‹ Les chemins de fer (volume 4)Chapitre 111 sur 136 · TROISIÈME PARTIE — LES GARES · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE — LES GARES

place ces vastes vestibules ouverts à tous les vents, chauds en été, humides en hiver, mesurant parcimonieusement les bancs de repos aux piétons que la crainte de manquer l'heure du convoi amène en avance à la gare. — Pour moi, je l'avoue, ce n'est pas précisément le luxe qui me semble désirable : le luxe est loin défrayer toujours avec le beau. Comme le chemin de fer est avant tout une œuvre d'utihté, secondairement un moyen d'agrément ou de plaisir, ce qu'on doit lui demander, c'est la sécurité, la précision, le confortable qui prévient les fatigues. Provisoirement, les merveilles de l'art lui sont étrangères. Mais est-ce à dire pour cela que, dans son architecture, dans les salles où affluent les foules, il n'y ait pas lieu de rechercher celte élégance de bon goût, cette beauté sim.ple, cette grandeur même, qui résultent plus de la science des proportions que de la richesse des ornemenls ? Je crois que c'est chose possible , et non ruineuse.

Quel doit donc être le type de l'architecture des chemins de fer? quels sont ses caractères dislinctifs? Je l'ai dit: la simplicité, la solidité et la fiardiesse. L'utilité du service , la savante distribution de toutes les parties du plan, et leur convergence vers ce but prem.ier de toute l'entreprise, exigent de l'architecte une connaissance approfondie de l'exploitation et du mouvement. Ces conditions essentielles obtenues, qu'il se livre à son aise à son imagination d'artiste ; mais sans oublier jamais que c'est l'utile lui-même qui doit lui fournir les éléments du beau.

J'ai dit que l'architecture des chemins de fer avait

inspiré rindustrie : je pense qu'on ne trouvera pas que je me sois beaucoup avancé, quand on visitera — je ne cite qu'un exemple entre cent — les belles halles qui abritent aujourd'hui !e marché central de Paris. C'est un spécimen de ce qu'on peut faire, par l'emploi judicieux des matériaux que nos usines fournissent aujoiu'd'hui si aisément à l'art de la conslruclion.

Mais arrivons à notre but, qui est de jeter un coup d'œil sur l'aspect extérieur des gares, après en avoir parcouru rapidement les dispositions internes.

Les façades extérieures' des grandes gares terminales, sur nos lignes de France, méritent la phq art sans doute d'être remarquées. Mais, à mon sens, elles traliissent encore l'hésitation des architectes, que retient toujours une éducation par trop classique. Aussi je me ijarde de m'extasier devant celle monumentale biçade de l'embarcadère de Strasbourg, dont les proportions gigantesques sont loin d'être justifiées par une bonne distribution intérieure. Je serais tenté de lui préférer le monument plus simple, qui termine la ligne de 1 Ouest, rive gauche, et dont voici (fig. 109) une Yue générale, s'il ne trahissait aussi l'indécision de style que j'ai plus haut signalée. *

La gare de Montpellier, avec sa tournure toute romaine, qu'on cherche à justifier par les souvenirs antiques du pays qu'elle dessert, ne laisse pas que d'être imposcinte, sans doute. Mais est-ce bien l'architecture qui sied à un édifice entièrement industriel? Ces entablements, ces portiques, ces façades massives sont-elles bien à leur place sur un chemin de fer? On nous permettra d'en douter.

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