‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 7 sur 90 · SALES · texte numérisé non relu

SALES

HECTOR BERLIOZ

-dessus du porche et Méphisto se cache sous le pan F1 e son manteau. Finalement, la pauvre enfant tombe RE

inanimée sur les marches du temple. La vision dis- IA paraît; Marguerite est toujours endormie dans son Re fauteuil. 0

C’est alors que Méphisto chante la fameuse sérénade, que les follets soulignent de rires stridents ; Re. puis la rue se vide et l’attention se porte sur la cham- à bre de Marguerite où se déroule la grande scène d'amour. Celle-ci est intérrompue par une nouvelle EE apparition de Méphisto, annonçant l’arrivée de la D: mère et des voisins. On entend effectivement ceux-ci | au dehors, attirant l’attention de la mère sur la conduite de sa fille. L’acte s'achève sur un impressionnant trio. 1e Au cinquième acte, Marguerite, seule dans sa se chambre, se ronge de souci : le bien-aimé ne revient pas. Passent au loin les joyeux étudiants.

Changement à vue : nous sommes dans un paysage de forèts et de cavernes. Faust chante l’invocation à la nature. Méphisto l’aborde: jusqu'ici, Faust n’a pas demandé au temps de suspendre son vol : cette àme va donc échapper au Malin. Maïs une ressource lui reste : jouer sur les sentiments de Faust pour obtenir de lui une signature. Aussi lui représente-t-il Marguerite en prison, condamnée à mort, sur le point d’être exécutée. Pour la sauver, Faust signe le pacte offert et les deux compagnons partent sur les chevaux d’enfer pour la «course à l’abime». Cette scène est de réalisation scénique à peu près impossible : c’est avant tout une magnifique page symphonique. Elle aboutit au dernier tableau, l'Enfer, simple jeu de décors mouvants.

Un épilogue, autre jeu de décors, se passe premièrement «sur la terre», puis «dans le ciel». C’est l’apothéose de Marguerite. Comme on voit, à partir de la scène d’amour et de la signature du pacte infernal, le drame proprement dit n'existe plus et est remplacé par la fantasmagorie. Encore, pour arriver à un résultat acceptable, a-t-il fallu tailler largement dans 2 la musique. | |

48 GEORGES BIZET

Georges Bizet.

De son vrai nom Alexandre-César-Léopold, Bizet est né à Paris le 25 octobre 1838 et mort subitement à Bougival le 3 juin 1875, peu de jours après la première représentation de Carmen. Bien que ses merveilleux dons de symphoniste lui aient valu une grande popularité au concert, Bizet a toujours visé presque exclusivement le théâtre au cours de sa trop brève carrière. Il y donna successivement Les Pécheurs de perles, La Jolie fille de Perth, Djamileh, la musique de scène de l’Arlésienne et Carmen, une de pierres d’angle du répertoire moderne. |

Les Pêcheurs de perles.

Opéra en 3 actes, paroles de E. Cormon et Michel Carré, musique de Georges Bizet, représenté pour la première fois au Théâtre Lyrique, à Paris, le 29 septembre 1863.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Nadir, coureur des bois; Zurga, chef des pêcheurs de perles ; Leila, prêtresse.

Un drame de l’amitié en conflit avec l’amour. Zurga et Nadir sont amis d’enfance, unis par une infinie tendresse. Une femme jadis a failli les désunir, mais l’amitié fut la plus forte : tous deux jurèrent d’y renoncer ; après quoi la vie les sépara. Zurga est devenu le chef d’une tribu de pêcheurs de perles exerçant sa dangereuse industrie sur une plage de Ceylan. Mais si Zurga fut fidèle à son serment il n’en fut pas de même de Nadir, qui revit la belle inconnue et en fut aimé. Nadir est coureur des bois ; sa vieerrante l’a séparé de sa maîtresse, qu’il a perdue, croit-il, pour toujours. Les choses en sont là lorsque s'ouvre l’action.

