‹ Les chemins de fer (volume 5)Chapitre 184 sur 227 · TROISIÈME PARTIE. — LES GARES · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE. — LES GARES

contemporaine. Il s'agira bien vraiment, alors, de galeries confortables, aérées, éclairées, chauffées ; ce seront des musées, de vrais musées qu'offriront aux voyageurs de l'avenir les salles de nos gares. La décoration ne se contentera plus des moulures , rosAces, ornements qu'on prodigue aujourd'hui avec un goût douteux. La statuaire, les peintures à fresque, œuvres des meilleurs artistes, reproduiront les traits des grands inventeurs; les grandes actions industrielles, les hauts faits du travail, plus intéressants, aussi périlleux parfois que les batailles ? ces tueries glorieuses ; les grands sites, les paysages les plus beaux des contrées traversées par la ligne de fer ; les cartes topographiques et géologiques, les renseignements instructifs de toute sorte : tels sont les sujets que les murs des salles d'attente offriront aux yeux de nos petits-fils. L'art et la science, enfin mariés, auront ainsi un enseignement commun ouvert à tous.

— Voilà qui est bien, direz-vous. Mais avant de désirer, de réclamer \àe si pompeuses améliorations , la marge est grande, pour celles qui ont le nécessaire ou l'utile pour objet. Le bien-être du voyageur et le bon marché du trafic sont choses plus pressantes que l'intérêt de l'art , surtout lorsqu'il s'agit de l'industrie du transport.

— Au risque de passer pour un bourgeois — style d'atelier — je pense à cet égard comme vous,

lecteur. D'abord, aux yeux des compagnies, toute dépense, effectuée en vue d'accroître le bien-être du voyageur, doit être regardée comme un stimulant pour les voyages, et par suite comme de l'argent placé à gros intérêt. Avant donc de demafider pour les salles de nos gares, des chefs-d'œuvre de tous les arts réunis, commençons par obtenir qu'on remplace ces vastes vestibules ouverts à tous les vents, chauds en été, humides en hiver, mesurant parcimonieusement les bancs de repos, aux piétons que la crainte de manquer l'heure du convoi amène en avance à la gare.

Pour moi , je l'avoue , ce n'est pas présisément le luxe qui me semble désirable : le luxe est loin de * irayer toujours avec le beau. Comme le chemin de fer est avant tout une œuvre d'utilité, secondairement un moyen d'agrément ou de plaisir, ce qu'on doit lui demander, c'est la sécurité , la précision , le confortable qui prévient les fatigues. Provisoirement, les merveilles de l'art lui sont étrangères. Mais est-ce à dire pour cela que, dans son architecture, dans les salles où affluent les foules , il n'y ait pas lieu de rechercher cette élégance de bon goût, cette beauté simple, cette grandeur même, qui résultent plus de la science des proportions que de la richesse des ornements? Je crois que c'est chose possible , et non ruineuse.

Quel doit donc être le type de l'architecture des

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