CHAPITRE XII
JL)eux jours s'écoulèrent tristement pour Hélène. Elle ne pouvait se flatter de recevoir des nouvelles de son cousin en si peu de temps. Dheureu^ songes ne visitaient plus sa solitude. Durant son sommeil, comme étant éveillée , elle se représentait toujoursla cruelle situation du comte et de la comtesse. Son imagination les lui m.ontrait dans les fers , dans un cacliot; et souvent elle frémissait , croyant voir le poignard d'un assassin levé sur son père.
Dans la matinée du troisième jour, tandis qu'elle se reprochait à elle-même de manquer ainsi de confiance en la Providence jla femme qui la servait vint l'avertir qu'un des religieux la demandait, pour la conduire à- la hibliollièque , où le prieur était avec deux envovés de DumLarton , porteurs d'une lettre de lady Mar. Elle nliésita pas un moment, suivit le religieux, et trouva le prieur avec deux militaires. L'un était armé à l'anglaise, et avait la visière baissée ; l'autre était également revêtu des armes d'un clievalier, mais dans le costume écossais. Ce dernier lui présenta un ca-
chet monte en or , qu'elle reconnut pour celui dont se servait sa belle-mère.
Le chevalier écossais allait lui adresser la parole , quand le prieur l'interrompit et, prenant Hélène par la main , la conduisit vers un siège. « Recueillez-vous un instant: « lui ditil 5 « durant cette vie passagère, chaque heure peut amener un de ces événemenG qui nous apprennent à nous résigner à la volonté du souverain maître de toutes choses. »
Hélène le regarda, remplie d'effroi : «Vous avez à m'apprendre quelque funeste événement. 3) Elle n'avait plus la force de parler. Le prieur, ému de compassion, hésitait à continuer. L'Ecossais lui répondit brusquement : « Ne vous alarmez pas, inadame, vos parens sont entre les mains de gens qui ont de Thumanité. Je suis envoyé sous les ordres de ce chevalier anglais , pour vous conduire vers eux. »
ce Ainsi mon père vit? » s'écria-t-elle transportée de joie.
« H vit encore, » reprit l'officier; «mais ses blessures se sont rouvertes, et il est tellement épuisé par la fatigue du voyage, que lord Aymer de Valence a cédé aux instances de la comtesse , et nous venons vous chercher pour recevoir sa dernière bénédiction.
Hélène jeta un cri de douleur, et tomba sans sentiment dans les bras du prieur. Les
j^e LES CHEFS ECOSSAIS.
soins de celui-ci la rappelèrent à la vie et à la douleur. Elle demanda à se retirer un moment, et le religieux la reconduisit dans sa cellule.
Lady Hélène employa le temps qu'elle y passa à remplir ce devoir qui seul peut rendre le courage à Taftligé , quand tout ce qui l'environne ne lui présente que le désespoir; et, se relevant avec cette force qui n'est connue que de l'iionime religieux, elle prit sa mante et son voile , et fit dire au prieur que , prête à partir, elle désirait recevoir sa bénédiction. Il vint suivi dH «Ibert. En voyant le vieux Barde , Hélène perdit un peu de la force qu'elle venait de recueillir. Elle lui présenta sa main, qu'il baisa respectueusement. « Adieu , » lui dit -il , « madame. Puissent les prière» de cette sainte àilaquelle votre piété a donné lasépul lure, faire verser sur vous, dans cette extrémité , la consolation et la paix! « Le bonliomme sanglottait, courbé sur sa main; et les larmes d Hélène arrosaient sescbe\eux blaiTcs. « Que le ciel vous exauce î H -Ibert ! et ne cessez de prier pour moi , car je suis dans 1 heure de lépreuve. »
« Tout ce qui habite cette maison, » dit le prieur, » priera pour votre consolntion et pour 1 âme du ccmie. » Et voyant que ces paroles augmentaieitt sa douleur, il dit avec plus d'onction: « Ne regrettez point quil parte
avant vous : la mort n'est que Tentrée de la vie; c'est la porte étroite par laquelle nous passons de ce monde de ténèbres dans celui de la lumière et du bonheur éternel. Ne pleurez donc pas , aimable enfant de TEglise . si votre père sur terre vous pré cède devant votre père céleste ; et plutôt dites avec la vierg'e Sainte-Eride : « Combien de temps, seigneur, serai-je encore bannie de ta présence 7 »
Hélène le regarda avec un sourire angélique ; elle pressa le crucifix contre son cœur. Vous m'armez de courag? , mou père 1 Là^ est en effet ma force ! «
« Et elle ne vous manquera jamais! » s'écria-t-il.
