‹ Les chefs-d'œuvre du répertoireChapitre 79 sur 90 · SPONTINI · texte numérisé non relu

SPONTINI

La Vestale.

Tragédie lyrique en trois actes, paroles de Jouy, musique

de Spontini.

Représentée pour la première fois à Paris, sur le théâtre de l’Académie impériale de musique, le 15 décembre 1807. PRINCIPAUX PERSONNAGES : Licinius, général romain; ».Cinna, chef de légion; Julia, jeune vestale, etc. La scène se passe à Rome, sous la République, au temps du « tumulte gaulois ».

Licinius, général romain, vient d’être vainqueur

des Gaulois qu’il a chassés de Rome. Mais au lieu de montrer de la; de douleur, car il aime d’un amour sacrilège une jeune fille consacrée à Vesta. [l l’aimait déjà avant qu’elle fut prêtresse et son amour était partagé; mais la famille de son amante, imbue de préjugés de caste, a préféré vouer Julia à la virginité éternelle plutôt que de la donner à un soldat obscur. Or c’est à cette Julia qu'incombe la mission de poser sur son front le laurier de la victoire. Telle est la situation au moment où s'ouvre l’action, sur un point du forum voisin du temple de Vesta. Licinius confie ce que nous venons d'exposer à son ami Cinna. |

Les deux hommes s’éloignent, et Julia entre avec les vestales. La grande vestale a remarqué le trouble de la jeune femme et la met en garde contre les pièges de l’amour. Puis Julia reste seule jusqu’au moment où s'approche le cortège du triomphateur. Licinius descend de son char. Julia approche en tremblant et couronne le héros. Le grand prêtre observe à l’autel de funestes présages. Profitant de ce que l'attention se porte ailleurs, Licinius donne tout bas à Julia rendez-vous pour la nuit prochaine, après quoi la cérémonie s'achève sans encombre.

Le théâtre, au second acte, représente l’intérieur du temple de Vesta. C’est au tour de Julia d'entretenir durant la nuit le feu sacré. Restée seule, elle se laisse aller à son amour coupable. Licinius est là, elle le sait. Et voici qu’il l’appelle. Duo d’amour, à la fin duquel les amants glacés d’effroi s’aperçoivent que le

oie de son triomphe, il est accablé

feu de l’autel s’est éteint. Pour Julia, c’est la mort. Mais Cinna survient qui arrache son ami à ces lieux où il court le danger d’être surpris.

Les prêtres font irruption dans le temple : des. étrangers ont été vus sortant de cette enceinte sacrée, que leur présence a profanée. Julia s’est ressaisie : elle ne redoute pas la mort et avoue qu’elle aime. Rien ne peut désormais l’arracher au supplice. Mais. elle ne prononcera pas le nom de celui qu'elle adore. On lui couvre la tête d’un voile noir et les licteurs.

- l’entraînent hors du temple.

Au troisième acte, nous sommes au « champ d’exécration », en dehors des remparts de Rome. Trois. tombes occupent la scène. Deux sont fermées et portent le nom de vestales coupables. La troisième est. ouverte : c’est la tombe de Julia.

Licinius arrive en proie au plus affreux désespoir, prêt aux résolutions extrêmes. Cinna est impuissant à le calmer. Il lui amène pourtant une cohorte d'amis. sûrs et fidèles, prêts à risquer avec lui un coup de main.

Licinius tente auparavant d’attendrir le grand pontife ; il supplie, il menace. Le tout en vain. Il se retire: alors, et bientôt on voit approcher le funèbre cortège. Julia est accompagnée par les malédictions de la foule. Le prêtre commence ses libations et ses prières ; on procède aux apprêts de l’emmurement, car les vestales. coupables doivent être enterrées vives. Un miracle seul pourrait sauver Julia : si le feu du ciel tombant sur l'autel embrasait sa robe de prêtresse qu'on y a déposée. Mais rien ne luit, et le grand pontife donne l’ordre de conduire la victime au tombeau.

C’est alors que Licinius et ses hommes se présentent menaçants. Licinius offre sa vie en échange de: celle de la prêtresse : qu’elle vive et il s’immolera sous les yeux de tous! Mais Julia ne veut pas d’un tel sacrifice : elle déclare ne pas connaître son sauveur, puis entre au tombeau que l’on referme. Licinius et ses amis vont se précipiter sur les licteurs, une mêlée générale se prépare, quand soudain la foudre éclate et met le feu à la robe étendue sur l’au-

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tel : les dieux ont parlé! Licinius et Cinna font sortir

du tombeau Julia évanouie. ; | | Ici le théâtre change et représente le cirque de

Flore, avec le temple de Vénus Erycine. Les deux

amants marchent à l’autel et la pièce se termine sui-

vant l’usage de l’ancien opéra par des chants et des

danses en l'honneur des époux.

