scène. Elle raconte l’assassinat. Elle annonce la ven
geance. Elle ajoute, frénétique, que lorsque les meurtriers auront payé leur crime de leur sang, les deux filles et le fils d’'Agamemnon danseront de joie autour de la tombe de leur père. | Chrysothémis, la jeune sœur d’Elektra, vient révéler un funeste secret qu’elle a surpris. Les assassins ont comploté d’enfermer Elektra dans une tour. Elektra en rit. Chrysothémis. est craintive; elle voudrait fuir la maison maudite des Atrides. Mais son aînée veut rester : elle a une œuvre à accomplir. Et quand, entendant Klytaimnestra qui approche, Chrysothémis s'enfuit, Elektra demeure et brave sa mère. Pourtant elle reste calme et Klytaimnestra, malade, fiévreuse, hantée par le remords, lui demande un remède à ses maux. Le remède, répond Elektra, c'est du sang. Mais quel sang? Celui d’une femme, et ce sang sera répandu par un homme. Et comme en a parte, Elektra demande qu'on autorise le retour d'Oreste. Klytaimnestra refuse. Alors Elektra parle net : la victime désignée, c’est sa mère, et elle torture celle-ci, elle la fouaille, et Klytaimnestra est comme paralysée par la terreur. Les servantes viennent et l’'emmènent; en l’entraînant, elles lui glissent à l'oreille une nou-
velle qui met une flamme soudaine dans son regard.
Elektra apprend bientôt quelle est cette nouvelle :
le bruit court qu'Oreste est mort! Mais elle le nie. Chrysothémis précise : la nouvelle a été apportée par deux étrangers, un jeune et un vieux. Un serviteur passe en hâte chargé d’apprendre la chose à Ægisth absent. Elektra croit,’ maintenant, et elle conclut : «C'est donc nous, nous qui devons le faire!» Elle explique à sa sœur : il faut qu’elles prennent la hache qui frappa le père, et qu’elles frappent à leur tour. . Chrysothémis refuse. Elektra supplie, menace, tout en vain. Elle dit alors: «Je te hais! Allons toute seule ! » puis elle va creuser près du seuil de la porte. Pendant qu'elle est ainsi occupée, Oreste — le jeune étranger — entre et la regarde en silence. Le frère et la sœur se reconnaissent au bout d’un instant; ils s’'embrassent avec violence. À eux deux ils agiront. * Des serviteurs viennent chercher les étrangers. Elektra se cache dans l’ombre, tandis qu’Oreste et son précepteur entrent dans le palais. Elle s’avise alors qu’elle n’a pas pu leur donner la hache.
Mais de l’intérieur du palais on entend un cri de. Klytaimnestra. Des servantes et Chrysothémis accourent. On appelle Ægisth, qui entre soudain dans la cour. Elektra se précipite à sa rencontre avec une torche et s'incline devant lui. Elle le fait entrer dans le palais. Mais bientôt il reparaît hagard à une fenêtre et crie au meurtre. Des mains invisibles le font rentrer. Elektra, dans la cour, est dans un état d’exaltation voisin de la folie. La scène se remplit de nouveau. On acclame Oreste, le libérateur! Cependant que dans la maison le tumulte grandit: une sanglante bataille est engagée. Puis le bruit se calme peu à peu. Et alors, comprenant que l’œuvre de justice est accomplie, Elektra commence sa danse sauvage. Sa sœur se joint à elle. Les assistants regardent l’étrange scène, fascinés. Et, finalement, la ménade tombe roidie, tout de son long, et le rideau baisse.
458 FRANZ VON SUPPÉ
Franz von Suppé.
Un des rois de l’ovérette viennoise, né à Spalato en Dalmatie le 8 avril 1850, mort à Vienne le 21 mars 1895. Auteur de tout un répertoire dont quelques pièces ont été traduites et jouissent de la vogue dans le monde entier.
De ces dernières, Boccace est incontestablement la plus populaire.
Boccace.
Opéra-comique en trois actes, paroles françaises de H. Chivot et H. Duru, musique deF. v. Suppé.
Représenté pour la première fois en allemand à Vienne en 1879; en français à Paris, sur le théâtre des Folies- Dramatiques, le 29 mars 1882. |
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Jean Boccace; le prince Orlando; Pandolfo, jardinier ; Tromboli, tonnelier; Quiquibio, barbier; Béatrice; Frisca, femme de Tromboli; Péronelle, femme de Pandolfo ; Zanetta, femme de Quiquibio.
La scène se passe à Florence vers 1340.
Boccace appartient au même genre de pièces que Les contes d'Hoffmann et d’autres similaires, où il s'agit de réunir autour d’une intrigue quelconque des récits variés empruntés à un auteur unique. Comme dans Les contes d'Hoffmann, l’auteur joue lui-même dans Boccace le rôle principal et devient le héros des aventures qu’il a racontées. Cette macédoine de nouvelles plaisantes est assez habilement faite dans le cas qui nous occupe, et toutes les histoires marchent alertement de front, alors que dans Les contes d'Hoffmann les librettistes ont préféré les présenter séparément, chacune remplissant un acte.
À Florence habitent, à l’époque où s'ouvre l’action, le jardinier Pandolfo, le perruquier Quiquibio etle tonnelier Tromboli. Tous trois sont mariés à des personnes d’âge, d'aspect et de tempérament divers. Péronelle, femme de Pandolfo, est une personne un peu müre, mais portée au sentiment. Zanetta, femme de Quiquibio, trompe son mari avec Lelio, ami de Boccace. Frisca, femme de Tromboli, ne demande qu’à
sans NÉS
FRANZ VON SUPPÉ “ 459
tromper le sien, mais n’en a pas eu jusqu'ici l’occasion. Les trois maris tremblent pour leur tête, car le bruit court que le fameux Boccace, le bourreau de cœurs, est à Florence incognito. En un trio, ils exposent leurs craintes au début du premier acte, au moment même où Lelio se trouve en conversation criminelle avec Zanetta et ne sait comment sortir, le mari barrant la retraite. Lelio n’est du reste pas seul chez le barbier : Boccace, se trompant de maison, l’y avait précédé, car il poursuit une inconnue dont il est amoureux. Zanetta joue alors une audacieuse comédie : elle se précipite échevelée sur la place et demande protection à son mari, disant qu'un homme est venu lui demander asile. Le malheureux était poursuivi par un ennemi qui, sans égard pour les protestations de la maîtresse du logis, a pénétré dans la maison. Lelio et Boccace sortent à leur tour feignant de se battre, mais ce sont Îles maris qui reçoivent la plupart des coups. Des étudiants accourus se mêlent à la bagarre, qui s'achève par la fuite des trois comères. | Sitôt seuls, Lelio et Boccace rient de l’aventure et Boccace raconte qu'il est amoureux pour de bon d’une jeune fille qu’il a aperçue à sa fenêtre, mais qu’une duègne farouche accompagne comme son ombre.
