‹ Les chefs écossaisChapitre 9 sur 23 · L.a<ly Wallace garda le siienue · texte numérisé non relu

L.a<ly Wallace garda le siienue

« Parlez, femme ! si la crainte ne peut vous émouvoir, sachez que je puis récompenser comme punir. Je le ferai magni(î(£uement , si vous dites la mérité : si vous persistez à refuser, vous mourrez ! «

« Je mourrai donc, » dit-elle, ouvrant à peine les yeux, défaillante, et la tête penchée sur l'épaule du soldat qui la soutenait.

« Comment! » dit le gouverneur , étouffant sa rage , dans l'espérance d'obtenir par la ] ersuasion ce qu'il ne pouvait arracher par la menace, « une si gentille dame refuserait la faveur du roi d'Angleterre , de grandes concej-

sions en ce pays^ et peut-être la maia d'un beau cîievalier anglais , quand elle peut avoir tout cela pour le léger service de livrer un traître à son souverain , et de dire où il a caché ses vols ? Parlez, belle dame, et les terres du chef que Wallace a porté ici blessé , avec la main du galant Gilbert Hamb'edon, seront votre récompense. Brillante de beauté et de richesse à la cour d'Edouard, tout cela ne vous aura coûté que d'indiquer le lieu où le traître Wallace est caché. »

— *c 11 est plus aisé de mourir. »

— « Folle! M dit Heselrigge , furieux de la fermeté de son refus, et revenant à son naturel : a Quoi ! est-il plus aisé à ces membres délicats d'être mis en pièces par la hache de rnes soiu^ià.' i!j3t-îl plu5 âfsé à èè béàU Sèîft dêtre foulé sous les pieds de mon cheval, et à cette belle tête de décorer le fer de ma ]ance ? tout cela est-il plus facile que de me dire où est un meurtrier et son or ? »

Lady Wallace frémit; elle leva ses mains au ciel: « Sainte Vierge ! « dit-elle, « je m'abandonne à toi. »

« Parlez, une fois pour toutes , » s'écria le gouverneur , dans un transport de rage. « Je n'ai pas un cœur de damoiseau comme Hambledon , pour être cajolé et séduit par votre beauté; déclarez où Wallace est caché, ou «raignez ma vengeance. »

6o LES CHEFS ECOSSAIS.

Le redoutable acier brillait aux yeux de Marie 5 elle ne pouvait plus se soutenir : ses genoux fléchirent, elle tomba.

« Ne t'agenouillepaspour demander grace. » cria ce forcené; a je n'en accorde pas , si vous ne confessez oii est votre mari. »

Le cœur de lady Wallace reprit force pour un instant , et cette force passa dans sa voiî> «Je ne fléchis le genou que devant pieu ! et puisse- t-il toujours sauver Wallace des mains d'Edouard, et de ses tyrans subalternes ! n

« Misérable ! tu blasphèmes ! » s'écria Heseirigge , en lui plongeant son épée dans le sein. Halbert, durant tout ce temps , avait été retenu par les soldats, écoutant, daus^ les angoisses , les réponses de sa maitresse. H n imcginait pas que son féroce interlocuteur se porterait à un tel excès de barbarie; mais le voyant exécuté,, avec la force dun géant et un cri terrible , il s'arracha des mains qui le tenaient, et se jeta sur le corps sanglant de Marie , avant que son meurtrier eût pu lui porter un second coup. Mais ce second coup fut porté , et efileura la gorge du fidèle domestique avant d'arriver au cœur de sa maitresse. Elle ouvrit un moment ses yeux mourans , et reconnaissant celui qui avait voulu lui servir de bouclier , elle articula: a Halbert. . . . mon cher Wallace. ... à Dieu. . . . » el son âme pure prit son vol vers la région d'une éternelle paix.

Le cœur duboa vieillard fut déchiré, quand ce sein , qu'il sentait se soulever, devint immobile: gémissant de douleur, affaibli parla perte de son sang, il demeura sans connaissance sur le corps de Marie.

