‹ Les chemins de fer (volume 5)Chapitre 31 sur 227 · PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE

est-elle assez considérable, pour rendre le système de compensation trop coûteux , on est obligé de déposer les terres, provenant du déblai, de côté et d'autre du chemin; circonstance qui se présente aussi d'ailleurs, lorsque le cube de la tranchée dépasse celui des remblais voisins : on opère ainsi par voie de dépôt.

— Gomment alors, demanderez-vous peut-être, édifier le remblai, dans la première de ces deux hypothèses?

— En empruntant aux terrains voisins de la ligne les matériaux nécessaires : le remblai est exécuté alors par voie d'emprunt. Les traces de ces derniers travaux restent souvent visibles le long de la plupart des lignes, sous la forme de mares où séjournent les eaux, ou bien, dans les endroits secs, de sortes de carrières, d'où la végétation a généralement disparu.

Ces divers modes de procéder s'emploient suivant les circonstances, quelquefois même simultanément, sur le même tronçon. Le système de compensation est évidemment préférable, lorsqu'il est possible; mais, outre la raison tirée de la distance, il y en a une seconde qui empêche souvent l'ingénieur d'y avoir recours : c'est lorsque la nature des terrains extraits de la tranchée, les rend impropres à la construction d'un bon remblai.

Les généralités qui précèdent, bien que fort sim-

pies en théorie, n'en sont pas moins, dans la pratique, d'une extrême importance, surtout au point de vue, si grave dans de telles entreprises, du prix de revient.

L'avenir d'une ligne en peut dépendre.

C'est à l'habileté du constructeur, de soumettre tous ces éléments divers aux règles précises du calcul, comme aux prévisions de l'expérience, de façon à être toujours certain de suivre la route la plus sûre, et en même temps la plus réellement économique.

Mais arrivons aux détails. Commençons par l'ouverture d'une tranchée. *

Voyez-vous ce massif de terre, dont une coupe en travers du tracé vous donne le profil?

Fig. 19. Coupe de l'ouverture d'une tranchée.

C'est dans ce bloc qu'il faut mordre, en déblayant tout le terrain compris entre la chaussée et les ta-

lus, tels qu'ils sont indiqués par les lignes du profil. Supposons d'abord que la plus grande profondeur de la tranchée ne dépasse, pas cinq à six mètres. Voici comment alors on opérera :

On commencera par creuser une tranchée A, à bords verticaux ou inclinés, suivant le degré de consistance du terrain, et l'on retroussera, de chaque côté, en a et en b, les terres qui proviendront de cette tranchée. Les brouettes et les tombereaux suffisent à cette première opération. La omette A achevée — tel est le nom qu'on donne à cette petite tranchée auxiliaire — on pose sur le fond une voie, une ligne de rails, sur laquelle peuvent circuler les wagons, spécialement construits pour les travaux de terrassements. D'ordinaire, on ménage une pente douce, qui facilite la sortie des wagons chargés de terre, sans porter obstacle au retour des wagons vidés. Cette voie provisoire conduit au lieu de déchargement, c'est-à-dire sur l'axe du remblai, si l'on procède par compensation. Puis, on attaque à la pioche et à la pelle les massifs B et C, ainsi que les terres primitivement retroussées en a et en b. La tranchée est alors ouverte dans toute sa longueur.

La profondeur de la tranchée est-elle plus considérable, — celle de Pont-sur- Yonne (chemin de fer de Paris à Lyon) a jusqu'à vingt mètres de hauteur, — on sera obligé, de creuser la tranchée par étages successifs, en ouvrant deux ou plusieurs cunettes

munies de leurs voies provisoires. Le dessin que voici fera comprendre Tordre des travaux, chaque massif portant un numéro qui exprime le rang de sa disparition :

Fig. 20. Ouverture d'une tranchée profonde.

Le transport des terres se fait de deux manière?. S'il s'agit de celles qui proviennent des omettes, c'est à la brouette et au tombereau qu'on les enlève. Pour les autres, c'est le plus souvent l'affaire des wagons circulant sur les voies provisoires, wagons que traînent les chevaux, ou que leur propre poids fait descendre le long du plan incliné formé par le fond même de la cunette.

Dirai-je un mot des outils? Qui ne connaît la pioche et la pelle ? qui ne connaît la brouette, ce modeste instrument, si utile, si admirablement proportionné à la force musculaire et aux mouvements

Page 1