TROISIÈME PARTIE. — LES GARES
Il s'agira bien vraiment alors de galeries confortables, aérées, éclairées, chauffées; ce seront des musées, de vrais musées qu'offriront aux voyageurs de l'avenir les salles de nos gares. La décoration ne se contentera plus des moulures, rosaces, ornements qu'on prodigue aujourd'hui avec un goût douteux. La statuaire, les peintures à fresque, œuvres des meilleurs artistes, reproduiront les traits des grands inventeurs ; les grandes actions industrielles, les hauts faits du travail, plus intéressants, aussi périlleux parfois que les batailles, ces tueries glorieuses ; les grandes sites, les paysages les plus'beaux des contrées traversées par la ligne de fer ; les cartes topographiques et géologiques, les renseignements instructifs de toute sorte •: tels sont les sujets que les murs des salles d'attente offriront aux yeux de nos petits-fils. L'art et la science, enfin mariés, auront ainsi un enseignement commun ouvert à tous.
— Voilà qui est bien, direz-vous. Mais avant de désirer, de réclamer de si pompeuses améliorations, la marge est grande pour celles qui ont le nécessaire ou l'utile pour objet. Le bien-être du voyageur et le bon marché du trafic sont choses plus pressantes que l'intérêt de l'art, surtout lorsqu'il s'agit de l'industrie du transport. D'abord, aux yeux des compagnies, toute dépense, effectuée en vue d'accroître le bien-être du voyageur, doit être regardée comme un stimulant pour les voyages, et par suite comme de l'argent placé à gros intérêt. Avant donc de demander, pour les salles de nos gares, des chefs-d'œuvre de tous les arts réunis, commençons par obtenir qu'on remplace ces vastes vestibules ouverts à tous les vents, chauds en été, humides en hiver, mesurant parcimonieusement les bancs de repos aux piétons que la crainte de manquer l'heure du convoi amène en avance à la gare. — Pour moi, je l'avoue, ce n'est pas précisément le luxe qui me semble désirable : le luxe est loin de frayer tou-
jours avGc le beau. Comme le chemin de fer est avant tout une œuvre d'utilité, secondairement un moyen dagr/tmentoude plaisir, ce qu'on doit lui demander, c'est la sécurité, la précision, le confortable qui prévient les fatigues. Provisoirement les merveilles de l'art lui sont étrangères. Mais est-ce à dire pour cela que, dans son architecture, dans les salles où aflluent les foutes, il n'y ait pas lieu de rechercher cette élégance de bon goût, celle beauté simple, celte grandeur même, qui résultent plus de la science des proportions que de la richesse des ornements? Je crois 'que c'est chose possible, et non mi-
Quel doit donc être le type de l'architeclure d-'s chemins de fer? quels sont ses caractères distinclifs ? Je l'ai dit : la simplicité, la solidité et la hardiesse. L'utilité du service, la savante distribution de toutes les parties du plan, et leur convergence vers ce but premier de toute l'entreprise, exigent de l'arcliitecle une connaissance approfondie de l'exploitation et du mouvement. Ces con:-
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ditions essentielles oblenues, qu'il se livre à son aise à son imaginalion d'artiste; mais sans oublier jamais que c'est l'utile lui-même qui doit lui fournir les éléments du beau.
J'ai dit que l'architecture des chemins de fer avait in-
spiré l'industrie : je pense qu'on ne trouvera pas quejeme sois beaucoup avancé, quand on visitera — je ne citequ'un exemple entre cent — les belles balles qui abritent aujourd'hui le marché central de Paris. C'est un spécimen de ce qu'on peut faire, par l'emploi judicieux des matériaux que nos usines fournissent aujourd'hui si aisément à l'art de la construction.
Mais arrivons à notre but, qui est de jeter un coup d'œil
sur l'aspect extérieur d s garPb aprèb en avoir parcouru
rapidement les d spos t ons ntemes
Les façades exteneui es des grande* g^^es terminales, sur nos lignes de France méi tent la plupart sans doule d'être remarq lees Ha à n on sens elles t ahissent en-
core l'hésitation des architectes, que retient toujours une éducation par trop classique. Aussi je me garde de m' extasier devant cette monumentale façade de l'embarcadère de Strasbourg, dont les proportions gigantesques sont loin d'i^lre jusliliécs par une bonne distribution intérieure. Je serais tenté de lui préférer le monument plus simple, qui termine la ligne de l'Ouest, rive gauche, et dont voici {fil/. 110} une vue générale, s'il ne trahissait aussi l'indécision de style que j'ai plus haut signalée.
La gare de Montpellier, avec sa tournure toute romaine.