Johann Strauss.

Johann Strauss, second du nom — son père et homonyme

fut le véritable créateur de la valse viennoise — est né à Vienne le 25 octobre 1825 et mort dans la même ville de 3 juin 1890. Il est surtout connu comme l’auteur de valses immortelles, mais a obtenu aussi de grands succès au théâtre, avec la Chauve Souris et le Baron Tzigane en particulier.

La Chauve-Souris.

Opérette en trois actes, paroles de Paul Ferrier d’après H. Meilhac et L. Halévy, musique de Johann Strauss.

Représentée pour la première fois en allemand sous letitre

Die Fledermaus, à Vienne, le 5 avril 1874; en français à

Paris, sur le théâtre des Variétés, le 22 avril 1904. PRINCIPAUX PERSONNAGES : Gaillardin ; Caroline sa femme ;

Arlette sa domestique; Duparquet son ami; Tourillon

directeur de prison ; Léopold geôlier ; Alfred, chef d'orchestre

-tzigane; Bidard, avocat; le prince Orlofsky; etc. La scène se passe en 1867, à Paris et à Pontoise.

. C’est une curieuse histoire que celle de la Chauve-

souris (la pièce et non son intrigue); tirée par un

Allemand d’un vaudeville obscur de Meilhac et

Halévy, elle s’installe triomphalement au répertoire

de langue allemande, pour revenir en France sur les

ailes de la Renommée. Il fallut la retraduire, et c’est sous la forme définitive que lui donna M. P. Ferrier qu'elle a conquis Paris en 1904, complétant ainsi le cycle de ses victoires.

L'intrigue en est du reste amusante. Pour la com-

prendre, il faut savoir ceci : Gaillardin a joué, il y a qua-

“Jde

JOHANN STRAUSS tre ans, à ;on ami Duparquet une farce que ce dernie n'a jama;s pardonnée : à la sortie d’un bal masqué, i s’est arrangé de façon à lui faire manquer son train, de sorte que le pauvre homme, notaire de son état, a dû rentrer e1 plein jour, costumé en chauve-souris. Mais

il a juré de se venger, et Gaïllardin lui en fournit l’occasion e à se faisant condamner à huit jours de prison pour ot trages à un garde-champèêtre dans l’exercice de ses fonctions. Il s’arrange de façon à faire rencontrer, chez un prince russe avec qui il est en relations d’affaires, Gaïllardin et le directeur de la prison où il doit subir sa peine, tous deux sous des noms d’em- prunt. Comme on verra, sa vengeance se trouvera encore corsée par des circonstances imprévues.

En effet, Mme Gaillardin, avant son mariage, avait juré fidélité éternelle à un musicien hongrois de tempérament ardent qui reparaît sur la scène au moment précis où Gaiilardin va partir pour subir sa peine. Mais ici nous sommes déjà en pleine action, car le premier actes’ouvre précisément sur le retour d'Alfred, le musicien hongrois, alors que Mme Gaillardin attend son mari, en train de répondre de ses méfaits à la justice de Seine et Oise. Pour se débarrasser de l’importun, Caroline consent à lui accorder un rendezvous pendant l’incarcération de son mari, au cas où il serait condamné.

Or il l’est. Et il revient de l’audience de très mauvaise humeur. Il décide toutefois, puisqu'il doit aller en prison, de partir immédiatement. L'arrivée de son ami Duparquet l’arrête comme il est en train de se préparer. Duparquet vient lui proposerde faire une dernière fois la fête avant ses huit jours à l’ombre et le décide à l'accompagner chez le prince Orlofsky. Le secret de cette escapade est toutefois surpris par la soubrette Arlette, dont la sœur, qui a mal tourné, est invitée chez Orlofsky. Arlette brûle d’aller à ce raout et y parvient en révélant à sa maîtresse ce qu'elle a appris. Caroline ira masquée chez le prince et figurera une grande dame hongroise ; Arlette sera Mi de la Folle Avoine.

Gaillardin et Duparquet s'en vont. Alfred, qui

pe

guettait leur départ, revient et s’installe, au grand déplaisir de Caroline. Mais Tourillon, directeur de la prison, vient la tirer d’embarras en arrêtant le Hongrois, qu’il prend pour le mari. Alfred en profite pour prendre avec Caroline toutes les privautés auxquelles l’autorise son rôle.

