PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
De tous les ouvrages d'art de la voie, les ponts et viaducs en pierre, en moellons ou en briques, sont certes les plus imposants, sans doute même les plus durables. Mais aussi, il faut avouer qu'ils semblent empreints d'une originalité moindre que celle des ponts métalliques. Les anciens nous ont laissé des modèles si grandioses qu'il ne manquera pas de gens tout prêts à rabaisser au profit des œuvres de l'anti quité les constructions modernes.
Parle-t-on, devant ces fanatiques d'archéologie, d'une œuvre nouvelle, vite ils vous citent les dimensions d'un monument égyptien, romain ou grec; les pyramides d'Egypte, le Colisée, le pont du Gard et tutti quanti^ voilà les objets de leur admiration exclusive. Nous n'avons aucune envie de ressusciter, si peu que ce soit, la vieille querelle du parallèle entre les anciens et les modernes, pas plus que de dénigrer les magnifiques constructions dont les ruines offrent un si réel prestige. Mais il faut être juste; il faut convenir que les pyramides sont des masses fort inutiles, dont les dimensions font toute la grandeur, et où l'art a peu de chose à voir; que le Colisée était un monument bien fastueux pour les horribles spectacles auxquels il était réservé : que si le pont du Gard enfin a pour lui le mérite de l'utilité et des proportions colossales, le moderne, aqueduc de Roquefavour ne lui cède, sous ces deux rapports, d'aucune façon. Si les voyageurs qui parcourent nos lignes de fer pouvaient contempler à leur aise les ouvrages d'art, ponts, viaducs, que franchissent les convois, ils seraient persuadés que notre âge n'a pas déchu au point de
vue de la grandeur des constructions de cet ordre.
Mais quelques exemples, quelques chitfres, s'il est besoin, achèveront de les convaincre.
Les viaducs en maçonnerie remarquables par la grandeur de leurs dimensions, comme par l'élégance et la hardiesse de leurs proportions, sont nombreux sur les chemins de fer d'Europe. Passons vile sur celui du val Fleury, connu depuis longtemps des nombreux promeneurs qui, chaque année, parcourent par centaines de mille le chemin de Paris à Versailles (rive gauche). Du haut de ses arcades, on ne peut se lasser d'admirer le charmant vallon qu'elles dominent. Mais ce qu'ignorent la plupart des curieux qui le traversent, c'est que la masse des maçonneries enfouies dans le sol est au moins aussi considérable que la partie visible. La nécessité de trouver une base solide pour l'énorme poids a forcé de descendre les fondations jusqu'à la rencontre du banc de craie (pii s'étend au-dessous du sol. Le viaduc du val Fleurv a sept arches, comme celui de Tarascon, mais la longueur en est moindre. A sa base, les piles sont reliées par un autre rang de sepl arcades, qui servent à consolider l'ouvrage.
Une visite (|ue je conseille aux Parisiens amoureux des jolis sites et admirateurs des grands travaux de l'industrie humaine — l'un n'exclut pas l'autre — est celle du viaduc de Nogent, sur la Marne, à quelques kilomètres de Paris. Le chemin de fer de Mulhouse, celui de Vincennes, conduiront nos touristes en quelques minutes aux charmantes îles que la Marne entoure de SCS méandres. Ils verront là, par la même
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