Cette jeune fille, renseignements pris, est de naissance mystérieuse et a été confiée à Pandolfo le jardinier et à sa femme Péronelle, qui touchent de ce fait une riche pension. | Mais voici que survient un nouveau personnage. C’est le prince de Palerme, Orlando, jeune homme un peu naïf, qui est venu incognito à Florence, dans le but de faire connaissance discrètement d’une jeune ersonne qu'il est question de lui faire épouser. Or- Bud est ravi de rencontrer Boccace, dont il connaît les œuvres et pour qui il a la plus haute admiration. Son ambition serait d’égaler l’illustre conteur comme littérateur... et comme séducteur ! Boccace, qui prévoit des occasions de rire, entreprend de faire l’édu- cation d’un si noble élève. Et les leçons commencent aussitôt: les fidèles entrent à l’église, et les jeunes
460 = FRANZ VON SUPPÉ gens les regardent afin de trouver des sujets d’expé-. riences. Quand passe Frisca, femme de Tromboli, Orlando tombe en arrêt : voilà la conquête qu'il se propose de faire. Et comme elle laisse choir son bouquet, vite il le ramasse et le lui rend : les hostilités sont engagées. Passent encore Quiquibio et Zanetta, Pandolfo et Péronelle, accompagnés de Béatrice, la flamme de Boccace. Le jardinier laisse les deux femmes entrer seules à l’église. Nous apprenons bientôt que si Boccace est amoureux de Béatrice, Béatrice de son côté a remarqué Boccace. Mais ce dernier, caché, entend une nouvelle qui le désespère : il est question de marier celle qu’il aime !
Pour se débarrasser de Péronelle, Boccace songe à
son ami Lelio. Il lui demande comme un grand service de faire la cour à la duègne. Lelio accepte à contre cœur! Et le siège de Péronelle commence illico. Un billet incandescent est dépêché à l’inflammable vieille, lui donnant rendez-vous sur la place. Pendant qu’elle y sera, Boccace pourra se faufiler dans l’église et parler à sa bien-aimée.
De son côté, Orlando a fait du chemin: il a parlé à Frisca et celle-ci lui a laissé son livre de messe, avec son adresse : un admirable prétexte pour s’introduire chez le tonnelier. Orlando annonce son intention de poursuivre son intrigue sous le nom de Boccace;, ce à quoi celui-ci ne s'oppose pas. Lelio se donnera également pour Boccace à dame Péronelle.
Voici les trois couples formés : Boccace-Béatrice, Péroneile-Lelio, Orlando-Frisca. Il n’y à plus qu’à laisser les événements suivre leur cours. Pour Orlando, cela commence mal : cherchant à s’introduire chez Frisca, il est surpris par Tromboli, qui lui donne la chasse. En courant, les deux hommes renversent presque le couple Lelio-Péronelle et voici Orlando qui débouche sur la place où Lelio et Boccace sont déjà cachés.
Pour échapper aux maris ameutés et assoiffés de vengeance, Orlando troque son costume contre celui d'un mendiant, sans s’apercevoir que ce mendiant a déjà troqué ses effets contre ceux de Boccace.
Arrivent les maris, qui reconnaissent le costume
FRANZ VON SUPPÉ 461
de Boccace sur le dos d’Orlando et donnent la bastonnade au malheureux prince de Palerme, lequel a toutes les peines du monde à se faire reconnaître. Comme il faut une victime à la foule, arrive à point nommé un colporteur dont la populace brûle la pacotille. |
Le deuxième acte, fort plaisant, représente à gauche la cour de Tromboli, avec des tonneaux à demiachevés, et à droite le jardin de Pandolfo, avec un grand poirier abritant un banc rustique. Un petit mur sépare les deux enclos. Un grand mur ferme au fond les deux propriétés. Au lever du rideau on voit se hisser sur ce mur Boccace, Lelio et Orlando. C’est le petit jour du matin. Aubade suivie de retraite. Attirés par le bruit les maris sortent de chez eux et ne trouvent personne. En bons voisins ils devisent, et les galants aux aguets apprennent ainsi des choses intéressantes : Péronelle est malade (d'amour) et aurait besoin d’un médecin; ce sera le rôle de Lelio; Tromboli a un cuvier à vendre; çà, c’est l’affaire d’Orlando; enfin Pandolfo attend un ouvrier jardinier pour faire la cueillette de ses poires; çà, c’est pour Boccace. Il paraît aussi que le poirier de Pandolfo passe pour être ensorcelé, détail dont Boccace fera son profit.
Bientôt les femmes sortent des deux maisons. Pendant qu’elles bavardent, des lettres attachées à des pierres viennent tomber à leurs pieds : à chacune son billet doux, qui disparaît bientôt dans un corsage. Béatrice rentre chez Pandolfo pour lire le sien à son aise. Frisca et Péronelle relisent les leurs en cachette. Comme elles sont ainsi occupées, on frappe à la porte du fond. C’est Lelio en médecin, qui se fait reconnaître et engage la conversation avec la duègne. On frappe encore : c’est Orlando qui entre chez Tromboli en simulant l’ivresse. Lui aussi se fait reconnaitre de Frisca, mais la conversation des amoureux est vite interrompue par le retour du mari. Pour ne pas être pincé, Orlando se cache dans un tonneau. Tromboli finit par l’y dénicher, mais sa femme lui fait accroire qu'il s’agit d’un acheteur désireux de s’assurer du bon état de la marchandise. Or l'acheteur supposé
prétend que le tonneau fuit. Le tonnelier affirme que ce n’est rien : avec un peu de goudron il n’y paraîtra plus.Pourscellerlemarchéletrioentreprendreun verre.
Chez Pandolfo, Boccace se présente en garçon jar= dinier. [] se fait reconnaître de Béatrice et imagineune rusé pour éloigner le patron. Il lui raconte que son. poirier enchanté occasionne à qui y monte de curieuses hallucinations : on croit voir des choses qui n'existent pas. Pandolfo monte dans le poirier poussé par la curiosité et sans se gêner Boccace et Béatrice s'embrassent et se cajolent, sous les yeux du bonhomme qui trouve ça très drôle. | |
Frisca, Tromboli et Orlando sont ressortis. Tromboli entre dans la cuve pour goudronner les fentes; pendant ce temps, Orlando et Frisca se bécottent audessus de sa tête. Et Pandolfo continue à en voir de réjouissantes ! C’ést sa femme maintenant qui sort en caressant Lelio. Le spectateur voit ainsi les trois couples amoureusement enlacés,. à la barbe des deux maris inconscients : effet d’un comique sùür.
Ce tableau est dérangé par l’arrivée de Quiquibio. Rappelons-nous que chacune des trois femmes croit être courtisée par Boccace. Or le barbier a appris que Boccace devait se rendre chez Pandolfo sous un déguisement. Une foule irritée est à la porte, qui réclame Boccace à grands cris. Son embarras est extrême lorsqu'au lieu d’un Boccace elle en trouve trois. Mais le vrai Boccace est très crâne et se dénonce. fl déclare son amour pour Béatrice et se dit prêt à épouser. La foule approuve : Boccace marié cessera d’être dangereux pour les maris. [Il y a malheureusement un empêchement : Pandolfo ignore qui sont les parents de Béatrice ; impossible donc de demander leur consentement. TE | er
À ce moment précis arrive l’intendant qui chaque mois apporte la pension de la jeune fille. Il vient cette fois pour emmener la jeune personne à qui ses parents ont trouvé un époux. Boccace ne désespère pas pour si peu; à l'oreille il glisse à Béatrice d’avoir confiance : avec l’aide de ses amis il la retrouvera et saura bien la reprendre.
ernier acte se passe au palais ducal, où Béatrice est maintenant installée, car elle est princesse désormais, fille du grand-duc de Toscane. Auprès d’elle se trouve Péronelle, promue au rang de surintendante. Pandolfo est grand arboriculteur des domaines. Quiquibio et Tromboli viennent implorer leur protection pour obtenir l’un le titre de barbier de la cour, l’autre celui de sommelier du palais. :
Quant au futur que l’on destine à Béatrice, vous avez sans doute deviné qu’il n’est autre que le prince de Palerme, Orlando. Et quand celui-ci a appris la vérité, il a, avec une noire ingratitude, fait prendre les mesures les plus sévères pour empêcher Boccace d’ap- -procher de sa future. Le conteur a du reste subitement disparu.
