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CHAPITRE VIII

La nuit s'était passée sans que le sommeil entrât dans les yeux des habitans du château de Botliwell. Au lever du soleil , le comte fut porté de sa chambre dans le grand appartement, et couché sur un lit de repos* sa femme n'avait pas encore quitté celui de sa fille , où elle était restée toute la nuit, s'efTorçaut de lui communiquer ses craintes.

Hélène lui dit qu'elle ne voyait pas sujet à tant d'appréhensions, si son père, au lieu de joindre Wallace en personne, se bornait à lui envoyer des secours , et se retirait, avec sa famille, dans les montagnes , où il attendrait Tissue de cette guerre. « Il n"est plus temps de reculer, ma chère mère, « ajouta-t-elle ; « le premier coup a été porté à l'ennemi public, en défendant votre mari; et voudriezvous que mon père eût la bassesse d'abandonner sou défeuseur à la rage de ses ennemis , provoquée par une si généreuse conduite envers lui-même ? »

— « Hélas ! mon enfunt, quel si grand service aura-t-il rendu à votre père, s"il ne le

retire d'un danger que pour le jeter dans un autre ? L'autorité d'Edouard dans ce pays est aujourd'lmi trop bien afTerinie , pour qu il soit possible de lui résister. La plupart de nos barons ne lui ont-ils pas juré fidélité ? les puissantes familles de Cuinmin, de Soulis et de March , ne sont-elles pas dévouées à ses intérêts ? Vous me direz , peut-être, que la plupart de ceux-ci sont mes parens, et que je puis leur faire prendre le parti qui me conviendra ; mais si je n'ai pas d'influence sur un mari,dois-je espérer d'en avoir sur des parens éloignes ? Comment donc , avec une telle armée contre lui, votre père , séduit , peut-il se hasarder à soutenir Thomme qui rompt la paix avec l'Angleterre , et ne pas désespérer ? » K Qui peut désespérer, madame, dans une cause si juste? Croyons plutôt, avec notre bon roi Saint-David, que l honneur doit toujours espérer, puisqu aucun mal réel ne saurait af feindre riiomme vcrtueu^p, ni en ce monde ni en Vanire. Si j'étais homme, la justice, qui conduit le brave Wallace, donnerait à mon bras la force d'une arinée. D'ailleurs, ma mère, vous exagérez vos alarmes : regardez notre pays; Dieu a empreint sur lui le don de la liberté. Kos montagnes en sont le sceau. Les plaines sont le territoire de la tyrannie ; les armées d'un usurpateur s'y répandent aisément, ne laissant pas un coinoùlcpairiotismepuisse se réfugier.

Mais les moatagiies^ les marais et les lacs, sont les bornes de la conquête -, et au milieu d'eux est l'imprenable citadelle de la liberté. C'est dans cette forteresse, dans les profonds défilés de Locb-Catlierine , ou sur les sommets couveris de nuées de Corry-Arraick , que js voudrais voir mon père se retirer, et de là suivre de l'œil les pas de la déesse de nos montagnes, jusqu'à ce que, conduite par son généreux champion , elle plante son étendard sur le sommet des orgueilleuses collines de l'Ecosse. »

Le teint d'Hélène s'animait ; son cœur battait, et goûtait d'avance le bonheur de voir ses nobles souhaits accomplis. Pressant contre son cœur la bannière (ju'elle avait achevée , avec un enthousiasme qu'elle croyait prophétique, ses lèvres , au défaut de sa voix , articulaient les expressions de son transport.

Lady Mar la regarda. « Il est heureux pour moi , fille romanesque , que vous ne soyez pas un garçon ; car je crois que votre folle desobéissance m'aurait fait maudire le jour où je suis devenue la femme de votre père. »

« La diuérence de sexe , madame , n'aurait pu, » reprit Hélène , « me faire perdre le sentiment du devoir : homme ou femme , je vous obéirais en tout ce qui ne cho((uerait pas l'obéissance que je dois à un pouvoir plus élevé ; mais quand ce pouvoir coaimande, alors c'est

Turdre du ciel , et il faut quitter père et mère pour s'y attacher. »

ce Et: quel devoir connaissez-vous, Hélène, qui soit plus sacré que celui dun enfant envers ses parens , d'un mari envers sa femme ?