Un affreux silence régnait dans la salle. Pas un homme ne parlait ; tous se regardaient, pâles et dans une sombre horreur. Heselrigge, laissant toaiber son épée dégoûtante de sang, reconnut à Tair de ses gens qu il avait été trop lo n ; et craignant de provoquer quelque mouvement d'indignation contre lui , il s'adressa à ses soldats d'un ton de condescendance inaccoutumé. « Mes amis , » leur dit-il , « nous allons retourner à Lanerk ; demain , vous pourrez revenir , car pour vous récompenser du service de cette nuit, je vous abandonne le pillage d'Ellerslie. t>

« Que la malédiction du ciel tombe sur celui qui , le premier, enlèvera une paille d'ici ! » s'écria un vétéran à l'extrémité de la salle. « Amen , » murmurèrent tout d'une voix les soldats; et ils sortirent l'un après l'autre par la grande porte, laissant Heselrigge, tète à tcte avec le vieux soldat qui , debout , appuyé sur sjn épée , contemplait la victime.

— « Grimsby ! pourquoi restez-vous là ? suivez-moi. »

— (c Jamais, ■ répliqua le soldat.

— « Comment ! » s^écria le gouverneur , revenu de sa frayeur , « osez-vous parler ainsi à v^iire commandant? Marchez devant moi à rinsiant , ou attendez-vous à être traité comme un rebelle. »

— ce Je ne marche plus sous vos ordres^ » dit le vétéran, en le regardant d'un airrésolu. « Au moment où vous avez commis ce sanguinaire forfait , vous êtes devenu indigne du nom d'homme ; et je m'en rendrais indigne moi-même, si j'obéissais à un monstre tel que vous. «

— « Coquin! » dit Heselriggc furieux « tu recevras la mort pour cette audace, »

— « Cela peut être , » répondit Grimsby , « et par les mains de quelque barbare comme vous. Mais il n'y a pas un brave homme , et le royal Edouard lui-même , qui n'acquitte un soldat , pour avoir refusé d'obéir à l'assassin d'une femme innocente. Ce n'était pas ainsi qu'il traitait les femmes et les filles des Sarrazinston}bés sous ses coups , quand je suivais ses bannières dans les champs de la Palestine. »

« Insolent! mécréant! « dit 'Eîeselrigge , se jetant sur lui , pour le poignarder ; mais de sa main, le soldat arrêta le poignard au moment où sa pointe se faisait sentir, et, saisissant le gouverneur, d'un tour de jambe il l'étenditsur le carreau. Heselrigge , ainsi abattu, et voyant

son poignard dans les mains de son adversaire, lui demanda la vie en faisant les plus lâches pronaesses.

ce M^uist^^el » dit le soldat, « je ne voudrais pas souiller mes mains de ton sang dénaturé ; et quoique tu ayes attenté à ma vie , je ne veux pas prendre la tienne. Ce n'est point un esprit de rebellion contre mon commandant qui me gouverne , c'est la haine pour le plus vil des assassins. Je vais loin de vous et de votre pouvoir; mais si vous faussez votre serment, et me cherchez pour vous venger, souvenez- vous que c'est un soldat de la croix que vous poursuivez! et une terrible rétribution vous sera demandée par le ciel, dans un moment que vous ne sauriez éviter : elle sera mesurée à Tos crimes. »

Il y avait une solennité dans la voix et le geste du soldat, qui glaça Tâmc du gouverneur; il tremblait violemment; et, répétant son serment de ne pas rechercher Grimsby, il obtint de lui la permiss.on de retourner à Lanerk. La troupe (en conséquence de Tordre que le trouble de la conscience d'Heselrigge lui avait fait donner) était montée à cheval, et déjà loin. Son cheval était resté attachédans la cour, où il avait mis pied à terre. Il s'en approchait à grand pas , quand le soldat , mu par un prudent soupçon, lui cria : « Arrêtez, monsieur; vous irez à pied à Lanerk. L'homme cruel est

ordinairement fouibe; je ne me fierais pas à votre parole, si vous pouviez y manquer. Laissez ce clieval ici ; demain vous pourrez l'envoyer cliercher, je serai loin, »

Heselrigge vit que toute remontrance serait inutile ; et la crainte contraignant sa rage , il prit, à pied, le chemin qui, au bout de cinq pénibles milles , devait le remetue dans sa citadelle.

