CHAPITRE IL
L/'obscuritÉ était profonde : Wallace , réfléchissant à ce qui s'était passé avec Monteith, et au peu de probabilité qu*un héros , en affranchissant son pays , acquît le droit de dévoiler le mystère dont il était dépositaire^ continuait sa route. En passant le pont de Lanerk, il aperçut les premiers rayons de la lune sur le sommet des collines : ses pensées se portèrent alors sur un sujet plus doux. C'était le moment qu'il avait indiqué à Marie , pour celui de son retour , et il avait encore cinq milles à parcourir avant d'atteindre la vallée d'Ellerslie. Il se peignait Marie seule , et comptant , peut-être en murmurant , les minutes de son retard. Il oublia l'Ecosse et ses malheurs , et se livra tout entier à l'idée de celle dont le bonheur lui était plus cher que sa propre vie. Délivrer lune . n'était pas en son pouvoir : il mettait satélcitéà conserver la tranquillité de l'autre. Donnant de Téperon à son cheval , à la clarté de la lune qui s'élevait , il traversa la ville au galop.
Au détour d'une rue qui descend vers le bord de la Mouse , des cris de meurtre frap-
pèrentsoii oreille. Il arrÔLa sou cheval , écouta, et recounut au clioc des armes , que ce bruit sortait d'une allée sur la gauche. Il mit pied à terre , et tirant son épée , en jeta le fourreau , (prophétique présage); puis, laissant son cheval à un de ses domesti(|ues, il marcha, suivi des trois autres, vers le lieu de la scène.
Là , il vit deux hommes velus à lécossaise, adossés à lamuraille,et assaillis par une troupe de soldats d'Edouard, qui, pleins de furie, frappaient sur eux et d'estoc et de taille. A cette vue, les Ecossais de la suite de Wallace furent si indignés, que, donnant de leurs cors (i) pour encourager leurs compatriotes, % suivant leur brave chef, ils attaquèrent ces iDandits, et mirent chacun leur homme sur le carreau. ,
Ce secours inattendu ranima les forces de l'un des deux Ecossais qui s'élança de la muraille avec la vigueur d'un tigre; mais dans ce Moment , il reçut , par derrière, ime blessure qui Tauiait fait toiuber dans les mains de sesi
(i) Ces cors, eu nsnge parmi les guerriers d'alors , et particulièrement parmi les montagnards écossais , étaient proprement ce que nous nommons cornels à bouquin , et le mot anglais , tantôt hui^le , tantôt hom, serait mieux traduit par celui de cornet : celui de cor plus noble, a été préféré, (juoique moins exact. Cette petite note a paru nécessaire, parce que le mot revient fouvent dans le cours de l'ouvrage. { Note du truduc" leur ).
(ennemis, si Wallace, qui avait pénétré jusqu'à lui, ne Tavait souteuu de son bras gauche, tandis que du droit il lui ouvrait le chemin , en criant à ses gens, qui combaitaient près de lui, « à la vallée ! » En disant cela^ il jeta l'étranger , blessé et évanoui par la perle de son sang , dans leurs bras ; en même temps, l'autre tomba couvert de sang, en criant: ce Sauvez, sauvez mon maître ! »
Deux des domestiques obéirent , et portèrent l étranger, privé de sentiment, vers les clievaux ; mais le troisième j environné p^œ les soldats furieux, ne put les suivre. Wallace se fit passage pour le délivrer; mais bientôt il se trouva lui-même seul au milieu des assaillans : car ce domestique, déjà blessé, avant reçu dans le bras un nouveau coup qui le mit hors de combat, son maître lui ordonna de clierclier son salut dans la fuite, et de Tabandonner à ses forces et à la Providence. Un des assassins , au moment où le mallieurcux domestique allait se retirer , lui portait un coup qui aurait séparé sa tête de son corps, si la fidèle épée de Wallace n'eut , du taillant, rabattu Tarme de ce lâche, et de la pointe, plongé dans sa poitrinv?. Il tomba , vomissant des imprécations et criant vengeance.
D'épouvantables clameurs s'élevèrent alors de cettebaude d'assassins. «Meurtre ! trahison ! Arlhiu: Heselrigge est tué. « Le tumulte devint
^o LES CHEFS ECOSSAIS.
général. Les feue très des maisons voisines furent ouvertes brusquement; on sortait de toutes ks portes , les uns armés , les autres sans armes ; on s'empressait , on s'enquérait du sujet de cette alarme. Wallace allait être accablé; cent épées éclataient àla lueur des torches 5 et se dirigeaient contre lui ; mais au moment où il s'attendait à les voir plonger dans son sein , la terre manqua sous ses pieds; il fut englouti , et se trouva dans la plus profonde obscm.ité. A l'odeur , il reconnut qu'il était tombé sur un amas de genets; et jugeant que le poids de tant de gens réunis avait enfoncé une voûte , et qu'il était dans une cave, il se remit sur ses pieds : à travers l<?s imprécations des mialheureux engloutis avec lui , et tombes moins heureusement, il marcha doucement vers une porte entr'ouverte , et qu'une faible lueur , venant d'un passage intérieur , lui fît discerner. La cave retentit d'un cri général , quand on le vit éteindre cette lumière; mais aucun d'eux n'était en état de le suivre. Wallace sentit son danger, traversa, avec la vitesse d'un cerf, la pièce voisine ; et, franchissant la fenêtre , se trouva dans la campagne au pied des collines de Lanerk.
