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CHAPITRE IX

iSluRRAT, aussitôt après son retour d'EUerslie, récompensa ses fidèles compagnons , en leur donnant les toques qu'Hélène leur avait pro- 3iiises5 et il les envoya attendre , au pied des rochers de Cartlane , qu'il vint les joindre avec de nouvelles levées plus nombreuses. Il se rendit chez lord Mar pour lui rendre compte et prendre ses ordres ultérieurs. Il trouva ce vétéran euto^iré d'hommes déjà armés, et d'armes. Cinquante braves Écossais, destinés il commander en qualité d'olHciers et sous-ofïîricrs les trois cents hommes rassemblés à Pothweil-Moor , recevaient de la main de leur chef, arcs , flèche^, lances, épées, et autres armes.

— « Portez- les vaillamment, mes braves compatriotes, et souvenez - vous que si le dragon (j) de l'Angleterre à brûlé vos moissons et réduit vos maisons en cendres , il y a en Ecosse un lion qui le terrassera , er vous livrera les dépouilles de votre ennemi. «

(i) L'étendard d'Edouard 1^^. était «n drajjon d'or.

Lord Mar avait à peine prononcé ces mots, que les deux battans s'ouvrirent , et que ses regards furent frappés de la vue de lord Soulis (i) , Ecossais dévoué à Edouard ; il était accompagné d'un homme revêtu d'une armure magnifique , et suivi dune troupe de Southrons. Le comte surpris , lui dit : « Milord , quel est le sujet de cette brusque visite ? »

« L'enseigne de mon souverain est ma lettre de pouvoirs, » répliqua lord Soulis : « vous êtes mon prisonnier; et au nom d'Edouard, roi d'Angleterre, je prends possession de ce château. »

« Jamais , tant qu'il y restera un seul homme , » s'écria le comte indigné.

« Hommes ou femmes, reprit lord Soulis , « il faut qu'ils sercndentà Edouard; car trois m.ille Anglais ont saisi trois cents de vos s^ens rassemblés en armes à Bothwell-Moor. Le

(1) William lord Soulis était un chef puissant dans le sud de l'Ecosse; il prétendit a la couronne, avant qu'elle fût adjugée à Baliol , comme descendant d'une £Ue naturelle d'Alexandre II. Soulis fut toujours traître a sa patrie. Il était si renommé par ses débauches et ses cruautés ;, que la tradition le représente comme uu infernal magicien. On montre encore son château de PErmirage dans Teviotdale, comme un repaire de sorciers et d'esprits malins. J'ai frémi en retraçant les horreurs commises par ce personnage; et je renvoie le lecteur, pour le mieux connaître, au portrait qui en a élé peint de si vives couleurs, dans l'ouvrage intituU Minstrelsy of the Scottish Border,

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château est investi , la rc-sistance est vaine. Mettez bas les armes, mutins, » s'adressaut aux Ecossais, « ou vous serez pendus pour vous être révoltés contre votre légitime souverain. »

« Notre Légitime souverain, » ditunjeune homme qui était près de lui , « doit être uu ennemi d Edouard, et ce n'est qu'à Inique nous rendrons nos épées. »

« Traître ! » dit le commandant anglais ; et d'un soudain et terrible coup de sa hache d'apmes^ il abattit la tête de ce généreux Ecossais. Un cri de vengeance fut poussé par ses camarades. Toutes les épées furent tirées; et avant que le comte , frappé de surprise , eût pu dire un mot, les furies étaient déchaînées dans 1 appartement. Mar, désespéré, voyait ses braves Ecossais tantôt victorieux, tantôt abattus sur le plancher. Les Anglais se succédaient , entrant par toutes les portes ; et Tépée exterminatrice ne s'arrêta que quand toute sa troupe fidèle fut étendt^e autour de lui, les uns morts , les autres mourans. Plusieurs étaient lombéssur 1 ui, en se jetant au-devant des coups qu'ils croyaient dirigés contre leur chef. En Yaiu il avait crié à ses gens de se rendre, en vain il avait conjuré le barbare Soulis et le chef anglais, Ay mer de Valence , de faire cesser ce carnage; le sang ruisselait de toutes parts, et la chambre, remplie de cadavres et de la foule des vainqueurs, devint si peu tenable»

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que de Valence^ pour lui-même , ordonna que le comte fût transporté dans un autre appartement.

