JEAN BERTAUT
Dont la longue demeure Prolonge dessus moi l'insolence du Sort.
Mon lit est de mes larmes Trempé toutes les nuits ; Et ne peuvent ses charmes, Lors même que je dors, endormir mes ennuis.
Si je fais quelque songe J'en suis épouvanté Car même son mensonge Exprime de mes maux la triste vérité.
La pitié, la justice, La constance et la foi, Cédant à l'artifice.
Dedans les cœurs humains sont éteintes pour moi.
L'ingratitude paie Ma fidèle amitié ; La calomnie essaie A rendre mes tourments indignes de pitié.
En ce cruel orage On me laisse périr, Et, courant au naufrage.
Je vois chacun me plaindre et nul me secourir.
Et ce qui rend plus dure La misère où je vis ; C'est, es maux que j'endure, La mémoire des biens que le ciel m'a ravis.
Félicité passée Qui ne peux revenir.
Tourment de ma pensée.
Que n'ai-je en te perdant perdu le souvenir !
L'ECOLE DE RONSARD
Sonnet
IL est temps, ma belle âme, il est temps qu'on finisse Le mal dont vos beaux yeux m'ont quatre ans tourmenté, Soit rendant mon désir doucement contenté, Soit faisant de ma vie un cruel sacrifice.
Vous tenez en vos mains ma grâce et mon supplice.
Jugez lequel des deux mon cœur a mérité :
Car ma fidèle amour ou ma témérité
Veut qu'on me récompense ou bien qu'on me punisse.
Mais si vous ne portez un cœur de diamant. Vous ne punirez point un misérable amant De vous avoir été si longuement fidèle ;
Vu même que son mal doit vous être imputé :
Car enfin, puis qu'Amour est fils de la Beauté,
Si c'est péché qu'aimer, c'est malheur qu'être belle.