QUATRIÈME PARTIE. —L'EXPLOITATION
continuez à m'honorer de votre attention bienveillante, nous glanerons, j'espère, quelques faits intéressants sur le champ de nos pérégrinations nouvelles. Cela dit, je continue.
Et d'abord un mot de la composition des trains.
Vous savez déjà comme moi, que les trains ne sont pas tous composés de la même façon; nonseulement, il y a les convois de voyageurs et les convois de marchandises , mais on distingue encore les trains mixtes, en partie formés de voitures des trois classes, et de wagons, fourgons et trucks chargés d'objets de toute sorte. En outre, les trains de voyageurs eux-mêmes sont tantôt omnibus , c'est-àdire contenant des places de toutes classes ; tantôt directs; enfin tantôt express, les plus rapides de tous; dans ce dernier cas, ils me renferment que des premières. D'ailleurs les trains express jouissent du privilège d'être directs, ne s'arrêtant qu'à certaines stations importantes, et dès lors susceptibles d'acquérir une vitesse beaucoup plus considérable. J'ai plus d'une fois entendu faire à ce propos, et j'ai fait moi-même une réflexion, qui me semble mériter l'attention des compagnies. Pourquoi le tarif exiget-il le même prix des places de première classe , qu'elles soient parties intégrantes d'un train omnibus ou d'un train express? Ne serait-il pas juste, soit d'abaisser ce prix dans le premier cas , soit de l'augmenter dans le second? Enfin, pourquoi ne
ferait-on pas jouir les bourses peu fortunées des bénéfices de la grande vitesse, en grevant d'un supplément de prix le tarif des prix omnibus? Croit-on que le temps ne soit pas aussi précieux pour l'ouvrier qui gagne sa vie par son travail , pour le petit commerçant, pour l'agriculteur, que pour les oisifs voyageant avec toutes leurs aises, sans autre préoccupation que leur plaisir? Il est d'ailleurs une considération qui, pour être toute morale, disons mieux, parce qu'elle est morale, devrait à elle seule légitimer l'innovation qu'on propose. Trop souvent c'est pour voler au chevet d'une mère, d'un père malades, se mourant peut-être, qu'un enfant éploré-voudrait voir s'effacer la distance qui le sépare de ses parents. N'y a-t-il pas justice, humanité, à rendre accessibles à tous, ces pieux et tristes voyages, et cela, sans que les recettes des compagnies aient à s'en plaindre, bien au contraire?
Outre les trains dont je viens de parler, il y a encore les trains postes , spécialement consacrés au service des dépêches, et qui, généralement, ne contiennent pas de voitures de troisième classe; et enfin les trains particuliers extraordinaires, dont la commande doit être faite à l'administration un certain temps à l'avance. Que les prix de ces convois princiers soient très-élevés, c'est ce dont on ne doit pas s'étonner, c'est ce dont ne peuvent se plaindre les voyageurs assez riches pour payer un pareil luxe.