‹ Les chemins de fer (volume 5)Chapitre 45 sur 227 · PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE

le mouyement, n'est pas perdu pour cela : au sortir des machines, il se répand dans la galerie, en renouvelle l'air à mesure que ce dernier se vicie, et le difficile problème de Paérage est du même coup résolu.

Je n'ai rien dit encore de la manière dont les machines attaquent le roc; en deux mots, le voici. Dans la galerie provisoire déjà percée, en face de la roche à entamer, et se mouvant sur des rails , est placé un chariot en fonte, muni de fleurets destinés à percer les trous de mine. Ces appareils sont disposés de telle sorte, que les fleurets peuvent prendre à volonté un mouvement de torsion et un mouvement d'avancement longitudinal, tout en frappant sur le roc pour l'entamer. Des tuyaux en caoutchouc relient le chariot aux conduits d'air comprimé.

La roche, une fois les trous percés, est abattue à l'aide de la poudre ; mais les inconvénients de la combustion ont disparu , par le fait du renouvellement continu de l'air de la galerie. Enfin, l'aérage n'est obligé que pour moitié de la longueur totale , puisque les travaux marchent des deux côtés à la fois.

On avait craint, un instant, que la force de l'air comprimé ne se transmit point, sans une grande perte, des chaudières aux diverses distances où lé chariot devait se porter progressivement. Les rap-

ports des ingénieurs démontrent que cette crainte était illusoire, et, s'il faut les croire, à. moins que des obstacles imprévus ne viennent interrompre le succès dont leurs efforts sont dès aujourd'hui couronnés, il ne se passera pas cinq années avant la terminaison définitive de ce travail vraiment cyclopéen 1 .

Le jour où le tunnel du mont Cenis sera terminé, où cette immense trouée permettra aux locomotives de franchir la barrière naturelle qui sépare les peuples de France et d'Italie, on pourra dire, en parodiant le mot de Louis XIV : « Les Alpes n'existent plus! » Les deux nations, qu'aujourd'hui ces colossales montagnes séparent, unies toutefois, comme elles le sont déjà, par les liens de la politique, de la sympathie artistique et intellectuelle, et par de vieilles affinités de race, le deviendront plus encore, grâce à l'accroissement inévitable des relations commerciales et industrielles.

Voilà pour le côté technique de l'entreprise.

Les touristes se réjduiront-ils de même, de la façon un peu cavalière avec laquelle on veut leur faire franchir ce col de Préjus? Le passage de la

1. L'air comprimé produit en ce moment son effet à plus, d'un kilomètre de distance des appareils. On espère avancer de 2",50 par jour, et même de 3 mètres, de chaque côté de la galerie, ce qui reporterait l'achèvement du tunnel à 1866 ou 1867. Mais les difficultés n'iront-elles pas en croissant?

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