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Las 1 pauvre France, hélas ! comme une opinion Diverse a corrompu ta^première union!
Elegii sur le Tumulte S Amboise.
Mais Ronsard vient de parler des abus dont soufTre l'Eglise ; il ne se contentera pas de les avouer d'un mot, voyez avec quelle force il les stigmatise et les dénonce :
Il ne faut s'étonner, chrétiens, si la nacelle
Du bon pasteur Saint Pierre en ce monde chancelle,
Puisque les ignorants, les enfants de quinze ans.
Je ne sais quels muguets, je ne sais quels plaisants
Tiennent le gouvernail, et que les bénéfices
Se vendent par argent ainsi que les offices.
Mais que dirait Saint Paul, s'il revenait ici.
De nos jeunes prélats, qui n'ont point de souci
De leur pauvre troupeau dont ils prennent la laine
Et quelquefois le cuir, qui tous vivent sans peine,
Sans prêcher, sans prier, sans bon exemple d'eux,
Parfumés, découpés, courtisans, amoureux,
Veneurs ou fauconniers, et avec la paillarde
Perdent le bien de Dieu dont ils n'ont que la garde ?
Que dirait-il de voir l'Église à Jésus-Christ,
Qui fut jadis fondée en simplesse d'esprit,
En toute patience, en toute obéissance.
Sans argent, sans crédit, sans force, sans puissance.
Pauvre, nue, exilée, ayant jusques aux os
Les coups de fouet sanglants imprimés sur le dos ;
Et la voir aujourd'hui riche, grasse et hautaine,
Toute pleine d'écus, de rente et de domaine,
Ses ministres enflés, et ses Papes encor
Pompeusement vêtus de soie et de drap d'or?...
Plus tard, dans l'autre camp, d'Aubigné n'aura pas plus de virulence quand il comparera Sion et Babel, quand il opposera le catholicisme corrompu à la primitive Église dont il croit voir la résurrection dans l'Église protestante et persécutée. Mais, plus fanatique, il ne se contentera pas, comme Ronsard, de redouter la foudre pour l'Église dégénérée, il l'appellera sur elle, dans la frénésie de son exaltation religieuse.
Ronsard n'est pas exalté à ce point. Si, quelquefois, nous le surprenons préconisant la force pour étouffer le
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parti qu'il croit contraire à l'unité Française, nous voyons en même temps qu'il y est poussé par une raison politique, et non pas mû par la passion religieuse, dont on ne retrouve chez lui aucune trace. C'est la paix seule qu'il veut imposer ainsi ; le grand reproche qu'il fait aux réformés, c'est de vouloir, par la force, imposer la foi ellemême, c'est de prêcher en France
...une Evangile armée Un Christ empistolé tout noirci de fumée, Portant un motion en tête et, dans la main, Un large coutelas rouge de sang humain.
Et il oppose à leur violence la douceur de ceux dont ils se réclament:
Jésus que seulement vous confessez ici
De bouche et non de cœur, ne faisait pas ainsi ;
Et Saint Paul en prêchant n'avait pour toutes armes
Sinon l'humilité, les jeûnes et les larmes ;
Et le pères martyrs, aux plus rudes saisons
Des tyrans, ne s'armaient sinon que d'oraisons ;
Bien qu'un ange du ciel, à leur moindre prière,
En soufflant eût rué les tyrans en arrière.
(^Continuation du Discours des Misères de ce Temps, 15 64).
Il oublie seulement que, des deux parts, la violence a été égale, que les crimes ont été pareils; et il ne peut prévoir qu'à ses paroles de douceur et de concorde, c'est, quelques années plus tard, la cloche de la Saint-Barthélémy qui répondra. N'importe I plus les haines s'enveniment, plus son grand cœur s'épanche en appels d'amour et de paix. A Catherine de Médicis, il écrit, dans le Bocage Royal (\ ^6-]):
Assez et trop ce royaume puissant
A vu son sceptre en son sang rougissant,
Et vos cités l'une à l'autre combattre...
Et il évoque devant elle, pour l'inciter à la conclure, une paix qu'un instant il suppose faite et dont il déroule à ses yeux le tableau chimérique :
Morts sont ces mots : papaux et huguenots ; Le prêtre vit en tranquille repos.
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Le vieux soldat se tient à son ménage, L'artisan chante en faisant son ouvrage, Les marchés sont fréquentés des marchands, Les laboureurs sans peur sèment les champs...
Et la même année, au cinquième livre de ses Odes, hanté par cette même idée de pacification religieuse et de tolérance, il dit à son ami M. de Verdun :
Ne romps ton tranquille repos Pour papaux ni pour huguenots, Ni ami d'eux, ni adversaire, Croyant que Dieu, père très-doux, Qui n'est partial comme nous, Sait ce qui nous est nécessaire.
