‹ Les chemins de fer (volume 4)Chapitre 17 sur 136 · PREMIÈKE PARTIE - LA VOIE · texte numérisé non relu

PREMIÈKE PARTIE - LA VOIE

de citer, et puisque, au point de vue technique, leur construction n'a rien fourni d'exceptionnel^?

Mais puis-je passer sous silence le tunnel projeté à travers les flancs du mont Cenis? Cette imuiense et difficile entreprise, aussi savamment conduite que courageusement commencée, mérite certes de notre part un moment d'attention. D'ailleurs la méthode adoptée pour son exécution se distingue des moyens employés jusqu'ici : disons donc un mot qui puisse, à cet égard , satisfaire la légitime curiosité du lecteur.

Il s'agit, on le sait, d'ouvrir entre Modane et Bardonèche une galerie souterraine qui, partant de la vallée de l'Arc, aille déboucher en Italie, sur le versant opposé, dans la vallée de la Dora. 12220 mètres à franchir, voilà pour la longueur du tunnel ; une épaisseur de 1800 mètres de roches, voilà pour la profondeur.

* Le labieau suivant donnera une idée de l'importance de quelques-uns de ces ouvrages sur les chemins d'i France, et de l'étranger ;

Longueur Nom

en mètres. du chemin de fer.

Souterrain de Bon-Secours. . ... 1055 Rouen au Havre.

— de Foug '. 1120 Paris à Strasbourg.

— de CulmonI 1520 Paris à Mulhouse.

— de Hauonstein 2500 Central suisse,

— entre la Sarre et le Rhin. 2778 Strasbourg.

— de Ilomniarting 2880 Id.

— des Apennins 3100 Turin ;'i Gênes.

— de Giovi 5255 Id.

— de Rilly 3500 Reims.

— du Credo 3900 Lyon à Genève

— de Blaisy ilOO Paris à Lyon.

— de la Nerthe 4(î20 Avignon à Marseille.

6000 Roanne à Tarare.

du mont Cenis 12230 Victor-Emmanuel

Vous rendez-Yous compte, maintenant, des difficultés de tous genres que rencontre le percement? Comment songer à creuser dans la neige, dans le roc, sur une pareille longueur, des puits d'une telle dimension? Et cependant, jusqu'ici, vous avez vu que les puits sont nécessaires, à la fois, comme points de départ pour attaquer le terrain, et comme tuyaux d'aérage. Avant que les deux tètes du souterrain puissent être reliées par une galerie de i 2000 mètres, et qu'un courant d'air s'y établisse, l'air pur manquera mille fois aux ouvriers, dans un milieu vicié tout à la lois par leur respiration, par la combustion des lampes et par celle de la poudre. Emploiera-t-on la vapeur pour abattre plus rapidement les 60 mètres cubes de rocbes que la section du tunnel donne pour cbaque mètre courant? C'est également impossible, puisque la fumée continue des machines viendrait s'adjoindre encore aux causes d'asphyxie que nous venons d'énuniérer.

En un mot, comment, à de telles profondeurs et à de telles distances, fournir aux ateliers la provision d'air respirable dont ils ont besoin? Telle est la première difficulté.

Ce n'est pas tout. Le terrain qu'il s'agit d'entamer est généralement composé de roches dures, soit de roches quartzeuses, soit de calcaires schisteux : percer une galerie dans de tels blocs est une opération longue et dispendieuse. Vingt ans et un nombre de millions proportionné à cette durée n'y eussent pas suffi. Peicerdcs trous démines et faire sauter le rocestassezexpéditif ; mais on vient de voir que la combustion obligée de la poudre en rond l'emploi impossible. Agir directe-

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ment sur la roche, telle est doncla nécessité à laquelle on s'est trouvé réduit.

Il a fallu chercher une force considérable, tout en rejetant les puissances explosives et la vapeur. C'est à l'air comprimé qu'ont eu recours les ingénieurs distingués, chargés de diriger cet œuvre gigantesque. Je vais essayer de donner une idée de leurs remarquables procédés.

On a commencé par ouvrir, au moyen des procédés ordinaires, environ 1200 mèlresde tunnel, partie du côté delà France, partie sur le versant italien. Le tout est déjà revêtu de maçonnerie. Puis, on s'est mis à attaquer le roc au moyen des machines à air comprimé. Imaginez d'immenses chaudières communiquant avec un réservoir d'eau situé au-dessus d'elles, à une grande hauteur — 50 mètres à Modane — et renfermant, à leur partie supérieure, une certaine quantit d'air. On sait qu'alors, la pression subie par cet air clos est proportionnelle à la hauteur du réservoir : dans le cas dont il s'agit, c'est cinq atmosphères environ, puisqu'une hauteur de 10 mètres d'eau équivaut, à fort peu près, à une atmosphère. Veut-ondes chiffres plus aisés à saisir? C'est, en poids, une pression d'environ 50 000 kilogrammes par mètre carré. Voilà donc une force disponible considérable, alimentée par des cours d'eau voisins, et qui se renouvelle à volonté, à mesure qu'on l'emploie ; il s'agit seulement de la conduire à des distances croissantes, à mesure qu'avancera l'opération du percement. Des tuyaux en fonte remplissent cet office.

Que cette force agisse maintenant sur les pistons de

cylindres munis de tiroirs, et le mouvement de va-etvient des machines est obtenu, absolument comme avec la vapeur. Mais, avantage immense, cet air comprimé dont la force élastique produit le mouvemenf, n'est pas perdu pour cela : au sortir des machines, il se répand dans la galerie, en renouvelle l'air à mesure que ce dernier se vicie, et le difficile problème del'aérage est du même coup résolu.

Je n'ai rien dit encore de la manière dont les machines attaquent le roc; en deux mots, le voici. Dans la galerie provisoire déjà percée, en face de la roche à entamer, et se mouvant sur des rails, est placé un chariot en l'onte, muni de fleurets destinés à percer les trous de mine. Ces appareils sont disposés de telle sorte, que les fleurets peuvent prendre à volonté un mouvement de torsion et un mouvement d'avancement longitudinal, tout en frappant sur le roc pour l'entamer. Des tuyaux en caoutchouc relient le chariot aux conduits d'air comprimé.

La roche, une fois les trous percés, est abattue à l'aide de la poudre; mais les inconvénients de la combustion ont disparu, par le fait du renouvellement continu de l'air de la galerie. Entin, l'aérage n'est obligé que pour moitié de la longueur totale, puisque les travaux marchent des deux côtés à la fois.

On avait craint, un instant, que la force de l'air comprimé ne se transmît point, sans une gronde perte, des chaudières aux diverses distances où le chariot devait se porter progressivement. Les rapports des ingénieurs démontrent que cette crainte était illusoire, et, s'il faut les croire, à moins que des obsta-

fju. ÔO, — Perforateur du tunnel du mont Coiqs^

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