DEUXIÈME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE
Jl me reste à vous parler de l'arrivée. iNoiis devons alors, non pas laisser s'éteindre le feu, mais l'amortir ' assez, pour ne conserver que la vapeur nécessaire aux manœuvres de gare et au retour au dépôt ; non pas cependant au point de faire baisser le niveau d'eau de la chaudière. Si l'eau manque toutefois, nous remplissons la machine avant notre retour au dépôt, et nous taisons ensuite charger le tender pour le prochain départ. Le tirage intercepté, notre locomotive capuchonnée, le frein serré et le levier de changement de marche au point mort, la consommation est presque nulle ; et nous pouvons attendre ainsi près d'une journée, prêts à partir pour un nouveau voyage. Yoiià pour le cas où la machine reste en service.
Si au contraire — et c'est notre cas — son service est terminé, nous commençons par jeter le feu audessus d'une fosse. C'est ce que vous venez de noua voir faire. Vous avez pu vous assurer aussi, du soin avec lequel j'en ai visité toutes les parties; mais celte première visite ne suffit pas, et je me réserve d'y revenir, quand ma machine sera lavée et nettoyée à fond. Une machine sale est couverte (;ti et là de couches de crasse, qui dissimulent les défectuosités survenues et dnq)èchent de procéder aux menues réparations, si indispensahles au bon entretien. Voyez, tlu resttî, connnent se fait la partie du nettoyage qui concerne le chauffeur.
En ce moment, le chauffeur, (jui venait d'ouvrhtoute grande la porte de la boîte à fuméfc, s'armait d'une longue tringle ilexible qu il passait successivement dans tous les tubes. A chaque fois, un mélange
270 LES .CHEMLNS DE 1E[1.
(Je cendres, de noir de fumée, d'escarbilles de coke calciné, sortait du tube et démontrait toute l'urgence de l'opération. Notre homme balava ensuite toutes le parties de la boîte à fumée, puis nettoya le tuyau d'échappement et l'intérieur de la cheminée.
— Ceci terminé, reprit le mécanicien, ce sera le tour de toutes les parties du mécanisme, dont l'examen minutieux devient ainsi très-facile. C'est à nous, d'ailleurs, que sont confiées toutes les petites réparations journalières, toutes celles qui n'exigent pas la rentrée aux ateliers. Cylindres, pistons, bielles, excentriques, garnitures de chanvre et graissage des presse-étoupes, coulisse, tout doit être visité, nettoyé, réparé ou entretenu. D'ailleurs, c est notre intérêt, comme celui des compagnies, comme celui du public.
Quelle différence pour le service, monsieur, quelle différence aussi pour l'économie du combustible, entre une machine entretenue avec soin et une machine négligée ! Pour moi, je vous l'avoue, intérêt à part, j'éprouve un vrai plaisir, un plaisir d'artiste, à voir la mienne luisante et polie, nette au dedans comme au dehors. Je sens que je m'y attache, à la lin, connue un cavalier à son cheval.
— Je vous comprends sans peine, dis-je : à l'outil, on connaît l'ouvrier. Mais vous ne me parlez pas du tender.
— Le tender, reprit-il, demande aussi à être visité, et entretenu en bon état de service. Seulement, vous concevez que c'est beaucoup plus facile que pour la machine. Quand on a vérifié l'état du frein, celui des boîtes à graisse, les soupapes et le tuyau d'alimenta-