Le second acte se passe chez le prince Orlofsky, à qui Duparquet annonce une farce très réussie pour le couronnement de la soirée. Le farceur voit arriver, non sans surprise, des auxiliaires imprévus en la personne d’Arlette et de Caroline. Orlofsky joue très bien son rôle vis-à-vis de Gaiïllardin, promu marquis de Valengoujar, puis de Tourillon, devenu baron de Villebouzin. Gaillardin croit bien reconnaître sa petite bonne, mais on le convainc qu'il se trompe. Il fait connaissance de la capiteuse comtesse Katinka (Caroline), qui s'arrange de façon à lui prendre sa montre comme pièce à conviction. Il se lie d’amitié avec Tourillon. Et tout le monde, cela va sans dire, boit beaucoup. Une seule ombre au tableau: l’absence inexplicable du chef d'orchestre Alfred. Mais six heures du matin sonnent : Tourillon et Gaillardin se retirent en hâte, car tous deux doivent être à 7 h. à la prison.

C'est à la prison que se passe le troisième acte, un des plus gais qu’on puisse voir au théâtre. Tourillon rentre le premier, très gris. Son geôlier, passablement gris aussi, lui dit qu’on attend un avocat demandé par le pseudo-Gaillardin. Arrivent ensuite la soubrette Arlette et sa sœur Flora (l’amie d’Orlofsky); Arlette vient rappeler à Tourillon qu'il lui a promis de l’aider à débuter au théâtre. Pour s’en débarrasser pendant la visite de l’avocat, Tourillon fait enfermer les deux femmes dans une cellule sous un prétexte quelconque. |

C’est maintenant Gaillardin qui vient purger sa peine. Etonnement des deux hommes à se reconnaitre. La lumière se fait peu à peu à travers les fumées de l'alcool. Mais Gaillardin n’en peut croire ses oreilles lorsqu'il apprend qu’il est déjà écroué et qu’on l’a arrêté la veille au soir, en train de souper avec sa. femme. La nouvelle le dégrise. Justement l'avocat

arrive ; Gaillardin obtient de lui qu’il lui prête sa robe pour un instant, et c'est ainsi déguisé qu'il procède à l’interrogatoire d'Alfred. À cet interrogatoire assiste encore Caroline. Dans l'obscurité, les personnages ne se reconnaissent pas. Gaïllardin apprend ainsi toute la”vérité. Elle est heureusement moins grave qu’il ne le craignait. Et comme tout le monde a, en somme, quelque chose à se faire pardonner, la pièce s’achève par une réconciliation générale en présence d’Orlofsky et de Duparquet, venus voir le dénouement de la farce, ou, comme dit Duparquet, «la revanche de la Chauve-souris.»

Le baron tzigane.

Opéra-comique en trois actes et quatre tableaux, paroles allemandes de J. Schnitzer, adaptation française de Armand Lafrique, musique de J. Strauss.

Représenté pour la première fois en allemand à Vienne en 1885 ; en français à Paris, sur le théâtre des Folies Dramatiques, le 20 décembre 1895.

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Sandor Barinkay, chef tzigane ; Kalman Zsupan, riche marchand de porcs; le comte Carnero, président de la commission des mœurs ; Ottokar, son fils ; le comte Homonay, magnat hongrois; Czipra, sorcière ; Saffi, sa fille adoptive ; Arséna, fille de Zsupan; Mirabella, femme de Carnero, etc.

Les deux premiers actes se passent dans le district de Whemesvar, en Hongrie, en 1738; le dernier à Vienne en

Sandor Barinkay est le fils d’un chef tzigane banni il y a une vingtaine d'années pour crime politique. Parti tout enfant, il n’a jamais revu les domaines où il va rentrer tout à l'heure, grâcié sur la demande du comte Homonay. En son absence, personne ne s’attendant à le revoir jamais, son voisin Zsupan, gros marchand de porcs, s'est approprié ses meilleures terres et s’est dépensé en vaines recherches pour rétrouver un trésor qui doit être enfoui quelque part dans la propriété. Il emploie à ce travail un nommé Ottokar, d'origines obscures. Zsupan a une fille qui

Lee er cs os DS

s’est éprise d’Ottokar et les deux moureux se sont

juré une fidélité éternelle. A la p ïte de Zsupan ha-. bite la vieille sorcière Czipra, qui vit avec la jeune et belle Safi, laquelle passe pour sa fille. c*

Au lever du rideau, Ottokar revient de ses infructueuses fouilles. La vieille Czipra l’épie et se moque de lui en cachette. Elle en sait sur le trésor et sur bien des choses plus long qu’elle ne veut dire.