Les cris des soldats , furieux de ce qu'il leur était échappé , frappèrent long - temps son oreille, se confondant, à mesure qu'il s'éloignait, en un rauque murmure. Il poursuivit
LES CHEFS ECOSSAIS. 5i.
son chemin le long de la vallée , et , passant la rivière , il gagna les rochers qui bordaient le jardin d'Ellerslie. De la pointe la plus voisine , il s'élança au milieu d'un bosquet de chèvrefeuille. C'était le berceau favori de Marie I Ce doux parfum lui fut un gage de paix , un présage de sûreté 5 et, se dégageant de ce bois odoriférant dans lequel il était enlacé , d'un pas plus tranquille , il marcha vers la maison. A travers une porte ouverte, il vit sa bieu^aimée , qui ^ vêtue d'une robe blanche, était penclice sur un lit, où reposait la personne qu'il avait sauvée , et dont Halbsrt pansait les blessures.
Wallace s'arrêta un moment pour contempler cette femme chérie, que cet acte de charité rendait encore plus aimable. Ses belles mains présentaient une coupe à la bouche de l'étranger , et ses longs cheveux dénoués mêlaient leur jais ondulant aux boucles argentées du vieillard.
« Marie 1 » s'écria Wallace dans le ravissement. A cette voix bien connue , elle leva la tête 5 et, jetant un cri, elle se précipita dans sesbras , baignée de pleurs , et le serrant contre sa poitrine. C'était la première fois qu'elle avait été séparée de son époux 5 elle avait craint que ce ne fût à jamais. L'heure, le combat, Péiranger sanglant! mais il était de retour ; il était sain et sauf! « N'est-ce point un songe ?
€t te revois-je ici ? » Du sant^ coula du front de son mari , sur sou visage et sur sou sein. * O mou Wallace ! » s"écria-t-elle en agonie. « Ne vous effrayez pas, mon amie ! ce n'est qu'une très -légère blessure : tout va hien^ puisque cet étranger est en sûreté. »
« Mais votre sang coule ! « reprit-elle. Les larmes n'embarrassaient plus sa voix. La terreur avait suspendu le torrent de la joie ; il lui semblait que sa vie s'échappait avec le sang de la blessure qu'elle cou temp' ait.
« J'espère que mon libérateur n'est pas dangereusement blessé? )■) demanda l'étranger.
« Oh ! non , « reprit \N allace , en écartant les cheveux de son front: « c'est peu de chose. » Il vil , à la contenance de sa femme , que la plaie était plus grande qu'il ne l'imaginait 3 la pâleurdelamort étaitsur son visage. « Marie,» dit-il, « pour vous convaincre que vos craintes sont sans fondement , vous allez me panser vous-même, et sans autre appareil que votre ceinture. »
Quand lady Wallace vit cette gaîté , accompaiTuée dun scurire qui n'avait rien de forcé , elle reprit courage, else rappelant la profonde blessure qu'elle venait de panser avec Ealbert, 5ans alarmes pour la vie de l'étranger , elle commença à se rassurer. Halbert ayaut versé du baume sur la blessure, Marie se prépara à y appliquer un bandage j mais quand elle sou-
leva de dessus la tempe ces clieveux, dont les tresses dorées , flottant sur un beau front , avaient été si souvent l'objet de son admiration; quand ses doigts touchèrent le sang , un nuage obscurcit ses yeux, elle s'arrêta un moment; mais recueillant ses forces , et ses inquiétudes se , dissipant à la voix de son mari , qui causait gaiment avec son hôte , elle continua ; et , dérobant un doux baiser sur sa joue, en finissant, elle s'assit, encore tremblaute , a son côté.
«Généreux Vvailace ! c'est Donald, comte de Mar, qui vous doit la vie , » dit l'étranger.
« Que béni soit mon bras , » s'écria Wallace dans un transport de surprise et de joie , « qui a sauvé une vie si précieuse à mou pays! »
« Qu'il soit en effet béni , » dit lord Mar ! « car cette nuit, il a fait sentir aux Southrons (i) qu'il y a encore en Ecoss3 un homme qui ne craint pas de résister à l'oppression et de punir la perfidie. »
« Perfidie! quelle perfidie? « demanda lady Wallace, qui toujours alarmée pour la portion de son être, qui , de beaucoup , lui était la plu* chère, rapportait tout a Wallace. » Y en a-t-il qui menace mon mari ?
