‹ Les chemins de fer (volume 4)Chapitre 110 sur 136 · TROISIÈME PARTIE. — LES GARES · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — LES GARES

suis tenté de mettre ici sous les yeux du lecteur, à l'appui de mes commentaires, quelques vues de gares, prises à l'intérieur des halles.

Voici d'abord la grande nef de l'embarcadère du ciiemin de Strasbourg à Paris, composée d'un seul vaisseau en plein cintre d'une grande hauteur.

Un vitrage qui règne dans presque toute la longueur des combles en éclaire l'intérieur, et l'on peut voir en outre, dans le fond de la halle, la grande rosace qui décore le fronton extérieur de la gare, et (|ui projette la lumière venant du côté du midi. Au nord, la halle est ouverte dans toute sa hauteur par l'immense porte cintrée sous laquelle les trains viennent déposer leurs Ilots de voyageurs.

Fij:. KG. — Huile couvcrlc de 1 1 gare de Pad^ ; cliemin de l'er du Noi-d.

otIU LES CHEMINS DE FER.

Jetez maintenant un coup d'œil sous ces vastes hangars. L'un, remarquable par l'ampleur de ses proportions, qui permet aux voituriers et aux piétons de circuler à l'aise, d'ailleurs fort simple et sans prétentions à l'effet, n'est autre que l'ancien embarcadère du chemin du Nord.

L'autre, plus riche, est divisé en deux par une rangée de colonnettes élégantes, qui supportent la double toiture vitrée. C'est l'intérieur de la gare du chemin

Fiji. 107. — VuL' intérieure «le la gare do Paris; chemin de fer de l'Ouest.

de l'Ouest, dont la farade extérieure, représentée un peu plus bas, embellit le côté gauche du boulevard Mo!]fp;irnass(\ à Paris.

TUOISIÊME PAtlTIE — LES GARES. SCl

Je ne sais si le lecteur trouvera ma critique trop sévère, mais il me semble que l'ensemble, dans la première et la dernière de ces halles, pèche par défaut d'harmonie. La lourdeur un peu ambitieuse des parties massives de la maçonnerie contraste avec l'élégance et légère simplicité des cbarpenles métalliques.

Je me rappelle certaines gares de province, en gégéral moins importantes que celles qu'on \ient de voir, mais elles ne paraissent pas mériter un tel reproche; je citerai les halles de Dijon, de Màcon et de Perrache.

N'aurais-je pas dû, pour suivre un ordre plus naturel, vous faire pénétrer d'abord dans les vestibules où se fait la distribution des billets et de là visiter avec vous les salles d'attente? Mais qui ne connaît, pour les avoir arpentés en tous sens, ces longs couloirs décorés de cadrans indiquant l'heure, le quantième du mois, et tapissés de cartes géographiques rayées de rubans noirs ou rouges, longues traînées de fer, de fumée, de feu , qui sillonnent aujourd'hui l'Europe en tous sens ? Qui ne connaît également les salles d'attente, où les voyageurs fatigués viennent prendre quelques minutes de repos avant le départ ? Le plus souvent vastes, commodes, ornées avec un luxe qui va croissant suivant les classes, elles olfrent, au point de vue de Tart, un assez médiocre intérêt.

Peut-être un jour les compagnies, animées d'un beau zèle pour l'éducation esthétique de leurs clients, réaliseront-elles les espérances, à plusieurs reprises éloquemment exprimées, de la critique artistique

contemporaine, il s'agira bien vraiment alors de galeries conFortables, aérées, éclairées, chauffées ; ce seront des musées, de vrais musées qu'offriront aux voyageurs de l'avenir les salles de nos gares. La décoration ne se contentera plus des moulures, rosaces, ornements qu'on prodigue aujourd'hui avec un goût douteux, La statuaire, les peintures à fresque, œuvres des meilleurs artistes, reproduiront les traits des grands inventeurs; les grandes actions industrielles, les hauts faits du travail, plus intéressants, aussi périlleux parfois que les batailles, ces tueries glorieuses; les grands silcs, les paysages les plus beaux des contrées traversées par la ligne de fer ; les cartes topographiques et géologiques , les renseignements instructifs de toute sorte : tels sont les sujets que les murs des salles d'attente offriront aux veux de nos petits-fils. L'art et la science, enfin mariés, auront ainsi un enseignement commun ouvert à tous.

— Voilà qui est bien, direz-vous. Mais avant de désirer, de réclamer de si pompeuses améliorations, la marge est grande pour celles qui ont le nécessaire ou l'utile pour objet. Le bien-être du voyageur et le bon marché du trafic sont choses plus pressantes que l'intérêt de l'art, surtout lorsqu'il s'agit de l'industrie du transport. D'abord, aux yeux des compagnies, toute dépense^ effectuée en vue d'accroître le bien-être du voyageur, doit être regardée comme un stimulant pour les vovanes, et par suite comme de l'argent placé à gros intérêt. Avant donc de demander pour les salles de nos gares, des chefs-d'œuvre de tous les arts réunis, commençons par obtenir qu'on rem-

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