Cependant Hélène, qui ignorait ce qui se passait, s'était jetée sur son lit pour prendre quelques instans de repos; elle avait veillé toute la nuit, et elle tomba dans un profond sommeil.

Murray était présent, lors de la soudaine apparition de l'ennemi dans la chambre du comte : dès qu'il apprit que le château était environné par une troupe noinbreuse, il jugea que, sans quelque stratagème, tout était perdu. Avant que l'alîreux signal du carnage eût été donné par la mort du jeune Ecossais, il s'était glissé derrière le lit de repos de son oncle; et ayant soulevé ta tapisserie, par une petite porte qui cCiiduisait à de secrets apppartemens, il était passé promptement à celui de sa cousine. En s'éloignaut, il entendit la clameur épouvantable qui s'éleva dans la chambre de son oncle. 11 s'arrêta un moment; mnis pensant que , quelle qu'en tût la couse, il n'y avait rien de plus pressé que do pom^oir à la sûreté d Hélène, il y courut; it. >«ans se faire annoncer, passant au milieu de ses femmes, il pénétra dans sa chambre Elle dormait. « Réveillez-vous^ Hélène ! « RévciUoz-vous, pour votre vie ! » lui cria-t-il en la prenant par le bras.

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Elle ouvrit les yeux, et Je regarda avecctonïiement; mais, sans lui laisser le temps de parler, il ajouta : « Le château est pleiu de gcii3 armés, conduits par A3'raer de Valence et TexécraLle Soulis. Si vous ne vous sauvez par le passage souterrain, vous allez être prisonnière, »

Hélène, remplie de terreur, etlesyeuxfixés sur lui, lui dit: « Qnoi ! abandonner mon père ! je ne le puis. )•

— « N'hésitez pas , ma clière cousine ! Fuyez, par pitié pour votre père. Quelles seraient ses angoisses ,81 vous tombiez dans les mains de l'homme dont vous avez dédaigné l'amour et rejeté la demande ! Une serait plus alors même au pouvoir d'un père Ûe vous préserver des outrages do cet homme passionné et vindicatif. Si vous aviez vu Tce il impitoyable de Soulis ! » Il lut interrompu pas les clajneurs dans la galerie vis-à-vis, et parles cris des femmes d'Hélène. Celle-ci saisit son bras. u. Ail ! je vous suis; conduisez-moi où vous voudrez pour me sauver de ses mains, jj.

Murray, en s'avauçant pour la soutenir, car elle était chancelante, aperçut la bannière et Tarmure.

« Il faut tout abandonner; mais cette bannière sera toujours à moi ! « s'écria-t-il en la saisissant. Puis disant à sa cousine de se tenir à lui, il descendit avecellepar Tescalicr secret

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qui conduisait de la tour de l'ouest dans les souterrains du château. En entrant dans le premier caveau , qui recevait un peu de jour par une petite ouverture dans le cintre , il cherclia de l'œil l'entrée du second caveau , dans lequel il devait trouver le chemin de leur évasion. L'ayant découvert, il se hâta d'y entrer. Il leva un des larges carreaux de pierre dont il était pavé , et aida sa cousine , effrayée , à descendre par un petit escalier , dans un secret passage, k Ceci nous conduit, » lui dil-il, « droit à la cellule du prieur de Saint- Eillan. »

— a Mais que deviendront mon père et lady Mar? Dois-je fuir ainsi loin d'eux? Je n'ai pas le courage d'aller plus loin.

« Craignez le débauché Soulis; tout ce qu'il peut contre eux , c'est de les faire prisonniers. Ils ne le seront pas long-temps; je serai hientôt près du brave Wallace, et tout ira bien , charmante cousine , pour la liberté et pour notre heureuse réunion. »

a Mon Dieu ! » s'écria Hélène, qui se ressouvint d'Halbert, « il sera sans pitié massacré par cos sc(4crats , dès qu'ils sauront qu'il a appartenu à Wallace. »

Murray s'arrêta. « Avez-vous le courage de rester seule dans cette obscurité ? j'irai le chercher. »

Hélène ne craignait pas pour elle-même;

elle était alarQiée des dangers auxquels Murray allait s'exposer. Mais celui-ei partageait trop son inquiétude au sujet d'flalbert, pour être retenu par cette considération. « Si je tardais trop long-temps , » lui dit-il , « suivez ce passage; au bout vous trouverez un petit escalier; montez-le, et tirez le verrou d'une porte , vous serez dans la cellule du prieur. » « Hatrz-vous, » lui répondit-elle; « je vous attendrai à l'entrée du passage. » Ils retournèrent au pied de l'escalier. Murray monta , releva le carreau , sortit , et le referma , laissant Hélène dans l'obscurité.

