QU'EST-CE QU UNE LOCOMOTIVE
Un mot sur l'histoire de la locomotive; premiers essais; progrès et triomphe. — L'invention de la locomotive relègue au second plan les anciens modes de transport. — La locomotive telle qu'elle est aujourd'hui : phénomènes physiques sur lesquels est basée toute machine à vapeur. — Dissection de la locomotive : le foyer, la chaudière tabulaire et l'appareil moteur ; esquisse générale.
Maintenant, lecteurs, que ne suis-je un tant soit peu poète !
J'invoquerais la Muse de l'industrie, muse sévère, aux doigts noircis par le charbon ou tachés d'encre, entourée d'un arsenal d'outils, de cornues, de machines; tantôt la plume à la main, méditant et calculant, tantôt de son bras vigoureux forgeant le fer, coulant la fonte, le bronze ou Tacier. Je lui dirais de me prêter le secours de son inspiration pour chanter en strophes sonores le chefd'œuvre de la mécanique moderne, la locomotive.
Mais non. La science, de nos jours, s'accommode peu de poétique enthousiaste : elle a appris plus d'une fois>
à ses dépens, combien elle doit s'en défier. Et d'ailleurs, je n'ai moi-même à votre service que la prose sèche et décolorée d'un cicérone, préoccupé avant tout de donner à son récit le cachet d'une description claire et compréhensible. Il ne me reste donc qu'un vœu à faire : c'est que la beauté de l'invention supplée à l'insuffisance de l'interprète.
La locomotive !... combien parmi nous se rappellent l'époque, encore récente, de son définitif triomphé ! C'était il y a quelque trente ans : la diligence, la chaise de poste, le roulage offraient aux voyageurs de grande et de moyenne, fortune, ainsi qu'au transport des marchandises, un triple service, d'une régularité et d'une fréquence que nombre de gens considéraient comme le necplus ultra de l'industrie voiturière. Trente-six heures pour le trajet direct de Paris àLyon^ tels étaient les mots magiques qui resplendissaient, au grand étonnement du public, sur cent affiches rouges et jaunes bariolant les murailles. C'était le dernier mot de la vitesse pour les entreprises publiques de transport. La poste aux chevaux permettait plus encore, il est vrai, mais Dieu sait à quel prix ; quant au roulage, sa régularité, son bon marché, sa vitesse relative semblaient défier tous les efforts de la concurrence.
Jamais cependant, hélas! la décadence n'avait été si proche. Rails, locomotives, chemins de fer eurent fait à peine leur apparition, qu'en peu d'années, diligences, chaises de poste et roulage furent relégués au second plan; non pas détruits, je l'ai dit ailleurs. Mais dés lors la route de terre tendit de plus en plus à devenir la succursale du railway, et son régne appartiendra bientôt à l'histoire.
Les anciens modes de transport pouvaient aisément pressentir leur fin prochaine. Déjà, le dernier siècle avait vu le triomphe de la vapeur dans la grande industrie. Le moteur nouveau était donc trouvé.