‹ Les chemins de fer (volume 5)Chapitre 218 sur 227 · QUATRIÈME PARTIE.— L'EXPLOITATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE.— L'EXPLOITATION

enfants. L'aube blanchissait à peine les sommets des arbres et des collines, et la plypart des voyageurs dormaient encore de ce sommeil léger dont on dort en wagon. L'aîné des enfants se réveille, prie son père d'ouvrir la glace du milieu et se penche, tout joyeux de respirer des bouffées de l'air frais du matin. Mais tout à coup, sous l'effort du léger fardeau, la portière cède, s'ouvre tout entière, et.... ô malheur ! avant que le pauvre père ait eu le temps de se précipiter pour retenir le corps de l'enfant, ce dernier plonge dans l'abîme.... c'est bien le mot, n'est-ce pas? quand on pense que le train filait alors avec une vitesse de dix-sept mètres par seconde ! Vous dire le cri de désespoir qui retentit dans le wagon, éveillant la malheureuse mère; la peine qu'eurent les autres voyageurs à les retenir tous deux , l'angoisse affreuse qui déchira cette famille éplorée, impuissante à se faire entendre et comptant les secondes, les minutes, qui s'écoulent avec la lenteur des siècles et qui les séparent d'un spectacle déchirant.... vous imaginez tout cela sans peine. A la première station, une locomotive de secours, surle-champ détachée, partit. Le jour s'était levé, éclairant la triste scène.... Un quart d'heure s'écoule, bientôt on aperçoit le blanc panache de fumée, et la machine— lugubre en ce douloureux instant — qui, dans la pensée de tous, ramenait' le pauvre petit cadavre. Mais quels ne furent pas la surprise géné-

raie, et le bonheur foudroyant du père, de la mère, quand ils virent devant eux, plein de vie et sans blessures, reniant qu'ils croyaient à jamais ptrdu ! C'est là une histoire véridique : est-il besoin de dire que si je l'ai racontée, ce n'est point certainement pour prémunir mes lecteurs contre un excès de prudence?

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