(i) Southrons et Snxons étaient los noms que les Ecossais donnaient alors communément aux armées d'Edouard, composées en jjrande partie dTrlaudais^ «iu Gallois et d'éliangcrs.
a Pas plus sir William Wallace , que toui autre brave Écossais , » répliqua le comte ; « mais nous voyons tous Toppression de notre pays , nous savons par quelle trahison il a été subjugué; et cette nuit, j'ai éprouvé les effets de l'une et de Pautre. Heselrigge, le gouverneur anglais de Lanerk , a envoyé un détachement au château de Bothwel , où je suis à présent avec ma famille, sous le prétexte que son propriétaire étant rebelle à Edouard , et retiré dans les montagnes, la visite en devait être faite au nom du roi, et les papiers saisis. Me considérant comme le représentant de mon beau-frère , et supposant que ce pouvait être une bande de maraudeurs sans aveu, j'ai refusé de recevoir ces soldats, et je les ai vus s'éloigner , en jurant qu'ils reviendraient le lendemain plus en force , prendre le château d'assaut. Pour m'assurer du lait, et me plaindre d'un tel acte de tyrannie, s'il était vraiment projeté j j'ai suivi le détachement à Lanerk. »
« J'ai vu Heselrigge. Il a avoué la chose ; mais intimidé par le crédit qu'il me suppose dans le pays , il a consenti à épargner le château de Bothwel^ tant que j'y demeurerais avec ma famille. 11 était presque nuitquand j'ai pris congé ; je traversais la grande salle , pour rejoindre mes gens dans la cour^ lorsqu'un jeune homme m'a accosté ; je l'ai reconnu pour l'officier qui commandai tie détachement que j'a-
vais renvoyé. Hcselrigge m'ayaiit dit qu'il était son neveu , je n'ai fait aucune difficulté de rentrer avec lui chez son oncle, qui avait , dit-il, oublié de me communiquer quelque chose d'important. J'ai suivi ses pas : mais au lieu de me conduire dans la chambre où j'avais conféré avec Keselrigge , il m'a mené par un passage obscur à une peiite pièce, où il m'a tout-à-coup laissé , me disant que son oncle allaitm'y joindre; et je n'avais pas eu le temps de prendre une résolution , que j'ai entendu fei?mer les verrons: sur moi. »
« J'ai jugé que j'étais prisounier 5 et, alarmé sur le sort de ma famille sans défense, j'ai fait de prodigieux, mais vains efibits j pour enfoncer la porte. Le bruit n'attirait personne: j'étais dans une situation d'esprit difficile à décrire , quand j'ai entendu tirer les verroux. Deux hommes sont entrés, tenant des menottes; ils ont voulu me saisir, en disant que j'étais prisonnier du roi Edouard. J'avais , par précaution, déjà tiré monpoignardj m'attendant à quelque violence ; j'ai blessé un de ces hommes , et , terrassant Taulre , je me suis frayé chemin à travers je ne sais quels passages, et je me suis trouvé dans une rue, sur les derrières de la maiscn du gouverneur. En m'élançant hors de la porte, j'ai heurté et reconnu mon domestique Neil ; je lui ai dit de rer Tépée et de me suivre. En marchant pré-
cipîtamment , il m'a dit que , pour oLfierver 1^ temps , il venait de sortir de la salle , où le reste de mes gens tn'attendaient , étonnéi et inquiets de mon retard. »
« Me réjouissant de mon évasion , et redoutant tout de la visite d'Heselrigge et de ses scélérats à Botliwel , je marchais à grands pas au secours de ma famille, quand, à langle dune rue qui conduit à la route de Botliwel , nous avons été assaillis par une troupe de ^ens armés. A la clarté de la lune, je les ai reconnus pour des Soutlirous, et j'ai vu le jeun© Heselrigge à leur tête. »
« Coquin ! » m'a-t-il dit en levant sur ma tête sa hache d'armes ; « tu m'as échappé une fois , mais celle-ci tu mourras. Le pillage de Botlnvel; mes enfans ! « s'adressant à ses soldats; « expédiez son maître , et tout est à vous, à l'exception de la belle Hélène. j>
c< En cet instant, toutes leurs épées se tournent contre moi : je reçois plusieurs blessures ; mais Vidée de ma fille me donnant une force surnaturelle, je me défends contre la mon qui me menace, jusqu'au moment où les cris de mon domestique mourant , appellent mon l)rave libérateur. Mais tandis que je suis ici à l'abri, peut- être mon perfide assassina marché à Bothwel , où il se livre aux horribles violences qu'il méditait. Ma fille n'a là , pour sa défense , ^ue quelques domestiques , l'épée de mon
tES CHEFS ECOSSAIS. 3/
jeune neVeu , encoie novice au métier des armes, et les faibles mains de ma femme. »
« Soyez tranquille à cet égard 5 » dit Wallace , <c je crois que l'infâme chef de ces bandits est tombé sous mes coups ; les soldats ont proclamé la mort d'Arthur Heselrigge 5 et, se précipitant sur moi pour la venger , leur poids a rompu une voûte et ouvert le passage à mou évasion. »
a Sauvez-vous, mon maitre ! » cria un homme accourant du jardin; « sauvez -vous ! on vous poursuit ; » et il tomba couvert de sang aux pieds do Wallace. Celui-ci le reconnut pour l'honnête Bugald , celui de ses gens auquel il avait ordonné de fuir, et qui, faible et se traînant a peine , avait mis tout ce temps à regagner EUerslie.
