LES CONTEMPORAINS DE DEC AM PS. — CONCLUSION
Le goût français. — Les folies de la surenchère. — La critique et Decamps.— Decamps et le public. — Decamps et ses successeurs. — Son action sur l'école française : Marilhat, M. Eugène Fromentin. — Diverses interprétations de l'Orient. — Erreur de Decamps. — Le tableau à effet. — Décampa n'a pas de maître. — Sa place est non loin de Chardin et de Watteau. — Conclusion.
Nous sommes habitués eu France à nous considérer conune les arbitres infaillibles du goût. Si par le goût nous devons entendre une certaine science instinctive et vraiment nationale de l'accord et du contraste habile dans les choses naturelles ou purement matérielles qu'il est permis à l'homme d*opposer ou d'assembler, certainement nous possédons le goût à un degré très- remarquable. Mais cette science, toute d'instinct, je le répète, est de celles qui ne s*apprennent pas, qui n'ont pas de lois déterminées. Aussi n'est-il pas étonnant que ce goût se trouve
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souvent en défaut, qu'il balbutie, qu'il se trompe même assez grossièrement lorsqu^il veut s'appliquer à un art, comme la peinture, dont les lois très-précises, .au contraire, n'ont de jeu que dans une mesure fort restreinte. En peinture, et cela tient à l'essence même de notre caractère, plus large, plus superficiel que profond, nous admirons sur la foi d'autrui, par orgueil, par respect humain, les œuvres des grands maîtres , mais noUs n'aimons réellement que les œuvres claires et facilement interprétables. Notre lôgèrerd, notre ôloigoement de l'étude nous détournent de ce qui est grandement conçu, grandement rendu, de tout ce qui est grand, en général, et fortement pensé, de tout ce qui exigerait un effort soutenu, une tension réfléchie de toutes les facultés pour nous devenir intelligible. Kous passons devant les conceptions élevées avec de fiuva égards, comme un athée qui se respecte devant le tabernacle dans une église, mais, cela fait, nous nous hâtons de courir à l'objet marqué de nos préférences, à la compositioD limpide, agréable et lançant le trait, fût-elle même banale et mesquine. A la grandeur nous préférons l'esprit.
C'est ce qui explique — et à plus forte raison, puisqu'il n'avait aucime banalité — l'engouement de la France pour le talent de Decamps. Cet engouement grandit vite, s'éleva jusqu'à la passion, et quelle passion est exempte de folies? Celle-ci se traduisit par ce qu'un homme de goût, — faisant allusion au prix