Elle fléchit Tin r;etou Jevant lui; il croisa SCS mains sur za têle , et leva les yeux au ciel; sa poitrine se gciiHa, 505 lèvres remuèrent ; il demeura ainsi ua moment, et dit: « Allez en paix , et que les anges gardiens de liniiocence vous accompaL;nent et voi^s protègent! «
Hélène , conduite par le ] rieur , se rendit à la grande porte du monastère , elle y trouva les deux chevaliers et leur s'jitc. L'écossais la prit par la main , et la plaça sur un cheval richemi-nt harnaché ; il sauta sur un autre ; et lofficier anglds qui était déjcà en selle, s'appro- ha ; elle baissa son voile, et saluant tous les religieux réunis daus le vestibule , elle partit au petit pas.
Ils iraversèrent ainsi un boJs qui s'étendait devant le monastère, et couvrait le château de Eolliwell jusquà la rive de la Clyde.
Quand ils furent sur l'autre rive : « Le temps s'écoule, » dit l'Ecossais a son compagnon, (c il nous faut presser le prs » L'Anglais donna de l'éperon , et ils suivirent , au grand trot les bords ombragés de l'Aven. Le cliemin semblait s'allonger devant eux: Hélène cherchait en vain à riK)rison les tours de Dumbarton ; cet horizon n'était borné que par des rochers^ des bois et des précipices.
Un doux zéphir soufflait dans la vallée , et soutenait les forces d'Hélène fatiguée. Elle écarta son voile pour jouir de cette fraîcheur, et vit les chevaliers tourner la tête de leurs chevaux vers un des plus obscurs défilés. Hélène tressaillit en considérant sa profondeur et l'épaisseur de ses ombres. « C'est notre plus court, » dit l'Écossais. Hélène , sans répliquer, le suivit , car on ne pouvait passer qu'un à un dans l'étroit sentier côtoyant le torrent qui coulait au bas de cette gorge. L'Anglais , dont elle n'avait pas encore entendu la v<)ix, et le reste de la troupe , suivirent aussi derrière elle. C'était avec peine que les chevaux se frayaient passage à travers les épais buissons qui embarrassaient ce sentier. Après une heure de mar«lie, ils arrivèrent enfin dansun endroit plus spacieux , et où des gorges moins resser-
rées aboutissaient. L'écossais en suivit une sur la droite , et donna de son cor si brusquement et si fort , qOe le cbeval d'Hélène elFrayé , pensa se jeter dans le torrent. Quelques-uns des gens démontés vinrent à son secours, et tirèrent le cheval par la bride, tandis que le clievalier anglais Vaidaii à se dégager de la selle. Il la prit dans ses bras , et , à travers des ronces enlacées que lÉcossais écartait devant lui , il la porta dans une caverne, et la déposa aux pieds d'un homme armé, qui se tenait debout dans le centre.
Epouvantée d'une action aussi extraordinaire, elle se releva en jetant un grand cri; mais elle se sentit bientôt presser dans les bras de l'étranger , et elle entendit une brutale exclamation de triomphe d'un de ses conducteurs , qui fut répétée par toute la troupe en dehors , avec de grands éclats de rire. « Dieu puissant ! protége-moi , » s'écria-t-elle, pénétrée d'horreur , et s'eflorçanl de s'échapper des bras qui la serraient. « Où suis-je ? pourquoi ne m'a-t-on pas conduite à mon père ?»
« Miiordvousle dira. « répondit lEcossais ; et il sortit avec l'An^flais. L'étransrer, £:ardant le silence, la tenait toujours étroitement serrée : ses bras lui semblaient de fer. P]h vain elle se débattait , criait, appelait le ciel et la terre à son secours. Enfin, épuisée par ses vains efforts et par la terreur , les mains jointes , et
180 v^vr- UES CHEFS ECOSSAIS.
d'ûtTCon suppliant, elle lui dit : w Si vous avez
•4è.l'Honneur et de riuimanité, vous me lais-
- î^rtz aller; je suis une femme sans défense^
.•..v,''-^>' ^ui implore votre pitié : ne me la refusez pas,
m-» j»"'.- au nom du ciel, etpour lesalutde votreâme!»