Une coutume veut que pendant les travaux de pêche une vierge voilée à tous les yeux prie au haut d’un rocher, écartant le mauvais sort. Aucun homme ne doit l’approcher, nul ne doit voir son visage, sinon c’est pour les coupables la mort. |

Au début du premier acte, les pêcheurs sont réunis sur la grève: c’est le moment où la pêche va s'ouvrir et tous sont en fête. L'usage veut qu'avant la cam-. pagne ils choisissent leur chef. Ce sera Zurga, le plus

GEORGES BIZET

LE

fort, le plus noble d’entre eux. Tous lui jurent obéissance.

Survient Nadir, qu'on n'avait pas revu de long- temps. Joie des deux amis à se retrouver. Après la fin des danses, ils se trouvent seuls et évoquent les souvenirs de jadis, ces souvenirs que traverse une femme... Justement une femme arrive. Elle est voilée, mais sa voix fait tressaillir Nadir. C’est elle qui doit invoquer Brahma et servir d’ange gardien aux plongeurs, qui, en reconnaissance lui donneront, à la fin de la saison, la plus belle perle remontée. C’est elle aussi, on l’a deviné, qui, jadis, faillit changer en ennemis mortels les deux inséparables. C’est Leila. Elle reconnaît Nadir et hésite à prononcer le terrible serment par lequel elle doit se lier. Mais ne pas le prononcer c'est renoncer à rester près de lui : elle maudit donc l’amour et prononce son serment de vestale. Avant de monter sur son rocher, conduite solennellement par le grand-prêtre Mourabad et les fakirs, elle trouve moyen de faire voir à Nadir son visage. Déjà averti par un pressentiment, déjà profondément remué par le son de sa voix, Nadir, en la voyant, ne se possède plus : à tout prix il la reverra. __ Au second acte, il la revoit. Leila, seule sur son rocher, dans les ruines d’un temple, entend s’éteindre les voix des pêcheurs rentrant au soir, après le labeur de la journée. Le prêtre Mourabad, avant de la lais-

ser seule pour la nuit, lui rappelle son serment. Pour

lui donner confiance, elle lui raconte avec fierté que, tout enfant, elle sut, sous menace de mort, sauver un fugitif inconnu qui avait cherché asile en sa chaumière. Cet inconnu — c'était Zurga, on l’apprendra au dénouement — [ui a donné en souvenir une chaîne, en lui jurant une éternelle reconnaissance. Leïla seule. Nadir, au pied du rocher, chante. Sa voix se rapproche, il arrive; et c’est le duo d'amour, les résistances de Leïla liée par son serment, puis l'inévitable triomphe de la passion. Mais Mourabad a vu. Les coupables sont traqués, les pêcheurs réclament à grands cris leur châtiment. Zurga va ordon-

ner la mort des deux complices, puis quand il recon- .

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naît Nadir, son amitié ne peut se résoudre à prononc l'arrêt : il résiste aux cris de mort de la foule. M soudain, il reconnaît aussi Leila, et alors, fou rage et de jalousie, il ordonne qu’on conduise amants au supplice. se L'acte 3 est coupé en deux tableaux. Zurga, di sa tente, est partagé entre l'amitié et la fureur jalouse. Vient Leila qui demande que le châtiment la frappe seule : Nadir est innocent, il n’avait pas préparé cette rencontre, le hasard a tout fait. Mais ses supplicatior vont à fin contraire, elles attisent la jalousie de Zurga et la pauvre femme comprend le mal qu’elle a fait lorsque Zurga lui dévoile son fatal amour. Mourabad interrompt la scène en venant chercher Leila pour la. conduire au bûcher. Mais ici intervient le collier : u Leila détache la chaîne qui pend à son cou et la donne à un pêcheur pour qu'il la porte à sa mère. Zurga a vu : la femme qu'il envoie à la mort est celle … qui, jadis, lui sauva la vie. Il sait ce qui lui reste + faire.

