CINQUIÈME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE
soit admise un peu plus tôt ; pour obtenir ce résultat, il suffit de caler l'excentrique, dans une situation convenable, sur Tessieu. Mais si l'admission de la vapeur est plus prompte, il en est nécessairement de même de l'échappement; c'est une circonstance favorable à la sortie de la vapeur qui, sans cela, refoulerait le piston dans son mouvement. Enfin pour que l'échappement se fasse encore plus vite, on augmente l'avance correspondante en accroissant à l'extérieur l'épaisseur des bords du tiroir, de sorte qu'ils recouvrent en partie les lumières. 11 y a donc avance à Vadmission^ plus forte avance à réchappement, et recouvrement. Or, ces seules modifications suffisent à produire une grande économie dans la dépense de vapeur, ou, ce qui revient au même, un réel accroissement de puissance de traction et de vitesse.
Ce n'est pas tout. Elles produisent une économie plus grande encore, par ce que l'on nomme la détente. Imaginez que la vapeur, au lieu de pénétrer à l'intérieur du cylindre pendant toute la durée de la course du piston, ne soit réellement introduite que pendant la moitié de cette course ; qu'arrivera-t-il? Qu'elle se dilatera, mais sans cesser de produire un effet utile : tel est le phénomène qu'on nomme la délente de la vapeur. Or, quand on calcule quel est l'effet utile produit par la détente, pour une môme quantité de vapeur
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dépensée, on trouve que cet effet s'accroît jusqu'au triple de sa valeur, si l'admission a lieu pendant un dixième de la course, et la détente pendant les neuf autres dixièmes.
Par le fait de l'avance et du recouvrement dont il vient d'être question, il est clair qu'il y a détente, mais détente fixe qui, dans la pratique, ne s'élève guère qu'au cinquième. Le résultat est toutefois encore une augmentation de puissance d'environ un quart.
Pour obtenir une détente variable, ce qui peut être utile dans diverses circonstances, on emploie le mécanisme particulier de la coulisse. On a vu que l'action de cette pièce sur le tiroir consiste dans la variation de la longueur de course de ce dernier, ce qui permet de diminuer à volonté le temps de l'admission, c'est-à-dire d'accroître la détente de la vapeur.
Qu'une machine ait à remorquer un lourd convoi ou à gravir une rampe, par un temps humide qui rend les rails glissants; ou bien encore qu'elle soit dans la nécessité d'accroître sa vitesse : dans tous les cas, il s'agira de lui faire développer une puissance motrice plus considérable. Enfin, en dehors de ces cas extrêmes, il n'est pas moins utile de pouvoir régler à volonté le degré de la détente. L'expérience a prouvé qu'en la combinant avec le maintien de la vapeur à la plus haute pression possible, on obtenait le
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maximum d'effet utile pour un poids donné de vapeur. A huit atmosphères, le travail utile d'un kilogramme de vapeur dépasse de plus d'un cinquième celui qu'on obtient par une pression de quatre atmosphères.
Avais-je raison de dire que ces problèmes d'avance et de recouvrement, de détente fixe ou variable, qui ont si fort tourmenté le génie inventif des ingénieurs-constructeurs de locomotives, se traduisent en fin de compte par des solutions pratiques, par... le grand mot de riiidustrie est lâché, de l'économie?
Un point important, quand une locomotive est en marche, c'est de savoir si l'eau est en quantité suffisante dans la chaudière. Comment s'en assure-l-on? Par des indicateurs à niveau d*eau, ou tubes en verre extérieurs, communiquant avec la chaudière au-dessus et au-dessous du niveau habituel de l'eau. Il est important d'ajouter que si le tube se brise, on peut, en fermant deux robinets, intercepter cette communication. Dans ce cas, trois autres robinets d'épreuve, placés à diverses hauteurs, suppléent à l'indicateur, ou même servent à le vérifier, quand il fonctionne. Il n'y a pas trop de ces moyens divers pour s'assurer que l'eau est en quantité suffisante ; car, si cette quantité devenait assez faible pour que le ciel du foyer fût à découvert, il en résulterait pour ce dernier de graves avaries.
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Ceci nous amène à parler du mode d'alimentation de la chaudière. Comment, à mesure que l'eau se vaporise, arrive-t-on à la remplacer et à entretenir, autant que possible, la constance du niveau ? Le voici :
L'eau en disponibilité pour cet usage est, comme on le sait, renfermée avec le combustible dans une voiture spéciale qui suit la locomotive, et qu'on nomme le fonder. Il s'agit de faire passer cette eau du tender dans la chaudière : c'est au moyen d'une pompe aspirante et foulante, dont le piston plongeur reçoit son mouvement, soit de la tige du piston, soit d'un excentrique, qu'on arrive à régler cette alimentation avec la précision nécessaire- Le corps de pompe dans lequel se meut le plongeur se bifurque en deux tuyaux; l'un, d'aspiratioriy communique avec le tender; l'autre, de refoulement, avec les flancs de la chaudière, autant que possible loin du foyer, c'est-à-dire en avant du corps cylindrique.
Il importe que le mécanicien s'assure de temps en temps du bon état des pompes alimentaires et puisse de sa place en surveiller le fonctionnement. Pour cela il existe, entre les deux soupapes du tuyau de refoulement, un tuyau d'épreuve muni d'un robinet que le mécanicien manœuvre par l'intermédiaire d'une tringle et de sa poignée. En l'ouvrant, l'eau s'échappe par jets, avec d'autant plus de régularité que les pompes fonctionnent