‹ Les chemins de fer (volume 4)Chapitre 108 sur 136 · TROISIEME PARTIE. — LES GARES · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE. — LES GARES

mais encore par roriginalité de leurs formes architecturales. Ne les avons-nous point, si je ne me trompe, accueillis déjà comme des spécimens d'un art nouveau, qui ne le cède en rien à l'ancien, et qui, peu à peu, se dégageant de l'imitation routinière du passé, caractérisera de plus en plus la prépondérance industrielle de notre époque?

Après les ouvrages d'art de la voie, la gare, avec ses constructions nombreuses et variées , offrait un vaste champ au génie artistique de l'architecte et de l'ingénieur. Ici, du reste, je l'aidéjà dit plus haut, ingénieur et architecte, c'est tout un. De ce mariage forcé entre la science et l'art devait naître une nouvelle conception architectonique ; non sans quelques tâtonnements au début, c'est vrai, comme il arrive à toute chose qui commence. Mais aujourd'hui la période d'hésitation est passée, et l'on peut hardiment annoncer la nouvelle conquête, en baptisant l'art nouveau du nom à^irchitedure industrielle.

Du chemin de fer, en effet, la nouvelle forme passera insensiblement à toutes nos industries, et de la sorte, l'art, cet idéal qui semble l'opposé du positif et de l'utile, aura fait invasion par cette porte même, dans la société tout entière transformée par le travail.

Croyez-vous que mon enthousiasme exagère? Ecoutez les paroles d'un homme d'une éminente compétence en ces matières, d'un artiste et d'un savant, qui snit allier l'admiration la plus réfléchie des monuments du passé à la vive intelligence de l'art à venir :

(( Depuis quelques années, il s'élève au sein de nos cités un monument nouveau, étrange, immense, mys-

térieux même pour les vieux architectes qui le contemplent avec inquiétude, car tout est nouveau en lui, tout est encore à l'état de promesse ; et pour l'artiste, perdu dans le vieux et profond sillon de la routine, c'est un monument plein de menace. Les matériaux dont il est bâti, au lieu d'être simplement arrachés de la terre ou du sein de nos forêts, sortent pour la plupart de nos usines ; ses premiers éléments supposent une société merveilleusement organisée en force, savante, maîtresse de puissantes industries; ces élé> ments de construction sont assemblés en vertu de leur nature propre et de lois scientifiques inconnues des vieux maîtres. Ce monument nouveau, ce symbole naissant d'une société qui mettra sa gloire et son honneur dans le travail^ comme ses devancières ont mis la leur dans la macération et dans la guerre^ ce monument, c'est la GARE du chemin de fer^ »

Dans un chemin de fer — au point où nous en sommes de notre explication, c'est chose bien reconnue — tout doit tendre d'abord à la plus grande somme d'utihté : l'économie de ressorts, de moyens, l'ordonnance, la régularité, la symétrie doivent passer avant tout. Dans la construction d'une gare, on doit donc chercher d'abord l'utile ; le beau viendra par surcroît. Faut-il s'étonner de ce qui est la loi même de l'art sous toutes ses formes? Et n'y-a-t-ilpas dans ce fait, une simple paraphrase de l'aphorisme de je ne sais plus quel poëte philosophe : « Le beau

* César Daly, directeur de la Piévue générale de l'architecture et des travaux 'publics. (Extrait d'un article sur les concours pour le nouvel Opéra, inséré dans la Presse scientifique des deux mondes.)

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