‹ Les chefs dʹécoleChapitre 27 sur 74 · L*£RR£UR D£ SYSTÈME · texte numérisé non relu

L*£RR£UR D£ SYSTÈME

raison, refusent à Tart le droit d'imiter la nature pour ne le laisser libre que de Tinterpréter, ce sont ceux-là — contradiction singulière et trop peu remarquée — qui le confinent dans les liens étroits de l'imitation eu face des œuvres que le génie antique et le génie italien nous ont léguées, et d'après lesquelles ils ont fondé une certaine règle qu'on appelle la tradition, mx certain code qu'ils nomment le respect de la tradition. Faut-il démontrer où est Terreur ? Cet ensemble de lois esthétiques que trouve le génie, et qui correspond aux besoins, aux sentiments, aux aspirations d'une époque ou d'un peuple dont, avant tout, il est l'expression rigoureuse, ils ont cru pouvoir l'impo» ser à tous les peuples , à toutes les époques , limitant ainsi ce que Dieua laissé sans limites, — lesressources infinies de Thumanité. Entraînés par la force des choses, au moment même où le flot les déborde, ils ferment les yeux et, volontairement aveugles, ils nient. Ils ont vu une certaine médaille, d'une valeur esthétique incontestable, frappée à un certain coin ; à ce coin, ils veulent frapper toutes les monnaies. S'il fallait chercher des exemples, en citer, on rappellerait qu'ils ont nié l'art chrétien au profit exclusif de l'art grec, et qu'ils saluent l'art chrétien aujourd'hui qu'il se meurt, semblables en cela d'ailleurs à ces principicules allemands qui refusent de reconnaître les gouvernements qu'il plaît à la France de se donner, ou qui ne les reconnaissent que la veille et quelquefois le lendemain de leur chute. Le reproche

sérieuxqu'on doit leur adresser, c'est d'avoir tentéd'immobiliser, etsouvent, par une fausse impulsion ,d'avoir fait rétrograder le mouvement d'élan vers Tavenir parti précisément de la tradition. En un mot, ne comprenant pas l'esprit, ils n'ont affirmé que la lettre.

Mais quel est au juste Tesprit de la tradition, et comment le définir?

L'humanité, dans sa nuit, a ses colonnes et ses phares qui la soutiennent et en même temps Téclairent. Nous les décorons de noms humains et, dans l'ordre qui nous occupe, nous les nommons Phidias, Vinci, Michel-Ange, Rembrandt. Les âmes étroites, stériles ou esclaves, attirées par leur éclat, se bornent à les considérer dans le jeu et Tentre-croisement de leurs rayons, qu'elles s'épuisent à reproduire strictement, pour n'arriver en dernier résultat qu a une mesquine parodie , présentée pour une imitation équivalente. Elles pensent avoir trouvé le beau pour lavoir reflété dans un miroir défectueux. Les âmes, au contraire, plus élevées et plus larges, au risque d'y brûler leurs ailes, vont droit au foyer central ; ce qu'elles recherchent, ce n'est pa^'s le caprice du rayonnement, c'est le rayon lui-même. Ce rayon les pénétrera peut-être avec une intensité douloureuse, mais, sublime revanche, il allumera en elles une flamme susceptible de grandir et de devenir à son tour le centre d'un nouveau foyer. . Celles-là n'ont vu que la lettre de la tradition, celles-ci en ont vu l'esprit.

David aussi obéissait à une tradition renaissante

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