« A genoux devant moi , Sirène ! » dit le guerrier d'un ton iéroce , en la jetant dans cette posture sur le plancher de roc. Cette voix frappa son oreille d une manière terrible ; mais elle obéit , et lui dit : « Mettez-moi en liberté pour mon père mourant. »
«Jamais, tant que je ne serai pas vengé ! »
A cette redoutabledéclaration , elle frémit, mais elle ajouta: c. Sûrement c'est une erreur, on me prend pour quel qu'autre ; je n'ai offensé personne , et je ne mérite pas un si cruel outrage.
Le guerrier, avec un rire ironique, leva sa visière , et serrant fortement ses mains, il lui dit: « Regarde-moi, Plélène, c'est à présent mon tour. »
A la vue de l'odieuse figure de Soulis , elle comprit tout son danger ; et avec une force surnaturelle , dégageant ses mains, elle se jeta a travers les ronces , hors de la caverne. Ses deux premiers ennemis étaient à la porte ; ils l'arrêtèrent et la rapportèrent à leur maître; mais ce fut un corps insensible qu'ils mirent cette fois à ses pieds. Accablée d'horreur , dètre ainsi rendue au pouvoir dun ravisseur.
ViS'
elle perdit connaissance; mais cette suspension de ses maux fut courte ; de Teau j-etee à son visage la ranima, et elle se trouva couchée sur la poitrine de son ennemi. Elle se " ^^ . débattit encore , et fit retentir la caverne de ''^> ses cris. «Paix ! » criait le monstre; « vous ne ". ! pouvez m'échapper , vous êtes à moi, par une force qui vous soumettra , quand et où je voudrai. Combien de fois ai-je, à genoux , imploré votre pitié, sans pouvoir l'obtenir ? Deux fois vous avez refusé d'être ma femme ! Deux fois vous avez osé mépriser mon amour et braver ma puissance ! à présent vous connaîtrez ma haine et ma ven:eance ! »
« Tuez-moi!» dit Hélène au désespoir, « tuez-moi , et je vous bénirai ! »
— « Ce serait une faible vengeance. Il faut que vous soyez humiliée, orgueilleuse beauté; il faut que vous appreniez à me flatter , pour obtenir un sourire ; et qu'en esclave soumise , vous sollicitiez ces embrassemens , que vous avez refusé de recevoir comme épouse. Je vous ferai sentir le tigre dans mon amour. Et alors, deshonorée, méprisée, lady Hélène mourra si cela lui convient. » En lui parlant ainsi, il la serrait contre sa poitrine ; et ses yeux ardens exprimaient à-la-fois la luxure et la vengeance. Souillée de l'approche de sa bouche , Hélène jeta un cri; et sa main avant rencontré la poignée de la dague de Soulis , elle la saisit, et
i82 LES CHEFS ECOSSAIS,
dans linstaut, avec lalorce de 1 innocence outra£(ée , sjns considérer si elle donnait ou non la mort, no son^eani qu'à se délivrer ,e]le Ten frrppa d^ns le fl ;nc. D'un mouvement avssi prompt , il lui saisit le poignet. « Abominable traîtresse! ceci te vaudra un surcroît de cliâtiment. » Et il la jeta contre terre , où elle demeura étourdie du coup , et privée de sentiment.
L'arme n'avait pas pénétré; mais la vue de son sang répandu par r*ne femme, alluma tellement la rage de Soulis, que si Tétat d'insensibilité où était Hélène ne lavait préservée^ il aurait peut-être frappé un coup qui, en lui ôtant la vie , l'aurait mise a l'abri de ses outrages. Il appela Macgrégor. Les deux hommes entrèrent; mais ils iressaillircnl^ quand ils le virent tenant sa dague , et devant lui Hélène , couverte de sang , et avec toutes les apparences de la mort.
Macgrégor, qui avait joué le rôle du chevalier écossais, fut le premier qui parla; d'une voix tremblante , il demanda pourquoi il l'avait tuée.