On introduit une jeune demoiselle d'honneur, dont l’arrivée a été annoncée à Péronelle. La mignonne fait son entrée : c'est Boccace en vêtements de femme. On présente la nouvelle à ses camarades qui lui font une chaude bienvenue. Sous ce déguisement, l’amoureux verra Béatrice avant le mariage, qui doit avoir lieu dans une heure.
Arrive le cortège : Orlando donne la main à Béatrice. Derrière eux défile toute la Cour. Orlando n’est pas content, sa femme lui fait grise mine, et lui, au fond, en tient toujours pour Frisca. Et justement Frisca se glisse à son oreille et lui déclare qu’elle a à lui parler sans retard ; sinon elle fera un esclandre. Lelio, complice de Boccace, adresse une sommation semblable à Péronelle. Boccace enfin parvient à faire connaître sa présence à Béatrice. Puis le corfège s’éloigne et Lelio reste seul en scène avec les étudiants ses compères. Toutest prêt pour l’enlèvement de Béatrice dès qu'Orlando et Péronelle seront occupés ailleurs, chacun de son côté.
Péronelle paraît la première ; il est décidé que Lelio ira l'attendre dans sa chambre. Au tour d'Orlando maintenant. Frisca lui fait une scène en règle. Pour s’en débarrasser, le prince la pousse dans sa chambre, en face de celle de Péronelle. et Voici Tromboli, maintenant, complètement gris.
. Orlando l'envoie dans la chambre où se trouve sa. femme, pour lui faire une farce. Mais le tonnelier est tellement ivre qu'il entre dans la chambre de Péronelle. La scène est libre maintenant pour l’entrevue entre Boccace et Béatrice. Tandis qu'ils sont tendrement enlacés, Orlando revient et Boccace s'enfuit, à la prière de son amie. Orlando est furieux, il appelle au secours et la scène s’emplit de monde. On cherche Péronelle qui sort de sa chambre coiffée du chapeau de Tromboli. Le tonnelier, qui survient, reconnaît son couvrechef et le reprend.
Grande nouvelle : Boccace est pris; les soldats l’amènent devant le prince. On va lui infliger un châtiment exemplaire. Il ne manifeste du reste aucun repentir et déclare hautement son intention d’épouser la grande-duchesse. Il rit même au nez d'Orlando qui va l’envoyer en prison quand Lelio se présente avec les étudiants : il annonce que le grand-duc ordonne la mise en liberté de Boccace, qui vient d’être fait citoyen de Naples où le roi Robert l’appelle à la cour. Orlando est du reste embarrassé, car Frisca le fait chanter. Il renonce donc à son mariage et annonce son départ pour la Sicile. Il emmènera Tromboli et sa femme à la cour de Palerme.
Quant à Boccace, il partira sans celle qu’il aime, mais en donnant à entendre qu'il reviendra et ne renonce pas.
Claude Terrasse.
Ce compositeur, d’un génie si français, est né à l’Arbresle en 1867. Il est de la lignée d’Offenbach et figure aujourd’hui le presqu’unique représentant d’une musique de théâtre franchement comique. Claude Terrasse a déjà donné de nombreuses partitions: La petite femme de Loth, La fiancée du scaphandrier, Le sire de Vergy, M. de la Palisse, Les travaux d’Hercule, Le mariage de Télémaque, Cartouche, etc. ; nous avons analysé celles dont le texte est dans le commerce.
La petite femme de Loth.
Opéra-bouffe en deux actes, paroles dé Tristan Bernard, musique de Claude Terrasse.
ka FR
des Mathurins, le 1° octobre 1900. PRINCIPAUX PERSONNAGES : Loth, patriarche; Dagar, sa
femme ; Mélech, serviteur d'Abraham ; Schem, amoureux
de Dagar ; les filles de Loth; etc. | La scène se passe à Gomorrhe, il y a longtemps.
La fantaisie de Tristan Bernard ne connaît pas de bornes. Elle n'est égalée que par son irrévérence. On va en juger dans ces deux actes, qui donnent de la
destruction de Gomorrhe, ou du moins de Îla tradi-
tion y relative, une version inédite et tout à fait inattendue.
Le patriarche Loth déjà très âgé et flanqué de deux grandes filles, a épousé en secondes noces une femme très jeune et fort jolie dont il est bien incapable d’apaiser les ardeurs. Pourtant elle a résisté jusqu'ici à un jeune homme de Gomorrhe nommé Schem; elle lui a résisté, mais en s’arrangeant à ne le point désespérer.
Or voici que tombe chez le patriarche un serviteur
d'Abraham, venu de Chaldée pour régler des compies de moutons. Il est reçu tout d’abord par la servante Titsa, qui lui fournit — à notre intention — divers renseignements utiles pour l'intelligence de la pièce. Après la bienvenue d'usage, en musique, Mélech et Dagar échangent quelques propos savoureux, puis les filles de Loth emmènent l'hôte faire un brin de toilette dont il a grand besoin. ù :
Arrive alors le soupirant de Dagar, le jeune Schem. L’épouse du patriarche continue à lui tenir la dragée haute ; elle ne trompera son mari que si l’on trouve le moyen de l’éloigner pendant une quinzaine de jours. Schem cherchera. L'entretien est interrompu par l’arrivée de Loth en personne. Il arrive navré par l'inconduite des gens de la localité. Son âme pieuse appréhende les plus grands malheurs. Sans doute un second déluge paraît peu probable, mais par contre, il n’y aurait rien d'étonnant à ce que le feu du ciel. Mélech lui fait observer que jamais Jéhovah n’emploierait un moyen qui aurait l'inconvénient de frapper avec les coupables un juste tel que lui. Loth ne
s'arrête pas à cette objection : si Jéhovah décide de frapper Gomorrhe, il saura bien l’avertir par le moyen d’un messager. « Tiens, tiens!» se dit Dagar. Et elle sort.
Mélech a été frappé de la même idée au même instant. C’est que lui aussi convoite la femme du
patriarche et serait bien aise de rester auprès d'elle.
Ses intérêts diffèrent toutefois beaucoup de ceux de Schem : pour ce dernier il importe que Loth parte seul et laisse sa femme en arrière; pour Mélech, il importe que Loth emmène sa femme, parce qu'aalors Mélech aura l’occasion de faire route avec Dagar. |
IT va donc y avoir pléthore de messagers célestes. Le premier qui se présente est un ange rose et joufflu — Dagar — qui vient du séjour du Très-Haut invi-
ter Loth à fuir Gomorrhe, condamnée à être détruite
par le feu du ciel. Seulement, Jéhovah exige qu'il parte sans sa femme.
À peine ce message est-il délivré qu’arrive un
second envoyé céleste — Mélech — tout différent du premier : un homme barbu. Il donne à Loth un message semblable pour le fond au premier, mais avec cette différence que le patriarche est invité à emmener son épouse. Cette divergence étonne Loth, mais le second message doit sans doute corriger le premier. Il va faire ses préparatifs de départ.
Les plus mystifiés dans la circonstance sont les mystificateurs eux-mêmes, chacun se persuadant que
l’autre est vraiment envoyé par Jéhovah, et tremblant
pour les conséquences de son sacrilège.
L'arrivée des chameaux pour les bagages interrompt leur méditation et termine l’acte sur une note animée.
Le second acte se passe à quelque distance de Gomorrhe. Dagar et sa servante Titsa ont un peu d'avance et arrivent les premières en scène, près d'un bosquet célèbre comme rendez-vous d’amoureux. Si elles se sont hâtées, c’est qu’en cet endroit Dagar doit rencontrer Schem. Toutefois ce n’est pas Schem qui se présente, mais Mélech, qui fait à
UE ANA CLAUDE TERRASSE 407 Dagar une déclaration brûlante, reçue assez favorablement du reste. Les deux faux anges se confient leurs angoisses et finissent par découvrir combien elles sont vaines.