Wallace n'avait eu que celui de le livrer aux soins d'Halbert, quand la voix de la guerre se fît entendre. On demandait à grands cris rentrée du château ; et un bruit terrible de lances et de boucliers qui se choquaient , dit au groupe étonné que le château était envi- X'onné de gens en armes.
et Le san^ pour le sang ! criait une voix horrible qui pénétra les sens de lady Marie, à moitié morte de frayeur. « Vengeance sur TVallace , pour le meurtre <£ Heselrigge ! »
« Fuyez ! fuyez ! » dit-elle à son mari à'un air égaré. — « Où ? » rt'poudit-il , la souie-
liant dans ses bras. « Est- ce l'instant de vous abandonner, vous et mon hôte blessé ? Il faut que je me présente à ces assaillans. »
« Pas à présent, » dit lord Mar ; « jugez par le bruit de leur nombre. Entendez ces clameurs 5 ils ont soif de sang. De grace, fuyez ! Si vous aimez votre femme, si vous avezquelque égard pour moi, ne perdez pas un moment.
Encore « Le bruit redoubla , la cliambre
se remplit de femmes éplorées àdemi-vêtues; c'étaient celles de lady Wallace. Elle étaitex-. pirante sur le sein de son mari.
(c O milord ! qu'allons-nous devenir ? » criaient ces femmes épouvantées , en se tordant les mains. « LesSontlirons sont à la porte ! nous sommes perdues. »
« Ne craignez rien , » dit Wallace; retirezvous dans vos chambres; ils n'en veulent qu'à moi , on ne vous fera point de mal. » Un peu calmées par cette assurance, elles se retirèrent; et Wallace s' adressant au comte qui le pressait encore de fuir, répéta qu'il ne consentirait pas à laisser sa femme dans ce tumulte. K Je vous conjure de me quitter, lui dit-elle, articulant à peine. « Quittez-moi, ou vous allez me voir mourir l «
Comme elle parlait, un grand fracas, mêlé d'imprécations , se fit entendre. Trois des gens de Wallace entrèrent dans la chambre , hors d haleine ; deux assaillans étaient grimpés aux
LES CHEFS ECOSSAIS, 3g
fenêtres de la salle; ils avaient été rejetés sur les rocliers : l'un d'eux était tué. « Cachezvous, » dirent les Ecossais à A¥allace : Dans peu d'instans , vos gens ne pourront plus défendre la porte. «
« Oui: mon cher maître, » dit Halbert, v le puits qui est à sec, au fond du jardin, sera pour vous une retraite sûre »
« Par votre amour pour moi , par tout ce que vous devez d'affection à votre grand - père^ Wallace écoutez-moi ! » dit lady Marie tombant à ses pieds etpressant ses genoux. « C'est pour ma vie que je vous implore, en vous conjurant de conserver la vôtre ! Ayez pitié des cheveux blancs de sir Ronald, que votre mort prématurée précipiterait au tombeau ! Ayez pitié de votre enfant que je porte dans mon sein ! Fuyez Wallace, si vous voulez que je vive ! »
« Ange tutélaire ! y) s'écria Wallace en la pressant contre son coeur, « je t' obéis. Mais si , ua de ces scélérats osait porter sur toi une main sacrilège !....»
« Ne le craignez pas , mon cher maître , » dit Halbert; « c'est vous qu'ils cherchent: ne vous trouvant pas , ils seront trop ardens à vous poursuivre, pour perdre du temps à tourmenter milady. Je la défendrai de toute insulte , au péril de ma vie. «
« Je serai sans danger, » dit Marie, «pour-
Ao LES CHEFS ECOSSAIS.
vu que vous partiez d'ici ! l'ant que vous y êtes, leurs clameurs me font mourir. »
tf Mais lu viendras avec moi, le puits est assez spacieux pour nous recevoir tous; et qu'avimt tout, Halbert et ces bonnes gens descendent le comte dans notre refuge. Il est la première cause de ce tumulte; s'il était découvert, il serait sacrifié. M
Lord Mar y consentit; et pendant que les efforts des assaillaiis redoublaient et menaçaient les murs de destruction, ou porta le comte dans le jardin. Wallace et sa femme le suivirent. On le descendit dans le puits : on allait ceindre la corde à Wallace, parce que sa femme voulait qu'il descendît avant elle , quand il fit réflexion que le cofîVet, qui était toujours à son côté, pourrait blesser le comte. Il le détacha, en disant à son fidèle Halbert qu'il contenait des choses très-précieuses, et qu'il voulait le voir descendre avant lui. Lord Mar , au fond du puits , le détachait de la corde , quand on entendit un cri général de triomphe. Un parti de soldats anglais, ayant tourné le château , avait gagné le sommet d'un rocher, et de là franchi les murs du jardin, et n'était plus qu"à quelques pas du puits. Il m'était phis posL-il)le à Wallace de descendre, te Cet ai'bre ! dit tout bas Marie , montrant un grand chêne. Elle se détacha doucement de son bras 5 et avec le vénérable Halbert, qui la
prît par la main , elle disparut dans le bosqiieè voisin. Les deux domestiques se sauvèrent de leur côté.
