CHAPITRE IIL
JlIalbkrt retourna à la maison, et se glissa doucement dans la chambre de Marie : il la vit .igenouiliée devant un crucifix , et priant avec ferveur pour son cher Wallace.
« Puisse-t-il, ô dieu de miséricorde ! revenir bientôt chez lui! Mais si je ne dois plus le revoir, daigne, me recevoir avec lui dans ton sein ! »
« Entends sa prière, divin fils de Marie! » s'écria le vieillard. Elle se retourna, et se relevant, lui demanda d'une voix douce ,hiaîs înquiéte , s'il avait laissé son maître en sûreté.
» Du moins , en bon chemin , pour cela. « répondit Halbert. Il lui répéta ce que Wallace lui avait dit en partant, et la conjura de prendre du repos, « Le sommeil ne saurait entrer dans mes yeux cette nuit; ma pensée accompagna Wallace dans ses montagnes. Retirez-vous dans votre chambre, dormez; à votre réveil, il sera temps de visiter la dépouille mortelle du pauvre comte, et de la porter, avec le cofFret, dans la maison. Je prendrai un soin religieux
de l'un et de l'autre, pour ramour de celui <jui
me les a confiés. »
Halberi obtint de sa maîtresse qu'elle se mît au moins sur son lit, pour se délasser un peu des fatigues de cette cruelle nuit. Ne soupçonnant pas qu'il eût d'iutre intention que celle de dormir de son côté . elle le congédia.
Ses femmes 5 durant l'invasion du château, s'étaient enfuies; on ne les trouvait pas. Les autres dcmcstiques, après 1 i;r lo; giie résistance à la première porte , ayaiciit disparu ; les «us avaient fui , les autres avaient été conduits prisonniers à Lanerk^ pendant que le bon Hambledon était avec lady Wallace. Halbert s« résigna donc à attendre patiemment le lever du soleil, espérant qu'alors les fugitifs reviendraient , ou qu'il pourrait les remplacer par des habitans des cabanes du fond de la vallée, H s'assit sur le banc de pierre qui entourait la grande salle , veillant le lever de l'astre dont les derniers rayons devaient éclairer son retour, avec des nouvelles de sir William Wallace, consolation qu il était impatient de donner à sa maîtresse.
Tout semblait paisible. On n'entendait que le léger murmure des feuilles des arbres placés près d'une fenêtre ouverte à l'ouest, du côté des collines de Lanerk. La matinée était encore sombre, et l'air froid. Halbert se leva powr
LES GHKFS ECOSSAIS. 5/
aller fermer le volet ; il fut frappé de la vue d'une troupe armée , qui descendaitdoucement de la hauteur, vis-à-vis de lui. La plate-forme, devant la maison, était déjà couverte d'Anglais. Alarmé en voyant une troupe aussi considérable , quoiqu'il s'attendît à I'.irrivee d'une garde , il traversait la salle pour se rendre à la chambre de sa maîtresse , quand la porte fut enfoncée; des soldats se précipitèrent et le saisirent'.
Leur chef, homme de petite taille, à cheveux gris , à la mine féroce, lui cria : a Vieux coquin ! dis-moi où est le meurtrier? où est sir William Wallace ? réponds , ou je vais te faire mettre à la question. »
Halbert, tremblant de frayeur, plus pour sa pauvre maîtresse que pour lui-même, répondit, d'une voix mal assurée, « mon maître est loia d'ici. »
^- « Où? »
— - « Je ne sais. »
— . « On te le fera bien savoir. Où est la femme de cet assassin ? je veux vous couironler ensemble : qu'on me Tamène. »
A ces mots, de« soldats partirent de droite et de gauche; et , l'instant d'après, trois d entreeux revinrent triomphans avec la malheureuse Marie.
« O ma maîtresse ! » s'écria lîalbert , en se débattant pour s'approcher de lady Wallace^
qui promenait autour d'elle ses regards épouvantés. Mais on le tenait ferme; et il la vit conduire devant llionnne impitoyable qui avait donné ordre de l'amener.
w Eemme, » lui dit celui-ci , v je suis le gouverneur de Lanerk. Vous êtes devant le représentant du roi Edouard: parla fidélité que vous lui devez , et au péril de votre vie, je vous ordonne de répondre à trois questions. Où est sir William Wallace, le meurtrier de mon neveu ? cù est ce vieux Ecossais, qui est cause de la mort de mon neveu? Lui et sa famille éprouveront ma vengeance! Où est enfin ce coffre, ce trésor, que votre mari a volé dans le château de Douglas? Snr votre tête, répondezmoi. »