Arrive Barinkay, conduit par Carnero, président de la commission des mœurs et commissaire royal chargé de le mettre en possession de ses biens. Le nouveau propriétaire apprend que Zsupan a une fille et à tout hasard il parle d’une union possible entre sa voisine et lui. La sorcière lui prédit qu’il trouvera du même coup une femme et sa fortune. À Carnero, elle annonce qu'il retrouvera du même coup sa femme et son fils. Cette seconde prédiction se réalise aussitôt : la femme de Carnero n’est autre que Mirabella, gouvernante de Arséna Zsupan, que son mari croyait perdue depuis la guerre avec les Turcs; et son fils est Ottokar, l’amoureux de la dite Arséna. |

Zsupan présente Arséna à Barinkay; mais celle-ci allègue, pour refuser sa main, qu’elle est par sa mère de sang noble et ne peut épouser moins qu'un baron. Barinkay est blessé dans son amour-propre, mais sa blessure sera vite pansée : Safhi se présente et il en tombe aussitôt amoureux. La jeune fille le lui rend avec usure et une union est sur le champ décidée. Les deux fiancés surprennent par hasard un rendezvous d'amour entre Ottokar et Arséna: la possession de ce secret ne leur sera pas inutile.

Arrivent les tziganes, qui rendent hommage à leur chef. Barinkay leur présente celle qu’il a choisie pour femme. En vain Carnero. au nom de la commission des mœurs, veut s'opposer à cette union qui lui paraît scandaleuse. On l’envoie promener, mais il jure de se venger. Hongrois et tziganes sont sur le point d’en venir aux mains lorsque l’acte s'achève.

Le second acte se passe en un coin du domaine en ruine de Barinkay. Safi et Barinkay échangent au petit jour en présence de la vieille Czipra de doux

RE ee : ; RNA :

serments d'amour. Le chef tzigane a trouvé sa femmes; = il lui reste, pour que s’accomplisse l’oracle, à trouver le trésor enfoui sur ses terres par Méhemet-Kali-Pacha. C’est ce qu’il fait en quelques coups de pioche. | Le camp tzigane s’éveille et se met au travail. On vient annoncer que la voiture de Zsupan s’est embourbée à quelques pas de là. Zsupan lui-même vient demander de l’aide. Les tziganes se moquent de lui et le dépouillent adroitement de sa gourde et de deux sacs d’argent. Il serait même maltraité par-dessus le marché sans l’arrivée de renforts. Carnero survient avec la force armée : il s’agit de venger la morale outragée par l'union libre de Barinkay et de Safi. Les choses tourneraient mal pour les amoureux sans l’arrivée du magnat Homoday, qui vient recruter des soldats pour la guerre contre l'Espagne. Celui-ci témoigne à Barinkay la plus grande bienveillance. II l'enrôle avec ses bohémiens. Par une méprise, Zsupan et Ottokar sont enrôlés aussi.

À un moment donné, la vieille Czipra révèle que Safi ect fille du dernier pacha de Hongrie, Méhémet-Kali-Pacha. Barinkay se désole : cette haute naissance crée un gouffre entre sa femme et lui. Dans l’espoir de combler la distance, il va partir pour ila guerre et y conquérir des lauriers. Safh est au désesse de ce départ, mais impuissante à l'empêcher. A a fin de l’acte tout le monde part pour Vienne, où l'histoire aura son dénouement deux ans plus tard.A à

Les deux ans sont écoulés. Carnero a réussi par ses intrigues à faire confisquer à Barinkay ses terres et le trésor retrouvé par lui. Safh a disparu et Barinkay n'en a rien su tandis qu’il se couvrait de gloire en bataillant contre les Espagnols. Du moins s'est-il acquis des droits à la reconnaissance de Zsupan en lui sauvant la vie lors d’une vilaine affaire contre les guérillas.