Schem arrive à son tour : il a trouvé un truc merveilleux pour retenir Dagar à Gomorrhe sans son mari. Dagar est enchantée de rester à Gomorrhe… avec Mélech. Et pour cela il n’y a qu’à renouveler le coup de l’envoyé céleste, porteur cette fois d’un postscriptum : défense à quiconque fait partie de la troupe de Loth de se retourner pour voir l'incendie de la ville coupable, sous peine d’être changé en statue.
Ça prend admirablement. Loth ne retournera plus une seule fois la tête en arrière. Il n’en est pas de même de sa femme, qui se retourne et s'arrête subitement immobile. En une chanson remarquable, elle décrit le froid qui monte, monte jusqu’au moment où elle se tait.
C’est maintenant au tour de Mélech à se retourner. Lui se pétrifie presque instantanément. Les autres s'en vont épouvantés, laissant les deux statues seules en présence. Celles-ci ne tardent pas à dégeler, comme bien vous pensez. Et au bout d’un temps très court, Dagar et Mélech disparaissent dans le bosquet des amoureux. |
Arrive alors le pauvre Schem, accompagné d’un ami et de Titsa. Il trouve Dagar sans trop de peine, mais en quelle posture! Mélech accepte un duel au sabre, qui ne donne aucun résultat. Jugeant que le jeu n’en vaut pas la chandelle, Schem renonce le premier : il se consolera avec une des filles de Loth, qui se trouve vacante. Mélech gardera Dagar.
Le mariage de Télémaque.
Comédie en cinq actes et six tableaux, paroles de Jules Lemaître et Maurice Donnay, de l’Académie française, musique de Claude Terrasse. |
Représentée pour la première fois sur le théâtre national
de l’Opéra-Comique le 4 mai 1910.
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L'ATSTHERRRS
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Ulysse; Pénélope ; Télémaque, … leur fils; Nausicaa, fille d’Alkinoos, roi des Phéaciens ; Ménélas ; Hélène; Eumée, le divin porcher; Podasochus, … messager ; Phémios, aëde ; etc. t'a
La scène se passe à Ithaque, puis à Sparte, puis dansun golfe de Messénie, enfin à Ithaque, peu d’années après la prise de Troie.
Dans cette pièce de haute tenue littéraire, que ses auteurs appellent une «comédie», la musique occupe une place discrète, mais pourtantessentielle. Plusieurs personnages ne chantent pas. Par contre, on y danse agréablement. Le genre ne doit, en tout cas, pas être confondu avec la parodie ou l’opéra-bouffe. Il suffit de rappeler que l’un des auteurs a déjà donné Lasystrata.
A Ithaque, Ulysse et Pénélope se préoccupent de marier leur fils Télémaque. Celui-ci n’y fait aucune objection, car il est à l’âge de l'amour, mais les femmes sont rares dans le voisinage. Pourtant, Ulysse a une idée : il n’a pas oublié la jeune Nausicaa, fille du roi des Phéaciens, qui l’accueillit si aimablement lors de son naufrage sur les rives où règne Alkinoos. Va pour Nausicaa, dit Télémaque.
Et voici que, précisément, Podasochus, messager de Ménélas, vient inviter, de la part de son maître et de l’illustre Hélène, Télémaque à passer quelques jours à Sparte, où il se rencontrera avec les souverains de Phéacie et leur fille. Cette invitation tombe on ne peut plus à propos. Télémaque accepte. En échange des présents apportés par Podasochus pour son père et sa mère, il offrira à Ménélas les plus beaux sujets des écuries d’Eumée, le divin porcher. Il lui remettra en outre l’épée de son grand-père Laertes. Enfin, il portera à Hélène le fameux voile de Pénélope, cadeau qui sera certainement hautement apprécié. Toutétant ainsi réglé, Télémaque se met en route avec Podasochus, mais au dernier moment, Ulysse, qui n’est pas las de voyager, se décide à l’accompagner, au grand déplaisir de Pénélope, qui, instruite par l'expérience, s'attend à une absence plutôt prolongée. sa
L'action se continue à Sparte. Ulysse et Télémaque
arrivent les premiers chez Ménélas et Hélène. Alki- noos, Arètè, son épouse, et Nausicaa, sa fille, ont été retardés par une avarie survenue à leur navire. Sur le conseil d'Ulysse, approuvé par Ménélas, on décide de laisser à Hélène le soin de préparer Télémaque à la rencontre avec sa fiancée. Et en attendant la famille royale de Phéacie, on fait apprendre au peuple l'hymne national de ce pays, afin d'offrir aux hôtes une agréable bienvenue. Cet hymne national ressemble étonnamment à la Marseillaise; son refrain est:
e Tuons ! Etripons !! Décervelons!il
Clouons des têtes à nos murailles
Et que des étrangers les entrailles Fumantes engraissent nos sillons |!
Ménélas trouve ces paroles étranges pour un hymne de bienvenue, mais on le convainc que c’est l'usage, et il se soumet.
Puis l’inévitable se produit : Télémaque subit le charme fatal d'Hélène et ne veut plus rien savoir de
Nausicaa. Hélène n’est pas tout à fait insensible à cet hommage, mais c'est une très bonne femme, qui a pour Ménélas une affection faite de reconnaissance et d’attendrissement. Elle a été le jouet de la fatalité et loin d’en tirer vanité elle s’en afflige. Elle sermonne donc gentiment son juvénile adorateur, sans grand succès, hélas ! |
Mais voici qu’arrivent les souverains de Phéacie. On leur fait une très belle réception ; au banquet qui leur est offert, on représente même, sous forme de ballet, l'épisode d'Ulysse et de Nausicaa, délicate attention qui est très appréciée. |
Puis des jours passent, et les affaires entre Télémaque et Nausicaa n’avancent pas d’une coudée. La jeune Phéacienne s’en désole, car elle aime Télémaque ; et, fine mouche, elle ne tarde pas à découvrir la cause de la froideur de son fiancé présomptif. Elle n’est du reste pas seule à se désoler : Ulysse, Ménélas, sont aux cent coups; Alkinoos commence à la trouver mauvaise et parle de partir en guerre contre
Ithaque. Ulysse se décide alors à écouter aux portes
— derrière un buisson de laurier-rose — et surprend ainsi une conversation entre Hélène et son amoureux. Hélène reste ferme comme le roc. Télémaque va se jeter dans l’Eurotas, qui est à sec, heureusement. Pendant ce temps, Hélène a avec Nausicaa une explication, à la fin de laquelle elle s'engage à favoriser les amours de la jeune fille. Quand Télémaque revient, point noyé du tout, elle feint d’entrer dans ses vues et lui donne rendez-vous dans une baie de la côte messénienne, où attendra un vaisseau. Elle met cependant deux conditions à sa fuite : elle emmènera sa suivante, et les deux femmes resteront voilées jusque après le départ de la nef. Télémaque consent à tout ce qu'on veut. La pauvre Hélène, qui a vraiment bien du mal avec les hommes, n’est pas plutôt débarrassée du fils qu'il lui faut expliquer sa ruse au subtil Ulysse, qui a tout entendu de sa cachette, mais n’a rien compris du tout, et menace d'aller révéler cette trahison à Ménélas. À Et nous voici au bord de la mer, où Télémaque attend avec les deux femmes voilées que l’état du mer permette d’appareiller. Dans son impatience, le jeune homme arrache le voile à celle qu’il prend pour Hélène. O rage! il se trouve en face de Nausicaa | Dans sa déception, il se conduit très peu poliment vis-à-vis de la jeune fille; il la battrait même si Minerve en eo ne descendait de l’Olympe pour la protéger. L'apparition ne dure qu’un instant, mais la déesse de la Sagesse a réussi à en infuser un peu au jeune fou, qui s'aperçoit maintenant que Nausicaa est charmante. Il détaille, énumère toutes ses perfections, la principale étant «d’être là», alors qu'Hélène n’y est pas. Tout s'arrange donc, et le vent étant devenu favorable, les amoureux s’embarquent pour Ithaque. Ils y arrivent en même temps que les souverains de Sparte et de Phéacie, prévenus par Hélène, et la pièce s’achève congrument aux cris d'Hyménéel! :
Cartouche.