Murray allait passer du second caveau dans le premier, quand il vit la grande porte de celui-ci s'ouvrir, et un grand nombre de soldats anglais entrer ; ils étaient conduits par le sommelier du château, qui les guidait de fort mauvaise grâce, vers le vin ^ auquel ils couraient avec ardeur.

Murray jugea que la partie n'était pas égale ; il se caoba dansun coin, derrière des tonneaux vides. Le sommelier s'en alla avec la dernière bande, qui portait des flacons pleins, pour leurs maîtres. Il ne demeura dans le caveau que quelques hommes qui voulurent s'enivrer à Taise sur les lieux. Murray les écoutait attentivement , espérant que de leurs propos il tirerait quelques lumières sur le sort de son oncle et de sa tante; mais il n'entendit que

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des forranteries sur le nombre que chacun d'eux se vantait davoir tué , des malédictions contre les Ecossais qui avaient fait une si furieuse résistance , et des souhaits que la nation n'eût qu'une tête , pour l'abattre dun seul coup.

Murray, indigné, était souvent tenté de se jeter au milieu d'eux en désespéré; mais il songeait à sa cousine et aux angoisses dans lesquelles elle devait être. Il attendit durant une heure que ces gens , soûlés de vin , tombassent successivement dans le sommeil de l'ivresse. Quand il les vit tous endormis , il passa sans bruit au milieu d'eux , tel que son brave ancêtre Gaul , fils de Morni , dédaignant de poi-* gnarder un ennemi dormant ; il arriva à la porte secrète. Comme il y portait la main, elle s'ouvrit de l'autre côté : il vit deux hommes; et , à la lueur des torches mourantes des soldats endormis , il reconnut l'armure anglaise sur l'un d'eux. Déterminé à vendre cher sa vie, il lui sauta à la gorge , et il allait le frapper de sa dague, quand il sentit son bras retenu : « Arrêtez, milord! c'est le fidèle Grimsby que vous voulez tuer ! » Murray reconnut avec joie que la providence lui amenait ce qu'il cherchait, car c'était Halbertqui parlait ains*. Il y avait à craindre que son exclamation n'eût réveillé les soldats anglais. Murray fit signe à ses deux amis de se taire, et les conduisit avec

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précaution à travers les soldats endormis. Rendu à la irape , il la leva, et les poussa dans l'escalier. Un cri perçant que jeta Hélène à la vue de l'Anglais, retentit dans les caveaux. Deux des soldats se réveillèrent et fondirent, lépee à la main, sur Murray. Il laissa retomber la trape ; mais restant auprès, il reçut leurs coups sur son bouclier^ et riposta vigoureusement. Bientôt il eut a])attu un de ses assaillans : mais le bruit ayant réveillé toute la troupe, il allait être accablé par le nombre, s'il ne se fût avisé d'arracher, de la main d'un soldat chancelant, la seule torche qui brûlait encore, et de Téteindre sous ses pieds. Demeurés dans Tobscurité, ils cherchèrent eu vaiu leur proie-, blasphéiuaut et frappant au hasard, ils se blessaient mutuellement.

Murray était déjà loin : il avait soulevé la trape, s'était glissé dans Tescalier, en la refermant sur lui. Il avait rejoint ses deux amis, €t courait après Hélène, à qui la terreur avait donné des ailes, 11 ne la rejoignit que quand elle tomba sans haleine sur Tescalier, à l'autre extrémité du passage*

Il la porta au haut de l'escalier, tira un verrou, et entra daus une grande cellule, éclairée par une étroite et profonde fenêtre , pratiquée dans un mur épais. Un petit lit, garni d'une paillasse, im bénitier de marbre, composaient

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tout raraeublement de cette cellule. Elle était en ce moment inliabitée , le prieur disaat la messe dans la chapelle du monastère. Murray posa sa cousine , qui avait perdu connaissance, sur le lit, et lui jeta au visage quelques goutte* de l'eau du bénitier. Elle revint à elle , et le reconnaissant, ainsi qu'Halbert qui était à ses pieds , « Sainte vierge » dit-elle , « suis-je en sûreté ? et avec mon cousin Murray ? Ali î je craignais que vous n'eussiez été tué, » Et elle fondit en larmes.