Wallace demeura seul , et bieaiôt tel que l'aigle de ces contrées , il plongea ses regards de la cime de l'arbre sur ses ennemis. Ils passèrent sous lui , criant : « Fengeance sur VaS" cassin d'Artliur Heselrigge ! « L'un d'eux qui , à l'éclat de ses armes, paraissait être leur chef, s'arrêta au pied de l'arbre , pour se remettre un moment de la douleur d'une entorse , qu'il s'était donnée en franchissant le mur. Les soldats l'entourèrent; mais il leur ordonna de le laisser, de suivre leur devoir , de faire la visite de la maison , et de lui amener VYallace , mort ou vil.
Ils obéirent : en même temps d'autres soldats , qui ét;^ient déjà entrés dans la tour, la porte principale ayant été enfin forcée, accoururent vers leur chef, disant qu'on ne pouvait trouver le meurtrier.
« Mais voici une belle dame, » dit l'un d'euv, « qui , peut-être , nous en donnera des nouvelles. « Et Marie parut avecHaibert, au milieu d'une troupe de soldats , qui portaient des torches allumées. Malgré son extrême pâleur , la beauté de ses traits, le calme et la dignité de s jn regard, frappèrent rotlicier de respect et d'admiration.
« Soldats, tenez-vous en arrière, k dit-il eu 1. 'J.-^
if2 LES CHEFS ECOSSAIS.
s'approchant de lady Wallace. « Ne craignez rien^ madame, v Comme il proférait ces mots^ une décharge de flèches traversa le feuillage de Tarbre. Un cri perçant échappa à Marie. Ah ! le faucon de milady , « s'écria Halbert , » alarmé pour son maître. Il s'était aperçu qu'une agitation des branches de l'arbre avait excité un vague soupçon dans un corps d'archers, qui, dans le premier mouvement, avaient fait cette décharge. L'exclamation d'Halberl , qui expliquait et le mouvement des branches et le cri de Marie , fut merveilleusement secondée par un gros oiseau, qui fit entendre son cri , en s'élevant de l'arbre , et s*enfuyant à tire-d'ailes.
Le silence ayant succédé, Marie se flatta qu'aucune flèche n'avait atteint son mari , et se tourna vers Tofficier d'un air plus composé. Elle reprit encore plus de courage, lorsqu'elle entendit cet officier réprimander sévèrement ses archers d'avoir osé tirer sans son ordre. S'adressant ensuite à elle , il lui dit : « Je vous demande pardon, madame , et de l'alarme que ces têtes chaudes vous ont donnée , et de la violence dont ils se sont rendus coupables ,en amenant de force, devant moi , une personne de votre sexe et de votre beauté. Si j'avaisétéinforméqu'jly eût ici unedame^ j'aurais donné des ordn s pour prévenir cet outrage. Je suis envoyé à la recherche de sir William
Wallace, qui, en attaquant et tuant le neveu du gouverneur de Lanerk , s'est mis dans le cas de la peine de mort . Le fourreau de son épée , trouvé à côté d'Heselrigge , dépose qu'il est le coupable. Indiquez-moi où nous pourrons le trouver ; et non seulement vous serez mise en liberté , mais la faveur du roi Edouard sera la récompense de votre fidélité. »
— « Je suis la femme de sir William Wallace, » répondit Marie avec fermeté, « et je ne comprends pas en vertu de quelle autorité vous le cherchez et le déclarez coupable. »
— « Par l'autorité des lois quil a violées , madame. » — « Quelles lois ? Sir William Wallace n'en connaît point d'autres que celles de Dieu et de son pays ; il n^a transgressé ni les unes ni les autres. »
— « Il a assassiné, cette nuit, dans les rues de Lanerk , Arthur Heselrigge ; et cet attentat le condamne , d'après la dernière déclaration du roi Edouard : Tout Ecossais qui maltraitera un soldat anglais , en garnison dans les villes d'Ecosse , ou un des ojjiciers civils , sera , pour ce crime , puni de mort. »
r— « C'est une loi tyrannique, à laquelle aucun Ecossais né libre ne se soumettra 5 mais quand elle serait reconnue par mes concitoyens , elle ne pourrait dans ce cas être appliquée à mon mari. Il fait gloire détre Ecossais; ce n'est pas de ce qu'il a maltraité un
officier anglais dans Laiierk , que je me glorifie; c'est de ce que voyant deui hommes sans secours, assaillis par une troupe de soldats armés, il a exposé sa vie pour les défendre. L'un de ces hommes est mort couvert de hlessures. Si le neveu du gouverneur a aussi perdu la vie , c'est la juste punition dun comhat aussi inégal ^ et nu un crime de sir William Wallace , qui Ta tué pour sauver un fuihle vieillard, sur lecpiel centépées auglaiscs étaieui levées. »
