie est, en eflet, vouée par Phèdre au culte de Diane.
Pareil préambule était bien nécessaire pour faire admettre les libertés grandes que l’abbé Pellegrin prend avec la légende. Le librettiste à su imaginer, en effet, une Phèdre qui finit en hyménée aux sons des musettes champêtres. Il réalise son objet en très mauvais vers, mais réussit à multiplier les décors et les «machines» de façon à satisfaire le goût des amateurs d'opéra de son temps. N'oublions pas que l’Académie Royale fut vouée, dès ses débuts, à la danse autant qu à la musique. ;
Remarquons encore que, dans Hippolyte et Aricte, Phèdre passe au second plan et n’a aucunement l'allure que lui donne Racine. | |
Il sera bon de rappeler, pour ceux qui ont oublié leur mythologie, que Thésée, fils de Neptune, a un fils d’un ;premier it nommé Hippolyte. Il a épousé
: 407 sur le tard Phèdre, dont il a eu un fils, encore enfant au moment de l’action. Thésée est absent depuis
longtemps, et Phèdre s’est prise pour Hippolyte d’un amour incestueux. Mais Hippolyte n’a d’yeux que pour
Aricie, une captive. Phèdre a surpris cet amour, et pour y mettre un terme elle veut consacrer son esclave au culte de la chaste Diane, protectrice de Thésée et d'Hippolyte. Elle a réussi à faire croire à
Aricie qu'Hippolyte la dédaigne.
C’est ici que s'ouvre le premier acte : Dans le
temple de Diane, Aricie attend l’heure de prononcer
son vœu de chasteté. Mais Hippolyte paraït et bientôt les amants sont au clair sur leurs véritables sentiments. Aussi, quand Phèdre arrive pour assister à la consommation du sacrifice, Hippolyte et Aricie lui
tiennent tête. Fureur de la reine, qui veut renverser,
dans sa rage, le temple et l’autel. Mais Diane ellemême descend d’un nuage et prend les amants sous
Sa protection.
Pas plutôt la déesse a-t-elle disparu, survient un messager hors d’haleine : il’apporte la nouvelle que
Thésée est descendu chez Pluton. La suivante Oenone
insinue alors à la reine que, désormais, rien ne l’empêche d’assouvir sans crime sa passion pour le fils de son époux. Phèdre se reprend à espérer : qu’Aricie tremble!
Le second acte se passe aux Enfers. Thésée en veut forcer l’entrée pour retrouver Pirrithoüs, son ami. Débauche de mythologie : Tisiphone, Pluton, les Parques concertent de mélodieuse façon. Pluton refuse inexorablement à Thésée de l’admettre auprès de Pirrithoüs : il ne doit pénétrer aux Enfers que par les voies ordinaires, soit ensuite de décès régulier. Pourtant, contradiction singulière, on ne veut pas le laisser entrer, mais on ne l’autorise pas davantage à sortir. [l invoque alors son père Neptune, qui lui a promis trois «discrétions». La première a consisté à ouvrir les enfers à son fils; que la seconde l’en fasse sortir |
Voici justement Mercure, le messager des dieux. Il apporte, de la part de Jupiter, la levée d’écrou de
Thésée. Mais le malheureux se voit, en partant, déco
retrouver à son foyer! i |
Troisième acte : Thésée est rentré incognito à Tré-
zène. Phèdre l’ignore encore et, dans une première
Cher la flèche des Parques : celles-ci l’avertissent obligeamment qu'il ne quitte les Enfers que pour les .
scène, elle fait à Hippolyte des propositions que ce fils vertueux... et amoureux d’une autre repousse avec
indignation. Phèdre lui met alors en main une épée,
et le supplie de l’en transpercer. C’est ce moment que
choisit Thésée pour reparaitre. Il s'étonne de ce qu’il
voit et en demande l'explication. Ni Phèdre, ni Hippolyte n’osent répondre ; ils en laissent le soin à la
suivante Oenone qui, pour disculper sa maîtresse, accuse Hippolyte d’avoir voulu violenter la reine. Thésée réfléchit — pour lui en donner le temps, des matelots des deux sexes lui dansent un ballet — après quoi il demande à Neptune, comme troisième «discrétion », de mettre à mort son fils.
L'acte suivant se passe dans un bosquet consacré à Diane. Hippolyte et Aricie s’y désolent. Celle-ci, con-
sacrée à Diane, ne peut plus se marier. Celui-là est
obligé de fuir — son char est là qui l’attend — par
respect pour l’auteur de ses jours. [l propose, cependant, à Aricie de l’accompagner ; sa voiture est à deux places et ils se marieront au premier temple
rencontré. Ballet de .chasseresses, après quoi un.
monstre, envoyé par Néptune, fait disparaître Hippolyte, et Aricie s'évanouit. Phèdre, survenue, voit
s'effondrer son rêve infâme et, revenue à de meilleurs
sentiments, va se faire justice, mais non sans avoir confessé la vérité au roi.
Le dernier acte débute par un court tableau, du reste supprimé à la représentation. C’est une explication entre Neptune et Thésée. Le dieu apprend à son : fils qu'Hippolyte n’est pas mort: Diane l’a recueilli,
sur l’ordre du Destin. Les immortels sont en train d’arranger tout pour le mieux. Phèdre, d’autre part,
est morte, après avoir révélé à Thésée l’innocence.
d'Hippolyte. | | La scène change et représente un bois habité par
La pauvre amante ne peut se consoler de la mort de celui qu’elle aime. Diane elle-même, descendue du séjour des immortels, ne peut lui apporter aucun adoucissement. Quand elle lui annonce la : venue d’un époux, Aricie se refuse même à le voir. Pourtant, Hippolyte arrive et les amantsse reconnaissent au son de leur voix. Ils sont aussitôt dans les bras l’un de l’autre et tout finit par un ballet champêtre. |
Maurice Ravel.
Né le-7 mars 1875 à Ciboure, près de St-Jean de Luz
(Basses-Pyrénées). Bien qu'ayant échoué au Prix de Rome,
ce compositeur n’en a pas moins fait une belle carrière, et
lon peut encore espérer beaucoup de lui. L’Heure espa-
gnole est le seul ouvrage dramatique de Ravel qui ait vu jusqu'ici les feux de la rampe.
L’Heure espagnole.
Comédie musicale en un acte, poème de Franc-Nohain,
- musique de Maurice Ravel. |
Représentée pour la première fois à Paris, sur le Théâtre de l’Opéra-Comique, le 19 mai 1911.
PERSONNAGES: Concepcion, femme de Torquemada; Torquemada, horloger ; Gonzalve, bachelier ; Don Inigo Gomez, banquier; Ramiro, muletier.
La scène se passe à Tolède, au xvurr° siècle.
. Un ravissant petit livret, tel que sait les concevoir
et les versifier le fantaisiste Franc-Nohain.
Une boutique d’horloger, pleine de pendules, entre autres deux horloges catalanes, — c’est-à-dire normandes, nous dit l’auteur. Ce sont, vous le savez, de ces horloges en forme d’armoire, hautes de plus de deux
mètres et capables de cacher un homme dans la cavité réservée aux ébats du balancier. Toutes ces horloges marquent les heures les plus variées.
Un muletier, type de brute saine et robuste, rien d’intellectuel, apporte à l’horloger Torquemada sa montre à réparer. Pendant que ce dernier examine la pièce, sa femme, une luronne qui n’a froid nulle CSS."