Nous sommes à Vienne le jour du retour des soldats victorieux. Homonay annonce à Carnero sa mise à la retraite et la dissolution de la commission des mœurs. Arrive Barinkay, qui est atterré par la nouvelle de la disparition de sa femme. Il n'a plus de

goût à la vie, mais n'oublie pas le bonheur d'autrui: il obtient de Zsupan la main d’Arséna pour Ottokar. …

Entrée triomphale des troupes victorieuses. Devant … tous, Homonay annonce à Barinkay que le roi lui rend ses terres, son trésor et lui confère le titre de baron. : |

Enfin, Saffi reparaît : pour se soustraire à des assiduités qui lui étaient odieuses, elle a fait la campagne déguisée en hussard et revient juste à temps pour mettre sa main fidèle dans celle de son époux.

Oscar Strauss.

Le célèbre auteur de Réve de Valse est né à Vienne le 6 avril 1870. Après de solides études musicales, il commença la carrière de chef d’orchestre en diverses villes, puis à « l’Ueberbrettl » de E. von Wolzogen, à Berlin. Après diverses compositions pour cette scène, il se lança dans l’opérette avec le succès que l’on sait.

Rêve de Valse.

Opérette en trois actes, paroles allemandes de F. Dœærmann et L. Jacobson, adaptation française de Léon Xanrof . et Jules Chancel, musique de Oscar Strauss.

Représentée pour la première fois en allemand à Vienne, le 2 mars 1907; en français à Paris sur le Théâtre Apollo, le 3 mars 1910.

PRINCIPAUX PERSONNAGES: Maurice de Fonségur ; Prince Lothar; Joachim VIT, grand-duc de Snobie; Princesse Hélène; Frédérique d’Insterbourg ; Franzy, musicienne, directrice d’un orchestre viennois ; etc. |

L'action se passe en Snobie, de nos jours.

Le théâtre représente une salle d'honneur au palais du grand-duc de Snobie Joachim VII. Le personnel de la cour est là en grand apparat. Il paraît que s’achève dans une salle voisine le repas de noces de la grande-duchesse Hélène et de son consort Maurice de Fonségur, officier français. Ce mariage a une origine romanesque : dans un bal de cour, à Vienne, on a

surpris l'officier en train d’embrasser, en un lieu écarté, l’héritière du grand-duché de Snobie. Fonségur a dû épouser pour éviter un scandale, et tous le félicitent de sa chance ; mais lui envisage les choses sous un autre aspect. Il ne voulait pas se marier et la femme qu'il a embrassée était pour lui une inconnue. Il n’aspire maintenant qu’à quitter au plus tôt ce grand-duché d’opérette et à rentrer à Paris. Mais la grande-duchesse Hélène ne sait rien de tout cela ; elle aime son mari et espère bien le conquérir.

La chose n'ira pas toute seule si l’on en juge par notre premier acte. La noce a fait son entrée solennelle, et l’on échange des discours de congratulation. Celui de Fonségur est un peu désobligeant pour sa nouvelle patrie. Le prince Lothar, de la branche collatérale, crible son cousin par alliance de coups d’épingle. La réception s'achève pourtant tant bien que mal. Dans une conversation avec son confident Moussy, Fonségur expose son plan : la loi pragmatique annulant un mariage princier infécond, il se prétendra atteint d’une infirmité qui l'empêche de faire souche et s’abstiendra de toute relation avec son épouse.

La fatale nouvelle plonge Joachim VII dans la désolation : « Ah! la pauvre dynastie! » Seul Lothar triomphe. Il voit déjà prononcé le divorce qu’il appelle de ses vœux. Le laissant à sa joie, Fonségur s’éclipse pour aller avec son ami, tous deux vêtus en officiers français, entendre un orchestre de Viennoises qui joue dans un jardin voisin. Cependant que, toute triste, la pauvre Hélène rentre dans sa chambre nuptiale déserte.

Le second acte se déroule au jardin-restaurant viennois. Nous faisons d’abord connaissance avec les dames de l'orchestre dirigé par une certaine Franzi. Arrivent ensuite Fonségur et Moussy. Franzi accepte à souper avec Fonségur. C’est une personne libre d’allures, mais vertueuse. Elle veut bien souper, mais c’est tout. En attendant, elle s’éprend subito du bel officier, qu’elle croit garçon. Tous deux sont attablés dans un pavillon de verdure quand surviennent Joa- chim et Lothar, en habit, à la recherche du consort

disparu. Joachim se berce de l'illusion que son gendr ca

est venu chercher auprès des Viennoises des excita-

tions favorables à ses aspirations dynastiques! Les deux hauts personnages se trouvent soudain entourés de musiciennes et prennent peu à peu goût à la conversation de ces dames. Par elles, ils apprennent que Franzi soupe avec un officier. Si c'était lui! Suit un chassé-croisé, Fonségur échappant à plusieurs reprises aux tentatives de Joachim et de Lothar pour le surprendre.