L'officier se tut un moment , ordonna à se» soldats de se retirer : et , quand ils furent assez éloignés , il voulut prendre la main de lady Wallace qui évita son mouveiuent, avecunair de réserve , en lui disant : « Parlez , mocsieur si vous avez quelque chose à me dire, ou permettez moi de me retirer. »
-., « Mon intention n'est pas de vous offenser^ madame : je respecte cette noblesse 5 et si Javais une femme aussi aimable , j'espèie qu'en semblable circonstance, elle défendrait de la même manière ma \ieet mou honneur. J'ignorais les particularités de Taflaire d'flesclrigge ; c'est de votre bouche que je les apprends. Je le» crois aisément; car son inhumanité m'était connue. Wallace est Ecossais; il a agi en Ecosse , comme Gilbert Hambledou l'aurait fait enAnglcterre, s'il était possible que quelque vilélraugery vînt metre le pied sur la
gorge d'un de ses cornpatiiotcs. En quelque lieu que vous ayez caché votre mari , que ce soit un asile éloigné , jusqu'à ce que la rage du gouverneur soit apaisée. A présent, nulle retraite , dans l'étendue de la juridiction de Lanerk, ne le mettrait à Tahri des reclierches d'un homme acharné à la vengeance, jî
Lady Wallace, pénétrée de reconnaissance de la générosité de cet officier anglais, l'exprima par quelques mots à peine articulés^ et plus intelligibles par le ton que par le sens. Hambledon continua, « J'emploirai tout mon crédit auprès dHeselrigge , pour obtenir que l'intérieur de votre maison soit respecté; mais, suivant le cours des opérations militaires ^ il me sera impossible de vous éviter le désagrément d'une garde , qui sera placée , demain matin, autour de ce domaine. Je sais que cela est projeté pour intercepter le retour de si* "William Wallace chez lui. »
ce Plut à Dieu qu'il fut en effet bien loin « dit en elle-même lady Wallace. L'ofhcier ajouta: « Cependant, vous allez être, des-àprésent, débarrassée de mon détachement ; je vais rappeler mes gens d'une recherche dont ils doivent avoir recoimu l'inutilité , et vous laisser , madame , prendre du repos. Il fit signe à ceux qui avaient saisi Halbert d approcher. Ds avancèrent avec leur prisonnier. Il leur ordonna de le lui laisser , et de fair©
rappeler. Le trompette oLéit , et bientôt tous le détachement lut réuni devant son commandant.
« Soldats ! » leur dit-il , « sir William Wallace nous a échappé. Reprenez vos chevaux , afin que nous retournions à Lanerk , visiter l'autre côté de la ville; parlez, je vous suis. »
La troupe obéit^ laissant sir Gilbert Hambledonseul avec lady Wallace, et Halbert étonné. Le brave jeune homme prit alors la main delà reconnaissante Marie, qui ne la retira plus, et qui avait été tremblante durant le temps où tant dennemis mortels de son mari étaient l'assemblés sous l'arbre qui le cachait.
« Généreux Anglais , » dit-elle, quand l'arrière-garde du détachement fut hors de vue , « je ne puis assez vous remercier de vos nobles procédés ; mais si jamais vous étiez réduit , comme mon cher Wallace , à semblable extrémité, (et qui peut, durant cette époque de tyrannie, s'en croire à l'abri !) puisse celui qui vous a entendu celte nuit vous payer le tribut de ma reconnaissance ! »
ce Je vous remercie, madame, de votre prière , y> dit Hambledon. « Dieu est , en effet , le bienfaiteur du vrai soldat ; et , quoique je serve mon roi et obéisse à mes chefs , ce n'est que du Dieu des armées que j'attends ma récompense. Çuil me paie en ce monde y
LES CHEFS ECOSSAIS. 4j
par des victoires et des honneurs, ou qu'il appelle mon âme à lui par un coup dans ma poitrine , pour recevoir mes lauriers dans le ciel , Gilbert Hambledon sera également satisfait. Mais la nuit est froide ; je veux vous voir en sûreté dans votre appartement , et vous dire adieu. »
Lady Wallace se laissa conduire avec d'autant plus d'empressement , qu'elle venait encore d'entendre du bruit dans l'arbre au-dessus de sa tête. Hambledon qui n'y prit pas garde, dit à Halbert de le suivre , et entra avec Marie dans la maison.