Opérette en trois actes, paroles de Hugues Delorme et Francis Gally, musique de Claude Terrasse.
Représentée pour la première fois au théâtre du Trianon- Lyrique le 9 mars 1012.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Cartouche ; Lucas; Colette; le marquis de la Sablière ; Athénaïs, marquise de la Sablière; le chevalier de Vautravers ; etc.
La scène se passe à St-Germain et à Paris, dans la première moitié du xvin' siècle.
Spectacle pour les grands enfants, où l’on change beaucoup de costume et dont la genèse n’est certainement pas étrangère au succès de Sherlock Holmes. Cartouche est le bon brigand, le brigand-providence, qui, accompagné de sa fidèle bande, accomplit les exploits les plus prodigieux. Les auteurs ont imaginé une intrigue à la fois ténue et compliquée, que nous allons essayer de narrer.
L’aubergiste du Soleil d’or, à Saint-Germain, a un fils, Lucas, et une servante, Colette. Lucas aime Colette, mais quand Bouchon apprend que son héritier veut épouser une servante sans le sou, il chasse la pauvre fille. Par bonheur celle-ci a de la voix, etun Abe personnage, intendant des théâtres royaux, le marquis de la Sablière, l’engage pour l'Opéra. Il compte bien que cette protection lui sera payée en nature, mais Colette est sage et ne pense qu’à son Lucas. Cartouche est le frère de lait de Lucas et jure de marier les amoureux. Il y parvient enfin, grâce à un hasard qui lui permet de sauver la vie au Régent, amoureux lui aussi de la jeune fille.
A côté de cette intrigue centrale il y en a une autre: la poursuite obstinée du policier Double-Flair, qui veut à tout prix arrêter Cartouche, mais que celui-ci berne jusqu'au dénouement. Quand enfin Double-Flair réussit, le Régent gracie son prisonnier, de sorte que notre Sherlock reste le dindon de la farce.
Il y a encore nombre d'épisodes et de personnages accessoires, en particulier la marquise de la Sablière,
Are CLAUDE TERRASSE
Athénaïs, son amoureux, le naïf chevalier de Vautravers, dame Martine, qui abrite sous son toit les fredaines du Régent, l’ermite Bernard, etc. Leur rôle est surtout décoratif. | | Le premier acte se passe au Soleil d’or, où se rencontrent le marquis de la Sablière, Cartouche et Double-Flair. Déguisé successivement en lord anglais, puis en lieutenant de la maréchaussée, Cartouche s'approprie un coffre dans lequel le marquis rapporte à Paris une somme considérable. Nous voyons Lucas soustraire son frère de lait à la poursuite de Double- Flair, qui finit par être enfermé dans une malle vide. Nous voyons enfin la Sablière tiquer sur Colette et l'emmener à Paris pour la lancer au théâtre. Tout cela très mouvementé, avec force incidents comiques et pittoresques, comme l'enlèvement de la sentinelle au moyen d’une poulie par les hommes de Cartouche. Au second acte, six mois plus tard, Colette est célèbre. Elle vient de débuter brillamment à l'Opéra, et à cette occasion le marquis de la Sablière lui offre une fête et veut lui donner un collier de deux cent mille livres. Elle habite sans le savoir un hôtel dont Cartouche est propriétaire et dont chaque pièce est truquée. Lucas l’a suivie en qualité de majordome. Double-Flair ne la quitte guère, toujours à la poursuite de son voleur. Nous le voyons successivement sous les traits d’une duëgne, puis sous ceux d’un maître d'hôtel, déguisement qui lui est fourni par Cartouche en personne. Quant à ce dernier, qui arrive par la cheminée et pratique à jet continu des tours de sa façon, il se présente une fois en tailleur juif, une autre en Monsieur de Babylone, devin extralucide, d’autres fois dans ses habits ordinaires. Colette se voit en butte aux assiduités de la Sablière et n’y échappe que grâce à la protection de Cartouche. La marquise, jalouse, non de son mari, mais du collier que celui-ci offre à sa rivale, succomberait à la poursuite de Vautravers, si le chevalier avait plus de présence d’esprit. Cartouche, arrivant au bon moment, réussit mieux auprès de cette femme qui brûle de se venger. Finalement, la Sablière est ligoté par Cartouche, et Colette est enle-
ar Lucas à la barbe de Double-Flair, hissé comi- quement sur un lustre. |
Le troisième acte se passe à l’ermitage de St-Stro- piat, lieu de pèlerinage qui a la réputation de guérir
les incurables. L’ermite Bernard est parent et voisin de dame Martine, la complaisante personne qui veut bien prêter l’abri de son toit aux fredaines du Régent. Or le toit de dame Martine abrite présentement Colette. Celle-ci avait été remarquée par le Régent le soir de ses débuts à l'Opéra, et il l’a tout simplement fait enlever au moment où elle sortait de chez la Sablière au bras de Lucas. Le Régent va venir la retrouver tout à l’heure.
Il ignore qu’en ce faisant il court un très grand danger. L’ermite de St-Stropiat fait partie de la cons- piration de Cellamare, dont le but est de déposer le Régent et de l’expédier en Espagne. Double-Flair se cache chez dame Martine, déguisé en jardinier. Car- touche et ses hommes viennent à St-Stropiat pour
reprendre Colette et la rendre à Lucas. La Sablière y vient aussi avec Vautravers, également pour retrouver Colette, mais non pour la remettre à Lucas!
Cartouche surprend le secret des conjurés et réussit ainsi à sauver le Régent. La Sablière a la douleur de
voir au même instant sa femme aux bras de Cartou-
che et Colette dans ceux de Lucas. Finalement, le Régent, apprenant ce que Cartouche vient de faire pour lui, arrache le brigand à Double-Flair, qui vient enfin de réussir à l'arrêter, et dote Colette afin qu’elle puisse épouser Lucas. La Sablière s’arrangera comme 1l pourra avec la marquise.
Les travaux d’Hercule,
Opéra-bouffe en trois actes, paroles de G.-À. de Caillavet et Robert de Flers, musique de C. Terrasse.
Représenté pour la première fois à Paris, sur le Théâtre des Bouffes-Parisiens, le 7 mars 1go1.
. PRINCIPAUX PERSONNAGES : Hercule; Augias; Orphée; Lycius; Omphale; Erichtona.
La scène se passe à Tyr, puis en Lycie, aux temps fabuleux de la mythologie. 'rENCR
L'idée de cette pièce est infiniment plaisante : faire d’Hercule un faux héros, sorte de Tartarin des temps légendaires, dont le mérite usurpé reposerait sur une série d'erreurs historiques. L’Hercule de MM. de Flers et de Caillavet est un robuste luron qui n’a jamais rien fait, mais qui va toujours faire quelque chose. Il vit sur la réputation de ses œuvres à venir, œuvres prédites par certains oracles. Il est du reste de naissance divine, ce qui explique le prestige incroyable dont il jouit. En réalité, c’est un incurable paresseux et un piètre mari, qui n’a pas même l’énergie nécessaire pour fournir à sa femme un strict minimum d'épanchements conjugaux. |
Un seul individu, Augias, se refuse à le prendre au sérieux, le bafoue, l’outrage, le frappe, lui prend sa femme, accomplit à sa place une foule d’actes de valeur, après quoi c'est Hercule qui en recueille tous les bénéfices, tout l’honneur, et qui voit revenir à lui, repentante, la femme qui l’avait abandonné.