Le soldat qui sentait bien qu'après avoir osé exprimer toute l'horreur que lui inspirait le meurtrier de ladj Wallace, il n'y avait pas de sûreté pour lui, partout où les embûches d'Heselrigge pourraient être dressées, se résolut à chercher un asile dans les montagnes , jusqu'à ce qu'il trouvât une occasion pour passer la mer , et joindre les troupes de son roi en Gujeuue.

Plein de cette pensée, il retourna dans la salle. En approchant du groupe ensanglanté , il aperçut J^u mouvement. Espérant que la mallieureuse femme n'était pas tout-à-fait morte, il se baissapourrexaminer; mais, liclas! en touchant sa main, il la sentit glacée. Ses bras et sa poitrine étaient inondés du sang sorti do sa blessure. Grimsby frémit. Il la vit encore remuer; mais ce n'était pas un mouvement de vie: il était causé par le fidèle domestique, qui reprenait ses sens. Les bras d'H:dbert ceignaient le corps de sa maîtresse , et en leye-

nam lui-même à la vie , il occasionna ce mouvement , qui donna au soldat une courte e% vaine espérance.

Cependant Grimsby , voyant une de ces innocentes victimes se débattre contre la mort, donna tous ses soins au vieillard. Il le releva, le plaça sur un banc , tira de son sac de munition , un flacon d'eau-de-vie , et en versa quelques gouttes dans sa bouche. Halbert respira plus librement 3 et le charitable soldat, d'un morceau de son plaid , fit un bandage à sa blessui^, déjà étaucliée par l'air. Halbert ouvrit les yeux 5 mais apercevant les traits rudes de l'Anglais et son casque, il les referma, en poussant un profond soupir.

a Honnête Ecossais, » dit Grimsby, qui vit qu'il le prenait pour un ennemi, « fie»- vous à moi ; je suis un homme comme vous, et quoique Souirhon , je ne suis pas rennemi du vieilr lard et du faible , qui manquentde secours. »

A ces mots, y^ll^^'^ reprit courage , se souleva et regarda le soldat; mais , frappé toiit-àcoup du souvenir de ce qui s'était passé , il tourna les yeux vers le corps de sa maîtresse^ qu'éclairaient les rayons du soleil levant. Il se dressa sur ces pieds, et, chancelant, il s'approcha d'elle ; mais il serait retombé , si Grimsby ne l'eût soutenu « Oh ! que vois-jel * dit-il en se tordant les mains! « Ma maîtresse! ma chère maîtresse 1 en quel étal est réduite I. 5*

celle qui faisait le charme de tous les yeux , la consolaticn de tous les cœurs affligés! » Les sanglots rétouiTaient. Le vétéran détourna son visage: une larme coula sur sa main. «Maudit Heselrigge ! » s'écria-il , « ton heure viendra ! p

— «c S'il y a encore un cœur d'homme en Ecosse, elle n'est pas éloignée! mon maître vit, et vengera le meurtre de cette nuit. Vous pleurez, soldat ; vous n'abuserez pas de ce qui vient de m'échapper,vousne me trahirez pas? »

— « J'ai combattu en Palestine^ et un soldat de la croix ne trahit pas ceux qui se confient en lui. Que sainte Marie conserve votre maître, et vous conduise vers lui. Hâtons-nous tous deux de quitter ce lieu. Heselrigge enverra sans doute poursuivre sa vengeance: il est trop yil pour me pardonner les vérités que je lui ai dites; et si je tombais en son pouvoir, je n'attends de lui que la mort. Je vais vous aider à mettre ce qui reste de cette pauvre dame en lieu décent; après cela, honnête Ecossais, il faudra nous séparer. »

A ces mots, Halbert se jeta sur le corps de sa maîtresse , pleurant et se lamentant. De ses faibles bras, il essaya en vain de la soulever, «c Je t'ai portée cent et cent fois dans ta florissante jeunesse ; j'avais toujours espéré que cette main si chère me fermerait les yeux, et maintenant il faut que je te porte au tombeau ! » En parlant ainsi , d'une voix entrecoupée , il

pressa de ses lèvres ses mains glacées , avec des sanglots si convulsifs , que le soldat craignant quil n'expirât dans Tagouie de sa douleur, Tarraclia de ce corps inanimé, en l'exhortant à la réprimer, et à se conserver pour l'amour de son maître. Halbert revint à lui peu-à-peu, et eu l'écoutant , il jeta un regard plein d'expression sur Marie.