Le fier et courageux Wallace no pouvant soutenir la vue de son domaine envahi par des soldats ennemis , et de sa femme ainsi amenée devant leur chef, allait braver tout danger, allait sauter à bas de l'arbre; déjà son pied était posé sur une des branches infé^ rieures , pour s'élancer, quand Hambledon s'adressa à lady Wallace avec tant de courtoisie. Il hésita, prêta l'oreille, et entendit, dans le ravissement , les réponses de sa chère Marie ; et quand l'Anglais ordonna à ses gens de s'éloigner , et donna des av. s si généreux pour la sûreté de celui qu'il venait saisir , Wallace eut peine à ne pas se livrer à la noble confiance qu'un si beau procédé lui inspirait , en paraissant et le remerciant sur-le-champ. Mais réfléchissant qu'il allait meure cet officier
4B LES CHEFS EGOSSAIF.
dans une situation irès-pénible, entre son devoir comme militaire, et son naturel bienfaisant, il renonça à cette idée ; cependant son agitation était telle, que le mouvement des branches renouvela les alarmes de sa treaiblante femme.
« O toute puissante vertu ! « s'écria Wallace en lui-même , « si tu pénétrais dans l'âme d'un conquérant usurpateur, bientôt les vaincus cesseraient de regretter leur liberté , et se plairaient à leur esclavage ! avec quelle facilité la noblesse de ce guerrier a éteint en moi cette ardeur de vengeance , qui me faisait souhaiter, en montant sur cet arbre, de pouvoir exterminer jusqu'au dernier soldat du détestable Edouard ! »
» Sir William ! mon maître ! » dit une voix bien connue, mais du ton de quelqu'un qui craint encore d'être entendu. C'était celle d'Halbert. « Répondez-moi, mon cher maître, êtes-vous sain et sauf? »
« Corps et âme ! « répondit Wallacç , se glissant le long de l'arbre , et tombant sur ses pieds; « une seule flèche m'a atteint, elle a frappé mon cor , et est tombée dans les ieuilles; mais je me hâte de rejoindre la plus chérie, la plus noble des femmes. »
Halbert le supplia d'attendre que la troupe fut plus éloignée. « Tant qu'elle ne sera j)as tout-à-fait hors de vue j je ne vuus croirai p: 4 en sùrelé. »
« N'entendez-Yoïis pas , » dit Wallace , « les pas des chevaux sur le revers des rochers? n'en est-ce pas assez pour vous tranquilliser, bon Halbert ? » Il vola vers la maison, et rencontra Marie qui venait de quitter Hambledon. Elle se précipita dans ses bras, où, dansPexcès de sa joie et de sou trouble , elle perdit connaissance. Son âme douce avait été trop fortement agitée , durant les scènes précédentes. Elevée dans le sein de la paix et de la tendresse , loin de tout tumulte , nul orage n'avait jusqu'alors assailli sa santé délicate , n'avait troublé sa sérénité. Quelle fut donc la violence du choc de cette nuit ? Son mari , poursuivi comme un meurtrier ! elle-mêm€ , traînée , la nuit en plein air , par des soldats sans pitié , pour la contraindre à livrer rhomme qu'elle adorait 1 Combien cela était nouveau pour elle! et quoiqu'une force, pour ainsi dire surnaturelle , leût soutenue dans cette épreuve; quand la nécessité immédiate d'en faire usage n'exista plus ; quand elle se sentit dans les bras de son mari , il lui sembla qu'elle avait retrouvé sa demeure , et le lieu où son âme devait se reposer. »
« Sauveur de ton Wallace, jette un regard sur lui ! « s'écria-t-il , « qu'un sourire de ta bouche le rende heureux! »
Sa voix , ses caresses , la rappelèrent bientôt au sentiment. Peuckée sur sa poitrine , elle I. 5
5o LES CHEFS ECOSSAIS,
répandit des larmes délicieuses ; avec l'éloquence de l'amour, il remercia le ciel d'avoir «chappé aux recherches et aux flèches de ses ennemis.
« Mais, ma chère maîtresse, w interrompit Halhcrt, « souvenez-vous que mon maître ne doit pas rester ici. Le commandant anglais vous a dit que, s'il voulait conserver sa vie, il fallait qu'il se réfugiât bien loin : peut-être déjà des espions rôdent pour le découvrir et le livrer.
