PREMIÈRE PARTIE. — LA VOIE
mers, afin de permettre aux navires de filer audessous avec toute leur mâture. En outre, le conseil de l'amirauté britannique exigeait que les ingénieurs ne se servissent, pour la construction, ni d'échafaudages, ni de cintres d'aucune sorte.
Nouvelles et graves difficultés, dont triompha le génie de Robert Stephenson !
Sur un rocher gisant au milieu du détroit, il fit d abord construire une tour, haute de 50 mètres; puis, sur chaque rive, deux tours de moindre hauteur, et enfin, deux culées adossées aux levées d'Anglesey et de Carnarvon. Alors, quatre tubes en fer laminé, longs chacun de 144 mètres, hauts de 9 mètres et larges de 4 m ,50, furent hissés, au moyen de presses hydrauliques mues par la vapeur, au haut des tours, sur les flancs desquelles ces tubes devaient reposer. Près de 2 millions de kilogrammes, montés ainsi à 100 pieds de hauteur 1 La mise à flot et le transport de ces énormes masses n'avaient pas été moins curieux que leur pose. La double galerie qui donne accès aux deux voies de fer est longue de 460 mètres. Le pont tout entier a coûté 15 millions. Enfin, le poids seul des clous qui ont servi à assembler les feuilles de tôle est de 900 milliers de kilogrammes : ce détail statistique, à la façon anglaise, peut corrtribuer à donner une idée de la grandeur de l'œuvre.
Au nombre des ponts tubulaires, que leurs di-
mensions ou des procédés nouveaux de construction signalent à la curiosité publique, il faut citer, en France, le pont de Mâcon, sur la Saône, et, aux Etats-Unis, l'immense viaduc qu'on vient de construire sur le chemin de fer de New-York au Canada. Les travées du pont de Mâcon ont une largeur de 45 mètres, et les piles, entièrement en fonte, reposent sur des fondations de béton et de maçonnerie construites à l'aide de l'air comprimé; j'aurai l'occasion, tout à l'heure, en parlant du pont de Kehl, de donner une idée de cette ingénieuse méthode, d'ailleurs grandement perfectionnée.
Quant au viaduc américain que je viens de citer, les proportions en sont énormes. 11 semBle vraiment que les ingénieurs du Nouveau-Monde aient voulu prouver à leurs confrères d'Europe, qu'ils savent, au besoin, mettre leurs ouvrages d'art au niveau des nôtres. Vingt-cinq travées, dont la longueur totale dépasse 2 kilomètres, forment cet immense pont tubulaire, qui offre, d'ailleurs, une particularité curieuse : les piles, dont la portée est plus grande au milieu du pont, augmentent en même temps d'épaisseur, pendant que la hauteur du tube s'accroit dans une proportion pareille. Le poids du fer qui entré dans la composition de ce tunnel est de 10 millions et demi de kilogrammes.
Passons maintenant aux ponts à treillis, fort à la mode en Allemagne. Examinez ce spécimen :