‹ Les chefs écossaisChapitre 11 sur 23 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

j jES femmes , et les hommes à qui l'âge ne permettait pas de prendre part à cette périlleuse entreprise, se réunirent en foule auprès d'Halbert, pour apprendre de lui les circonstances de cet horrible événement. Son récit fit répandre bien des larmes .• aucun de ses auditeurs n'était indifférent; tous avaient eu part aux bienfaits de Marie. Sa charité les avait soulagés dans leurs maladies; sa voix les avait consolés dans leurs chagrins; elle avait soutenu la tête du mourant , et placé le crucifix sous ses yeux. Les uns étaient revenus à la santé pour la bénir; d'autres avaient été raconter ses vertus dans le ciel,

« Ah ! elle nVst plus ! » disait une jeune femme tenant un enfant sur son sein, et pleurant. « La meilleure dame qui fut sous le ciel est à présent froide dans le tombeau. C'est elle qui m'a donné ce toit sous lequel cet enfant est né! c'est elle qui , lorsque les Southrons massacrèrent mon père, et nous chassèrent de notre maison dans Ayrshire, donna à ma vieille mère , et à mon mari

blessé , ces cabanes près de la rivière. Il peut biea me quitter à présent pour aller venger la mort de notre bienfaitrice. »

Il était déjà avant dans la nuit; Halbert, invité par la jeune femme, alla se reposer sur le lit de bruyère de son mari , alors absent avec Wallace. Les paysans se retirèrent dans leurs cabanes, tandis qu'elle et d'autres femmes, que rinquiétude tenait éveillées, s'assirent dehors, comptant les lieurcs qui s'écoulaient lentement.

Les objets de leurs ferventes prières , Wallace et sa petite armée, poursuivaient rapidement leur chemin. Il était minuit; tout était en silence quand ils traversèrent la vallée, et arrivèrent à la chaîne de rochers qui dominaient les murs dEilerslie. Wallace devait en côtoyer les sommeis. Au-dessous était la tombe de Marie! Il se porta en avant, pour jeter un coup-d'œil sur le lieu qui contenait ces restes chéris. Comme il montait Téniinence intermédiaire , un soldat , revêtu de l'armuro anglaise, traversa le sentier, et fut saisi par ses gens. Une hache était levée , et allait lui abattre la tête : Wallace détourna Parme en criant: « Arrêtez! Ecossais, vous n'êteâ pas un Southron, pour frapper celui qui est sans défense : cet homme n'a point d'épée... «

Le trait contre leurs ennemis que coni<»nait cette réflexion, fit approuver par cp^ Um-

pétuoux Ecossais la clémence de leur chef. Le jnallieureux, qui attendait la mort, reconnut avec joie la voix de Wallace. Il tomba à genoux, en disant: « C'est sûrement mon maître! c'est sir William Wallace qui m'a sauvé la tie une seconde fois î »

«' Qui étes-vous ? >i dit Wallace; « cet habit ne peut couvrir un de mes amis. »

— « Je suis votre serviteur Dugald, celui que votre bras a déjà préservé de la hache d'Arthur Heselrigge. »

— « Je ne puis vous demander à présent comment vous êtes revêtu de cet habillement; mais si vous êtes toujours fidèle , quittez-le, et suivez-moi. »

«— « Non pas à Ellerslie , milord ! 11 a été aujourd'hui pillé et bridé par ordre du gouverneur de Lanerk. »

ce Ainsi, » se dit Wallace, en frappant sa poitrine, « ce qui restait de ma chère Marie est pour jciinais ïavi à mes yeux l Monstre insatiable !

« Trop long-temps il vit^ pour être le fléau de la contrée , « s'écria le vétéran de Largs : « en avant, milord, par compassion pour lliumanité ! «

Wallace avait aiteint la pointe d'où l'on découvrait Ellerslie -. son heureuse demeure avait disparu, et n'était plus qu'un monceau de cendres fumantes, XI se Ixàta d'en dé-

tourner la vue; et dirigeant la poiute de son épée du côté de Lanerk, avec un mouveuieut expressif, il répéta, d'une voix de tonnerre, « en avant! » w

Avec le rapidité de l'éclair, sa petite armée arriva aux fossés de Lanerk. Wallace eut bientôt franchi cette faible barrière, et fondit, avec sa troupe et le terrible mot de guerre , sur la garde qui occupait la porte nord de la forteresse.

Là dormait le gouverneur. Cette petite garde tomba bientôt sous les coups des Ecossais. Wallace volavers lintérieur, animé dune double vengeance. On se battait derrière lui , «ar les soldats de la garnison, éveillés par les cris de ses gens, accouraient demi-nus. Il avait atteint la porte du gouverneur. La sentinel le s'enfuit à l'aspect de ce terrible guerrier. Le feu sortait des yeux de Wallace, et répandait sur sou visage une effrayante splenr deur. D'un coup de pied, il lit sauter la porte de ses gonds ,et se précipita dans la chambre.

Quelle vue pour Fleselrig^e, se réveillant eu sursaut! Le mari dune femme sans défense, qu'il avait assassinée, paraissait, portant 1q décret de la suprême justice, et le liras Icyé sur lui. En poussant un cri de désespoir , ^t demandant grâce, sans espérer de l'obtenir, il retomba sur son lit, et se fît lui inutile boitclier de ses cou ver tuv'. s. /

u Marie! Marie! » dit Wallace, en plongeant l'épée, encore teinte de son sang, dans le cœur du meurtrier. Un hurlement sembiuble à celui des démons , lui dit que son œuvre était accomplie; il s'écria : « La vengeance est satisfaite; ainsi, ô Dieu! je la rejette pour toujours de mon cœur ! » Il rompit i'épée, en jeta les morceaux, et de sa main il écarta les armes de ses braves compagnons^ qui, s'étant fait jour à travers les Anglais, accouraient pour l'aider à délivrer leur pays de ce tyran.

« Il est mort, » dit-il, en levant la cou-* verlure ; et montrant le gouverneur nageant dans s^n sang. Tout mort qu'il était, sa hideuse figure semblait animée, et exprimer les tourmens de l'Enfer.

Wallace détourna la vue; et ses gens, transportés de joie et triomphans , s'écrièrent : « Ainsi puissent périr les ennemis de sir William Wallace! j^

« Ou plutôt les ennemis de l'Ecosse ! » ditîi. « De ce moment, Wallace n'a plus d'amour ni de ressentiment que pour elle. Le ciel a entendu le serment que j'ai fait, de la rendre libre ou de mourir. Qui veut me suivre dans une cause si juste ? «

« Tous, avec Wallace, pour toujours! »

lia clameur de ce serment épouvanta une nouyelle band ' de soldais qui uaversaieul la cour

LES CHEFS ECOSSAIS. gS

du château , pour couper la retraite de Wallace des appartemens du gouverneur. Ils prirent la fuite sans que tous les elïorts de leurs officiers pussent les rallier , et obtenir d'eux qu'ils se présentassent au moins devant les Ecossais, qui, Wallace en tête, sortirent bientôt après par la grande porte. Ces officiers, ne pouvant faire revenir leurs gens de la terreur panique dont ils étaient frappés , et que la vue de leurs camarades , étendus sur le carreau , augmentait encore , se retirèrent dans les tours, d'où , à la clarté de la lune , ils virent tranquillement les Ecossais repasser le fossé.

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