PREMIÈRE PARTIE. — I,\ VOIE. ir.r
quelle il ne convient pas de faire porter des économies; là, comme en beaucoup d'autres cas, ce sérail des économies mal entendues. La bonne conservation des traverses en dépend; par suite la durée de la chaussée, la stabilité des rails, et, en dernière analyse, la sécurité des voyageurs.
Arrivons aux traverses. Tout le monde sait que les bandes de fer, qu'on nomme les rads, ne sont pas directement posées sur le sol — la voie n'aurait ainsi aucune stabilité — mais bien, ordinairement du moins, sur des pièces de bois placées en travers sur le ballast; perpendiculairement à Taxe du chemin : ces pièces de bois sont les traverses. A l'origine, on a essayé de fixer les rails sur des dés en pierre, sorte de blocs cubiques enterrés de distance en distance dans le sol; mais si un tel système présentait des avantages au point de vue de l'économie, la pierre durant indéfiniment pour ainsi dire, il n'en était pas de même au point de vue de la stabilité. Les deux lignes de rails d'une même voie, que les traverses rendent solidaires, se déplacent aisément, s'écartent, lorsque les dés s'écartent et se déplacent eux-mêmes sous l'action des mouvements du sol ; de là des inconvénients graves, des dangers de déraillement pour les machines et pour les trains. Aussi les dés sont-ils abandonnés généralement.
Quant aux traverses, elles offrent de nombreux avantages, et n'ont guère qu'un inconvénient, celui de coûter fort cher à établir, tout en n'ayant qu'une durée trop limitée. Parmi ces avantages, citons celui de transmettre à la voie la pression du convoi et de
rendre le mouvement des trains fort doux, et cet autre, non moins important, de maintenir le parallélisme des deux lionnes de rails.
Le chêne, le hêtre, le sapin, le pin, voilà pour la nature des bois employés. Mais tons ne se conservent pas également bien, et il n'y a guère que le chêne dont on puisse se servir sans préparation : c'est le bois qu'on emploie le plus en Belgique et en France; tandis qu'en Angleterre, en Allemagne, les traverses sont le plus souvent en bois de sapin ou de pin préparé. Des injections de sulfate de 1er ou de cuivre, de créosote, de chlorure de zinc, voilà, en deux mots, la nature des préparations le plus généralement adoptées. L'expérience prouve que ces substances, en pénétrant à l'intérieur des fibres, et en prenant la place de la sève, donnent au bois une plus grande durée. Mais s'ensuit-il qu'il \ ait dans l'emploi de ces procédés une réelle économie? C'est un point sur lequel les hommes compétents ne paraissent pas encore suffisamment édifiés, quel que soit leur désir d'assurer de la sorte le sahit de nos richesses forestières.
Veut-on avoir une idée de la quantité de bois que nécessite Temploi des traverses? Voici un calcul fort simple qui satisfera la curiosité du lecteur à cet égard. Les pièces de bois choisies pour cet usage doivent être équarries, de façon à conserver le moins d'aubier possible — Taubier est la partie la plus promptement attaquée par la pourriture — et on leur donne une longueur de 2 mètres 70 cent, environ, sur une épaisseur de 15 à 20 cent., et sur une largeur de 50 à 55 ; il est aisé d'en conclure qu'elles cubent un peu plus