DEUXIEME PARTIE. — LA LOCOMOTIVE
en puissance. En d'antres termes, examinons quel service utile rend en réalité l'action alternative de la vapeur sur l'une et l'autre l'ace du piston. A ce propos, qu'on nous permette de rappeler quelques principes de mécanique.
Quand une force, quelle qu'en soit la nature, est emj)loYée à mouvoir un corps, comment peut-on se rendre compte de sa puissance? Ce n'est point par ce qu'on nomme, sans trop savoir ce qu'on dit, l'essence de la force — que connaissons-nous de l'essence des choses ? rien — mais c'est par ses effets sensibles, c'est-à-dire mesurables. Deux éléments concourent à donner une idée nette de la puissance motrice : la quantité de la masse mobile ou le poids mù, et l'espace parcouru pai' seconde, c'est-à-dire la vitesse. Le poids du mol)ile restant le même, la vitesse' doul)le~t-elle? La force motrice a pareillement doublé. De même, la vitesse triplée, quadruplée, décuplée... correspond à une force triple, quadruple , décuple... Si, au contraire, la vitesse reste la même, et que le poids entraîné double ou triple, l'expérience prouve qu'alors la force a dû croître en énergie de la même façon, absolument comme dans le |)remier cas. De ces deux ordres de faits, il résulte évidemment cette conséquence, que d'ailleurs l'expérience confirme :
Quand le poids du mobile et la vitesse varien! en même temps d'une façon quelconque, la puissance motrice est constamment proportionnelle au produit delà multiplication du poids par la vitesse.
Ainsi les puissances de deux machines peuvent
être regardées comme égales, non-seulement quand appliquées à deux trains, dans les mêmes circonstances, elles impriment à leurs masses des vitesses égales, mais encore si, appliquées à deux trains de poids différents, les vitesses différentes sont telles qu'il y ait égalité entre les deux produits des poids par les vitesses ^
A quoi tient la puissance d'une machine? A la quantité de vapeur que sa chaudière peut produire en un temps déterminé, puis à la manière dont s'effectue la dépense de vapeur produite : la capacité des cylindres, la disposition des organes de distribution, lumières, condensateurs,... etc.. tous ces éléments concourent à utiliser d'une façon plus ou moins complète, la force motrice de la vapeur. L'adhérence de la machine sur les rails n'est pas moins importante à considérer, et cette adhérence dépend, tant de la pression exercée sur le rail, que du diamètre des roues. L'adhérence comparée à la puissance de traction est-elle trop faible, il arrivera, surtout par les temps humides,
* Exemple : Une locomotive Crampton remorque un train de 40 tonnes avec une vitesse de 50 kilomètres à l'heure, et une locomotive à marchandises, dans les mêmes circonstances, remorque un train do 04 tonnes avec une vitesse de 55 kilomètres.
Multiplions 40 par 56 : produit, 2,240 ;
De même, 64 par 55 : produit, 2,240. Concluons de là que les deux machines développent en ce moment la même puissance, bien qu'elles la manifestent par des résultats tort différents.
Veut-on connaître la puissance des locomotives évaluée en chevaux de force? Voici : fonctionnant dans les mêmes conditions que les machines fixes, les plus puissantes ne pourraient développer un travail supérieur à 20 ou 25 chevaux; mais, grâce à la pression élevée de la vapeur et à la vitesse considérable des pistons, leur travail est au moins de 200 à 501) chevaux, dont 150 sont appliqués au remorqunoe des voitures.