« Ton enfant ! ton enfant , mort ayant d'être né ! » s'écriait-il. « Là, dorment pour toujours la gloire et Tesperance dEllerslie, la mère et l'enfant. Veuf, et sans postérité, ô mon pauvre maître ! quelle consolation te reste-t-il ? »

Le soldat craignant les fatales conséquences d'un plus long délai , interrompit ses lamentations en insistant de nouveau sur la nécessité dune prompte retraite; et Halbert , se rappelant Toratoirc dans lequel Wallace avait ordonné de déposer le corps du comte, le désigna à Grimsby , qui à l'instant enveloppa lady Wallace dans lé lofTe blanche de sou vêtement^ la prit dans ses bras, et , guidé par Halbert, la porta vers une petite chapelle creusée dans le roc.

Le vieillard , toujours en pleurs , écarta la pierre de l'autel, coucba le 'Corps de Marie sur sa base de marbre , le couvrit du poêle de velours quil tira de la sainte table , et posa dessus le crucifix. Quand il vit sa maîtresse ainsi revêtue de ce triste vêtement de mort, il

s'agenouilla à côté d'elle , ei , dans le langage véhément de la douleur , il pria pour son âme.

« Entends - moi , juge équitable du ciel et de la terre ! Ainsi que tu vengeas le sang innocent répandu dans Bethléem , fais que les cheveux blancs d Hselrigge entrent au tombeau dans le sang , pour le meurtre de cette femme innocente! « Halbert baisa la croix, se leva, €t sortit de la chapelle, suivi du soldat.

Ayant, soigneusement fermé la porte ; méditant sur la douleur de son maître, quand, long-temps avant le coucher du soleil , il lui porterait cette affreuse nouvelle; absorbé dans ses pensées , Halbert marchait en silence , ne sachant où il allait , jusqu'à ce que lui et son compagnon , passant près du puits, tressaillirent au bruit d'un gémissement.

« Il y a ici quelqu'un , dit le soldat.-—» Serait-il possible qu'il vécût encore » s'écria Halbert , se penchant sur le bord du puits , et répétant cette question au comte.— « Oui, > répondit celui-ci, « j'existe encore, mais je suis bien faible. Si tout est tranquille là haut , tirez-moi , je vous prie, de cet horrible lieu. » Halbert répliqua qu'il était en effet nécessaire de l'en retirer prompiement; et, descendant la corde , il lui dit d'y attacher d'abord le coffret de fer, et ensuite lui-même. Tout ceci lut fait . non sans difficulté , avec l'aide du soldat, «[ui était en admiration, et qui s'atteadait à

voir le mari de l'inioitunée lady Wallace sortir du puits , pour apprendre la perte qu'il avait faite. Ils parvinrent enfin a délivrer le comte de sa triste demeure. Il resta quelques instans appuyé sur l'épaule de son compatriote, et l'air frais rétablit peu à peu ses forées épuisées. Le soldat considérait ses clieveux blancs, son front sillonné, et s'émerveillait de ces signes de vieillesse dans l'homme dont la valeur irrésistible avait défait Arthur Heselrigge et sa troupe. Cependant ses doutes que le vétéran actuellement devant lui pouvait être quelquautre que le brave Wallace , furent bientôt écartés par le comte lui-même , qui dit à Halbert d'aller lui chercher un peu d'eau au ruisseau qui coulait de la colline voisine. Halbert y alla; et pendant qu'il était absent , le comte leva les yeux pour s'informer de sir William Wallace et de lady Marie. Il tressaillit en voyant l'armure anglaise sur l'homme qu'il allait interroger ; et , se levant brusquement de la pierre sur laquelle il était assis, il demanda dun ton sévère : « Qui es-tu ? »

— « Un anglais; mais qui ne déshonore pas ce nom comme le monstre eselrigge . J'a voulu, brave Wallace, vous aider à fuir de ce lieu; et après, j'irai chercher un refuge par-delà les mers, et prouver , dans les champs de la Guyenne^ ma fidélité à mon roi. *

Mar le regarda fixement : « Vous vous méprenez, je ne suis pas sir William Wallace. »

Halbert arriva avec de leau 5 le comte la but, quoique Timpulsion que la surprise avait domiée à son sang^ cûi rendu sou efficacité înoîus nécessaire; et, se tournant vers le vénérable vieillard, il lui demanda si son maître était en sûreté.

