LA LOCOMOTIVE EN SERVICE
Qualités physiques et morales exigées des mécaniciens et des chaut feurs. — Idée sommaire de la conduite de la locomotive en voyage, aux remises, à l'arrivée et au départ. — Nettoyage et réparations. — Nature des accidents qui peuvent arriver aux machines.
Pour nombre de gens, les locomotives sont encore aujourd'hui un objet de crainte. Ces puissantes machines cependant se laissent gouverner avec une docilité qui semblerait tenir du prodige, si l'on ne se rendait pas compte des moyens que leur organisme met à la disposition de leur conducteur. Ces moyens, nous venons de les étudier; il ne nous reste donc plus, pour nous familiariser tout à fait avec elles, que de les voir en activité, et de les suivre dans leurs manœuvres de toute sorte.
Je n'apprendrai rien à personne en rappelant que la conduite d'une locomotive et de son tender est confiée à deux hommes seuls : le mécanicien et le chauffeur. J'ajoute seulement que, d'après les règlements, c'est le mécanicien qui est le chef de la machine; le chauffeur est placé sous ses ordres et sa surveillance ; il s'occupe surtout, en marche, de la manœuvre du frein et de l'ali-
raentation du foyer ; en remise, du nettoyage. On se fait difficilement une idée, dans le monde des voyageurs, si indifférent d'ordinaire à ce qui Tentoure et le sert, de f ensemble des qualités physiques et morales exigées, avec raison d'ailleurs, des employés qui remplissent ces deux fonctions. Voici en quels termes d'éminents ingénieurs» excellents juges de la matière, résument ces qualités essentielles du chauffeur et du mécanicien :
(( 11 est indispensable de choisir pour mécaniciens des hommes froids, courageux, ayant de la présence desprit et un bon jugement : car c'est sur eux, surtout, que repose la sécurité des nombreux voyageurs que porte chaque convoi. De plus, pour bien conduire la machine locomotive, il faut au mécanicien un esprit observateur, de rintelligence et de l'activité. Enfin la docilité et un dévouement complet, qui fait ne jamais reculer devant aucune des exigences du service, sont également indispensables ; nous ne parlons pas ici de la sobriété et de la régularité de conduite , qui sont des conditions d*une nécessité absolue. Les chauffeurs doivent présenter les mêmes garanties physiques et morales que les mécaniciens ; ils doivent être robustes pour résister à la fatigue du service dont ils sont chargés '. »
On me permettra donc ici, sur la foi du certificat qui précède, de céder la parole à un de ces hommes, dont le pénible métier et la responsabilité n'ont de pareils que la responsabilité et la vie rude du pilote d'un navire en mer.
Je venais de visiter, en compagnie du sous-chef du bureau des études d'une de nos grandes lignes de fer, les ateliers de construction et de réparation des machines, sur lesquels j'appellerai plus tard votre attention. Je che-
* Guide du mécanicien constructeur et conducteur de locomotives.