GEORGES BIZED
était en galante aventure avec le duc; le duc le cr aussi, bien que la présence du père l'interloque ï eu. :
Bref, Smith sort de sa cachette etabreuve sa fanc 7 . des accusations les plus outrageantes. Quand Cath VE rine fait appel à l'honneur du duc pour laver le sie ET. propre, elle a la stupéfaction de ne trouver aucu secours de ce côté et d’entendre Rothsay lui parl d’un prétendu rendez-vous clandestin. Les protestanor tions, les larmes de Catherine laissent insensible son
fiancé. 4 “é Le dernier acte débute dans un site montagneux et. 3 Ne sauvage. Ralph et un groupe d'ouvriers jurent à Smith … que Catherine est innocente. Il ne veut rien entendre. . Bien mieux, il fait appel au Jugement de Dieu : dans un instant, Ralph et lui se rencontreront et Dieu pro-. noncera entre eux. | Resté seul, Smith voit arriver Catherine et une scène émouvante se déroule à la fin de laquelle Parmurier reconnaît son erreur: il croit désormais à l’innocence de sa fiancée. Mais on vient le chercher por 3 le duel ; il s’arrache à Catherine en lui disant qu'il va . mourir pour elle. La raison de la malheureuse ne » résiste pas à cette dernière épreuve : elle tombe éva- "4 À nouie et la scène change. 4 Nous voici au dernier tableau. Même décor qu’au deuxième acte. C'est le matin de la Saint-Valentin :
les amoureux sont sous les fenêtres de leurs belles. :
Sous la fenêtre de Catherine, cependant, personne.
Mab arrive hors d’haleine, elle apporte la grande
nouvelle : le duc est arrivé à temps pour interrompre le combat de Smith et de Ralph. Smith est sauf:
mais Glover reçoit ce message sans joie: sa pauvre | fille, telle Ophélie, a perdu la raison. Mab est navrée,
mais c'est une femme de ressource. C’est elle qui a
fait le mal, elle va essayer de le défaire.
Sur la place vide, où seule Mab reste cachée, Cathes rine parait : scène de folie, elle chante la chanson de Saint-Valentin, puis reste immobile, en prière, insen- 2 sible à ce qui se passe autour d'elle.
Smith arrive ; il chante un couplet de sa sérénade |
ve: qui donc disait qu'Henri Smith était mort? Mais voici que sa fenêtre s'ouvre et une seconde Catherine y paraît — c’est Mab revêtue des vêtements de la pauvre fille. Smith, jouant sa partie dans cette comédie, répond à la pseudo Catherine, et quand celle-ci lui accorde le baiser qu’il demande, la véritable Catherine, revenue à la raison, se précipite entre eux et tombe dans les bras du jeune homme en lui criant: «Ta Catherine, Henri, c’est moi ! »
Ainsi s'achève, un peu artificiellement, une pièce qui ne manque par ailleurs ni de couleur ni de mouvement. |
Djamileh.
Opéra-comique en un acte, poème de Louis Gallet, musique de Georges Bizet.
Représenté pour la première fois à Paris sur le théâtre de l’Opéra-comique, le 22 mai 1872.
PERSONNAGES : Haroun, prince arabe; Splendiano, son . intendant, personnage grotesque ; Djamileh, esclave d’Haroun ; un marchand d’esclaves, une almée (danseuse). La scène se passe au grand Kaire, dans le palais d’'Haroun. Milieu oriental de fantaisie, évoquant les Maille et une nuls.
Donnée légère et poétique, dans un milieu richeen couleur, fait pour le rêve. | Haroun est un jeune prince qui mange son patrimoine dans les plaisirs, épuisant toutes les voluptés, résolu à en finir avec la vie le jour où son dernier sequin aura été dépensé. Sa débauche est élégante et raffinée ; c'est un artiste qui se croit tout à fait désa- busé, mais qui, sur ce point, s’abuse. La pièce n’a d'autre but que de nous le prouver.