Mais voici de nouveaux personnages : Hélène a voulu constater elle aussi l’infidélité de celui qu’elle aime. Elle arrive accompagnée de sa dame d'honneur Frédérique. Dans une conversation avec Franzi, elle surprend sans peine l’amour de la Viennoise pour son mari. Elle s'étonne que cette femme ait si facilement fait la conquête d’un cœur qu’elle aimerait tant conquérir elle-même. Et sans trahir la vérité, elle demande à la musicienne son secret.

Puis ce qui devait arriver arrive. Hélène et Fonségur -se rencontrent, Franzi les voitet découvre qu’elle vient . de donner des conseils à une rivale. De rage elle brise son violon et fait un esclandre. L’acte s'achève ensuite sur une valse entrainante. 7

Au troisième acte, nous assistons à la conquête de Fonségur par sa femme Hélène, qui met à profit les leçons de Franzi. La bonne Franzi, en effet, a compris l’inanité de son rêve. Fonségur n'est pas pour elle; il n’éprouve à son endroit qu'une fantaisie

assagère. Elle se sacrifie donc, et restant dans la cou-

isse, elle accepte d’aider la femme légitime à s'assurer l’amour de son mari. Mais pour cela elle met la cour sens dessus dessous. La grande-duchesse Hélène fait renouveler le mobilier, affecte l’insouciance, la gaîté, et ordonne à tout le personnel du palais de montrer des visages souriants. Fonségur n'y comprend rien. Ça commence par l’amuser, puis cela l'intrigue, et finalement il se reprend d'intérêt pour cette femme qu'il avait toujours refusé de regarder. Hélène ne vat-elle pas jusqu’à lui rendre sa liberté? Jusqu'à le com- ‘plimenter sur la conquêté de Franzi? Mais en atten-

rupture définitive.

elle prie en sous main son père de différer la

Une décision s'impose pourtant : elle sera prise tout

à l'heure, mais au moment suprême Fonségur se ra-

vise : il s'aperçoit qu’il aime sa femme et la réconciliation a lieu. Comme les deux sont aux bras l’un de l’autre, on entend une valse à la cantonade, Fonségur écarte une draperie et voit la pauvre Franzi qui, les yeux pleins de larmes, se donne la consolation de ce bonheur : son ouvrage!

Le soldat de chocolat,

Opérette en trois actes et quatre tableaux, d’après Bernard Shaw (Arms and the man), paroles allemandes de R.. Bernauer et L. Jacobson, adaptation française de Pierre Veber, musique d’Oscar Strauss. |

Représenté pour la première fois en allemand, à Vienne, le 12 novembre 1908; en français, à Bruxelles, sur le théâtre royal des Galeries Saint-Hubert, le 8 septembre

{ 1OITI. :

PriNciPAUX PERSONNAGES : Bumerli, officier suisse, ins-

tructeur de l’armée serbe ; major Alexius Spiridoff ; colonel

Casimir Popoff; capitaine Massakroff ; Nadina, fille de

Popoff ; Aurélia, femme de Popoff ; Mascha, cousine d’Aurélia.

L'action se passe en Bulgarie, en 1885.

Cet ouvrage, d’une portée plus haute que la généralité des opérettes, pêche par excès de finesse, en dépit de la peine prise par les auteurs pour dissimuler sa signification vraie sous une accumulation de calembredaines. On y sent toujours la griffe de Shaw, dont le comique est fait avant tout d’ironie. Or l'ironie est le genre d'esprit le plus difficilement accessible aux foules. Soldat de chocolat a pourtant eu une brillante fortune, qu’il doit à une habile adaptation scénique et à la charmante musique écrite pour lui par Oscar Strauss. Mais combien d’auditeurs ont-ils vraiment

saisi la pensée de l’auteur original? Combien ont

compris que derrière Alexius, le ridicule « miles glo-

MLE

riosus», derrière Bumerli, pacifique maitre d’école pour soldats, c’est la guerre elle-même, et toutes les vertus dont on lui attribue le mérite qui servent de plastron à l'ironiste irlandais? | |