Soulis fronça le sourcil. « Voyez ^ dit-il, cette blessure; ce beau démon que vous regardez avec tant de compassion, a attenté à ma vie; c'est ainsi qu'elle reçoit mes faveurs, que tant d autres de son sexe orgueilleux recherchent envain. »
LES CHEFS ECOSSAIS. i85
« Milord, ce d t i.^i'tre iionirae^ » je ue m'attendais pas à ce traitement pourîafilledu comte de Mar. »
« Lâche Ecossais, « repondit Soiilis, » quand vous avez conduit dons ce désert, et remis dans mes bras une femme , vous n'avez pas du vous attendre que je la traitasse coi ame une vestale, et que je visse en vous autre chose que le servile ministre de mes plaisirs. Avisezvous à l'avenir de jtiger mes actions , et je ferai connaître partout votre infamie. »
a Ce langage, lord Soulis !,.... répliqua cet homme agité et balbutiant.... v maisvousm'avez mal compris, mon intention n'était pas de vous faire un reproche. »
« Tant mieux pour vous : » et, se détournant de lui avec dédain , il écouta Macgrégor, qui penché sur Hélène , et lui tenant la main, observa que le pouls battait encore. « Imbécile, « dit Soulis, croyez-vous donc que je veuille perdre si promptement ce que j'ai eu tant de peine à acquérir? Appelez voire femme, Macgrégor j elle s'entend a faire revenir les filles de ces évanouissemens, et elle fera comprendre à celle-ci, qu'il sera très-prudent à elle de se soumettre à jna volonté. »
Macgrégor obéit; et pendant que son camarade mettait une bande sur le front d'Hélène qui saignait, Souhs , lui-mcme, apporta des fers qu'il lui mit aux mains et aux pieds. « Hau
i84 LES CHEFS ECOSSAIS.
taiae demoiselle. » dii-il, en la considérant d'un air triomphant, « ne vous flattez pas que les bras de Soulis seront vos seules chaînes : en voici qui vous tiendront à mes pieds; et j'aurai soin qu'il n'y ait plus sous votre main de poignard pour retarder ma vengeance. »
La femme de Macgrégor entra. « Marguerite , chargez-vous de cette dame ; faites - la revenir de son évanouissement; et tandis que je faispréparer une litière pour la transporter, conseillez-lui de témoigner plus de reconnaissance à un amant aussi fidèle. «
Marguerite promit de se conformer à sa volonté, mais elle exprima sa surprise à la vue des fers. Soulis lui dit que son devoir était d'obéir, sans faire d'observations; et il sortit, la laissant seule avec Hélène. En reprenant ses sens, par les soins de Marguerite , Hélène ouvrit les yeux, et vit une personne de son sexe. Elle conçut de l'espérance; mais lorsqu'elle voulut étendre ses mains suppliantes, elle Sentit qu'elles étaient attachées, et ^lle entendit le bruit de ses fers. « Pourquoi suis-je ainsi ? » demanda-t-elle ; et se rappelant quelle avait frappé Soulis de sa dague, elle ajouta : « est-ce que lord Soulis est mort ? >»
«Non.milady,mon mari m'a dit que la blessure étaitlégère; mais avec ce doux visage com, ment avez-vous eu le cœur de vouloir tuer ce brave seigneur, qui est si amoureux de vous ?«
K Vous êtes donc à lui ? » s écria ia malheureuse Hélène , en se tordant les mains. « Oh ! comme je suis entourée ! quel sera mon malheureux sort ! Sainte Vierge, appellemoi à toi I 55
« Que le ciel vous préserve de refuser d'être la dame favorite de notre hrave maître ! il y en a beaucoup aux environs du château de l'ermitage, qui sy traîneraient sur les genoux , pour obtenir le bonheur que vous rejetez, j»
« Le bouheui ! » s'écria Hélène au désespoir. « Oh ! je ne puis le connaître, tant que je ne serai pas rendue à mon père , tant que jô ne serai pas affranchie du pouvoir de Soulis. Rendez-moi la liberté; aidez-moi à m'écbapper, et la moitié de la foi lune du coiule de Mar sera votre récompense. «
« J'aimerais autant me jetter dans 1 huile bouillante, « répondit cette femme. « Mou ïnaître me ferait brûler sur-le-champ , et tuerait mon mari, s'il croyait que j'eusse seulement écouté une semblable proposition. INon, miladj, vous ne reverrez jamais votre père ; car aucune de celles qui entrent dans i'ermiiage de mon maître, ne désire plus d'en sortir. »
ce L'ermitage! » s'écria Hélène, se relevant
avec effroi ; mais dans son mouvement , les
chaînes embarrassèrent ses pieds , et elle
lonibasurMarguerite.K Dieu de miséricorde! »
i86 LES CHEFS ECOSSAIS.