Parmi les règles que Haroun s’est fixées, car il a de l'ordre dans le désordre, il en est une qui régit le cha- pitre des femmes : chaque mois, Splendiano, inten- dant du prince, lui achète une esclave, la plus belle qui se puisse trouver. Tout un mois, Haroun savoure dans les bras de cette femme les plaisirs de l'amour
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et de la volupté. Au dernier jour, l’esclave est libéré avec un présent royal et une autre la remplace. |
L'’esclave en fonctions au moment où se lève le rideau est Djamileh ; et nous sommes au dernier jour du mois. Haroun se persuade qu'il la voit partir sans regret et, pour couper court à celui qu'il ressent sans vouloir se l'avouer, il donne des ordres pour l'achat de la remplaçante et entend sans une protestation la requête de Splendiano, qui lui demande Djamileh pour son usage personnel. Cependant, comme la règle veut que Djamileh, son mois achevé, soit libre, c’est elle qui décidera si elle veut passer au service de l’intendant.
Ce point réglé, Haroun s'apprête à souper, pour la dernière fois, avec Djamileh.
Mais celle-ci aime Haroun d’amour. Tout à fait ignorante du sort qui l'attend, elle s’épanouit sous le regard du maître adoré, lui chante sa plus belle complainte et voit un nouveau gage de tendresse dans le eollier que Haroun lui remet avant d’aller rejoindre ses amis à la table de jeu. |
Elle est froissée pourtant quand, ses amis étant venus le chercher, il leur permet de la contempler sans voile. Mais qu'est cette blessure comparée à celle que va lui infliger Splendiano! L’intendant lui annonce, en effet, sans ménagement, que son rêve est fini et que Haroun la remplace. Avec cynisme, il lui propose de prendre la suite de son maître. Mais Djamileh souffre trop pour s’indigner ; elle ne songe qu à mourir.
Pourtant si, malgré tout, Haroun l’aimait! Une lueur d'espoir lui reste et, quand le marchand d'esclaves vient offrir sa marchandise, entre autres une almée merveilleuse qui danse devant Haroun indifférent, elle obtient de Splendiano qu'il tente une épreuve : si celle-ci échoue, elle sera à lui.
Et quand Haroun croit rencontrer la nouvelle esclave, c'est Djamileh, costumée en almée, qui s'offre à lui. Il est charmé, provoqué, piqué par la conduite réticente, par l'émotion que manifeste sa nouvelle acquisition. Tant d'amour se dégage d'elle
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qu'il en est lui-même ému. Soudain, un rayon de
lune met les traits de Djamileh en pleine lumière et,
du même coup, la lumière se fait dans l'esprit du
faux blasé : il découvre son propre cœur, mais tout
d’abord n’en veut rien laisser paraître et feint de chasser la pauvre fille.
Brisée, Djamileh s'éloigne en lui lançant un suprême adieu, mais ses forces l’abandonnent, elle chancelle et tombe... dans les bras de Haroun, qui la console et lui avoue avoir tenté cette dernière épreuve pour s'assurer de la sincérité des sentiments de son amie.
Comme on accourt au bruit, d’un geste délicat, il ramène le voile sur le visage de Djamileh. Il sort doucement avec elle sous les yeux de ses amis stupéfaits et de Splendiano furieux.
Carmen.
Opéra-comique en quatre actes, tiré de la nouvelle de Prosper Mérimée par Henry Meilhac et Ludovic Halévy, de l'Académie française, musique de Georges Bizet.
Représenté pour la première fois, à Paris, sur le théâtre de l’Opéra-Comique, le 3 mars 1875.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Don José, dragon d’Alcala ; Escamillo, toréador ; Carmen, bohémienne; Micaela, fiancée de don José. |
La scène se passe en Espagne, vers 1820.
«Opéra-comique», ce sombre drame! Ainsi le veut une classification qui démontre surtout combien le genre opéra-comique a dévié de sa tendance première. À part les scènes du Dancaïre et du Remendado, ce chef de contrebandiers et son compère, il y a bien peu qui fasse rire dans l’histoire de l'amour, de la déchéance et de la perdition de don José.