Paroles et leçon surprenantes, quand on songe à leur date. N'allons pas en conclure que Ronsard soit, au fond, un sceptique: non, il est un croyant sincère, que le spectacle des divisions dogmatiques de la Réforme et, couvenons-en, sa parfaite incuriosité d'esprit en matière religieuse, retiennent dans la foi traditionnelle, dans l'obéissance à l'autorité catholique. Ajoutons que son tempérament d'homme et d'artiste, que sa sensualité délicate mais profonde, ne l'inclinent point vers le culte, sévère et comme dépouillé, des nouveaux-venus, ni vers une austérité de mœurs qu'ils prêchent, non sans raison, certes, mais d'une âme un peu rigoureuse et d'une bouche un peu morose. Aussi, — et voilà bien l'un des passages les plus curieu.x de ses Discours — nous confesse-t'il que, s'il abandonnait le catholicisme, ce ne serait point pour se faire protestant, mais païen. Si les chrétiens, dit-il, continuent à vivre ainsi en discorde,
Si la Religion, et si la foi chrétienne Apporte de tels fruits, j'aime mieux la quitter Et, banni, m'en aller les Indes habiter. Sous le pôle antarctique où les sauvages vivent Et la loi de nature heureusement ensuivent.
Et, avec autant de magnificence, qu'il a paraphrasé tout à l'heure le Symbole d'Athanase, il s'écrie :
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La nuit, j'adorerais les rayons de la lune, Au matin le soleil, la lumière commune, L'œil du monde ; et si Dieu au chef porte les yeux, Les rayons du soleil sont ses yeux radieux. Oui donnent vie à tous, nous conservent et gardent, Et les faits des humains en ce monde regardent. Je dis ce grand soleil, qui nous fait les saisons Selon qu'il entre ou sort de ses douze maisons, Qui remplit l'univers de ses vertus connues, Qui d'un trait de ses yeux nous dissipe les nues, L'esprit, l'âme du monde, ardent et flamboyant. En la course d'un jour tout le ciel tournoyant. Plein d'immense grandeur, rond, vagabond et ferme, Lequel tient dessous lui tout le monde pour terme. En repos, sans repos, oisif et sans séjour. Fils âiné de nature et le père du jour.
J'adorerais Cérès qui les blés nous apporte, Et Bacchus qui le cœur des hommes réconforte, Neptune, le séjour des vents et des vaisseaux, Les Faunes et les Pans, et les Nymphes des eaux, Et la terre, hôpital de toute créature. Et ces Dieux que l'on feint ministres de Nature.
(Remcnirance au Peuple de France.^
Dépassant la mythologie, il atteint au naturalisme. Et je crois entendre le Satyre de la Légende des Siècles, celui qui personnifie, pour Victor Hugo, l'esprit de la Renaissance :
Place au rayonnement de l'âme universelle !... Place à Tout ! Je Suis Pan ; Jupiter, à genoux I
Ronsard, en réalité, a deux religions: le Catholicisme, dans le domaine de la foi, qu'il ferme strictement à tout examen ; et le naturalisme, dans le domaine de l'imagination, qu'il ouvre largement à tous les rêves. Et c'est par cette dualité, traduite à chaque instant dans ses poèmes, où l'âme chrétienne et l'âme païenne se fondent avec liarmonie, — comme, dans les monuments contemporains, l'ogive se combine avec le plein cintre, et les ornements gothiques avec les quatre ordres de Vitruve, — c'est par là que Ronsard est, en France, le poète le plus représentatif de son siècle.
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Autant que dans son oeuvre, il nous apparaîtra comme tel dans sa vie, que ses détracteurs de Genève lui ont donné l'heureuse occasion de nous retracer. Avec quelle hauteur il pourrait, s'il le voulait, leur renvoyer leurs accusations ! Jugez-en par ces vers superbes :
Ah I qui voudrait de près informer de ta vie, On verrait que l'honneur, l'ambition, l'envie, L'orgueil, la cruauté se paissent de ton cœur Et boivent de ton sang, — comme l'aigle vainqueur Dont l'immortelle faim, par nulle chair domptée, Se paît incessamment du cœur de Prométhée !
Mais il aime mieux — et de quelle délicieuse manière! — • nous dire l'emploi de ses heures, nous introduire, dans la noble et charmante familiarité de son existence quotidienne :
M'éveillant au matin, devant que faire rien, J'invoque l'Éternel, le père de tout bien. Le priant humblement de me donner sa grâce Et que le jour naissant sans l'offenser se passe ; Qu'il chasse toute secte et toute erreur de moi. Qu'il me veuille garder en ma première foi. Sans entreprendre rien qui blesse ma province, Très humble observateur des lois et de mon Prince.
Après, je sors du lit, et, quand je suis vêtu. Je me range à l'étude et apprends la vertu. Composant et lisant, suivant ma destinée Qui s'est dès mon enfance aux Muses enclinée. Quatre ou cinq heures seul je me tiens enfermé ; Puis, sentant mon esprit de trop lire assommé, J'abandonne le livre et m'en vais à l'église. Au retour, pour plaisir, une heure je devise ; De là je viens dîner, faisant sobre repas. Je rend grâces à Dieu ; au reste, je m'ébats. Car, si l'après-dînée est plaisante et sereine. Je m'en vais promener, tantôt parmi la plaine, Tantôt en un village, et tantôt en un bois, Et tantôt par les lieux solitaires et cois. J'aime fort les jardins qui sentent le sauvage ; J'aime le flot de l'eau qui gazouille au rivage.
Là, devisant sur l'herbe avec un mien ami,