La scène change. Le bûcher, au milieu d’un site 2 É

sauvage. Les pécheurs, ivres, dansent et trépignent .

avec férocité. Leila et Nadir vont périr. Accourt | Zurga, qui montre à l'horizon une lueur sinistre: le … feu du ciel est tombé sur le village. Tous s’enfuient … pour sauver femmes et enfants. Zurga reste seul — il le croit du moins — avec les condamnés; mais Mourabad est là, caché. Il entend Zurga avouer que lui-même a mis le feu aux cases ; il le voit détacher les liens de Nadir et de Leila et leur rendre la liberté. … Trahison ! Il appelle les pêcheurs, et Zurga monte au bûcher à la place de ceux qu'il a sauvés, victime … de la reconnaissance et de la fidélité à l'ami. ÿ

La jolie fille de Perth.

Opéra en quatre actes et cinq tableaux, paroles de H. de :. Saint-Georges et Jules Adenis, musique de Georges Bizet

Représenté pour la première fois à Paris, sur le Théâtre Lyrique impérial, le 26 décembre 1867. 2e DIE

PERSONNAGES : Henri Smith, armurier, amoureux de Ca-

1e Glover ; le duc de Rothsay, gouverneur de Perth,

eune débauché amoureux de Catherine ; Ralph, ouvrier tier, troisième amoureux de Catherine ; Simon Glover,

gantier, père de Catherine ; Catherine Glover; Mab, jeune

hémienne.

a scène se passe à Perth, en Ecosse, à une époque indé-

terminée.

Catherine Glover, fille du patron gantier Simon Glover, un des notables de la ville de Perth, aime Henri Smith, armurier, mais elle coquette avec lui et n'a pas encore répondu nettement à ses avances. Ralph, un ouvrier de son père, se consume d'autre part pour elle d’un amour sans espoir, mais noble et désintéressé. Le jeune duc de Rothsay, gouverneur de la ville, qui mène avec la jeunesse dorée une vie de dissipation et vient d’avoir une aventure avec la __ bohémienne Mab, a vu Catherine et s’est pris pour

elle d’un caprice violent. Mab, la bohémienne, aime :

toujours le duc, mais dans sa rage jalouse elle rumine des projets de vengeance. C’est pourtant elle qui au dénouement jouera le rôle de bon ange et transfor- mera la catastrophe imminente en une conclusion heureuse.

+ Au premier acte se noue le quiproquo qui est à la base de l’intrigue. Smith recueille dans sa maison Mab, poursuivie par de jeunes gentilshommes en goguette. À peine est-elle arrivée que surviennent Catherine et son père, accompagnés de Ralph, qui à la faveur du carnaval s’invitent sans façon à dîner. Connaissant l’humeur jalouse de Catherine et trem-

blant pour son amour encore si mal assuré, Smith

cache Mab dans une chambre voisine. [1 semble que l’heureux Smith doive ce soir même voir couronner sa flamme. Glover lui est favorable et Catherine ellemême, pendant que son père et Ralph sont allés aux provisions, accepte de lui une rose en orfévrerie qu’il a travaillée avec amour. C’est une promesse : le jour de la Saint-Valentin, la jeune fille agréera son hommace.

Mais le duc de Rothsay a vu Catherine et éprouve pour elle un désir véhément. Il arrive masqué, ayant

GEORGES BIZET

suivi la jolie fille jusqu’à la porte de l’armurier. Po

s'introduire, le premier prétexte venu lui est bon: une dague faussée qu'il demande à l’armurier de réparer. Smith éprouve toutes les affres de la jalousie en voyant l'inconnu, pendant que lui-même travaille à la forge, courtiser sa fiancée. Î] frappe avec rage sur l’enclume, et le duc devenant pressant sans que la coquette paraisse trop s'en offusquer, il voit rouge, lève son marteau sur le séducteur et va l’abattre quand Mab, qui veillait dans la pièce voisine, se précipite

entre les deux hommes en poussant un grand cri.