Ce don José est un brave Navarrais, qui s’est engagé après une rixe de village et qui se trouve tenir garnison à Séville. Sa vieille mère n’attend que sa libération et son retour au village pour l’unir à Micaela, une orpheline qu'elle a élevée et qui accepterait cette
union avec joie. José l’accepterait aussi de bon c car Micaela fut son amie dès l'enfance, ayant élevée à ses côtés, à son propre foyer. Mais la fat en a décidé autrement. LT À peine avons-nous assisté à la rencontre de José et de Micaela devant le poste de dragons qui fait fac à la cigarerie, à peine l’avons-nous vu s'émouvoir aux nouvelles que la jeune fille lui apporte de sa mère, que la fatalité entre en scène sous forme de la bohé- mienne Carmen, cigarière. Une bataille à l’intérieur de la fabrique a amené l'intervention du brigadier. José et de deux de ses hommes. Ils ramènent la cou- . pable, qui vient de tailler en croix la figure d’une de . ses compagnes avec son couteau de travail. Carmen Fe a regardé José et l’a trouvé à son goût. Impulsiveno ment, animalement, elle a jeté son dévolu sur ce | beau garçon. À ses agaceries, José commence par ne. rien répondre, mais il a cependant subi le charme de la femme fatale et, quand elle lui révèle son amour et lui donne rendez-vous le soir même chez le cabaretier Lillas Pastia, le malheureux fait un premier : pas sur la pente glissante et devient complice: il laisse échapper la prisonnière confiée à sa garde. ch Il ne peut cependant se rendre au rendez-vous et 2. un mois s’est écoulé entre le premier et le second acte. Les chefs de José n’ont pas voulu admettre qu’une femme ait si facilement échappé au soldat chargé de sa surveillance et qui avait reçu l’ordre de lui lier les mains. Aussi ont-ils envoyé le coupable en prison pour un mois. Au moment où le rideau se relève sur l'hôtellerie de Lillas Pastia, endroit louche ‘où se réunissent les contrebandiers de la région, José Tee vient d’achever sa peine et d’être remis en liberté. © 2: Carmen est là et l’attend, sûre de sa puissance, sûre qu’il viendra. [l aurait pu venir plus tôt, car elle lui a fait passer une lime pour s'évader et une pièce d'or
pour se travestir, mais José n’a pas encore renié tout.
sentiment d'honneur et de devoir; il a refusé de dé- Le serter. Rr ARE Tandis que d’un pas allègre il s’achemine vers le … lieu du rendez-vous, chez Lillas Pastia on festoie e
fe
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l’on danse. Le lieutenant de José courtise Carmen, autres officiers courtisent ses compagnes. Mais Zarmen n’a pour l'instant que José en tête et refuse toutes les avances du lieutenant. Pourtant celui-ci S'obstine et annonce qu'après la retraite il reviendra. Un bruyant cortège passe dans la rue : on conduit en triomphe le toréador Escamillo. Invité par les off- ciers, celui-ci entre et trinque avec les assistants. Il remarque Carmen et lui débite quelques galanteries ; celle-ci ne reste pas indifférente, mais pour l'instant elle n’est pas libre : Escamillo, ce sera pour plus tard! Ée À grand peine, Lillas Pastia a fait sortir ses hôtes, car il est l’heure de police. Les volets mis, une scène d’un nouveau genre se déroule sous nos yeux : le Dancaïre et le Remendado, qui étaient cachés dans la pièce voisine, sortent et arrangent avec les femmes, qui sont restées, une expédition de contrebande aux environs de Gibraltar. Seule Carmen refuse de partir : . elle est amoureuse! Cette excuse fait pouffer toute la compagnie, mais Carmen est inébranlable. Le Dancaire lui suggère alors d'emmener son amoureux. C’est une idée: Carmen y songera.
Cet amoureux n’est plus bien loin. Déjà on entend sa chanson au bout de la rue. Laissée seule avec lui, Carmen déploie devant José toutes ses séductions. ” Pour lui, elle chante, elle danse. Mais qu'est ceci? . La retraite a retenti au loin et le soldat s'apprête à à partir. Quand elle comprend qu'il la veut quitter, Carmen est prise de rage et agonise le malheureux des outrages les plus cinglants. Il résisterait cepen- : dant si, juste à ce moment, on ne frappait à la porte : Se c’est le lieutenant qui, fidèle à sa promesse, vient retrouver Carmen. Il reconnaît José et le traite avec mépris. Cette fois la coupe déborde : le dé en est jeté, José n’est plus soldat, il n’est plus qu'homme amoureux et jaloux. Il tire son sabre et le lève sur son supérieur, et bien que les adversaires soient aussitôt sépa- N. rés par les contrebandiers accourus à l'appel de . Carmen, le malheureux n’a plus le choix qu'entre la à mort par le peloton d'exécution ou la désertion et la
» L2 Ex i N M Ne EN PAU 7er,
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GDS GEORGES BIZET
vie d’un hors la loi. Il suivra donc les contrebandiers et liera son sort à celui de sa maïtresse.