« Grâce à Dieu, » dit-il, « nous sommes tous sains et saufs, et vous voilà en terre sainte. C'est ici la cellule du prieur de Saint-!Fillan. Nul chrétien n'oserait vous arracher de ce sanctuaire.

« Mais que sont devenus mon père et ma mère ? »

« V otre mère , n dit Halbert , « dès qu*ou a reconnu que vous n'étiez pas dans le château, a eu la permission d'accompagner votre père à Dumbarton. Ils doivent y être traités avec le plus grand respect , jusqu'à ce que de Valence reçoive les ordres du roi Edouard. « « "Wallace! Wallace! » s'écria-t-elle , « où sont à présent les secours que nous devions l'envoyer? Et sans secours , comment peuxtu tirer mon père des mains de ces tyrans ? — « Ne désespérez pas, » lui dit Murray : K regardez celte bannière que vous avez tou-

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jours tenue, mêiue eu perdant c nnaissance. Vos ma-nsy ont gravé ma réponse: Dieu arme le pnrioe. Convaincu de cette vérité, pouvez-vous craindre peur votre père ? Non ; je serai denia-n avec Wallace ; vos cinquante guerriers m'attendent au pied des rochers de Cartlaue ; et si on méditait quelque trahison contre voire père , nous raserions les tours de DumJïarton, jusquesà leurs fondemens. »

Hélène poussa un profond soupir. Elle pensait que c'était peut-être la volonté du ciel , que son père pérît , comme le vertueux lord Douglas, victime de la vengeance d Edouard: ses pressenti mens étaient si tristes , quelle B'osait se livrer à lespérance que son cousin, ardent et confiant, voulait lui faire concevoir. Grimshy alors s'avança , et déta-.'hant un coffre' de fer qu'il avait sous son bras , il le présenta à Murray.

« Ce fatal trésor , » lui dit-il , « m'a été confié par le comte , vîotre oncle , ] our le remettre au prieur de Saint-Eillan. »

tt Que contient-il ? « demanda Murray , qui n'en avait pas conaissance.

o Je ne sais ce qu'il contient : » répliqua le soldat, « mais il appartient à sir William Wallace. »

u Mais si c'est un trésor , » dit Hélène, «ne vaudrait-il pas mieux le lui (uvoyei? Comment, honnête soldat, ayez-^vous pu l'cm-

porter de ce château envahi, et vous échapper? » Il répondit qu'il avait été obligé d'user de stratagème. Dès que les Anglais et les Ecossais, sous les ordres de lord Soulis, eurent pris le château, il Jugea qu'il n'avait de chauce de salut, qu'en quittant son accoutrement écossais , et en se mêlant avec la troupe qui occu-i pait les portes. Il se fit passer aisément pour un volontaire du corps qui cernait le château. Sa désertion deLanerk n était pas encore connue à Glasgow et à Dumbarton , et deux anciens camarades le reconnurent pour l'avoir accompagné à des expéditions précédentes. Il pénétra donc , sans difficulté , après le carnage , à l'appartement où de Valence avait fait transp rter le comte. Il trouva celui-ci seul, abîiné dans la douleur. Lord Mar ignorait si sa femme , sa fille et son neveu, n'étaient pas tombés sous l'impétueuse épée de l'ennemi. Etonné de voir ce soldat allant librement , il témoigna quelque soupçon. Grimsby lui expliqua son stratagème , et lui apprit que Murray avriit disparu avant l'action. Le comte espéra qu'il serait échappé ; et ce fut aussi une grande consolation pour lui, d'apprendre du soldat qu'il avait vu lord Soulis, conduire la comtesse vers Tappartement d'Hélène , en lui promettant quelle serait traitée avec beaucoup d'égards et de respect, a Mais comment ce malheur nous est-il arrivé ? Avcz-vous ouï

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dire 5 » demanda-t-il à Grimsby, « comment de Valence avait été informé que je prenais les armes pour mon pays ? »

A cet endroit de la narration , Murray interrompit le soldat de la même question.

