PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
les^ sont reliés latéralement par deux tiges de fer, et dès lors se meuvent solidairement. A l'aide d'un levier établi près de la voie, et dont la figure ci-dessus indique la situation, un employé, spécialement chargé de ce service, fait prendre aux deux aiguilles, soit la position marquée sur le plan en traits pleins, soit la position qu'indiquent les lignes ponctuées. Il est facile de voir alors que le convoi qui se meut sur la ligne principale prendra tantôt l'une, tantôt l'autre des deux voies de bifurcation, ta forme en biseau de chaque aiguille permet à celle-ci de se loger sous le rail voisin, ce qui lui donne un aplomb que sa mobilité rend indispensable; dans les systèmes où l'aiguille reste isolée au passage du convoi, elle est sujette à déverser, sous la pression des voitures et surtout de la locomotive.
Pour achever l'explication du système d'aiguilles appliqué au changement de voie, j'ai joint au plan de l'appareil une coupe verticale qui montre de quelle manière fonctionne le levier manié par l'aiguilleur. Ce levier occupe-t-il la position que lui donne le dessin, l'aiguille de gauche est ramenée sous le rail voisin, tandis que celle de droite se sépare du rail correspondant : la voie libre est, dans ce cas, celle qui est à droite, dans le sens du mouvement. Le levier prendil au contraire la position opposée, c'est-à-dire vers la gauche, l'inverse a lieu : l'aiguille de droite se loge sous le rail, celle de gauche s'écarte du rail voisin, et la voie de gauche devient libre poui' le train on marche.
On peut voir que le bras du levier est muni d'un
contre-poids qui sert à le maintenir fixement dans 'une ou l'autre des deux positions, sans que l'aiguilleur ait plus à s'en occuper. Il ne s'agit pour lui, dans ce système, que d'imprimer aux aiguilles le mouvement qui leur convient. Cette m.anœuvre n'exige d'ailleurs qu'exactitude, précision et sang-froid. Elle demande à être confiée à des hommes sûrs, éprouvés ; mais, une fois exécutée, l'appareil se maintient de luimême dans la position qu'il doit conserver pendant le passage entier du train.
J'ai dit que les bouts de rails formant les aiguilles sont tantôt de même longueur, tantôt inégaux. Quelle est la raison de cette différence? La voici : quand la voie principale se bifurque en deux autres voies, dont la courbure à droite et à gauche est également prononcée, tout étant dans ce cas parfaitement symétrique, on conçoit que les aiguilles doi\ent être égales. Mais si, la voie principale restant droite, l'autre affecte une courbure à droite ou à gauche de la première, on risquerait, avec des aiguilles égales, de faire engager les roues d'un même wagon sur deux voies différentes ; cette circonstance se présenterait toutes les fois que, le mécanisme fonctionnant imparfaitement, l'une des aiguilles ne viendrait pas se loger tout à fait sous le rail. Il pourrait résulter de là un déraillement.
Voyez maintenant ce changement double, c'està-dire à trois voies. Le système d'aiguilles est double, mais à cela près il fonctionne comme l'autre, et l'inspection de la figure suffira à le faire comprendre. Qu'il me suffise de dire que l'accès d'une des deux