Quand nous le retrouvons au troisième acte, dans. un nid de rochers où les contrebandiers ont leur
repaire, il est bien changé. Carmen aussi du reste.
José est toujours plus amoureux de la femme à
laquelle il a tout sacrifié. Et cette femme ne l’aime
plus! Elle est impatiente du joug de son amant,
devenu jaloux et tyrannique. Elle s'est souvenue des avances d’Escamillo et le nouvel amour a chassé l’an-
cien. Superstitieuse, elle croit, elle sait que la mort la
guette et qu’elle lui viendra de José. Les cartes le lui ont révélé. Mais elle est aussi fataliste que supersti-
tieuse et accepte son sort sans essayer même de résis-
ter à l'instinct bestial qui l’entraîne.
Les contrebandiers, et Carmen avec eux, sont partis pour essayer de faire passer leurs marchandises dans la ville. José est resté seul en sentinelle près des
ballots.
Arrive Micaela. Domptant sa peur, elle s’est fait guider jusqu’en ce lieu sauvage, car elle sait y retrouver le pauvre José qu’elle aime encore quoique déchu, et elle doit lui porter une grave nouvelle : sa mère se meurt et ne voudrait pas mourir sans l'avoir revu, sans avoir pardonné. Elle va l’aborder quand une détonation lui fait gagner le couvert d’une roche. C'est José qui a tiré sur un intrus, et cet intrus n'est autre qu'Escamillo qui vient jusqu'en ce lieu relancer la bohémienne. Terrible explication entre les deux hommes et duel au couteau, duel qui aurait une issue fatale sans le retour des contrebandiers. En furetant de droite et de gauche, ils découvrent aussi la pauvre Micaela toute tremblante. Celle-ci délivre son message et, en apprenant que sa mère va mourir, José oublie tout le reste et part avec la jeune fille. Carmen le lui conseille, du reste, et ce conseil donné en présence de son rival, le fait hésiter un instant. L’amour filial l'emporte toutefois, mais s’il part on sent bien qu'il reviendra. |
Le dernier acte se passe à Séville devant la Plaza de Toros. C’est jour de grande course à mort et Esca-
. millo est le héros du jour. Carmen l'attend. En vain les avertissements lui viennent-ils de droite et de 2 gauche : José est là, dans la foule, qui la guette. Elle n'en a cure et marche impassible à son destin. Bril- lant défilé de la cuadrilla. En passant, Escamillo - Jance à Carmen une parole d'amour. Tout le monde s’engouffre à la suite du cortège dans la Plaza. Carmen demeure : José est là, il faut en finir. José l’aborde, il est méconnaissable ; c'est maintenant un brigand, sur le bord du crime. Une dernière fois il supplie, il im- plore. Brutalement, Carmen refuse de le suivre et lui déclare qu’elle ne l’aime plus. On entend les acclamations qui partent du cirque et vont au toréador victorieux ; ces acclamations mettent une flamme dans des yeux de la bohémienne. Dédaigneuse du danger, elle va pour entrer dans les arènes, mais José ‘lui barre le passage ; Carmen veut l’écarter, elle lui crache à la face son amour pour l’autre ! C’en est trop, le bras de José s’abaisse et Carmen tombe comme une masse, percée au cœur, au moment précis où la foule excitée débouche à flots pressés sur la place. Et ce flot s'arrête figé en voyant le meurtrier pleurant sur le cadavre de sa victime : « Vous pouvez m'arrêter, c'est moi qui l’ai tuée. O ma Carmen, ma Carmen adorée ! »
Jan Blockx.
Né à Anvers le 25 janvier 1851, mort en là même ville le
26 mai 1912. Jan Blockx est le plus brillant représentant du théâtre lyrique flamand, pour lequel:il a écrit tout un répertoire. De ses œuvres, Princesse d’auberge est celle qui a connu les succès les plus étendus. Traduite en plusieurs langues, cette pièce a été jouée dans plusieurs pays d’Eu-
rope et a fait connaître au loin le nom du musicien qui la
— écrite.
Princesse d’auberge.
Opéra en trois actes et quatre tableaux, poème flamand de Nestor de Tière, paroles françaises de Gustave Lagye, musique de Jan Blockx.