« Aucun devoir ne peut être innocemment tralii. Mon père ne négligerait pas les siens envers vous , en vous quittant, et en prenant les armes pour la défense des droits de son pays. Ces droits sont votre sûreté: combattant pour eux , un époux , un fils , prouvent qu'ils savent remplir leurs devoirs domestiques^ aussi Lien que leurs devoirs publics. »

« Qui vous a enseigné ces sopliismes , Hélène? Ce n'est pas votre cœur, il frémirait à l'idée de voir répandre le sang de votre père. »

Hélène pâlit: « Si pour conserver le sang de mon père, son libérateur n'avait pas excité la rage des Anglais contre lui, au point que rien qu'une armée ne saurait l'en préserver , j'aurais pu aussi voir tranquillement l'esclavage de l'Ecosse : mais Souhaiter aujourd Lui que mon père se couvre de l'excuse de devoirs de famille mal entendus , et abandonne sir William Wallace aux dogues dccliaînés pour le dévorer , ce serait vouer le nom de Mar à l'infamie , et attirer, à juste titre, la malédiction sur sa postérité ! »

— «Ainsi, c'est pour sauver sir William Wallace que vous vous lourmentez si fort. Vo-

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ire esprit de liberté est à présent mis de côté, et ce puissant rassemblement est fait pour lui seul; mon mari, ses vassaux, votre cousin, en un mot , la confiscation des domaines de Mar et Bothwell, tout doit être hasardé, pour un frénétique proscrit, à qui, dans cette courjoncture, et après la perte de sa femme , il me semble que la mort serait plus à souhaiter que toute la reconnaissance que nous pouvons lui montrer. »

Lady Hélène, entendant ce langage de l'ingratitude , remercia intérieurement le ciel de ce qu'il sortait de la bouche d'une belle-mère, et de ce qu'il ne coulait dans ses veines aucune gouue de sang sorti d'un cœur aussi insensible, « S'il est proscrit, lady Mar, c'est nous qui ea sommes la cause ; si la mort est en eifet préférable à ses chagrins , c'est encore à nous qu'il le doit. Et n'est-ce pas pour mon père qu il a perdu sa femme d'une manière si cruelle, et qu'il est errant sur des rochers déserts ? Je ne rougis donc point de prier d'abord pour sa conservation , et ensuite pour qu'il soit le libérateur de son pays. »

« Nous verrons quelles prières seront les premières exaucées, » reprit lady Mar, en se levant froidement. « Mes saints sont peut-être plus près que les vôtres ; et avant que vingtquatre heures aient passé sur votre tête, vous

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aurez lieu do vous reponrir de ces opinions

extravagantes. Je ne les conçois pas. »

— « Jusqu'à présent, vous ne les avez pas désapprouvées. »

— ce Je les ai tolérées durant votre enfance, parce que je ne pensais pas que cela allât plus loin que de s'extasier si;r quelque chanson de barde; mais depuis qu'elles sont devenues si dangereuses , je uDOudis le jour oùje cédai aux instances de sir Riciiard Mailland, et permis à votre sœur et à tous de rester si long-temps à Tliirlestane , où vous vous êtes imbue de toutes les idées de mon romaftesque cousin, le propliète d'Ercildown (i). Si sir Richard n'avait pas été le père de votre mère, je n'aurais pas eu tant de complaisance ; et voilà comme j'en suis récompensée ! »

« J'espère , madame , » dit Hélène , qui désirait calmer le courroux de sa belle-mère , « que mon grand-père 5 ma sœur ni moi, nous ne vous donneroi^s jamais sujet de vous repentir de cette complaisance. Isabelle , dans la paisible retraite de Tliirlestane, ne court pas

(i) Peu do personnages sont aussi c-lèbres par la tradition , que Thomas d'Ercildown , vulgainmcul appelé ie ifi//«eur. C'était un poète et un sage; et parmi ses eonlemporiins , il passait pour propbcle. ÏJ était né a Ercildû\çn, village sur le Luder ( uu Lauder), où IjS ruines de sou cliàK:au nommé la Tour do Lcaimont , se ■Voient eccore.