« Je ne saurais vous dire là-dessus rien de î)ien clair, » répondit Grimsby; « tout ce que j'ai pu recueillir des soldats , c'est qu'hier au soir , fort tard , lord Aymer de Valence a reçu un paquet cacheté. Soulis qui était alors avec lui, est parti sur-le-champ pour Glasgow, d'OÙ il a ramené les troupes qu'il y avait ; il a joint de Valence et ses légions , aujourd'hui de grand matin , à Bothwell-Moor. Vous savez les suites; mais elles ne s'arrêlaient pas à Botliwell. liC brave Wallace....

A ces mots , Hélène fut glacée d'efTroi.

* Que lui est-il arrivé ? w demanda Murray.

c Ah ! ils ont tué mon cher maître ! » s'écria Halbert: « soldat, pourquoi ne me lavez-vous pas dit plus 'tôt? je serais resté, j'aurais trouvé, sous leurs sanglantes épées,la fin de mes maux. »

« JNe vous alarmez pas , ï) répliqua Grims- ])y ; « aucun mal nest encore arrivé a sir William Wallace; mais j'ai appris que de Valeuce, en marchant sur Botliwell, a envoyé un détachement pour envelopper, dans les rochers de Carilane, ce chevalier persécuté. »

« Cest cette maudite lettre, » s'écria Mur-

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rar , « qui a tout fait! il faut qu'elle ait été écrite par quelque traître de Bothwell ; et si cela est ainsi, puisse la malédiction de Fesclavage tomber sur lui et sur sa postérité ! »

Hélène frémit, tandis qu'Halbert et le soldat répétaient ce malédiction 1 » ce dernier poursuivit.

« Quand lord Mar apprit les mesures que prenaient les ennemis de Wallace , il fit des vœux pour que vous fussiez parvenu à le joindre avec votre détachement. Il se rappela le coffret de fer. « Il est dans le cabinet , » me dit-il, enm'indiquant la porte ; « vous le trouverez sous le petit autel, où tous les jours j'invoque le souverain arbitre de nos destinées; prenez-le et attrxliez-le à votre coté.

« J'obéis ; il continua et me donna tous les renseignemens nécessaires pour me guider à travers ces passages souterrains. « Quand vous serez,» me dit-il, « dans la cellule du prieur de St.-Fillan , s'il n'y est pas , vous l'attendrez, et vous lui présenterez cette croix d'or : à ce signe il reconnaîtra que vous venez de ma part. Vouslui direz que je le prie de vous aider à gagner le rivage de la mer , et de garder soignousemcnt ce coffret pour ne le remettre qu'à moi, ou à mes enfans, ou à sir William Wallace , à qui il appartient. »

a Plût au ciel, dit Hâlbert, « qu'il ne lui eut jamais appartenu ! qu'il ne Feiit jamais

porté àEllerslie , pour attirer tant de malheurs sur sa tête ! Funeste coffret ! il traîne à sa suite le carnage et les désastres. Partout où il a été déposé , la guerre et ses horreurs y sont venues fondre -, j'espère que mon maître ne le reverra plus. »

« Ah! il pourrait bien nele jamais revoir ! » dit d'une voix faible Béiène. « Oh ! que j'ai été déçue ! Où sont maintenant mes confiantes espérances de la liberté de l'Ecosse ? Bêlas ! mon cher Murray , » ajouta-t-elle en lui prenant la main et la mouillant de ses larmes , « j'ai été trop présomptueuse ! Pourmepunir, m.on père est prisonnier, et sir William Wallace est perdu ! »

a Cessez, ma chère Hélène, de vous tourmenter ainsi ; ce ne sont là que les vicissitudes flaturellcs de la grande querelle dans laquelle nous sommes engagés. Nous devons nous attendre à des revers , à moins de continuels miracles. Ces revers sont des leçons poumons enseigner la prudence, la célérité et la patience : ce sont les trois grâces du soldat • et, croyez-moi , je leur obéirai fidèlement. »

« Mais pourquoi, » dit Hélène, que cette fermeté de son cousin ranimait un peu , « mon père ne s'est-il pas réfugié dans ce sanctuaire ? »

« J'ai pressé le comte, » dit Grimsby, « de xn'accompagnerj mais il s'y est refusé en me

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représentant qu'il éiait encore trop affaibli par ses blessures, u Et quand je le pourrais, » a-t-il ajouté , « laisserais-je ma femme et mes enfms sans proctecteur dans cette captivité ? Envelopperais-je les bons religieux de Saint- Tillan dans mes calamités ? Non , j'attendrai mon sort ; et Dieu , qui protège ceux qui ont confiance en lui, sait que je ne crains point. »

