‹ Les chefs dʹécoleChapitre 47 sur 74 · SES CONTEMPORAINS. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

SES CONTEMPORAINS. — CONCLUSION

excessif, selon lui, qu'atteignent les moindres productions de Deçamps dans les ventes, — a nommé « les folies de la surenchère. » J'avoue que je ne partage pas le léger sentiment de blâme qui se cache sous cette expression, et je crois avec les anciens que les productions de la pensée, que ce qui est création pure, ne peut-être tarifé et ne saurait avoir de valeur vénate; je n'admets pas que ce qui est fait avec ce qu'il y a de plus immatériel dans l'homme puisse être estimé matériellement trop haut. La Grèce payait 500,000 francs un tableau d'Apelles, au poids de Tor une statue de Phidias ; la générosité ou la folie des Grecs dépassait donc de beaucoup la folie ou la générosité moderne, qui me parait bien mesquine à côté de la leur. Si Ton m'opposait que les anciens payaient ainsi des chefs-d'œuvre, il serait facile de répondre qu'ils payaient avant tout leurs jouissanced intellectuelles et que nous ne faisons pas autre chose. On a passionnément aimé Decamps, sa facture originale, ses procédés infiniment variés, trop souvent anormaux, et c'en est assez pour légitimer toutes les « folies de la surenchère. »

La critique elle-même se fit la complice de Tartiste. Le public était habitué à la peinture lisse, propre, des élèves de David. Il avait bien été quelque peu dérouté par Géricault et par M. Eugène Delacroix; mais lorsqu'il ne fuyait pas avec horreur devant le Naufrage delà Méduse ou la Barque de Dante^ il se bornait à leur accorder une approbation sil^icieuse

2'S'ii DECAMPS.

pleine de réserves. Tout à coup un peintre se présente dont la tournure originale le surprend. Essentiellement routinier, il hésite à lui donner ses lettres de naturalisation ; mais la critique arrive pleine de conviction, intarissable en éloges, elle commente les œuvres de c»it artiste, sur tous les modes applaudit aux découvertes du procédé, elle initie le public, plein do bienveillance, à tous les termes d*atelier, lui explique ce que c*est que les sauces, les empâtements, les tons de bitume, la patine artificielle, et, par un renversement subite Decamps est adopté comme par enchantement, noxi plus en raison de ses qualités réelles, mais pour ses qualités factices et déplorables, toutes de métier et de patience, nullement de science.

Nous pouvons nous rendre cette justice que si nous sommes longtemps à admettre une innovation quelle qu'elle soit, rien n'égale non plus, lorsqu'une fois nous l'avons admise, notre obstination à la défendre et à la garder, alors même que nous la comprenons à contre-sens. Decamps n'était entré dans cette voie fâcheuse que pour suppléer aux lacunes profondes de son éducation. Encouragé par la critique et, pour ainsi dire, contraint par lo public, il ne tenta que fort tard d'en sortir, et ce fut en vain. Pour s'en convaincre, il suffit de voir la plupart des tableaux qu'il fit à Tépoque de sa plus grande ferveur pour M. Ingres : lés ciels et les premiers plans sont peints dans ce procédé systématique qui leur donne l'épaisseur et la

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