risque de vols offenser de la même manière que moi ; et je ne suis moi-même Icrcéc de TOUS offenser , qiie parce que je ne puis désobéir à ma conscience. y> Une larme était dans les yeux de lady Hélène. « Clièro lady Mar , » dit-elle en s'efforçant de sourire , « ne pouvezvous pardonner à la fille de votre amie d'enfance, de ma mère qui vous chérissait comme une sœur; ne pouvez-vous pardonner à votre Hélène de préférer la justice , môme à votre faveur ?

La douceur , le ton soumis d'Hélène curent plus d influence sur la comtesse , que l'ingénuité avec laquelle elle défendait son sentiment, et que l'appel à la première lady Mar. Avec un air moins sévère , elle l'embrassa? en l'engageant à bénir la main qui préviendrait les effets de l'enthousiasme actuel de sa famille; et elle sortit de la chambre.

Dès qu'Hélène fut seule ^ elle oublia les timides conseils de la comtesse; et, se rappelant la généreuse perrhission que son père lui avait donnée la veille , elle s'enveloppa d'une mante, et, suivie d'un page, elle se rendit à l'arsenal. L'armurier y était déjà , délivrant des armes pour trois cents hommes , qui , par l'ordre du comte , se rassemblaient à Bothwell Moor, et devaient y attendre le jeune Murray et leurs officiers.

Hélène lui dit qu'elle venait lui demander la meilleure armure qui tut en sa garde. « Je la veux, » ajouta-t-elle, « à toute épreuve. »

Il lui présenta une cotte de mailles noire , garnie en or. k C'est, » dit-;l, « la plus précieuse qu'il y ait en Ecosse ; elle a été portée par notre grand roi William-le-Lion dans toutes SCS victoires.

« En ce cr.s, elle est cligne de sa destination. Porttz-la avec le casque 5 le bouclier, et lépée, dans mon appartement. »

L'armurier, accompagné du page qui portait les pièces les plus légères , la suivit.

Quand Hélène fut seule , comme il étaitencore très-malin , elle s'occupa de garnir le casque de plumes ,et de faire une écbarpe qui devait accomprgncr son présent ; le temps se passa ainsi, jusqu'au moment oùson sablier lavertit qu il était buit beures. Peu après, le profond silence qui régnait dans cette partie du cbâteau, futrompUjdansle lointain ,parlescbanls funèbres delatronperevenantdEilerslio.

Elle laissa tomber l'écbarpe à laquelle elle travaillait, et prêta l'oreille , respirant à peine. Jamais ces cbants funèbres ne lui avaient paru si tristes , si solennels ; sa tète se pencba sur l'armure et l'écliarpc. « Aimable femme , » dit-elle, « qui ose ainsi envabir tes droits ? 3\îaisma reconnaissance pour celui qui tecbc-

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rissait ne saurait offenser tonàme pure ! » Elle tomba à genoux , la tôte appuyée sur le casque > et répandant des larmes.

Murray , qui entra douce ment dans la cliambre , la trouva dans cette altitude, et fit une exclamation de surprise. Hélène tressaillit, se leva , et expliqua ses larmes, en avouant la vérité.

Il la prévint que le corps éiait déposé dans la chapelle , et que les prêtres du monastère attenant au château , n'attendaient qu'elle pour commencer la cérémonie.

Elle se retira un moment pour se recueillir, et reparut bientôt couverte d'un long voile noir. Murray la conduisit à cette lugubre cérémo-^ nie, qui se fit avec beaucoup de solennité, le prieur de Saint-Eillan officiant. Quand elle fut terminée, Halbert, qui était demeuré caché derrière un pilier, abîmé dans sa douleur, se jeta sur la pierre qui couvrait le corps de sa maîtresse , se livrant à son désespoir, et invoquant la mort. On eut peine à l'arracher de ce lieu ; et Hélène fut emportée , presque sans connaissance , dans son appartement.

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