C’est maintenant au tour de Catherine d’être torturée par la jalousie. Que faisait chez Smith cette femme? Le pauvre garçon a beau protester de son innocence ; au moment même où Glover et Ralph reviennent chargés de bonnes choses pour le dîner, ce qui met fin à l’incognito du duc, Catherine jette. loin d’elle la rose que Smith lui avait donnée et déclare qu’elle ne veut plus de lui pour époux.

Mab, en silence, a ramassé la rose, un accessoire qui joue dans la pièce un rôle important.

Second acte: le carnaval sur la grand’place de Perth. À droite est la maison de Glover avec la fenêtre de Catherine ; à gauche, une taverne. Scène de joyeuse folie, avec divertissement de Bohémiens. Mab est là, avec les gens de sa tribu: Le duc y est aussi, un peu gris. [l laisse échapper devant Mab qu'il a fait chercher Catherine et l'attend à minuit, pendant la fête qu’il donne en son palais. La bohémienne déjouera ce dessein, et conçoit du même coup un projet de vengeance.

La nuit est tombée et la place est maintenant déserte. Smith désolé vient sous la fenêtre de Catherine soupirer son amour; mais la fenêtre ne s'ouvre pas, et l’armurier désespéré est entraîné par un compagnon dans la taverne. |

Au tour de Ralph maintenant. Il est complètement ivre; le pauvre garçon noie son chagrin dans le vin. Après une chanson devenue célèbre, il tombe endormi sur le banc qui se trouve devant la taverne. … Arrivent sur ces entrefaites les émissaires chargés par

voilée: c’est elle, sans doute. Sans plus approfondir,

A Le

Je duc de chercher Catherine. Une femme se présente

les messagers la font monter en litière, au moment

même où Ralph s’éveille. Croyant voir Catherine

s'éloigner, Ralph, dégrisé, appelle à l’aide et Smith sort précipitamment de la taverne. Pas plutôt a-t-il entendu que Catherine s’en va masquée au palais, le malheureux, comme un fou, part à sa poursuite.

Mais, Ô prodige ! la fenêtre de Catherine s’ouvre et Ralph reconnaît la jeune fille qui, tardivement, vient

répondre à la sérénade de son fiancé. Ce n’était donc pas Catherine qu'emmenaient les gens du duc P Qui était-ce alorsr Sur ce point d'interrogation la toile baisse pour la seconde fois. Mais le public a déjà deviné ce qui pour Ralph reste un mystère. La femme voilée, c'était Mab.

Au troisième acte, nous sommes dans le palais du duc de Rothsay. Brillante orgie. On amène la femme masquée et, sur le refus de celle-ci de se démasquer devant tous, le duc fait évacuer le salon. Il ne doute pas d’avoir à faire à Catherine. Les réticences, la timidité de l’inconnue ne font que l’enraciner dans cette certitude. Mab ne consent à se démasquer qu'après avoir éteint le dernier flambeau. Dans l’ombre, la main du duc rencontrera à la ceinture de

Mab la rose fatale : nouvelle preuve d’identité, cette

rose il l’a vue la veille au corsage de Catherine.

Mab, serrée de trop près, fuit dans une pièce voisine, poursuivie par Rothsay. Dans le salon vide arrive alors Smith, défait, les vêtements en désordre. Il veut se convaincre par lui-même de l’irréparable ; après quoi, il n’aura plus qu’à mourir. Voici justetement le duc qui revient avec de jeunes seigneurs. Caché derrière une tapisserie le malheureux armurier entend Rothsay se vanter de sa bonne fortune. Mais qu'est ceci? Voici Glover qui arrive en personne, accompagné de... Catherine ! Le quiproquoest ici un peu forcé ! Il semble que cette arrivée devrait dissiper tout malentendu; dans la pièce, elle déclanche, au

contraire, la catastrophe. Smith se persuade que la Catherine qu'il voit là est la même qui tout à l’heure

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