s'écria-t-elle^ fondant en larmes, « prends pitié de moi, ne permets pas que j'entre dans ces exécrables murs. »
« Ils sont assez effrayans sans doute, » reprit cette fejnme^cc mais non pas pour vous. Mon jnaître m'a dit, lorsqu'il m'a amenée ici , pour vous servir , que vous commanderiez à l'ermitage comme si vous éiiez sa femme légitime, et que pour vous , il renverrait toutes les autres jeunes demoiselles. Oh! pour celles-là, qui ont perdu l'amour de leur maître , il leur est permis de maudire les murs qui ont été témoins de leur chute. Mais vous , charmante dame, vous y serez reine: mon maître n'aura de volontés que les vôtres; et vous aurez lieu de bénir le château de Soulis , bien loin de le inaudire. «
« Lui , et tout ce qui porte son nom, est horrible à mes yeux , » répondit Hélène; « je déteste son amour, et redoute sa haine. Bonne femme 1 ayez pitié de moi; si vous avez une fille dont l'honneur vous soit cher^ voyez-là en moi , et laissez vous toucher de compassion. Ma vie est en vos mains ; car je jure devant le trône où est assise la toute pureté ^ que Soulis me verra morte avant de me voir déshonorée ! »
« Pauvre jeune dame ! « dit Marguerite , la regardant avec commisération, « j'aurais pi te de vous si j osais j mais, je vous le répète, ma
vie, celle de mon mari et de mes eufans qui sont a présent à l'ermitage , seraient sacrifiées à la rage de lord Soulis. Il faut vous résigner à sa volonté. «Hélène croisa les mains sur sa poitrine 5 dans un muet désespoir ; Marguerite continua : « et quant à vos lamentalions pour rejoindre votre père, s'il n'est pas votre ami plus que ne Test votre mère, vous auriez grand tort de vous tourmenter pour lui. «
Hélène la regarda avec effroi. « Ma mère! que dites-vous d'elle? Parlez: c'est son cachet qui m'a trahie et livrée à ces horreurs. Elle ne peut avoir consenti.... Non! quelque scélérat.... parlez : qu'avez-vous à me dire de ma mère? »
Marguerite, sans prendre garde à l'agitation d'Hélène , répondit froidement qu'elle avait appris de son mari, qui était le domestique de confiance de lord Soulis, que c'était à lady Mar que celui-ci avait Tobligation de savoir qu'Hélène était à Bothwell. La comtesse Bvait écrit à son cousin, lord Buchan, zélé partisan des Anglais^ qui était allé passer quelques jours avec lord de Valence à Dumbarton. Dans sa lettre, elle engageait lord Buchan à imaginer quelque moyen de surprendre le château de Bothwell, le lendemain, sans que lord Mar put se douter qu'elle fût dans le secret: mal conseilé dans ce jnomeut, il la
j38 LES CHEFS ECOSSAIS.
hlàmcraild'iuic cliosequ Vile n'en ireprenniiqutf ;[ arce quelle y était fondée par sa sollicitude pour son miiri et lady HJlone , et par le sentiment de son devoir . nveis le roi Edouard , protecteur de ses plus proches panns. La comtesse racontait comment lord Mar sétait laissé persuader de faire des levées d'hommes^ pour envoyer des secours au malheureux proscrit, sir William Wallace, qui, avec sa petite troupe, était retiré dans les cavernes de Cart— lane.