Sur ce thème, les auteurs ont brodé les variations les plus joyeuses. Au lever du rideau, des courtisanes de Tyr répètent une cantate en l’honneur d’Hercule, le héros national. Assiste à ce travail le poète Orphée, qui est encore célibataire, mais qu’il est question de - marier à une certaine Eurydice. Il ne se résout pas
volontiers à cet hymen, toute la fortune de la future étant en viager! Et, en attendant, il est amoureux d'Omphale, la femme d’Hercule, qui succomberait bien volontiers, car elle est au régime! mais le malheureux est complètement dépourvu du sens de l’à propos et rate toutes les occasions favorables. Est. aussi là une amazone, Erichtona, sorte de suffragette qui fait du reportage.
Survient Hercule, qui est perpétuellement à l’entraîinement, un entrainement sans objet bien défini. Erichtona lui prend une interview. On présente au héros une liste de candidats au cercle dont il est l'ornement. Îl fait rayer le nom d’Augias, un homme
connu et estimé cependant, possesseur d’une belle écurie de courses.
Augias, averti, prend très mal la chose. [Il manifeste l'intention de faire du scandale. Tout le monde est
terrorisé et essaie de le dissuader de son projet : s’atta-
quer à Hercule! Il faut être privé de raison pour songer à pareille énormité. Mais Augias ne se laisse pas intimider. [l provoque le demi-dieu et finit par le gifier. Chacun s'attend à le voir pulvériser, mais, à la surprise générale, il ne se produit rien. Hercule trouve des raisons pour ne pas répondre à l’outrage et Augias finit par avoir le vilain rôle. Il ne s’en émeut pas et, se trouvant seul avec Omphale, à qui personne n'ose faire la cour par respect pour son mari, il l’attaque de face sans sourciller, ce qui n’est pas sans la flatter. Hercule survient comme Augias est en train d'embrasser sa femme. Il refuse encore de réagir, et cela nuit momentanément à son prestige. Pour le relever, il lui faut au moins promettre quelque chose, et, à son corps défendant, il annonce qu'avant le lendemain soir il aura accompli une prouesse énorme. Tyr vit dans une fièvre d'attente.
Le second acte se passe dans le jardin d'Hercule. Chacun est aux aguets. Que va faire le héros? Pour le moment, il ne fait que dormir et manger, comme d'habitude, et le soir approche. Orphée vient voir Omphale et se risque à une demi-déclaration. Il ne sait pas aller jusqu’au bout. Augias lui succède et n'y va pas par quatre chemins : il propose à Omphale de l'enlever. Voilà qui est parler! Quand il est sorti pour aller achever les préparatifs de la fuite, Orphée revient. Cette fois, il risque la déclaration entière, mais la place n’est plus vacante et Omphale l'envoie promener. Désespéré, il va chercher une mort glorieuse : il se fera dévorer par les animaux de la ménagerie du temple de Diane, en face. Il y a même une hydre, dans cette ménagerie !
Soudain un bruit se répand qui sème la terreur : les fauves de la ménagerie sont en liberté! C'est Orphée, qui a bien eu le courage de leur ouvrir la porte, mais qui ensuite s’est enfui, sans la refermer.
: “ Atos CLAUDE TERRASSE
Mae
Hercule peut seul sauver la situation; on le supp
d’aller à la rencontre des animaux. Au lieu de cela, . il va se coucher. Mais c’est précisément l’heure choisie par Augias pour enlever Omphale. Il revêt la peau de
lion du héros, s’arme de sa massue et sort. Et bientôt on apprend qu'un personnage surhumain a fait des
bêtes féroces un horrible carnage. A son costume, à la”
présence d'Omphale à ses côtés, chacun a reconnu ou cru reconnaître Hercule. Quand celui-ci paraît, tous le félicitent et il laisse faire. Il n’y a que le départ d'Omphale qui jette une ombre sur le tableau. Mais le demi-dieu a tenu sa promesse : avant le coucher du soleil il a accompli non pas un, mais une demi-douzaine de prodiges. Il lui faut maintenant soutenir sa réputation, et 1l part, poussé par la voix publique, qui le croit en quête de nouvelles prouesses, en réalité à la poursuite de son épouse, dont on remarquerait bientôt l'absence, alors que sa présence au domicile conjugal est indispensable au maintien du prestige de son mari.
Pendant l’entracte, Augias, marchant d’élan, a accompli prodige sur prodige qui, grâce à son costume et à la présence d’'Omphale, sont tous mis au compte d'Hercule. I] arrive enfin près de la résidence du roi Lycius, dont les trente filles surveillent trente flammes, symbolisant leur virginité, et qui, selon un oracle, doivent être toutes déflorées le même jour par un héros unique, qui soufflera ainsi leurs lumignons. En réalité, ces vierges ne sont que des demi-vierges,
qui s'amusent aux bagatelles de la porte avec un.
nombrè égal de bergers. Les potins de cour signalent dans le voisinage un demi-dieu armé d’une massue,
vêtu d’une peau de lion et flanqué d’une femme ravis-
sante. [1 vient, aux dernières nouvelles, de conquérir
les fameuses pommes des Hespérides. Ce ne peut être qu'Hercule. Et le voici qui arrive, ivre de carnage. Naturellement, c'est Augias. Il est suivi d'Omphale, qui trouve queson amant exagère, qui aspire au repos, aux joies calmes de l’amour partagé, et qui commence à regretter son Hercule, dont le prestige rayonnait au moins sur elle et n’a fait que grandir depuis son
départ. Augias n’a pas été vu et se retire. À peu de distance, il est suivi par Hercule en personne, à qui l’on fait une réception triomphale, dont ne s’offusque point sa modestie. Lycius se dit que seul un pareil . : héros est capable d'accomplir l'oracle et il le prie de __ bien vouloir rendre à ses trente filles le service qu’elles attendent. Notez que la chose doit être achevée en une seule nuit. Hercule ne se sent aucun goût pour pareille performance. Subtilement, il s'arrange à l'exécuter par procuration : les trente bergers des trente donzelles lui rendront ce service le plus volontiers du monde, et les trente couples disparaissent pour l'épreuve, tandis que brüûülent en scène les trente flammes symboliques. Pendant ce qui suit, ces flammes s’éteignent, d'abord une à une, puis par groupes, jusqu’à la dernière. Au moment où s'éteint celle-ci, Hercule est en scène, et comme on s'étonne, il déclare . modestement : « Voilà comme je suis, moi!» Ce der- nier travail met le comble à la gloire du héros. Sa femme lui revient; décidément, Augias est très fati- gant! | | Une mauvaise nouvelle arrive de Tyr : une spéculation d'Hercule sur les colonnes qui portent son nom a fait fiasco, et il se trouve débiteur d’une somme considérable. On vient pour l'arrêter, quand surgit Augias, outré de ce qu'on usurpe sa gloire, et qui déclare publiquement que c’est lui qui a tout fait... On comprend qu’il s’agit des opérations finan- . cières délictueuses, et on l’arrête en dépit de ses pro- testations. Seulement, l'intérêt d’Hercule lui conseille d’être généreux, à cause de la fugue d'Omphale. Il . fait payer les dettes d’Augias par Lycius et tout s’ar- range. Hypnotisé par un prestige aussi indestructible, Augias finit par faire comme tout le monde, par crier n «Vive Hercule !» avec les autres. Il devient un familier de la maison, et Hercule, en terminant, lui dit avec conviction : «Le soir, à la veillée, je te racon- terai mes travaux... » |
Ambroise Thomas.