M Ayant reçu des ordres aussi précis du comte, j'ai pris congé, et je suis parvenu à la chapelle par le chemin qu'il m'avait indiqué; j'y ai trouvé Halbert , que je n'avais pas vu depuis les funérailles. J'ai été agréablement surpris, car je croyais qu'il avait péri dans le carnage : il était à genoux sur le tombeau de sa maîtresse. Je l'ai , en peu de mots , informé des dangers qu'il courait, et je l'ai emmené avec moi : c'est en entrant dans ce caveau que nous vous avons rencontré. «

« Nous étions encore dans la chapelle , quand nous avons entendu de Valence et Soulis en conversation très-animée. Le premier, à haute voix , a donné ordre , puisquou ne pouvait trouver lady Hélène, que le comte, la comtesse et ses deux petits enfans ne fussent pas séparés, et qu on les conduisît, comme ses prisonniers, au château de Dumbarton, »

« C'est p.urmoi une grande satisfaction, » dit Hélène 3 « du moins mon père aura sa

femme auprès de lui pour le soigner et le consoler. »

« Il en eût été bien autrement , Madame , BÎ vous aviez paru ; un des gens de lord de Valence m'a dit que, dans ce cas, lord Soulis vous aurait conduite , avec la comtesse, au château de Douglas , près de Glasgow , taudis que le comte , malade , aurait été seul emmené prisonnier à Dumbarton. Lord Soulis était furieux de ce qu'on ne vous trouvait pas ; et il a été sur le point den venir à une quereîle sérieuse avec le commandant anglais. Il l'accusait d'être d intelligence avec lady Mar pour le tromper. C'est durant ce débat que nous sommes descendus dans le caveau. »

Hélène frémit en songeant de combien peu il s'en était fallu qu'elle ne tombât au pouvoir de ce féroce ennemi. Il réunissait dans sou caractère toutcequirendle pouvoir formidable : une force de corps prodigieuse , la cruauté , la dissimulation et la fcprberie. Parmi le peuple, il passait pour sorcier; et parmi ses égaux pour un homme ennemi de toute vertu publique , et sans aucun frein dans sa conduite privée. Hélène avait deux fois refusé sa main. La première, lors de la rivalité de Bruce et de Baliulpourla couronne, et quand lui-même y avait des prétentions. Elle n'avait guère plus de quatorze ans, mais elle le rejeta avec hor-

reur. Piqué au vif d'avoir échoué dans ses deux projets d'ambitioa et d'amour^ il renouvela à une autre époque sa demande. Après la bataille de Dunbar, et dans le temps qu'il fondait son élévation sur les ruines de son paySj lorsqu'il eut juré fidélité à Edouard, il s'empressa de se rendre à Tliirlestane, pour se jeter une seconde fois aux pieds de lady Hélène. La maturité du jugement de cette vertueuse fille ne fit que confirmer son premier refus.

« Par toutes les puissances de l'enfer, «s'écria-t-il, quand le projet de surprendre Bothwell lui fut communiqué, « si je tiens une fois cette orgueilleuse belle en mon pouvoir, elle s'agenouillera à son tour devant moi, et je serai aussi sans pitié : elle sera à moi, comme je l'entends, et réduite à employer les supplications pour obtenir un regard de l'homme qu'elle a humilié ! »

Hélène n'imaginait pas la moitié des horreurs que cet homme vindicatif méditait conre elle. Ainsi quoique sou nom seul^ généralement infâme, la fit tressaillir, ignorant les outrages qu'il lui destinait, elle répondit faiblement, quoiqu'avec reconnaissance, aux félicitations de son cousin Murray, sur son évasion.

Murray remit en place Tau tel qu 'il a\ai poussé au milieu de la cellule en ouvrant lu

u;g lcs chefs écossais.

i;ctite porte de ter. Tout était rétabli dans J'oi'dre accoutumé quand le prieur entra; il fit \n\ mouvement de surprise, en voyant sa cellule remplie d'étrangers. Murray ôta son casque; le prieur le reconnut, et lui demanda ce qu'il désirait, en lui témoignant son étounemcnt de ce qu'une telle compagnie, et surtout une femme, eut pénétré dans le couvent sans qu il en fut prévenu.