Représenté pour la première fois à l'Opéra flamand vers, le 10 octobre 1896. SE
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Merlyn, musicien ; Marcus, ami de Merlyn ; Rabo, forgeron; Blutts, cabaretier, père de Rita. Rita, cabaretière ; ses trois sœurs; Kateline, bourgeoise de Bruxelles; Reinilde, fille adoptive de Katelyne. LCR
L’action se passe à Bruxelles, sous la domination autri- « -.Chienné, vers 17350. JE
Princesse d'auberge, c'est un peu Carmen, trans posé dans le milieu flamand, qui donne à la pièce son cachet, sa couleur, tout ce qui en fait le charme. spécial et la valeur. L'action elle-même est assez exactement calquée sur la donnée que Meilhac et. :Halévy ont tirée de la nouvelle de Mérimée, mais sans en avoir, bien s’en faut, la valeur littéraire et dramatique. Les caractères sont tout d’une pièce et d’une simplicité qui confine à la puérilité. La psychologie est rudimentaire, la poésie informe. Mais le | décor, et la façon dont il est traité musicalement, sont hauts en couleur et pittoresques. On vit en pleine kermesse et les épisodes qui se déroulent au long de la pièce semblent tous descendre du cadre de quelque vieux maître flamand. Ce qu’on boit, ce qu’on «noce», gesticule et crie dans Princesse d'auberge est inouï!
La Carmen flamande s’appelle Rita. Elle n’est pas, comme son modèle, sujet de tragédie ou d’épopée ; il y a pas mal de bourgeois en elle. De son métier, elle est cabaretière — d’où son surnom de «Princesse . d’auberge» — mais une cabaretière doublée d’une fille de joie. En cela elle ne se distingue pas de ses. trois sœurs; et les quatre commères exercent leur négoce sous l’œil bienveillant et aviné d’un père que . la boisson tient en état d’abrutissement permanent.
En dernier lieu, Rita a eu comme amant officiel Rabo, le forgeron ; mais celui-ci a achevé de manger … ses économies et n’est plus qu’une loque, une épave … alcoolique. Aussi a-t-il cessé de plaire. Cependant,bien qu’il s’aperçoive, dans ses rares instants lucides, des dé- … bordements de Rita, il ne renonce pas à elle pour cela.
Merlyn est un musicien-poète, épris d’idéal, vivant É dans le bleu. Il vit sagement auprès de sa vieille mère |
sh NEA tt es En Are
Katelyne et de sa sœur adoptive Reynilde— la Micaela flamande — qu’il aime et dont il est aimé. Son art t tout pour lui, jusqu’au jour où le baiser de Rita ui révèle la volupté, l’ensorcelle et l’envoûte. Il se livre alors à la débauche, il boit comme un vrai Flamand et oublie poésie et musique dans les bras de son ardente amie.
Celle-ci diffère de Carmen sur un point: elleen a __ bien la perversité et la cruauté froide, mais elle aime jusqu’au bout Merlyn, au moins à sa façon. Elle ne donne pas à son nouvel amant de sujet de jalousie. La jalousie, c'est dans le cœur de Rabo qu'elle exerce ses ravages et qu'elle allumera l’idée du crime.
Princesse d'auberge contient encore un type parti-
culièrement odieux de faux ami. Marcus, soi-disant ami de Merlyn, aime Reïinilde et lui a demandé sa main. Repoussé poliment, mais fermement, il conçoit le projet diabolique d’écarter de son chemin l’obstacle qui lui barre l’accès du cœur de la jeune fille : il s’agit pour lui de perdre Merlyn en le poussant à la débauche, en le jetant en proie à Rita. Il ne réussit que trop bien dans son diabolique dessein, mais ses affaires avec Reinilde n’en sont pas avancées d’une ligne. C’est en vain qu’il aura poussé son ami à la ruine et à la mort.
Le premier acte se passe devant l’auberge de Rita. Sur le seuil est couché Rabo, ivre à son ordinaire. Des passants nous apprennent quel genre de vertu abrite ce toit hospitalier. Reinilde traverse la scène, laissant derrière elle une traînée de pureté et de blancheur. Elle repousse les avances de Marcus, dont nous entrevoyons du premier coup la noirceur.