Quand cette lettre arriva , lord Soulis était à tahle avec les deux autres; et BuchanTavaut communiquée à de Valence, qui avait la confiance du roi Edouard , ils délibérèrent ensemble sur le parti qu'il y avait à prendre. Lady Mar priait son co:isin de ne pas se montrer lui-même dans cette affaire , pour la mettre à l'abri de tout soupçon de la part de son mrri. Elle assurait que celui-ci n'armait ses vassaux par aucun sentiment déloyal envers le roi d'Angleterre^ mais uniquement à l'inst gation de Wallace , auquel il se croyait lié par la reconnaissance. Elle traita l cette idée de romanesque, et l'avis venant d'elle, elle espérait que lord Mar n'en éprouverait aucimes conséquences âcheuses, puisqu'elle ne le donnait que pour les préveuir. Pour conduire l'affaire avec tout le secret possible, elle proposait que lord Soulis , qu'elle savait être
à Dumbarton^ prit le commandement de deux ou trois mille hommes , marchât sur Bothwell, le lendemain matin, et se saisît des trois cents Écossais qui étaient prêts à partir pour les montagnes. Elle ajoutait que sa fille était au château , et qu'elle espérait que cela engagerait lord Soulis a prendre les plus grandes précautions pour la sûreté de lord Mar, et à s'assurer ainsi de la main de la personne qui était en possession de son cœur.
Les plus importantes recommandations de lady Mar demeurèrent sans effet, parce que lord de Valence fut, ainsi que Soulis, mis dans le secret. Ce seigneur anglais dit qu'il ne remplirait pas son devoir envers son souverain, s'il ne se mettait pas lui-même ^ la tête des troupes destinées à étouffer une si dangereuse conspiration; et Soulis, satis ait d*y aller à tout prix, se contenta de l'honneur d être son second.
Lord Buchan consentit aisément a Tarrestaliou du comte , parce que de Valence le flatta qu'Edouard le mettrait en possession des ])iens de lord Mar , qui seraient sûrement confisqués. Hélène gémit a cet endroit de la narration; mais, sans y faire attention, Marguerite continua à raconter qu'après la prise de Boihwell , la comtesse et Hélène avaient d'abord dû être conduites à un château situé près de Glasgow , et apparlenant à Soulis 5
niais qu'Hélène ajaut disparu, ce vil Écossais conçut le soupçon que de Valence avait obtenu de la comtesse de la lui remettre. 11 pensait qu'une femme qui avait pu livrer une fois sa fille, était bien capable de se laisser acheter une seconde fois et de répéter ce crime; et, plein de cette idée , il accusa le seigneur anglais de trahison. Celui-ci repoussa l'accusation avec véhémence ; et après une vive altercation , Soulis partit arec quelques gens de sa suite, disant que, dans son indignation, il allait se retirer à Dunglass ; mais en effet il alla rôder aux environs de Bothwell. De là, il vit le lieutenant de Cressingham prendre possession du château au nom du roi. Un déserteur de Sa troupe tomba , quelque temps après , dans les mains des gens de lord Soulis , et réclama la protection de celui-ci , qui eut avec lui une longue conversation. Elle fut interrompue par l'arrivée d'un de ses espions; il amenait avec lui une jeune paysanne des terres du couvent de Saint-Fillan, qu'il avaif trouvé moyen de faire jaser. Elle assurait qu'une jeune damp, extrêmement belle, et qui ne pouvait être autre que lady Hélène , était cachée dans le monastère.
Lord Soulis, enchanté de cette découverte, causa long-temps avec le déserteur. Il se détermina à enlever Hélène , et à la conduire à l'ermitage , tifin que Teloignement de Téviot-
dale , où ce château était situé , rendît sa délivrance plus difficile. Son plan fut fait en conséquence: il envoya chercher a Dunglass la femme de Macgrégor , et une litière. « Pendant qu'on y allait,» continua Marguerite , « mon mari et l'étranger , équipés, l'un en chevalier écossais , Vautre en chevalier auglais, (car mon maître , qui fait souvent de ces tours, ne marche jamais sans un coure plein de différens costumes) , se rendirent à Saint-Fillan, munis du cachet de lady Mar , qu'elle avait envoyé avec sa lettre au comte . son cousin. Ils espéraient que ce gage inspirerait au prieur et a vous une entière confiance. Vous savez le conte qu'ils vous ont fait ; et son succès prouve que mon maître n'est pas maladroit dans ses inventions. »
iga LES CHEFS ECOSSAIS.