La Serbie et la Bulgarie sont en guerre. Ça, c'est de l’histoire. Il est parfaitement exact qu’en 1885 les Bulgares battirent les Serbes à plate couture. Le premier acte de Soldat de chocolat se passe aux derniers jours de la guerre ; les deux derniers après la conclusion de la paix. Le «soldat de chocolat» est un officier suisse appelé comme instructeur par les Serbes, en temps de paix, et qui a dû, bien malgré lui, faire la guerre sous l’uniforme serbe, alors qu’il se moque des Serbes comme des Bulgares. Fait prisonnier, il s’est échappé en passant par la localité qu'habitent Popoff, Spiridoff et Massakroff. Comme ce dernier voulait lui barrer la route, il l’a giflé, puis a escaladé une fenêtre, qui est précisément celle de la maison Popoff. Il entre dans une chambre où se trouve une jeune fille. Il n’y a du reste que des femmes à la maison et même dans la ville ; tous les hommes sont à l’armée et, au début de l’acte, les trois femmes de la maison Popoff: Aurélia, femme de Popoff, Nadina, sa fille, et Mascha, sa cousine, se lamentaient sur l’absence des héros etse montaient l'imagination en pensant à Alexius, le fiancé de Nadina, qui a, paraît-il, enlevé à lui tout seul une batterie serbe ! On saura plus tard à quoi se réduit ce. haut fait.

En voyant entrer l'inconnu, Nadina commence par avoir peur et lui intime l’ordre de partir. Il n’en fait rien, trop heureux d’avoir trouvé une cachette, et peu à peu Nadina s’apprivoise. Bien que revêtu d’un uniforme serbe, l'inconnu est un homme après tout, et elle n’a pas eu le plaisir d'en voir depuis longtemps. Bumerli est du reste d’une franchise entière. Il ne se défend pas d’avoir peur des coups, de détester la bataille, d’avoir une mentalité « d'employé en uniforme». Il ne fait aucun mystère d’avoir vidé sa cartouchière de ses cartouches pour y mettre du chocolat (d’où le surnom de «soldat de chocolat» que lui donne Nadina). Mais il s'esclaffe quand la jeune per-

Sonne lui apprend qu’elle est fiancée au héros Alexius. Il le connaît, le héros, et a assisté à son fait d'armes : en réalité, Alexius n’a pu retenir son cheval emballé, qui l’entrainaît sur les canons ; les soldats ont suivi leur chef et tous eussent été massacrés jusqu’au dernier si les munitions des Serbes n'avaient pas été avariées et n'avaient pas refusé le service. C'est ainsi qu'Alexius s’est couvert de gloire. ; - Voyant que Bumerli ne veut pas partir, Nadina essaie de le tuer avec son propre revolver; mais celuici n'est pas même chargé : le Suisse n’aime pas jouer avec les armes à feu. Soudain, on entend du bruit : la maison est cernée et Massakroff vient perquisitionner en personne. Aurélia et Mascha viennent se réfugier dans la chambre de Nadina. Elles se sentent immédiatement de la sympathie pour l’homme traqué et elles le cachent, lui remettent chacune sa photographie, avec une dédicace, enfin lui prêtent un veston de Popoff pour faciliter sa fuite.

Au second acte, la paix est signée. Bumerli a disparu et les héros sont précisément en train de rentrer dans leurs foyers. Alexius est absolument insupportable d’orgueil et de fatuité. Popoff ne pense qu'aux cotillons, mais pas à ceux de sa femme Aurélia, ce dont celle-ci ressent de l’humeur. Massakroff hurle comme un sauvage à tout propos. Alexius daigne se souvenir qu'il est fiancé et demande à épouser Nadina le jour même. Mais Mascha, jeune personne de tempérament incandescent, se montre provocante, et Alexius daigne aussi lui témoigner quelque amabilité. Incidemment, Popoff parle de Bumerli, et à ce nom toutes les femmes tressautent. Il paraît que les Bulgares ont gardé un bon souvenir de cet aimable garçon, qui est, paraît-il, très populaire auprès du beau sexe.

Voici qu'une complication surgit : Popoff réclame son veston d'intérieur, le veston qu'a emporté Bumerli! Comment faire ? Bumerli lui-même va sauver la situation : il arrive au bon moment avec le veston dans sa valise. Les femmes lui arrachent le vêtement et Popoff l’endosse sans méfiance. Mais les

malheureuses apprennent trop tard que Bumerli n’a

‘pas même vu les photographies dédicacées qu'elles

ont glissées dans les poches, de sorte qu'elles s’y trou- …

vent encore. Popoff n'aurait qu’à se fouiller! An-

goisses. Par ruse, chacune, à tour de rôle, réussit à retirer une photographie d’une poche de veston ; mais les portraits se sont mélangés et ne font pas retour à leurs propriétaires respectives. D'où de graves jalousies, car les trois femmes sont maintenant amoureuses du soldat de chocolat, qui, lui, flirte volontiers avec l’une et l’autre, mais montre à Nadina une préférence marquée. F

Ce qui devait arriver arrive. Massakroff se trouve nez à nez avec l'officier serbe qui l’a giflé. Alexius apprend ainsi que Bumerli a passé la nuit dans la chambre de sa fiancée. Il rompt avec éclat. C'est sur cette situation dramatique que baisse le rideau.

