TROISIEME PARI L — LES GARES
•qui, peu^à peu, se dégageant x'c rimitation routinière du passé, caractérisera de plus en | !i's la prépondérance industrielle de notre époque?
Après les ouvrages d'art de la voie, la gare, avec ses constructions nombreuses et variées, offrait un vaste champ au génie artistique de l'architecte et de l'ingénieur. Ici, du reste, je l'ai déjà dit plus haut, ingénieur et architecte, c'est tout un. De ce mariage forcé entre la science et l'art devait naître une nouvelle conception architectonique ; non sans quelques tâtonnements au début, c'est vrai, comme il arrive à toute chose qui commence. Mais aujourd'hui la période d'hésitation est passée, et l'on peut hardiment annoncer la nouvelle conquête, en baptisant l'art nouveau du nom d'architecture industrielle.
Du chemin de fer, en effet, la nouvelle forme passera insensiblement à toutes nos industries, et de la sorte, l'art, cet idéal qui semble l'opposé du positif et de Tulile, aura fait invasion par cette porte même, dans la société tout entière transformée par le travail.
Croyez-vous que mon enthousiasme exagère? Écoutez les paroles d'un homme d'une éminente compétence en ces matières, d'un artiste et d'un savant, qui sait allier l'admiration la plus réfléchie des monuments du passé à la vive intelligence de l'art à venir :
« Depuis quelques amiées, il s'élève au sein de nos cités un monument nouveau, étrange, immense, mystérieux même pour les vieux architectes qui le contemplent avec inquiétude, car tout est nouveau en lui, tout est encore à Fétat de promesse ; et pour l'artiste, perdu dans le vieux et profond sillon de la routine, c'est un monument plein de menace. Les matériaux dont il est bâti, au lieu d'être simplement arrachés de la terre ou du sein de nos forêts, sortent pour la plupart de nos usines ; ses preimiers éléments supposent une société merveilleusement
organisée en force, savante, maîtresse de puissantes in" (liistries ; ces éléments de construction sont assemblés en vertu de leur nature propre et de lois scientifiques inconjuics (les vieux maîtres. Ce monument nouveau, ce syml)ole naissant dune société qui mettra sa gloire et son lionneur dans le travail, comme ses devancières ont mis la leur dans la macération et dans la guerre , ce menu ment, c'est la GARE du chemin de fer^
Dans un chemin de fer — au point où nous en somme de notre explication, c'est chose bien reconnue — tout doit tendre d'abord à la plus grande somme d'utilité : Tè- «onomie de rissorts, de moyens, l'ordonnance, la régularité, la symétrie doivent passer avant tout. Dans la conslniction d'une gare, on doit donc chercher d'abord Tutile; le beau viendra par surcroît. Faut-il s'étonner de est la loi môme de l'art sous toutes ses formes ? et n* i-t-il pas dans ce fait, une simple paraphrase de Taphorisnie de je ne sais plus quel poète philosophe : « Le beau est la splendeur du vrai. » Voyez le corps humain* ce type d'éternelle beauté : quelle harmonie résulte des rapports nécessaires entre les fonctions des organes, leur disposition et la forme extérieure qui recouvre F ingénieuse charpente ! Artistes, soyez d'abord vrais, sincères ; et vos travaux, s'ils ne sont pas tous des chefs-d'œuvre, conquerront, à défaut d'une vogue éphémère, une estime sincère et durable, comme la pensée qui les aura produits.
L'aspect extérieur d'une gare, le caractère de son ornementation doivent donc refléter et la destination du monument, et sa distribution interne. La légèreté, la hardiesse des formes, une certaine simplicité qui n'exclut point la graudeur, et qui croîtra d'ailleurs à mesure que dimiluicra l'importance de la localité desservie : telles sont, ce
* César Daly, directeur de la Revue générale de Varchitecture et (1rs travaux publics. (Extrait d'un article sur les concours pour lenouTcl Opéra, inséré dans la Presse scientifique des deux inondes.)