QUATRIÈME PARTIE. -- L'EXPLOITATION
comme eux, circuler à ravance sur les trottoirs de la halle ou flâner à Tabri des marquises. Cependant, depuis quelque quinze ans, nous paraissons bien guéris de notre vivacité française, et un peu de liberté en chemin de fer ne saurait être un péril pour le bon ordre des gares et la sécurité de chacun de nous; au contraire.
Mais voici les portes qui s ouvrent. Prenons notre journal, le livre dont la lecture va nous distraire en voyage et choisissons notre place.
Le sifflet du mécanicien répond au signal du départ : vous entendez le bruit du démarrage, qui se transmet de wagon en wagon... Nous voilà partis î
Désormais vous ne verrez , le long du chemin, autre <îhose que les divers appareils dont la description a fait l'objet de ce volume. Tout au plus me demanderez-vous ce que signifient ces poteaux que nous rencontrons de temps à autre le long de la voie.
Ce sont les poteaux indicateurs des rampes, des pentes et des paliers. Une planchette horizontale, suivie d'une autre pîanchetle inclinée dans un sens ou dans Tau-
e, montre qu'à une partie horizontale de la voie suc- ^.ède soit une pente, soit une rampe. Chaque planchette contient deux nombres superposés. Le nombre supérieur indique le degré de l'inclinaison. C'est 0,000 sur la planchette horizontale, correspondant au palier. C'est 0,015 pour la rampe, qui est alors de 15 millièmes. Les nombres inférieurs 192,25 et 117,50 no font voir que la longueur -de chaque portio ' oitll7'",50,
Fig. 121. — Poteau indicateur des rampes, paliers ou pentes.
soit 192", 25. Comme vous le voyez, rien n'est plus simple. Ces indications sont d'ailleurs utiles au mécanicien, qui règle en conséquence la marche de sa machine.
Quant aux poteaux portant un simple nombre, ils indiquent en kilomètres la distancé du point de la voie où ils sont placés, à la gare, tôle de ligne.
Nous ne rencontrerons plus maintenant d'autre incident du voyage que les arrêls plus ou moins prolongés aux diverses stations, les buffets et buvettes où le voyageur prend à la hâte un repas ou des rafraîchissements qui n'ont qu'un inconvénient, celui de coûter un pencher et d*êlre pris avec trop de précipitation. Que voulez-vous? chacun réclame la vitesse en route; or, la vitesse n'est guère compatible avec les stations prolongées et les longs dîners d'autrefois.
lies accidents dus à la circulation des voitures dans les rues de Paris. — Comparaison avec les accidents de chemin de fer sur les cinq grandes lignes de France. — Les accidents étudiés dans leurs causes ; moyens de les prévenir ou d'en diminuer le npmbre. — Accidents dus au matériel; aux employés; aux imprudences des victimes. — Conseils aux voyageurs.
— Voilà un litre, me dira-t-on, qui n'est pas de nature à rassurer ceux de vos lecteurs qui ouvriront votre livre en voyage ; et c'est linir maladroitement, que de les laisser sous une impression si fâcheuse.
— J'en conviens, l'apparence m'est contraire, Mais quoi ! si, par un calcul basé sur des données précises, par quelques conseils dont l'expérience a prouvé l'efficacité, je parviens à donner aux voyageurs timorés la confiance qui leur manque et à les prémunir en même temps contre les imprudences souvent fatales, le paragraphe qu'on va lire ne sera-t-il point pleinement justifié? Pardonnez-moi donc, en faveur du résultat que j'es-
3i6 LES CHEMINS DE FER.
père obtenir, ce chapitre sur les accidents en chemin de fer.
Lorsque, dans une de nos grandes cités, à Paris, je suppose, l'un de nous quitte sa maison pour une promenade ou une course à travers les rues et les boulevards sillonnés de voitures et encombrés par la foule, songe-t-il aux dangers qui peuvent Tassaillir? a-t-il jamais calculé la chance, heureusement faible encore, qui menace sa propre existence, ou du moins qui peut faire de lui Tune des victimes des accidents plus ou moins graves dont les rues, les places et les boulevards sont les témoins journaliers? C'est peu probable. De telles craintes seraient peu compatibles avec la tranquillité d esprit qu'exigent nos affaires ou nos plaisirs.
Pendant la seule année 1860, Paris a fourni un contingent de 609 victimes, — 30 morts et 579 blessés, — et cela, par le seul fait des accidents dus aux voitures qui sillonnent la voie publique du matin au soir et du soir au matin.
Ces chiffres vont nous dire, par une comparaison facile, si les voyages en chemins de fer offrent des chances d'accidents aussi fortes que les courses journalières à travers les rues de Paris.
Les statistiques officielles ont enregistré, pour la période 1850-1860, c'est-à-dire pour un intervalle de dix ans, un nombre total de 44 morts. Ce n'est guère plus, on le voit, que le nombre des morts pour une seule année de la circulation parisienne.
Pendant ces dix années, le nombre total des voyageurs, sur les cinq grandes lignes qui ont été le théâtre de ces accidents toujours déplorables, a été de 310 millions. C'est 1 mort sur 7 miUions de voyageurs. Cerles, quand on songe que la circulation annuelle moyenne a été de 777,450 trains ayant parcouru 60 millions de kilomètres, on ne peut s'empêcher de reconnaître à quel degré de se-