Au début du troisième acte, Aurélia essaie de démontrer à son mari qu’il doit demander à Alexius. raison de l’outrage public fait à sa fille. Le dit Alexius rencontre Mascha et lui demande sa main, une chose que Mascha est incapable de refuser à qui que ce soit. Mais Nadina se venge en donnant à son ex-fiancé la photographie remise par Mascha à Bumerli... avec dédicace compromettante. ==

Nadina écrit à Bumerli qu'après ce qui s'est passé elle ne veut plus jamais le revoir. Bumerli arrive et elle lui remet la lettre en mains propres. Optimiste, il la lit à sa façon et feint d’y voir une déclaration :

on ne peut se fâcher avec ce diable d'homme.

Massakroffsurvient, chargé par Alexius de provoquer Bumerli en duel. Il compte que l’autre n’acceptera pas, mais Bumerli, qui sait à qui il a affaire, accepte sans hésiter. On a d’emblée le sentiment que ce duel ne sera pas très sérieux. Bumerli lui-même s’en émeut si peu qu'il demande à Popoff la main de sa fille. Popoff accepte quand il apprend que Bumerli est riche, “ F

Les choses en sont là quand Alexius arrive pour le duel. Mais, à peine le fer croisé, les femmes interviennent et, à la première sommation, Alexius se hâte de

| rengainer et de faire des excuses. Il épousera Mascha et Nadina épousera Bumerli. Massakroff lui-même. oublie sa gifle et tout finit le plus pacifiquement du. monde... par une revue militaire, avec défilé, présentation des étendards, etc.

Richard Strauss.

Le célèbre compositeur bavarois est né à Munich le 11. juin 1864. Ses œuvres de théâtre sont peu nombreuses, mais toutes de grande importance. La première qui retint l’attention est Salomé, sur le poème d’Oscar Wilde; puis vinrent Elektra, Rosenkavalier et Ariadne à Naxos. Seuls les trois premières ont été traduites en français. Ce qui empêche la diffusion des œuvres de R. Strauss, c’est leur extrême difficulté; ce sont aussi les exigences du compositeur en ce qui concerne l’orchestre et... les droits d’auteur.

Salomé.

Pour l’analyse du livret de Salomé, nous renvoyons le lecteur à la notice sur l’ouvrage du même nom, musique de Mariotte. Les deux livrets sont en effet identiques, étant tous deux la traduction intégrale du poème de Wilde.

La première représentation de la Sa/omé de Strauss a eu

lieu à Dresde en 1905. |

Elektra.

Tragédie en un acte, paroles allemandes de Hugo von Hofmannsthal, traduction française de FI. Gauthier-Villars, musique de Richard Strauss.

Représentée pour la première fois en allemand à Dresde en 1909. |

PRINCIPAUX PERSONNAGES : Klytaimnestra, veuve d’Agamemnon, femme d’Aegisth ; Elektra, sa fille; Oreste, son 11) ES Ter | Lieu de l’action: Mycènes aux temps homériques.

A l'heure où ces lignes sont écrites, Elektra n’a pas: encore été représenté en langue française. Nous en donnons cependant l'analyse en considération du

bruit que la pièce a fait dans le monde entier. C’est un drame dont l'horreur pourra difficilement être dépassée et qui relègue dans l’ombre tout ce que la tragédie antique a conçu de plus sombre. Dès le lever du rideau, une atmosphère d’épouvante pèse sur l’action et glace le spectateur. Pourtant il n’y a en scène que cinq servantes qui parlent d’Elektra. La fille d'Agamemnon apparaît une brève seconde et se retire comme un animal effrayé. Nous apprenons qu'elle est folle de douleur de la mort de son père. Elle fuit tout le monde et appelle sans cesse Agamemnon. On devine au bavardage des servantes la haine et la soif de vengeance qui doivent dévorer cette possédée. Haine pour sa mère Klytaimnestra, pour son beaupère Ægisth. Haine impuissante, qui attend du ciel un vengeur.

Puis c’est Elektra elle-même qui occupe seule la

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