« Je l'espère; » répondit Halbcrt; « mais il laut, milord, vous liâier de sortir d'ici. Ce lieu, ce cher Ellerslie , est maintenant nn séjour d'horreur. Un meurtre r.bominable v a été commis depuis que mon maître la quitté, »

« Mais où est lady Wallace ? « demand i le comte : « si le danger est si grand, nous ne devons pas l'y abandonner. »

« Elle n"a plus de danger à courir! » s'écria le vieillard; « elle est dans le sein de la Vierge , et le fer d'un second assassin ne saurait ly atteiudre ! »

« Comment"? « dit le comte , pénétré d'iiorreur et articulant à peine ; v lady W^allace est assassinée ? » Il albert ne répondit que par des larmes.

« Oui , « dit le soldat; « c'est c:t acte d'inhumauité d'Heselrigge, qui m'a fait déserter ses drapeaux. Mais ne perdons pas de temps à des lamentations inutiles : ce monstre reviendra sans doute; et si nous ne voulons pas être .-mssi victimes de sa rage, nous devons nous eloigner promptemcut. »

LES CfTRFS ECOSSAIS. 71

Le comte, muet à ce récit, donna le temps au soIdatcVen raconter les particularités. Quand il eut fini, lord Mar, voyant la nécessité d'un prompt départ, ordonna de prendre trois chevaux dans les écur.es : quoiqu'il lût défaillant et sans connaissance dans le puils, la secousse qu'il venait d'^éprouver avait tellement retendu ses ncris, qu'il se sentit en état de monter à cheval.

Halbert oLcit, et ramena deux chevaux : son chemin étant à travers les rochers, il n'en prit point pour lui. Il pria le soldat d'accompagner le comte à Boihwoll, et il ajouta : « Il vous gardera, vous et ce cofiret, que sir William Wallace soigne comme la prunelle de son œil. Je ne sais ce qu'il contient, et personne, dit-il, ne doit l'ouvrir; mais vous en prendrez soin , pour l'amour de lui , jusqu'à ce que, dans un temps plus paisihle, il vienne le réclamer. »

« Fatal coffre \ *> s'écria le soldat , le regardant avec horreur; « c'est lui qui a attiré Heselrigge à Ellerslie. »

« Comment? » demanda le comte. Grimvshy raconta brièvement qu'immédiatement après le retour à Lanerk du détachement envoyé à Ellerslie, sous les ordres de sir Gilbert Hambledon, un officier était arrivé du château de Douglas, qu'il avait eu commission de saisir, €1 de garder avec S5 troupe, au nom du roi ',

rji LES CHEFS ECOSSAIS.

cet officier avait dit que , dans la soirée , sir William Wallace avait enlevé un trésor de ce cliâteau. Son rapport était que les soldats anglais, au moment où le chevalier écossais montait à cheval, avaient vu un coffret de fer ÇGUs son hras ; mais ne soupçonnant pas qu'il appartenait à Douglas, ils n'y avaient attaché d'importance qu'après avoir entendu sir John Monteith,qui traversait, en s'en retournant , une des galeries , dire quelque chose de coffra et éCor. Poursuivre et atteindre le voleur ( c'était ainsi quils désignaient Wallace ) dans les vallées qui lui étaient familières, lui avait paru imposssible; il s'était donc résolu avenir rendre compte sur-le-champ au gouverneur de Lauerk.Le fourreau de Tépée , trouvé près du jeune Arthur, avait déjà désigné sir William Wallace comme son vainqueur. Ce nouvel avis, qu'il avait aussi ravi à Heselrigge un butin que celui-ci s'était déjà, en idée, approprié, exaspéra tellement ce gouverneur, que , poussé par la double passion de l'avarice et de la vengeance, il se mit lui-même à la tête du détachement, pour marcher à Ellerslie, où il espérait, par menace ou par persuasion, arracher à lady Wallace le secret de la retraite de son mari, et du lieu où était caché le coffret. Un des domestiques, amené par les gens d' mbledon, menacé de la question ; avait avoué que sir William Wallace et

la personne qu'il avail sauvée était dans la maison lorsqu'elle avait été attaquée , et que celui-ci étoit un seigneur riche et puissant. Ceci avait redoublé l'ardeur du gouverneur , qui s'était mis en route dans l'espérance d'un riche pillage , mais sans aucun dessein prémédité du crime affreux qu'il allait commettre.