Après quoi commence la liesse qui ne nous lâchera plus jusqu’à la fin de la soirée. C’est d'abord une sérénade à Rita et à ses sœurs, par de jeunes artistes très gais. Puis, le père Blutts et deux autres ivrognes, incapables de tenir sur leurs jambes. Puis Merlyn parait, auréolé d’idéal, et nous voyons le sinistre
les veines de son ami. Ses efforts restent vains; les premières tentatives de séduction de Rita n’ont appa-
Marcus à l’œuvre, cherchant à instiller le poison dans
JAN BLOCKX remment pas plus de succès. Mais il se laisse donne le fatal baiser, et désormais sa destinée est scellée. Il va rouler à l’abîme. L'acte s'achève sur de gargan- « tesques beuveries. | :EF NN
Le premier tableau du second acte nous introduit chez Katelyne. La mère et la fiancée y sont en proie au deuil et au désespoir : Merlyn est ensorcelé, il ne quitte plus l'auberge et, quand il en rentre, c'est privé de sa raison. Au dehors, pour assurer le contraste, nous entendons les joyeux échos du carnaval. Merlyn paraît, mécontent de soi, la tête lourde, rongé. de souci et de remords. L’instant est propice pourune tentative de sauvetage, et Reinilde entreprend la difficile tâche. Elle lui parle de sa mère, de son art, d’ellemême enfin. Merlyn est ébranlé, et c’est avec plus de confiance que les deux pauvres femmes partent pour l’église.
Elles croisent sur le seuil Blutts et Rabo — ivres, cela va sans dire — qui viennent relancer le poète et lui réclamer de l’argent. Reinilde paie, espérant ainsi leur voir les talons. Ils sortent, en effet, mais sont . suivis immédiatement de Marcus, puis de Rita et de ses sœurs, travesties et accompagnées d’un bruyant cortège de masques. Les femmes ont raison des résistances de Merlyn et réussissent à l’entrainer. Marcus est allé chercher Katelyne ét Reinilde, escomptant l’indignation de la jeune fille, qui doit, pense-t-il, la jeter dans ses bras. En quoi il se trompe.
La scène change et le tableau suivant n'est que la brillante mise en scène du carnaval flamand. Sur un char, Merlyn et Rita s'affichent , Rabo, dans la foule, fait des gestes de menace. | Le troisième acte se déroule à l’intérieur de l’auberge. On assiste d’abord à une explication orageuse entre Rita et Rabo. Puis à une seconde explication entre Rita et ses sœurs, qui voudraient voir mettre Merlyn à la porte et Rabo rentrer en grâce. La mère de Merlyn vient ensuite réclamer, dignement et tristement son fils, qu’elle sait être là, probablement sous l'influence de l’alcool. Reinilde, qui a accompagné la pauvre vieille, voyant que les supplications sont vai-
Ur
nes, essaie de la menace sans plus de succès. Rita es éconduit en riant. La scènesuivante est entre Rita et Merlyn, qui manifeste une soif de plus en plus nquiétante. Des clients arrivent, entre autres Marcus.
On chante, on s’enivre; Blutts se joint à la fête, qui dégénère en orgie.
[ne manque plus que Rabo, qui arrive avec des
amis; ses intentions sont manifestement hostiles; il tente de provoquer une rixe, insulte publiquement Rita et finit par lancer un défi à Merlyn. Celui-ci le
relève ; les deux hommes, en dépit des efforts de Rita
pour les séparer, se battent au couteau et Merlyn
tombe mortellement frappé. On arrête le meurtrier, ane avec les paroles presque textuelles de José à la fin de Carmen, se livre à la police.
Contraste violent : on apporte avec des chants de triomphe la couronne que Merlyn a gagnée au concours de composition. Au même instant, la foule
S'écarte pour laisser passer Katelyne et Reinilde. La
mère veut être la première à féliciter le vainqueur: elle ne trouve que son cadavre. Reinilde saisit un couteau pour venger sur Rita la mort de son fiancé;
mais au moment de frapper, elle laisse retomber son
bras: «La mort est une délivrance, l'éternel remords venge mieux!»
Et le rideau baisse sur un curieux mélange de carillon joyeux et de glas funèbre.
François-Adrien Boïeldieu.
Né à Rouen le 15 décembre 1775, mort en son domaine de Jarcy près Grosbois, le 8 octobre 1834. Boïeldieu est un des plus illustres parmi les maîtres de l’opéra-comique., Une seule pièce de lui, cependant, a survécu jusqu’à nous, cette Dame blanche, dont plus de mille représentations ont
été données sur la seule scène de l’Opéra-Comique de Paris.
La Dame blanche.
Opéra-comique en trois actes, paroles de Eug. Scribe, musique de Boïeldieu.
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