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PONTS ET VIADUCS

Les ouvrajjes d'art de la voie. — Nombre et importance des ponts et des viaducs sur les chemins de fer. — Ponts et estacades en charpente. — Pont sur le Rhône, de Beaucaire à Tarascon. — Les ponts tubulaires et les ponts à treillis : Britannia-Bridj^e ; pont de Kehl. — Procédé de fondation par l'air comprimé. — Viaducs en maçonnerie : le viaduc de Nogent-sur-Marnc. — Les ouvrages d'art aans le paysage.

On peut écrire un gros livre sur toutes les choses curieuses qu'on voit en chemin de fer : mais on pourrait en outre, je le répète, faire un volume de tout ce qu'on n'y voit pas, comme aussi de tout ce qu'on y voit mal. Mon but dans cet ouvrage, vous le pensez bien, est d'essayer de les résutner l'un et l'autre.

Quand un train vous emporte dans sa course rapide, il ne vous est pas tout à fait impossible d'examiner un remblai, grâce à l'inclinaison de ses talus ; au risque d'un mal de tête, il vous est pareillement loisible, en traversant une tranchée, de regarder passer devant vous ces files de raies de toutes couleurs, brunes, jaunes, vertes, sombres et lumineuses, qui zèbrent alors votre horizon. Enfin, un tunnel vient-il à vous engloutir, l'écho des voûtes, l'obscu-

rite qui succède à la lumière, le sifflement de la vapeur suffisent à vous avertir que, comme les taupes, vous voyagez sous terre.

Mais si, grâce à de magnifiques constructions architecturales, vous franchissez les vallées, les canaux, les routes et les fleuves, parfois même jusqu'à des bras de mer, que pouvez-vous voir, du haut de votre wagon, de ces intéressants travaux? Rien. Voilà pourquoi c'estplus que jamais de mon devoir de cicérone de vous les faire connaître, pourquoi je vous invite à venir, en simple piéton, les visiter avec moi.

Ce sont d'ailleurs les ouvrages d'art de la voie qui vont faire de notre ligne en construction, avec les remblais, tranchées et tunnels, un champ de traction ininterrompu. Une fois ces travaux terminés, nous pourrons, d'un bouta l'autre du chemin, circuler sans encombre, pour ainsi dire à pied sec.

Tout le monde sait que les ponts et les viaducs, d'origine aussi ancienne que les routes elles-mêmes, ont pris sur les chemins de fer une importance exceptionnelle. Pourquoi ? Rien n'est plus facile que de s'en rendre compte.

D'abord, les voies ferrées, comme les routes de terre, doivent laisser le passage libre aux rivières, aux canaux, aux fleuves, que dis-je? aux moindres filets d'eau. Autant de cours d'eau, autant de ponts. IS'a-t-il pas fallu, sur certaines lignes, franchir le bras de mer qui séparait les deux tronçons du rail-way?

Viennent maintenant les routes, les chemins, les rues des villes traversées. C'est un viaduc à construire, toutes les fois qu'une de ces voies de communication rencontre et coupe le tracé, à moins que les deux chemins ne se trouvent de niveau. Dans ce cas, relativement plus rare, on établit un passage spécial dont il sera question plus loin.

Enfin, la ligne de fer traverse-l-elle une vallée, une gorge profonde, on ne peut songer à édifier un remblai, dont la hauteur et la largeur énormes rendraient la construction difficile et coûteuse. C'est alors que les viaducs prennent des proportions gigantesques, et que les longues files de hautes arcades remplacent, heureusement pour le paysage, les lourdes et disgracieuses masses de terre.

Ce sont là autant d'exigences auxquelles ne sont point soumises les simples routes. Libres dans leurs allures, comme les véhicules et les voyageurs dont elles sont sillonnées, elles savent, par une habile combinaison de pentes et de courbes, se plier à tous les accidents du terrain.

Toutefois, n'oublions pas que ces conditions particulières aux voies ferrées ont été, par leurs difficultés mêmes, une occasion de triomphe pour la science de l'ingénieur. L'art architectural n'y a pas moins gagné. A des problèmes nouveaux, il a fallu trouver des solutions nouvelles, et les constructions des chemins de fer ont reçu de la sorte un cachet d'originalité bien tranchée. De nouveaux types, des procédés spéciaux, des méthodes jusqu'alors inconnues, voilà pour les moyens. Une physionomie monumentale, dépendant à la fois de la nature des matériaux employés et de la grandeur des proportions métriques, voilà pour la question d'art.

Mais arrivons aux exemples.

Je ne ferai que signaler les travaux de peu d'importance, petits ponts traversant un ruisseau, aqueducs en maçonnerie ou en fonte, passerelles légères qu'on rencontre à chaque instant, qu'il est aisé au voyageur d'examiner, en voyage. Les types très-variés de ces constructions secondaires se distinguent en général par une véritable élégance, qui n'exclut point la solidité.

Quant aux ouvrages de dimensions supérieures, il est

une façon commode, sinon savante, de les classer : c'est de les ranger en trois catégories, selon la nature des matériaux qui les composent. On rencontre ainsi, dans la première, les ouvrages entièrement construits en maçonnerie, pierres de taille, meulières, ciments et briques; dans la seconde, les ponts ou estaca des en charpente ; tous ceux enfin dans lesquels le fer, la tôle ou la fonte jouent le rôle de matière principale, forment la troisième.

Que dire des ponts en bois, sinon qu'ils ne sont plus guère en usage aujourd'hui, du moins en Europe? En France, ils ne servent plus que d'estacades provisoires, destinées à être remplacées un peu plus tard par des ouvrages plus solides, ou, si l'on veut, plus durables.

L'art de la charpente n'en joue pas moins un rôle important dans le cintrage des arcades en pierre ou en fer; et voici un fait curieux qui témoigne du degré de perfection où cet art est parvenu.

On cite plusieurs exemples, en France, comme en Angleterre, de ponts provisoires en charpente, à l'intérieur desquels on a construit les ponts définitifs, en maçonnerie et en tôle. Eh bien, on a pu démonter ces ouvrages, sans que le service des convois ait eu à souffrir un seul jour d'interruption, pendant toute la durée des travaux. Ne dirait-on pas, au mystère près, voir un papillon sortir étincelant do la clirysalide où la chenille rampante s'est enfermée, et se débarrasser du cocon provisoire qui a servi à sa métamorphose?

L'établissement des voies ferrées a été pour l'art de la construction des ponts l'occasion de progrès réels, soit au point de vue do la disposition des matériaux, soit à celui de la rapidité de l'exécution. Comme les chemins ^e fer rencontrent souvent les routes ou les rivières sous des angles très-aigus, les ponts en pierre ou en briques» construits en ces points, offrent une direction oblique qui

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