« Vous extorquer de l'argent, milord, et s'emparer de ce fatal coffret. » continua le soldat , « étaient ses projets ; mais dominé par son avarice , et irrité de voir ses espérances fru5trées, il a oublié qu'il était homme , et le sang innocent a été sacrifié à sa barbare ven-» geance. »

a Détestable or ! » dit Mar en poussant du pied le coffret; « Ce n'était sûrement pas pour lui-même que le généreux Wallace y mettait un tel prix ! ce doit être un dépôt. »

a Je le crois, » dit Halbert; « car il a enjoint à milady de le conserver pour son honneur. Ayez-en grand soin, milord, par ce motif sacré, n

L'anglais ne fit aucune difficulté d'accompagner le comte. Il quitta son armure anglaise, prit une toque et un vêtement écossais, qu'Haï . bert apporta de la maison pour lui. Pendant qu'il les mettait, le comte observa que le vieux joueur de harpe tenait une épée nue et sanglante, et la considérait. « Doù vient cette horrible arme, » dit lord Mar. « Elle est teinte

du sang de ma maîtresse , » dit Halbert. « Je lai trouvée près d'elle dans la salie, et je veux la porter à mon maître. Chaque goutte de ce sang ne lui était-elle pas précieuse? Il y en a ici plus d une ! » En parlant ainsi , le vieillard avait la tête appuyée sur l'épée , et poussait des gémissemens.

«c L'Angleterre entendra parler de ceci ! » dit Mar en se mettant en selle. « Donnez-moi ce fatal coffret, que je l'accroche à l'arçon de ma selle. Tout le soin que j'en aurai sera loin de pouvoir payer les maux que sa conservation a attirés sur la tête de mon libérateur. »

L'Anglais monta à cheval , et Halbert ouvrit la barrière d'un chemin conduisant aux collines qui séparaient Ellerslie du chateau de Bothwcll. Lord Mar prit un cor , garni en or qui pendait sur sa poi'rine. « Donnez ceci â votre mailre, et dites-lui que le porteur , quel qu'il soit, qui me le présentera de sa part , en me le monti'ant, commandera les serv^ices de Donald Mar. Je vais à Bothw^el, où j espère qu'il viendra me joindre. En s'y regardant comme chez lui , il me fera grand plaisir; car mon amitié lui est acquise, et la mort seule pourra rompre les liens qui matlachent à lui. * . Halbert prit le cor, promit de reudre fidèlement le message du comte , fit au soldat ses adieux , et reçut les siens; puis se jetant daiia une ravine qui conduisait aux plus profondes

solitudes de la vallée, il poursuivit son cliemin daiis un morne silence. Il ne rencontra pas figure d'homme, ni Ecossais, ni Anglais, Le tumulte de la nuit précédente, et la dispersion des domestiques d'Ellerslie avaient alarmé les pauvres paysans; tous avaient fui vers leS montagnes, où déjà ïes pins robustes étaient établis, suivant la CLUtume du pays, pour faire pâturer leurs bestiaux. Là , ils se proposaient d'attendre que la tranquillité fat revenue, et qu'ils pussent retourner clicz eux. Halbert, eii jetant les yeux à droite et à gauche , n'aperçut pas la fumée d'une cabane qui l'invitât à se reposer : tout était désert. Soupirant de cette désolation, il cacha la fatale épée sous sou manteau, et aidé d'un bâton qu'il cassa d'un arbre sec, il suivit d'un pas faible, mais résolu , son chemin tortueux. Plus d'une pointe de rocher blessa ses pieds dans ces sentiers à peine tracés, qu'il jugeait, d'après leur direction , devoir le conduire vers les grottes profondes de Corie-Lin.

r^6 LES CHEFS ECOSSAIS.

»«»V V* <•%%«««««««*«««««««««<««««««%%%«%%%«%«%««« ««««««Jt^i» .««««%«

Page 1