Ambroise Thomas est né à Metz le 5 août 811 et mort à.
Paris le 12 février 1806. L'auteur de Mignon a dirigé pendant de longues années le Conservatoire de Paris. De ses ouvrages pour le théâtre, un petit nombre ont seuls survécu. Aucun n’a approché de la vogue de Mignon, pièce qui a battu tous les records de l’Opéra-Comique.
Mignon.
Opéra-comique en trois actes et cinq tableaux, paroles de Michel Carré et Jules Barbier, musique d’Ambroise Thomas.
Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre de l’Opéra-Comique, le 17 novembre 1866.
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Wilhelm Meister; Lothario; Laërte ; Frédérick; Mignon ; Philine. ,
Le premier et le deuxième actes se passent en Allemagne, le troisième en Italie, sur les bords du lac de Garde, vers 1700.
Mignon est la fille d’un seigneur italien, volée en bas âge par des tziganes et exhibée par eux comme danseuse sur les places publiques. Elle n’a plus de son enfance que des souvenirs confus. Depuis le rapt, le père de Mignon (dont le vrai nom est Sperata) est devenu fou et erre par les villes en chantant sous le nom de Lothario. Wilhelm Meister est un jeune Allemand relativement fortuné, poète à ses heures, qui court le monde en quête de sensations et d'aventures.
Au premier acte, nous sommes dans une ville d’AIlemagne où vont se rencontrer la troupe de tziganes dont Mignon fait partie, Wilhelm Meister et une compagnie de comédiens en détresse, dont font partie
Philine et Laërte. Les tziganes donnent une repré-
sentation en. présence des comédiens, et leur chef Jarno ordonne à Mignon de danser. Dans un mouvement de fierté l’enfant s’y refuse et Jarno lève la main sur elle quand survient Wilhelm Meister qui l’en empêche. Le vieux Lothario, témoin de la scène, témoigne une paternelle sympathie à la pauvre fille.
Philine est une coquette qui est courtisée par un
gamin du nom de Frédérick, neveu du baron de
ee AMBROISE THOMAS | 479
Rosenberg, un grand seigneur du voisinage. Elle se ferait volontiers aimer de Wilhelm Meister, histoire d'éprouver sa puissance, et elle est à deux doigts d’y réussir, en dépit des avertissements que prodigue au pauvre poète le comédien Laërte.
Mignon se prend pour son protecteur d’une reconnaissance sans bornes, qui est en réalité — mais elle ne s'en rend pas compte — de l’amour. Wilhelm n’éprouve pour elle au début qu’une tendre sympathie, qui se changera peu à peu en un sentiment plus tendre. Pour soustraire l’enfant aux brutalités de Jarno, il paie sa rançon et voudrait la confier à une parente ; mais Mignon le supplie de l’emmener en qualité de page, sous un costume de garçon. Il finit par y consentir.
A la fin de l’acte, grande nouvelle pour les comédiens : le baron de Rosenberg les invite à donner quelques représentations à sa résidence. Philine demande à Wilhelm de l'accompagner. Elle sera suivie également par Frédérick, et Mignon suivra son maitre. Quant à Lothario, il suivra Mignon, d’instinct, si bien que tous les personnages se trouvent réunis au second acte chez le baron de Rosenberg.
Philine continue son jeu dangereux auprès de Wilhelm sans s’apercevoir de la jalousie qui dévore la pauvre Mignon. À vrai dire Wilhelm ne s’en aperçoit pas davantage. Frédérick, affolé par la coquetterie de Phiïline, provoque Wilhelm en duel, mais le combat est empêché par Mignon, que le bruit force à sortir du cabinet de toilette de Philine, où elle avait cédé à la tentation de revêtir une robe de la comédienne. Philine comprend alors qu’elle a une rivale et demande à Wilhelm de renvoyer la jeune fille. Mignon est au désespoir.
Le décor change et représente le parc devant la serre du château où a lieu une représentation du Songe d'une nuit d'été. Mignon est là dans l’ombre, torturée
ar la jalousie et commençant à connaître la haine.
Ile rencontre Lothario, le pauvre fou, et devant lui appelle le feu du ciel sur le théâtre où l’on applaudit Philine. Lothario retient cette imprécation et sans
mot dire va incendier la serre, pendant que sp teurs et acteurs en sortent, la représentation termin: Lothario vient annoncer à Mignon qu'il a exaucé sa prière. Affolée à l’idée de ce qu’elle a fait, la malheureuse se précipite dans le bâtiment embrasé. Mais Wilhelm l’a vue. Il court après elle et réussit, au péril de sa propre vie, à l’arracher à la mort. ir r Après ce drame, Wilhelm a fait transporter la pauvre Mignon, dont la santé est gravement ébranlée, dans un château vacant sur les bords du lac de Garde. Avec Lothario, il veiile tendrement sur les jours de la malade. Il croit avoir échappé à Philine, qui lui. est devenue indifférente. [Il connaît maintenant son propre cœur ; il sait aussi que Mignon l’aimie. Sans le savoir il a ramené la pauvre créature aux lieux qui l’ont vu naître. Ce milieu familier rappelle peu à peu Lothario à la raison ; Mignon, guérie, finit par se souvenir elle aussi. En vain Philine viendra-t-elle relancer Wilhelm jusque dans cette retraite, tout s’achèvera comme vous le pensez : en un dernier tableau qui représente les bords du lac de Garde, Wilhelm présentera Mignon, ou plutôt Sperata, à tous comme sa femme, Lothario sera reconnu comme le maître du lieu, marquis de Cypriani, et Philine, qui n'avait jamais vraiment aimé Wilhelm, souhaitera bonne chance aux amoureux et couronnera la flamme de Frédérick.
Hamlet.
Opéra en cinq actes, d’après Shakespeare, paroles de Michel Carré et Jules Barbier, musique d’Ambroise Thomas.
Représenté pour la première fois à Paris sur le théâtre impérial de l'Opéra, le 9 mars 1868. ;
PRINCIPAUX PERSONNAGES : Hamlet, prince de Danemark ; Claudius, roi de Danemark ; Gertrude, reine de Danemark et mère d’'Hamlet; l’ombre du feu roi; Polonius, grand chambellan ; Ophélie, sa fille.
La scène est à Elseneur à une époque ancienne mal déterminée.
Voyons l’ombre que devint l’Hamlet de Shakes-
, peare aux mains de MM. Barbier et Carré. ;
ur KA
Premier acte: Au palais d’Elseneur. La reine, mère - d’Hamilet, vient d’épouser en secondes noces son beau- frère. Tous ignorent que, après avoir été adultère avec son propre beau-frère, la reine épouse en ce jour
son complice, l'assassin du feu roi. Hamlet, pourtant, a seul deviné l’horrible vérité, et le drame, on le sent, se joue dans son âme irrésolue, tiraillée entre l'amour filial qui lui crie de faire justice, et la lâcheté natu-
relle, la pitié pour sa mère, qui retiennent son bras. Ophélie aime Hamlet et a pu se croire aimée de lui, mais depuis que de plus puissantes préoccupations l’obsédent, le prince néglige sa fiancée et lui marque de la froideur. Peut-être veut-il lui éviter de partager une destinée qu'il pressent tragique. Mais en cherchant à l’épargner, il la perdra plus sûrement encore. | Des courtisans apprennent à Hamlet qu’on a aperçu - le spectre de son père. Telleest la fiction imaginée par Shakespeare pour figurer l'instinct filial par lequel le jeune homme est averti du crime de son beau-père.