« Vous avez raison, » dit Marie,s''arrachant des bras de son époux; «Wallace, il faut partir; si la garde arrivait bientôt, il ne serait plus temps. Partez à l'instant : ruais où irezvous ? »
« Pas bien loin, mon amie. En me séparant de toi , je quitte tout ce qui donne du prix à ma vie : comment irai-je loin ? Non ; il y a des retraites dans les rochers de Cartlane, que j'ai découvertes en chassant , et dans lesquelles , je crois, nul autre que moi n'a pénétré. J'y serai avant le lever du soleil ; et avant qu'il se couche, Halbert m'apporetra de tes nouvelles. Trois notes de ta douce chanson : Jlmsa ha measg na reultam mor (r) sur son chalumeau j seront le signal qui m'apprendra son
(i) Ce sont les premiers mots d'une cbanson gallique , qui signifient : Toi qui es au milieu des étoiles |, marche vers ta couche au son de la musique, etc«
LES CHEFS ECOSSAIS. 5i
arrivée ; et je sortirai pour l'entendre me parler de toi. »
« Ali ! mon cher Wallace , laisse-moi t'accompagner. »
« Vous, mou amie! vivre au milieu des rochers et des torrcns ! exposer ta personne délicate et l'enfant que tu portes dans ton sein , k tous les inconvéniens d'une telle habitation ! » « Mais cette âp re demeure ne sera-t-elle pas la vôtre ? des rochers et des torrens ne serontils pas le paradis avec vous ? Ah ! permettez que je vous suive. »
« Impossible , milady, m dit Halbert , qui craignit que le tendre cœur de Wallace ne résistât pas ; « vous êtes en sûreté ici: votre fuite ferait soupçonner aux Anglais que la retraite de mon maître ne serait pas loin. Vos aise» lui sont plus chères que sa propre vie ; le soin qu'il prendrait de vous les procurer le ferait découvrir, pour être sacrifié à ses ennemis. » « Ce qu'il dit est vrai . Marie : je ne pourrais pas vous conserver dans les lieux où je vais. >» « Mais à quoi allez-vous être exposé vousmême ? dormir sur des pierres froides , sans autre abri que le ciel , oa la voûte humide et dégoûtante de quelque caverne ! Je n'ai pas le courags de vous abandonner seul à de telles rigueurs. »
a Cessez , mon amie, de vous alarmer a'nsi vainement, Les rochers et les tempêtes n'ont
5'j LES CHEFS ECOSSAIS,
rien qui m'épouvante. Ce sont les tendres soins d'une femme qui nous rendent délicats. Avant que je t'appartinsse, Marie, j'ai passé plus d'une nuit d'hiver sur le sommet des montagnes, attendant iiupaliemment le bruit du cor qui de- .vait me rappeler à la ckasse dans Glenfinlass. Il est iudifïerenl à Wallace de coucher sur le duvet ou sur la bruyère; ainsi, mon amie, ne t'afflige pas de ces inclémences , qui ont été jnon amusement , et qui seront bientôt ma sûroté. »
« Eh bien, adieu ! que les bons anges te gardent et te protègent ! » La voix lui manqua , elle baisa sa main. « Courage! Marie , souvienstoi que Wallace ne vit qu'en toi. Vis donc, sois heureuse, pour l'amour de moi ; et Dîeu, qui renverse l'oppresseur , me remettra dans tes bras. » Elle ne parla pas ; mais se détachant de son sein , elle joignit ses mains , leva ses yeux au ciel avec toute l'expression d'une fervente prière; puis , souriant à Wallace ^ à travers unruisseim de larmes, elle lui fît^igne rie la main de partir, et se retira dans sa chambre.
Wallace considéra long-temps la porte qii'elle venait de fermer ; son âme avait passé dans SOS y^ux. Se séparer ainsi de Mario , la moitié de lui-même , était au-dessus de sa résolution: sa force d'âme l'abandonna ; il allait la suivre , et peul-ctre attendre à coté d'elle sa
destinée, si Halbert^ qui lisait sur son visage ce qui se passait dans sou âme, ne l'eût entraîné vers la porte du jardin.
La raison reprit le dessus j et cédant à la violence salutaire de son domestique, il se laissa conduire dans le jardin, du coté situé vers les hauteurs qui conduisent aux retraites Tes plus profondes de la C yde. Ils passèrent près du puits où était lord Mar. Comme on ne s'était point enquis de lui, Wallace jugea qu'il pouvait demeurer encore là, sans danger; et pour l'informer de la nécessité de sa propre absence, il l'appela, mais il nobtint p ;int de réponse 5 il regarda, et le vit étendu sans mouvement.
« Je crains, » dit-il, « que le comte ne soit mort: dos que je serai parti , et que vous pourrez réunir les domestiques dispersés, faites-en descendre un dans ce puits pour en retirer le comte -s'il est en effet mort , déposez son corps dans ma chapelle , et envoyez prendre les ordres de la comtesse de Mar. Le coffret de fer , actuellement dans ce puits, est d'une valeur ines timable : portez-le à lady Wallace , diteslui de le garder, comme elle a gardé ma vie 5 mais de ne pas Touvrir, au péril de ce qui lui est encore plus cher que ma vie , mon honneur. »
Halbert promit d'exécuter fidèlement les ordres de son maître; et Wallace, ceignant son épée, et prenant son javelot de chasse (arm«
que la sollicitude de son vénérable domestqne lui procurait, pour l'aider à fraucliir les précipices), serra la main fidèle qui le lui présentait; et après avoir recommniidc de veiller à la tranquillité de sa femme , et de le joindre le ioir aux environs de la cascade de Corie , il grimpa sur le mur à IVndroit le plus voisin du rocher, s'éiança, et fut en un instant hors de vue.