^îurraj'jdu doigt, montra le réduit derrière l'autel, et exposa les circonstances qui les avaient o])!igé3 à venir cherclier la protection de saint Eiliun; il ajouta : « Lady Hélène doit être sous votre sauve-garde jusc^u à ce que le ciel permette au comte de Alar de venir rét lamer sa fille, et de récompenser votre église. »

Le soldat présenta la cro'x et le coffret de fer, et répéta le message dont il était chargé.

Le prieur écouta ces récits avec attention et douleur. Il avait entendu les gens en armes oui marcliaient coîitre le cliàteau; mais, sacliant que le comte l'aidait des préparatifs de suerre , il avait supposé que celaient les troupes de Eoiliwell même. Il prit le coflret, le posa sur 1 autel , haisa la croix. « Le comte do Mar trouvera ici la fidélité que mérite sa ici en l'église. Ce coflret mystérieux, auquel un si terrible anailième est attaché, sera conservé aussi soigneusement que les sacrées reliques de saint Fillau. »

Un gémissement sortit alors de la poitrine d Halbert , mais il ne parla pas. Le prieur le regarda attentivement, et continua : « Pour vous j vertueux Southron, je vous donnerai un habit de pèlerin. Sous ce vêtement priv-légié, vous vous rendrez à Montrose. Là, un de mes confrères, le prieur d'Aberbrotliitk , pour lequel je vous donnerai une lettre , vous fera passer en l^ormandie, d où vous pourrez vous rendre en Guyenne.

Le soldat, très-satisfait de cet arrangement, s'inclina respectueusement. Le prieur, se tour-» nant vers lady Hélène, lui d!t qu'une cellule allait être arrangée pour elle, et qu'une pieuse femme du hameau voisin viendrait la soigner et la servir.

« Quant à ce vénérable vieillard, » ajouta-til, « ses blancs cheveux me montrent que son âme se prépare à s'envoler vers la céleste demeure ! Il me semble que ce qu'il a de mieux à faire est de prendre lliab^t de notre ordre, et d'attendre tranquillement, dans le sein de la religion, que, du sommeil de la mort, il passe à une meilleure vie. «

Les yeux d Halbert se remplirent de larmes. « Je vous remercie, mon révérend père^ je suis en clTet près du terme de mon pèlerinage. Trop vieux pour servir mon cher sir William dausles champs de carnage, je consacrerai du moins mes dcrn ères heures à joindre mes

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prières aux siennes, et à celles de toutes les bonnes âmes, pour le repos de sa femme. J'accepte votre invitation avec reconnaissance; et je regarderai comme un jour heureux celui où le pauvre barde d'Ellerslie recevra la tonsure.»

Le son des trompettes, et le bruit des chevaux et des armei , leur fit faire silence. Hélène 5 eiïrayée , regarda son cousin en lui prenant la main ; de la sienne, plus ferme, il saisit son épée. « Je vous défendrai jusqu'à la mort. » Il parlait à voix basse; mais le prieur lentendit. « Ne vous alarmez pas, v dit ce saint homme, c'est lord de Valence qui part pour Dumbarton, »

« Hélas ! mon pauvre père ! » dit Hélène en se couvrant les yeux.

Le vénérable prieur eut pitié de son affliction; il se mit a genoux auprès delle.«Conso- Icz-vous, ma fille, « lui dit-il; « on n'osera se porter à aucune violence contre le comte. Le roi Edouard entend trop bien ses intérêts, même pour prolonger Ja détention d un seigneur aussi populaire. » Celte assurance, quelques autres argumens qu'il employa, et surtout les consolations que donne une ferme confiance en Dieu, eurent leur tffct; elle releva sa tète avec un doux sourire. Il continua à l'entretenir des espérances certaines du chrétien qui se repose sur le tout-puiss iut. Ses paroles répandirent la sérénité di'.ns suu

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cœur ; elle croyait entendre un saint , descendu du ciel pour la soutenir dans cette épreuve. Elle croisa ses mains sur sa poitrine , et , en silence, invoqua Dieu pour ses parens dans leurs souflfrances.

Le prieur , la voyant tranquille et recueillie, proposa de lui laisser prendre du repos. Comme elle avait été depuis long-temps privée du sommeil, elle ne s'opposa point à leur retraite. Le prieur conduisit Murray et ses compagnons dans la bibliotlièque du couvent.

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