‘apparition du spectre remplit à elle seule le second tableau du premier acte, qui se passe sur une terrasse du château royal. Désormais, une voix impérieuse répétera sans cesse au malheureux fils: « Souvienstoi! Souviens-toi! »
Deuxième acte : les jardins du palais. La conduite d'Hamlet devient bizarre et énigmatique. Ophélie s’en alarme. Son fiancé la fuit. En vain la reine essaie de consoler la pauvre fille. Comment trouverait-elle les mots qui consolentr KElle-même est rongée par le remords et la peur. Elle a deviné qu'Hamlet sait! Pourtant, elle et le roi essaient de capter la confiance et les bonnes grâces de l'héritier. C'est alors qu'il simule la folie pour éviter de trahir ses véritables sentiments. [1 s’avise même d’un stratagème pour arracher l’aveu aux coupables : il fait donner devant eux une représentation de la Mort de Gonzague par des comé-
: diens qu'il a préalablement stylés.
Cette représentation remplit le deuxième tableau du second acte, dans une grande salle du palais, où une scène a été dressée. Hamlet et Ophélie sont assis aux pieds du roi et de la reine. Le spectacle improvisé
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reproduit le meurtre du roi par l’amant de la reine, et Hamlet commente la pantomime.
A ce spectacle, le roi pâlit et ordonne qu’on chasse les acteurs, tandis qu'Hamlet se dresse devant lui, plongeant jusqu’au fond de son âme. Désormais, ce ne sont plus des soupçons qui le hantent, il possède une certitude. Mais il continue à simuler la folie, car il n’est pas mûr pour l’acte vengeur.
Troisième acte : l'appartement de la reine. Hamlet est seul, lorsque arrive le roi. Il se dissimule derrière une tapisserie. L'heure est propice pour frapper. Le roi s’agenouille et prie : ce n’est pas ainsi qu'il doit mourir. Hamlet trouve cette excuse pour remettre à plus tard l’heure de la rétribution. Mais le roi a entendu du bruit et appelle à l’aide. Polonius accourt et Hamlet, glacé d'horreur, apprend que le père de sa fiancée a été complice du crime !
Pendant qu’il est encore tout vibrant de l’horrible découverte, surviennent la reine et Ophélie. C'est. alors que, au comble de l’exaltation, il rompt ses fiançailles et exhorte Ophélie à entrer au couvent. La malheureuse sort désespérée. |
Suit la dramatique scène entre la mère et le fils. Par ses sous-entendus et ses allusions, Hamlet se plaît à retourner le couteau au cœur de la coupable. Puis il parle clair et accuse sa mère de complicité dans l’assassinat. Comme il est sur le point de perdre tout contrôle sur lui-même, le spectre de son père lui apparaît de nouveau et lui enjoint d’épargner sa mère. Quand baisse la toile, la pauvre femme est plus qu'à demi folle de terreur.
Quatrième acte : au bord d’un lac. Fête champêtre. Passe Ophélie, privée de la raison. Vêtue de blanc,
couronnée de fleurs, elle se croit la femme d'Hamlet
et chante.
Cinquième acte : le cimetière d’Elseneur. L'acte débute par la célèbre scène des fossoyeurs. Hamlet passe ; il est en fuite et se cache, car son beau-père cherche à se défaire de lui, qui connaît son secret. Ophélie s’est noyée, et son frère Laërte, ex-ami d'’Hamilet, vient demander à celui-ci des comptes. Ils
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DU LOUIS VARNEY 483 croiser le fer quand ils sont interrompus par le ge funèbre de la malheureuse. Au désespoir, amlet voudrait s’ôter la vie : sans le vouloir, il accumule autour de lui le deuil et les ruines, cependant que les principaux coupables échappent encore . au châtiment. Mais le spectre de son père arrête son bras : il n’a pas le droit de mourir tant que justice n'est pas faite. L'heure des hésitations est passée: Hamlet frappe et étend son oncle mort à ses pieds. . Le crime est rendu public à l’heure même où il est vengé. La reine se retirera dans un cloître et Hamlet . montera sur le trône de son père.
Louis Varney.
…. Né à Paris en 1844, mort à Cauterets le 20 août 1008. … Auteur de 38 opérettes représentées pour la plupart à Paris.
Les mousquetaires au couvent.
Opéra-comique en trois actes, paroles de Paul Perrier et : Jules Prével, musique de Louis Varney.
—. Représenté pour la première fois à Paris, sur le théâtre . des Bouffes-Parisiens, le 16 mars 1880.
- PRINCIPAUX PERSONNAGES : Brissac et Gontran, mousque- … taires; Marie et Louise de Pontcourlay, filles du gouver- - neur de Touraine, pensionnaires du couvent des Ursulines; … l'abbé Bridaine ; Simonne, servante d’auberge ; le gouver- … neur de Touraine, comte de Pontcourlay.
- La scène se passe en Touraine, sous le règne de Louis XV.
- Le comte de Pontcourlay, gouverneur de Touraine, a ses deux filles, Marie et Louise, au couvent des …— Ursulines, à quelque distance de Vouvray. Marie est amoureuse d'un mousquetaire, et son amour est parmtagé. Cette amourette est née de curieuse façon : … l'abbé Bridaine, ami de la maison du comte et pré- …— cepteur de Gontran, a parlé en termes si chaleureux “de la jeune fille au jeune homme et vice-versa, qu'ils “ont fini par s’'éprendre l’un de l’autre, bien que s'étant vus à peine. | |
. Le comte, familier du cardinal, pour servir la politique de ce dernier, a décidé de faire prendre le voile
à ses deux filles, et pour leur faire connaître cette décision, 1l a songé à Bridaine. Mais Bridaine vie d'être mis par son élève Gontran dans la confidence de son amour et a accepté de faire tenir une lettre à. Marie. Le pauvre abbé se trouve dans {une situation difficile. Elle le deviendra bien davantage par la suite.
C'est à l’auberge de Pichard à Vouvray que se passe le premier acte. C’est là que Gontran et son ami. Brissac, deux fringants mousquetaires, obtiennent par intimidation la demi-complicité de l’abbé. C'est là qu'on fait connaissance avec la servante Simonne, qui, bien que figurée par la première chanteuse, ne joue dans l’action qu’un rôle assez effacé. C’est là enfin que le gouverneur, tout à la fin de l’acte, chargera Bridaine de sa délicate mission. |
Entre temps, il est arrivé à l’auberge deux moines, ou plutôt deux faux moines, dont l’habit cache deux conspirateurs désignés pour assassiner le cardinal dont on attend la venue. La présence de ces personnages inspire à Brissac et à Gontran une idée folle : ils dépouillent les moines de leurs robes et les font garder à vue par leurs hommes. Déguisés en capucins, ils devanceront Bridaine au couvent des Ursulines et pénétreront auprès de Marie, qu'ils espèrent enlever grâce à ce Stratagème.
En effet, au second acte, on annonce aux sœurs et. aux pensionnaires réunies dans une salle d’étude, l’arrivée. de deux révérends pères. La supérieure se félicite de cette visite et exhorte les pensionnaires à profiter de l’occasion pour une confession générale. Les jeunes filles obéissent et laissées seules pour leur examen de conscience, elles mettent par écrit une confession originale rédigée par Marie, où l’on peut lire... « Quand je prie, ma lèvre murmure : Marie, mon cœur : Gontran!» Les billets sont cachés dans les pupitres à l’arrivée de la supérieure. |
Brissac et Gontran sont introduits. Ils font assez curieuse figure de moines et lâchent à tout moment des mots malencontreux. Heureusement que l’inno-. cence des religieuses est sans bornes! Gontran se fait reconnaître de Marie, et Brissac est vivement impres-.